SONNET
Un ange chez moi parfois vient le soir
Dans un domino d'Hilcampt ou Palmyre,
Robe en moire antique avec cachemire,
Voilette et chapeau faisant masque noir.
Ses ailes ainsi, nul ne peut les voir,
Ni ses yeux d'azur où le ciel se mire;
Son joli menton que l'artiste admire,
Un bouquet le cache ou bien un mouchoir.
Mon petit lit rouge à colonnes torses
Ce soir-là se change en bleu paradis;
Un rayon d'en haut dore mon taudis.
Et quand le plaisir a brisé nos forces,
Nonchalant entr'acte à la volupté,
Nous fumons tous deux en prenant le thé.
APRÈS LA BATAILLE
SONNET—BOUT-RIMÉ
Quel silence à présent sur ce morne—terrain
Où la mêlée hier hurlait dans la—fumée!
Il ne reste plus rien de cette grande—armée,
Que des affûts brisés et des fragments—d'airain.
La bataille perdue importe au—souverain,
Mais toujours l'amoureux chante à la bien—aimée
Cette chanson de Mai, dont toute âme est—charmée;
Toujours le soleil luit sur les vignes du—Rhin,
Toujours le rossignol pour la rose—soupire;
Que l'aigle bicéphale ou l'aigle de—l'empire
Sur le drapeau palpite au sommet du—donjon,
Sur les monts, dont les os changent la plaine en—butte,
La nature éternelle et que rien ne—rebute,
Étend un vert linceul fait de mousse et de—jonc!
A MAXIME DU CAMP
SONNET
Le charmant cadeau! cachet et papier,
Cire de London, canif, plumes d'oie,
Plumes de Perry dont le bec flamboie!
Comment, cher ami, te remercier!
Mais en attendant je veux gribouiller
Ce petit sonnet qu'en hâte je ploie
Dans une enveloppe, et que je t'envoie
Par un Azolin devenu portier!
Comme un vrai dandy, grâce à ces richesses,
Sur vélin anglais, aux blanches duchesses
Désormais je puis glisser un poulet,
Et sceller les vers qu'écrit le poëte
Sur le champ d'azur du papier cream laid,
Avec la devise empruntée à Gœthe!
ALLITÉRATIONS
MITÉES DE CELLES DU ROMANCERO
Monté sur son fidèle barbe
Vêtu d'un albornez d'āzūr,
Emblème d'amour et de foi,
Le vaillant Grenadin Gāzūl
Passait sur la Vivarambla.
Il était si beau que chācūn
Se retournait en le voyant.
A son balcon, Fatmé lā brūne
Prenait le frais avec ses femmes.
Le More au milieu de lā rūe
Arrêtant son cheval lancé,
Sur ses étriers d'or s'āssūre,
Et, se haussant jusqu'au balcon,
Dit:—Toi qui luis comme lā lūne
Au milieu des étoiles d'or,
Fatmé, perle de la nātūre,
Fleur du Xenil et de l'Espagne,
Réponds à mes feux je t'āssūre,
Par jour, trois têtes de chrétien!
—Sur mes genoux, vaillant Gāzūl,
Pose la tienne chaque soir,
Et je te promets, sans pārjūre,
De t'adorer jusqu'au matin!