SONNET

Vous étiez sous un arbre, assise en robe blanche,

Quelque ouvrage à la main, à respirer le frais.

Malgré l'ombre, pourtant, des rayons indiscrets

Pénétraient jusqu'à vous, filtrant de branche en branche.

Ils jouaient sur le sein, sur le col, sur la hanche;

Vous reculiez le siége et puis, l'instant d'après,

Pleuvaient d'autres rayons sur vos divins attraits

Comme des gouttes d'eau d'une urne qui s'épanche.

Apollon, Dieu du jour, essayait de poser

Son baiser de lumière à vos lèvres de rose:

—Un ancien, de la sorte, eût expliqué la chose.—

Trop vif était l'amour, trop brûlant le baiser,

Et, comme la Daphné des Fables de la Grèce,

La mortelle, du Dieu repoussait la caresse.

LE SONNET
A maître Claudius Popelin, émailleur et poëte.
SONNET III

Les quatrains du Sonnet sont de bons chevaliers

Crêtés de lambrequins, plastronés d'armoiries,

Marchant à pas égaux le long des galeries

Ou veillant, lance au poing, droits contre les piliers.

Mais une dame attend au bas des escaliers;

Sous son capuchon brun, comme dans les féeries,

On voit confusément luire les pierreries,

Ils la vont recevoir, graves et réguliers.

Pages de satin blanc, à la housse bouffante,

Les tercets, plus légers, la prennent à leur tour

Et jusqu'aux pieds du Roi conduisent cette infante.

Là, relevant son voile, apparaît triomphante

La Belle, la Diva, digne qu'avec amour

Claudius, sur l'émail, en trace le contour.

14 juillet 1870.