III.

Ernaut s'enfuit à grands coups d'éperons, et Raoul au cœur félon le poursuit et le presse... Il regarde de côté et aperçoit au loin son neveu, le noble baron Rocoul de Soissons, aussi neveu du comte Bernier. Il tourne vers lui sa course et l'appelle à grands cris; car il a peur de mourir.—«Beau neveu, protégez-moi contre la fureur de Raoul. Il m'a coupé le poing dont je tenois mon écu et qui seul pouvoit me défendre; il me menace de m'arracher la tête.»

—Rocoul frémit à ces mots. «Oncle, dit-il, point ne vous sert de fuir; Raoul aura bataille.»

Et le vaillant chevalier pique son coursier de ses éperons d'or, brandit sa lance à manche de pommier et frappe Raoul sur son écu. Raoul riposte; et les lances se cassent sur les hauberts, sans que les deux chevaliers aient perdu les arçons.

A cette vue, le comte de Cambrai entre en fureur, saisit sa grande épée d'acier, brise le heaume de Rocoul, et la rabattant sur l'étrivière gauche, lui tranche le pied qui tombe avec l'éperon.

Raoul se réjouit à cet aspect, et d'un ton dédaigneux: «Vois, dit-il, Ernaut est manchot et toi boiteux; vous voilà bons à devenir l'un garde, l'autre portier.»

—«Mon oncle, dit Rocoul au comte de Douai, j'espérois vous venir en aide; mais, hélas! mon secours ne pourroit plus maintenant vous sauver.»