ACTE PREMIER.

Un pieux évêque avait une grande dévotion au bienheureux saint André, et menait une vie exemplaire dans son diocèse. Le Diable eut envie de l'éprouver, et il le fit assez adroitement.

Il prit la figure d'une femme extrêmement belle, se rendit au palais de l'évêque, et demanda à lui faire la confession de ses fautes. Le prélat fit répondre à la dame qu'elle pouvait s'adresser à son vicaire, entre les mains de qui il avait remis toute sa puissance de lier et de délier les péchés. Mais la dame replique qu'elle ne veut absolument révéler les secrets de sa conscience qu'à l'évêque en personne, et qu'elle a ses raisons pour cela.

Le prélat fut obligé de se rendre, et la belle dame fut introduite dans l'oratoire épiscopal.—«Seigneur, dit-elle, en s'avançant avec une modestie séduisante, daignez me recevoir en commisération. Je suis fille d'un roi; et, malgré la délicatesse de mon tempérament, je suis venue à pied jusqu'ici, sous un habit de pélerine. Mon père est un souverain puissant qui m'a promise en mariage à un grand prince. Mais, comme je ne puis plus consentir à des unions charnelles[265] depuis que j'ai consacré ma virginité à Jésus-Christ, j'ai répondu à mon père que le lit conjugal ne m'inspirait que de l'horreur. On ne fit point attention à mes refus; il fallait bientôt me rendre à la cruelle volonté de mon père, et prendre un époux, ou me préparer à subir divers supplices inouïs. C'est pourquoi je pris secrètement la fuite, aimant mieux plaire à Jésus-Christ que de m'engager sous le joug du mariage. J'entendis bientôt parler de votre sainteté, et je me réfugie sous votre protection, dans l'espoir d'y trouver le repos, d'y vivre dans la dévotion, et d'attendre en paix les douceurs du ciel, loin des orages de ce monde.»

[265] Nunquàm possem in carnalem copulam consentire.

Le prélat, ravi de trouver, dans la dame inconnue, tant de noblesse et de beauté, avec une piété si fervente et une éloquence si persuasive, lui répondit d'une voix bénigne:—Vivez ici, ma fille, dans la sécurité et l'espérance. Celui pour l'amour de qui vous avez méprisé si courageusement votre famille, vos biens et les vanités mondaines, vous donnera ses grâces en ce monde et vous fera partager sa gloire dans l'autre. Pour moi, qui ne suis que son serviteur, je vous offre tout ce que je puis, et tout ce que je possède. Choisissez ici le logement qui vous plaira, et venez dîner avec moi.

La dame répliqua:—Seigneur, si l'on sait cet arrangement, on pourra en médire; et je ne voudrais point gâter votre sainte réputation.—Nous ne serons point seuls à table, répondit l'évêque, car j'ai aujourd'hui plusieurs convives; et je ne pense pas que nous ayons à craindre les soupçons.