XLVIII.
ANNEE 1248.
Des messages au roy d'Arménie envoiés au roy de France.
Le roy d'Arménie oï dire à certaine gent que le roy de France estoit en Chipre, si luy envoia deux évesques et deux chevaliers qui apportèrent dons, et présens et lettres. Il luy escripvoit qu'il mettoit son royaume tout entier à sa volenté. Le roy reçut les messages moult honnourablement, et entendi par eux qu'il avoit grant descort entre le roy d'Arménie leur seigneur et le duc d'Antioche. Et si avoit ce descort duré moult longuement, et requéroit le roy d'Arménie qu'il luy plust qu'il mandast au duc d'Antioche qu'il se voulsist accorder à faire paix; et de tous les contens qui estoient entr'eux, en toutes manières, le roy d'Arménie se mettoit sus le roy de France, et qu'il en voulsist ordonner tout à sa volenté.
Quant le roy ot entendu les messages, il manda au duc d'Antioche que ce n'estoit point bonne chose né honneste d'avoir descort entre les princes crestiens qui devoient estre d'une meisme volenté. «Pour laquelle chose nous vous prions que vous vous souffrez[444] de mener guerre contre le roy d'Arménie qui est de nostre foy et de nostre créance; et sé il a vostre terre adommagie ou fait autre dommage, il vous sera restoré par nous et par nostre conseil.»
Note 444: Vous vous souffrez. Vous laissiez, vous vous absteniez.
A la paix s'accorda le prince d'Antioche sus telle condicion que le bon roy de France luy presteroit cinq cens arbalestriers pour garder sa terre et deffendre contre ceux de Turquie qui par maintes fois l'avoient assailli et grevé.