XXX

Geneviève et Bénoni dans les bois.

Cependant Bénoni, arrivait à sa septième année. Sa mère n'oubliait rien de ce qui pouvait servir à son instruction. Le matin et le soir elle le faisait mettre à genoux devant la croix, et jamais ne lui permettait de téter sa biche qu'après avoir prié Dieu à genoux. Une fois il lui dit: «Ma mère, vous me commandez souvent de dire: Notre père qui êtes aux cieux. Qui donc est mon père?

--Ah! mon cher fils, cette demande est capable de faire mourir votre pauvre mère.»

Elle se pâma en effet; puis se relevant, elle l'embrassa et dit: «Mon enfant, votre père, c'est Dieu: le ciel est le lieu où il demeure.

--Me connaît-il bien? reprit l'enfant.

--Mon fils, n'en doutez pas; il vous connaît et vous aime.

--D'où vient donc qu'il permet toutes les misères dont vous vous plaignez?

--Ces misères-là sont le plus grand signe de sa faveur. Les richesses ne sont que des moyens de se perdre, et qui souffre ici-bas est récompensé là-haut. Dieu est un grand et riche père de famille dont nous sommes tous les enfants. Il a des trésors infinis à donner à ceux qui restent purs de tout crime dans la vie qu'il leur donne à remplir. Ceux qui l'offensent, il les fait châtier dans l'enfer, qui est un lieu plein de fournaises et de tourments. Le lieu où sont récompensés ceux qui ont souffert, c'est le paradis.

--Et quand irons-nous, ma mère? Je voudrais y être déjà.

--Cher enfant, nous irons après notre mort.»