III

Geneviève est demandée en mariage.

Bien que Geneviève apportât fort peu de soin à faire ressortir sa beauté naturelle, cela n'empêcha pas qu'elle ne fût recherchée par un nombre infini d'admirateurs. Parmi ceux qui la demandèrent en mariage, Sigifrius, ou Sifroy, ne fut pas le plus malheureux, puisqu'il obtint ce que tant d'autres avaient désiré.

Le jeune seigneur, ayant appris de la renommée une partie des perfections de la princesse, en voulut plutôt croire ses yeux que le bruit commun.

Le voilà en chemin avec un équipage si magnifique, qu'il ne laissa à aucun de ses rivaux la possibilité de soutenir la comparaison.

Étant arrivé, il alla tout aussitôt faire la révérence au prince et à la princesse sa femme, qui lui permirent de saluer leur fille Geneviève, à laquelle il fit toutes les offres de services qu'on pouvait attendre d'un attachement sincère. «Je n'ai jamais rien contemplé de si suave!» s'écria-t-il après l'avoir vue.

D'abord, il n'était attentif qu'aux charmes de sa figure; mais il ne l'eut pas entretenue deux fois qu'il la trouva remplie de tant de douceur et d'une telle modestie, que son affection en fut doublée. Il alla donc trouver le prince et la princesse de Brabant, auxquels il déclara le motif de son voyage.

«Si vous êtes, leur dit-il, aussi favorable à mes projets que votre douceur me le fait espérer, je m'estimerais le plus heureux des hommes. Je ne suis point, grâce à Dieu, sorti d'une maison dont le nom ne puisse être cité avec honneur; et, quand la gloire de mes ancêtres n'ajouterait rien à mon mérite, je ne suis pas, par moi-même, un parti à dédaigner. La fortune m'a donné assez de biens pour que je puisse soutenir la dignité de votre race; et, quand ces biens seraient moindres, je ne pourrais vous taire la vive affection que j'ai pour la princesse votre fille, non pas tant à cause de sa beauté, qui est incomparable, qu'à cause de ses vertus qui sont sans exemple. C'est donc à vous de faire ma joie ou ma peine.»

Il est peu de sages filles qui ne soient inquiètes quand on leur parle de contracter mariage et de quitter le toit paternel. Geneviève fut bien troublée; mais ses parents accueillirent Sifroy, et par obéissance elle devint dame palatine[8].

[Note 8: Les anciens seigneurs du Palatinat s'appelaient palatins. Le Palatinat, divisé en bas et haut Palatinat, s'étendait autrefois sur les deux rives du Rhin, entre la Souabe, Bade et la Westphalie. Primitivement, les comtes palatins étaient des officiers chargés de rendre la justice dans les palais de l'empereur. Le Palatinat devint peu à peu leur domaine héréditaire.]