LE LAURIER DU GÉNÉRALIFE

Dans le Généralife, il est un laurier-rose,

Gai comme la victoire, heureux comme l'amour.

Un jet d'eau, son voisin, l'enrichit et l'arrose:

Une perle reluit dans chaque fleur éclose,

Et le frais émail vert se rit des feux du jour.

Il rougit dans l'azur comme une jeune fille;

Ses fleurs, qui semblent vivre, ont des teintes de chair

On dirait, à le voir sous l'onde qui scintille,

Une odalisque nue attendant qu'on l'habille,

Cheveux en pleurs, au bord du bassin au flot clair.

Le laurier, je l'aimais d'une amour sans pareille;

Chaque soir, près de lui, j'allais me reposer;

A l'une de ses fleurs, bouche humide et vermeille,

Je suspendais ma lèvre, et parfois, ô merveille!

J'ai cru sentir la fleur me rendre mon baiser...

Généralife, 1843.