III
Comment le héraut de France apporta la réponse que lui
avaient faite les barons d'Espagne.
Quand le héraut fut de retour à Paris, il s'en alla descendre au palais, puis il entra dans la chambre où était le roi, auquel il dit: «Sire, qu'il vous plaise savoir que je viens de Ségovie, où j'ai trouvé le peuple qui tient la reine assiégée. J'ai présenté vos lettres aux barons et aux capitaines de l'armée, qui se sont assemblés et les ont fait lire par un de leurs officiers; après quoi, ils m'envoyèrent quérir, me firent réponse de bouche, disant qu'ils s'étonnaient de ce que vous preniez souci d'une chose qui en rien ne vous touche, et que vous ne vous mettiez pas en peine de les venir chercher: car, malgré vos lettres et toutes vos menaces, ils ne laisseront pas de mettre fin à leur entreprise, vu qu'ils n'ont rien à faire avec vous. Je les requis de me donner réponse écrite; mais ils me répondirent que je n'en recevrais point, et que j'eusse à quitter le pays en six heures. Quand je vis que je ne pouvais faire autre chose, je partis promptement. Il me semble, au surplus, que la ville est assez forte pour tenir longtemps, et même elle est bien pourvue de vivres.»
Quand le roi entendit la réponse, il fut bien mécontent, et non sans cause; mais les barons de France en étaient fort joyeux, car ils désiraient que le roi y allât en armes, comme il fit. Il manda ses barons, capitaines et chefs de guerre, et, à la fin de mai, les rois de France et d'Espagne partirent de Paris avec quarante mille combattants, et vinrent passer à Bordeaux, d'où ils allèrent à Bayonne [40].
Note 40:[ (retour)] Bordeaux, chef-lieu du département de la Gironde, grand port marchand. -- Bayonne, sous-préfecture du département des Basses-Pyrénées, port de mer.