PLANCHE XVIII.
(P. 38, t. VI de l'Edition royale.)
Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer les traits caractéristiques auxquels on peut distinguer entre eux les Faunes, les Satyres et les Silènes, dont les attributs ont été souvent confondus. (Voyez Peint, tom. I, pl. 16.). Ce bronze représente un Faune, dont l'action vive et pétulante fait le caractère; comme un air sauvage, le front étroit, les oreilles longues et la queue au bas du dos, en désignent l'espèce: la queue est sur-tout leur signe distinctif. On rencontre souvent, dans les monumens bachiques, ces figures exprimant la joie folle et emportée de l'ivresse. Les Faunes représentaient les antiques et sauvages habitans des campagnes et des forets. Vêtus de la dépouille des bêtes fauves, laissant à ces peaux les parties saillantes, comme les oreilles, les pattes et la queue, l'imagination a pris plaisir à confondre cet extérieur bizarre avec leurs personnes; c'est ainsi qu'on se forma l'idée des Centaures, en voyant les premiers hommes à cheval. Ces images enfantées par la peur ou par la superstition, furent consacrées par le langage métaphorique des poètes, et ce qui demeura, pour les sages de l'antiquité, un emblême ingénieux du dérèglement des passions, fut, pour le vulgaire, l'objet d'un culte extravagant. Tous les êtres monstrueux dont on forma la suite de Bacchus, se perpétuèrent encore dans l'imagination par les représentations théâtrales; et les poètes se servirent adroitement, et souvent avec trop de licence, de ces personnages, pour répandre à pleines mains le sel de leurs sarcasmes. C'est cet abus choquant dans un siècle plus poli, qu'Horace a combattu en réglant le caractère convenable aux Faunes introduits sur la scène (Art. poét. 244.).