V.

Et il se remet à fuir dans la vallée....

Raoul a levé la tête, l'a aperçu, et déjà s'est précipité sur ses pas, en lui criant de toute la force de ses poumons: «Ernaut! j'ai désiré ta mort, et ce glaive me va satisfaire.»

«Je n'en puis; mais, sire, puisque telle est ma destinée, répond Ernaut, pour qui toute joie et tout espoir sont perdus, hélas! point ne me sert de me défendre.»

Et il s'enfuit, ne sachant où se blottir. Telle peur il a, qu'à peine il se peut soutenir; et il sent que Raoul approche et va l'atteindre! «Grâce! Raoul, merci, crie-t-il, je suis jeune encore et ne veux pas mourir; je me ferai moine et servirai Dieu.... Tous mes fiefs seront à toi.....

—«Non, dit Raoul, il est temps d'en finir; ce fer va te couper le cou. Ni hommes, ni saints, ni Dieu ne pourroient te sauver.»

A ces paroles, Ernaut jette un soupir....

Mais son cœur lui revint aussitôt, car il a entendu renier Dieu.

—«Raoul, vil mécréant, lui crie-t-il, en hochant la tête, trop plein d'orgueil, de félonie et d'outrecuidance, chien enragé qui renie Dieu et son amitié, sache bien que si le Roi de gloire avoit pitié de moi, tu ne me frapperois pas!...»