LES DEUX CORTEGES.

Deux cortèges se sont rencontrés à l'église.
L'un est morne:—il conduit le cercueil d'un enfant;
Une femme le suit, presque folle, étouffant
Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.

L'autre, c'est un baptême:—au bras qui le défend
Un nourrisson gazouille une note indécise;
Sa mère, lui tendant le doux sein qu'il épuise,
L'embrasse tout entier d'un regard triomphant!

On baptise, on absout, et le temple se vide.
Les deux femmes alors, se croisant sous l'abside,
Echangent un coup d'oeil aussitôt détourné;

Et—merveilleux retour qu'inspire la prière—
La jeune mère pleure en regardant la bière,
La femme qui pleurait sourit au nouveau-né!