PLANCHE XXII.

(P. 33, 34, t. V de l'Edition royale.)

Ce buste mis en opposition avec le précédent, pourrait, comme nous l'avons annoncé, représenter un Démocrite. Les artistes et les poètes satyriques ont pris plaisir à opposer un rieur au pleureur atrabilaire. Suivant Sidonius Apollinaris, déjà cité, on peignait Démocrite les lèvres ouvertes par le rire. Ce philosophe vraîment grand, d'un caractère gai et plaisant, fut regardé comme un fou par ses compatriotes, les Abdéritains, qui cependant l'aimaient beaucoup, et lui érigèrent des statues de bronze. On n'en connaît point d'images authentiques. La tête de Démocrite et celle d'Héraclite étaient des sujets de caprice, et pour ainsi-dire de convention, pour exprimer une opposition morale. Laërce rapporte que le philosophe d'Abdère vécut cent neuf ans; il paraît du-moins certain qu'il arriva à un âge très-avancé. Les statues érigées en l'honneur des hommes célèbres, après leur mort, portent le caractère du dernier âge du personnage. Les artistes se faisaient un devoir d'une fidélité scrupuleuse, et suivaient les premiers modèles, ou du-moins la tradition. La jeunesse de notre buste paraîtrait donc peu convenir à Démocrite. D'après cette remarque, on a cherché d'autres rapprochemens, et l'on a imaginé que la physionomie de ce buste pouvait se rapporter à Aristippe: si l'expression de gaîté qu'on y remarque ne répugne point au caractère de ce voluptueux philosophe, on doit considérer que les portraits attribués à ce dernier n'ont aucun degré d'authenticité; et nous croyons plus sage de demeurer dans l'incertitude, que d'adopter une opinion erronée.

Trouvé à Résine avec les deux précédens, en 1753.

Hauteur, 2 pieds 1 pouce 10 lig.