SCÈNE PREMIÈRE.
ALPHONSE, CHOEUR DE PEUPLE, en dehors.
INTRODUCTION.
LE CHOEUR.
Du prince, objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.
ALPHONSE.
Ah! ces cris d'allégresse et ces chants d'hyménée
Jettent le trouble dans mon coeur!
Elvire que j'adore en vain m'est destinée
Le remords malgré moi se mêle à mon bonheur.
O toi! jeune victime
Dont j'ai trahi la foi,
Je vois avec effroi
Le malheur qui t'opprime.
Fenella, cache-moi
Ton courroux légitime;
Pour expier mon crime,
Je veillerai sur toi.
Ah! ces cris d'allégresse et ces chants d'hyménée
Jettent le trouble dans mon coeur!
Elvire que j'adore en vain m'est destinée:
Le remords malgré moi se mêle à mon bonheur.
LE CHOEUR, en dehors.
Du prince, objet de notre amour,
Chantons l'heureuse destinée:
Les flambeaux d'hyménée
Pour lui vont briller en ce jour.
SCÈNE II.
ALPHONSE, LORENZO.
ALPHONSE.
Lorenzo, je te vois, réponds ami fidèle,
De Fenella sais-tu quel est le sort?
LORENZO.
Seigneur, je l'ignore, et mon zèle,
Pour découvrir sa trace, a fait un vain effort.
ALPHONSE.
De mes coupables feux, ô suite trop cruelle!
Hélas! son malheur est certain.
LORENZO.
Quand Naples retentit du bruit de votre hymen,
Quand la jeune et charmante Elvire
Consent à vous donner sa main,
Quel intérêt en ce jour vous inspire
La fille d'un pêcheur et son obscur destin?
ALPHONSE.
Quel intérêt?… Le remords qui m'accable.
J'ai su m'en faire aimer en lui cachant mon nom;
Et je suis d'autant plus coupable,
Que son destin étrange et misérable
Rend plus facile encore ma lâche trahison.
LORENZO.
Qu'entends-je?
ALPHONSE.
La parole à ses lèvres ravie
Par un horrible événement,
La livrait sans défense à l'infidèle amant
Dont l'abandon empoisonna sa vie.
Aimable fille, alors je t'ai chérie.
Dans ces entretiens pleins d'attraits,
Où nos coeurs semblaient se confondre,
Muette, hélas! tu m'entendais:
Tes yeux seuls pouvaient me répondre.
LORENZO.
De cet indigne amour vous avez triomphé?
ALPHONSE.
Ce n'est pas ma raison qui l'a seule étouffé:
J'oubliai ma victime en adorant Elvire:
Elle prit sur mes sens un souverain empire.
Mais ne sois pas surpris qu'en ce jour fortuné,
Où l'amour va m'unir à celle que j'adore,
Ami, la pitié parle encore
Pour celle que j'abandonnai.
Depuis un mois elle a fui ma présence,
Et sa mort…
LORENZO.
Écartez un présage odieux:
Peut-être votre père a voulu, par prudence,
La soustraire à vos yeux.
Vous connaissez son humeur inflexible,
A ses sujets comme à son fils terrible.
Vous le savez; on craint que sa rigueur
De ce peuple opprimé ne lasse la douleur.
ALPHONSE.
Mais du cortège qui s'avance
J'entends déjà les accents solennels,
Cher Lorenzo, de la prudence!
Viens rejoindre mon père et nous suivre aux autels.
SCÈNE III.
ELVIRE, LE CHOEUR.
(Marche et cortège; Elvire paraît entourée de jeunes filles espagnoles ses compagnes, de seigneurs napolitains, des dames précédent son arrivée: de jeunes Napolitaines lui présentent des fleurs.)
LE CHOEUR.
Alphonse épouse la plus belle;
Et quand le ciel forme leurs noeuds,
Que Naples soumise et fidèle
Redouble ses chants et ses jeux!
Rendons hommage à la plus belle!
ELVIRE.
Plaisir du rang suprême, éclat de la grandeur,
Vous n'êtes rien auprès de mon bonheur.
AIR.
A celui que j'aimais c'est l'hymen qui m'engage;
Dans mon âme ravie où règne son image,
Est-il un seul désir qui puisse être formé,
S'il m'aime autant qu'il est aimé?
O moment enchanteur!
Pour ma fidèle ardeur
Je sens battre mon coeur!
Quel jour prospère!
Plus de mystère;
Heureuse et fière,
Je puis parler de mon bonheur.
(Aux jeunes filles qui l'entourent.)
O mes jeunes amies,
Mes compagnes jolies,
Loin de notre patrie,
Vous qui m'avez suivie,
Partagez mon bonheur!
O moment enchanteur! etc.
Et vous que sur mes pas, pour ce lointain rivage,
L'Espagne vit partir,
Par vos chants, par vos jeux, des bords heureux du Tage
Rappelez-moi le souvenir.
(Elvire s'assied entourée de sa cour.)
BALLET.
(L'on exécute plusieurs danses espagnoles et napolitaines. A la fin du ballet, on entend un grand bruit.)
ELVIRE, se levant.
Dans ces jardins quel bruit se fait entendre?
UNE DAME D'HONNEUR.
C'est une jeune fille: elle fuit des soldats,
Accourt en ces palais et tend vers vous les bras.
SCÈNE IV.
LES PRÉCÉDENTS, FENELLA, poursuivie par Selva et par des gardes. (FENELLA entre avec effroi; elle aperçoit la princesse et court se jeter à ses genoux.)
ELVIRE.
Que voulez-vous? parlez.
FENELLA. Elle fait signe à la princesse qu'elle ne peut parler, mais que rien n'égalera sa reconnaissance, et par ses gestes suppliants elle la conjure de la dérober aux poursuites de Selva.
ELVIRE, la relevant.
Je saurai te défendre.
Quand mon bonheur est si grand aujourd'hui,
Pourrais-je aux malheureux refuser mon appui?
(A Selva.)
Quelle est donc cette infortunée?
SELVA.
La fille d'un pêcheur. L'ordre du vice-roi
Depuis un mois la tient emprisonnée;
Mais ce matin, bravant une sévère loi,
Elle a brisé ses fers.
ELVIRE.
Quel peut être ton crime?
FENELLA. Elle répond qu'elle n'est point coupable; elle en atteste le ciel.
ELVIRE.
Qui troubla ton repos?
FENELLA. Elle fait signe que l'amour s'empara de son coeur, et qu'il a causé tous ses maux.
ELVIRE.
Hélas! pauvre victime!
Je te comprends: l'amour a su toucher ton coeur.
Mais de tes maux quel est donc l'auteur?
FENELLA. Elle fait signe qu'elle l'ignore; mais il jurait qu'il l'aimait, il la pressait contre son coeur; puis, montrant l'écharpe qui l'entoure, elle fait entendre qu'elle l'a reçue de lui.
ELVIRE.
Cette écharpe, il te l'a donnée!
FENELLA. Elle soupire et fait signe que oui.
ELVIRE.
Mais dans ces lieux qui t'a donc entraînée?
FENELLA. Elle désigne Selva; il est venu l'arrêter, malgré ses larmes et ses prières. Faisant le geste de tourner une clé et de fermer les verrous, elle exprime qu'on la plongea dans un cachot. Là elle priait, triste, pensive, plongée dans la douleur; quand tout à coup l'idée lui vint de se soustraire à l'esclavage. Montrant la fenêtre, elle fait signe qu'elle a attaché des draps, qu'elle s'est laissée glisser à terre, qu'elle a remercié le ciel. Mais elle a entendu le qui vive de la sentinelle; on l'a mise en joue; elle s'est sauvée à travers le jardin, a aperçu la princesse, et est venue se jeter à ses pieds.
ELVIRE.
Que ses gestes parlants ont de grâce et de charmes!
Jeune fille! sèche tes larmes,
Je veux te protéger auprès de mon époux;
De ta douleur je serai l'interprète.
FENELLA. Elle lui témoigne sa reconnaissance.
LORENZO, sortant de la chapelle.
Voici de votre hymen la pompe qui s'apprête,
Princesse, et dans le temple on n'attend plus que vous.
(La marche commence; Elvire et tout le cortège entrent dans la chapelle. Selva place différents postes de soldats qui empêchent le peuple d'avancer.)
LE CHOEUR.
O Dieu puissant! Dieu tutélaire!
Du haut des cieux
Entends nos voeux!
(Le peuple se presse à l'entrée du péristyle, et regarde dans l'intérieur du temple la cérémonie qui est censée commencée. Fenella se lève sur la pointe des pieds, et fait aussi ses efforts pour voir, mais la foule l'en empêche.)
Dieu puissant! Dieu tutélaire!
Nous t'implorons â genoux.
(Tout le monde se met à genoux, et Fenella aussi.)
Daigne exaucer notre prière,
Et bénis ces heureux époux!
Dieu tutélaire!
SELVA, regardant.
O quel spectacle auguste et solennel!
Ce couple heureux s'avance vers l'autel.
Dans leurs regards quelle tendresse brille!
FENELLA. Elle regarde pendant que tout le monde est à genoux, et ses gestes expriment la surprise et la douleur; elle ne peut en croire ses yeux, et s'élance vers le péristyle.
LE CHOEUR DE SOLDATS.
Mais que veut cette jeune fille?
Loin du temple retirez-vous:
Du vice-roi redoutez le courroux.
FENELLA. Elle les supplie de la laisser passer: il y va de son repos, de son bonheur. Elle se désespère de ne pouvoir expliquer ce qui l'intéresse si vivement.
ENSEMBLE.
LE CHOEUR DES SOLDATS.
Jeune fille, n'approchez pas!
Loin de ces lieux portez vos pas.
LE CHOEUR DU PEUPLE, _bas à FENELLA.
Jeune fille n'approchez pas!
Craignez ces farouches soldats.
FENELLA. Elle redouble ses instances, se tord les mains de désespoir. Il faut absolument qu'elle voie le prince: c'est elle qui est son épouse; c'est à elle qu'il a donné sa foi. Elle veut pénétrer dans le temple pour interrompre la cérémonie.
SELVA.
Pour prix de tant d'audace,
Craignez qu'on ne vous chasse
De ces lieux révérés, au profane interdits!
FENELLA. Elle les supplie encore.
CHOEUR DU PEUPLE, regardant dans la chapelle.
Ils sont unis!
FENELLA. Elle pousse un cri, et tombe sur un siège, dans le plus grand désespoir.
SCÈNE V.
LES PRÉCÉDENTS, ALPHONSE, donnant la main à Elvire, et entouré de tous les seigneurs de la cour.
LE CHOEUR.
Quel bonheur! quelle ivresse!
Par nos chants d'allégresse
Célébrons en ce jour
Et l'hymen et l'amour.
ELVIRE, à Alphonse.
Je veux que cette journée
Commence par des bienfaits;
Et je vois une infortunée
Qui près de vous demande accès.
(Allant à Fenella, qu'elle prend par la main.)
Approchez-vous. Sa main est tremblante et glacée.
(A Alphonse.)
Par un perfide amant elle fut offensée,
Et contre un séducteur et parjure et cruel,
Elle vient implorer votre justice.
ALPHONSE, la regardant.
O ciel!
ENSEMBLE.
ALPHONSE.
O funeste mystère!
C'est elle que je vois!
Pour finir ma misère,
O terre, entr'ouvre toi.
ELVIRE.
Quel est donc ce mystère?
Parlez, répondez-moi.
Dieu! quel soupçon m'éclaire
Et me glace d'effroi?
LE CHOEUR.
Quelle est cette étrangère
Qu'en ces lieux j'aperçois!
Quel est donc ce mystère
Qui les glace d'effroi?
ELVIRE, allant à Fenella
Rendez le calme à mon coeur éperdu;
Alphonse vous est-il connu?
FENELLA. Elle répond que oui.
ALPHONSE.
Le regret me déchire et le remords m'accable.
ELVIRE.
Achevez… j'ai frémi!
FENELLA. _Elle continue, et dit par ses gestes: celui qui m'a trompée, celui qui m'a donné cette écharpe, celui qui m'a trahie…
ELVIRE.
Eh bien! ce coupable!
FENELLA. Elle montre Alphonse de la main.
ELVIRE.
C'est lui?
ENSEMBLE.
ALPHONSE.
Oui, tel est ce mystère;
Oui, j'ai trahi ma foi.
Pour finir ma misère,
O terre, entr'ouvre toi!
ELVIRE.
Voilà, donc ce mystère
Qui me glace d'effroi.
Un jour affreux m'éclaire!
Tout est fini pour moi!
LE CHOEUR.
O funeste mystère
Qui les glace d'effroi
C'est pour cette étrangère
Qu'il a trahi sa foi.
LE CHOEUR DE SOLDATS, montrant Fenella.
Amis, punissons cette audace,
Et que ses pleurs ne nous désarment pas.
ELVIRE.
Qu'on l'épargne, je lui fais grâce!
Non, non, n'arrêtez point ses pas.
(Fenella regarde avec égarement Alphonse et Elvire, et s'enfuit au milieu dit peuple qui lui ouvre un passage. On la voit disparaître à travers la colonnade du fond.)
ENSEMBLE.
LE CHOEUR DE SOLDATS.
Partons, courons, suivons ses pas,
Amis, punissons cette audace.
ELVIRE ET LE PEUPLE.
Non, non, n'arrêtez point ses pas,
Qu'on l'épargne, je lui fais grâce.
ALPHONSE.
Terre, entr'ouvre toi sous mes pas,
Je ne mérite point de grâce.