V.

ANNEE 1213.

De la bataille qui fu en Lombardie contre ceux de Milan et ceux de Pavie.

Incidence.—En celle année fu une bataille en Lombardie en la terre de Cremonne. Car en l'an qui devant eut esté, si comme ceux de Pavie conduisoient Federic, le nouvel empereur, en la cité de Cremonne, ceux de Milan se combatirent à eux près d'une cité qui est nommée Laude[213]: si n'avoit que cinquante-trois ans que le grant Federic l'avoit fondée, qui aieul eut esté à celluy Federic qui lois estoit empereur. Ceux de Milan n'osèrent envaïr ceux de Pavie en la présence l'empereur, ainçois attendirent tant que il[214] l'orent convoié jusques à Cremonne.

Note 213: Laude. Lodi.

Note 214: Il. Les gens de Pavie.

En ce que il s'en retournoient, il saillirent soubdainement de leur embuschement et les seurprindrent tous despourveus, comme ceux qui d'eux ne se donnoient garde. Pour ceste raison conceurent ceux de Pavie et ceux de Cremonne mortel haine contre ceux de Milan, mais il pourloingnièrent la vengence de ce fait jusques en lieu et en temps. Ceux de Milan qui de perpetuel haine ont hay le linage le grant Federic qui jadis les eut tous desconfis en bataille par l'aide des Pavignons, abatues et planées jusques en terre toutes leur tours, n'attendirent pas tant que ceux de Pavie se meussent contre eux pour leur honte vengier, ains issirent à grant ost et envaïrent la terre de Cremonne: mais les Cremonnois issirent contr'eux à bataille à tout leur forces. Leur eschieles ordonnèrent qui moult estoient mendres que celles de leur ennemis. Avant jurèrent tous sur sains que sé il avenoit que il eussent bataille, que nul n'entendroit à proye né à homme rendre, fors à trespercier la bataille, à occire et craventer leur ennemis. Et pour ce que la sollempnité de Pentecouste afferoit à celle journée, il mandèrent et supplièrent à leur ennemis que il leur voulsissent mettre la bataille à l'endemain pour la hautesce du saint jour. Mais ceux de Milan qui de tousjours heent les sains jours (et ont adès[215] de coustume que il nourrissent et soustiennent la partie des bougres et des hereses comme ceux qui de tel vice sont corrompus), ne s'i vouldrent accorder. Et pour ceste raison meismement que il doubtoient que leur force ne creust en si pou de temps, puis que ceux de Cremonne virent que combattre leur convenoit, il se combatirent à eux en l'espérance de l'aide Nostre-Seigneur, en la manière que il avoient juré et proposé. Et les desconfirent assez briement. Ne demoura pas long-temps après que ceux de Milan orent leur force rappareillée, et entrèrent à grant ost en la terre à ceux de Pavie et assistrent un leur chastel. Ceux de Pavie issirent hors contr'eux à batailles ordennées. Quant ceux de Milan les virent venir ainsi chaux et engrés d'eux combatre, il boutèrent le feu en leur heberges pour retarder et pour refrener leur force. Ceux de Pavie qui moult estoient entalentés de combatre trespassèrent parmi les feux ainsi comme tous forsenés, à eux se combatirent et les chacièrent honteusement du siège; maint en occistrent et prisrent; à leur tentes retournèrent, et prisrent tentes et paveillons, et toute leur vaisselemente et quanqu'il trouvèrent en leur heberges.

Note 215: Adès. Toujours. Ce mot doit avoir été formé de «tota Die.» On disoit aussi: Tot adès dans le même sens.

En telle manière furent desconfis ceux de Milan deux fois en un an, en vengence Nostre-Seigneur, pour le grant crime de diverses hérésies dont il sont entechiés, et pour la faveur que il portoient à Othon, empereur escommenié et déposé.