IX.
De la bataille du conte d'Armignac et du conte de Fois.
ANNÉE 1293 En l'an de grace mil deux cens et quatre vingt et treize, le conte d'Armignac contre le conte Raymont Bernart de Fois, lequel il avoit appellé de traïson à Gisors, environ la Penthecoste, devant Phelippe le roy de France et les barons, fu contraint à combattre encontre le dit conte de Fois en champ, seul à seul. Mais aux prières du conte Robert d'Artois, la besoigne et le descort d'iceux le roy de France prist sur luy, et de la bataille qu'il avoient jà commenciée les fist retraire.
Et adecertes en cest an, Edouart le roy d'Angleterre pluseurs fois et solempnellement à la court le roy de France fu semons, pour les injures et malefaçons les quelles ses hommes avoient faites aux hommes du royaume de France et de Normendie et d'ailleurs; venir n'i voult, ainsois au commandement le roy de France despit et contredit. Mais pour ce que à fausse conscience et à conseil plain de fraude peust l'iniquité qu'il avoit commenciée parfaire, dist-l'en qu'il manda au roy de France que il luy quittoit quelconque chose qu'il tenoit de luy en fié né poursivoit; car il cuidoit et espéroit ce et plus par force d'armes acquerre et ce, sans hommage de quiconque, dès ore mès tenir. Et en cest an ensement, au mois de juignet, Noion, une cité de France, fu toute arse et embrasée fors les abbaïes de Sainct-Eloi et de Sainct-Barthélemi. Et aussi en icest an meisme, Henri d'Espaigne, lequel le roy de Secile avoit tenu en prison par l'espace de vint-six ans, s'en ala à son neveu Sancion[128] le roy d'Espaigne. Et en ice meismes an, Guillaume l'évesque d'Aucuerre moru, auquel succéda en la dite éveschié Pierre évesque d'Orliens, et renonça à l'éveschié d'Orliens: et fu mis en sa place Frédéric le fils au duc de Lorraine, qui en discorde avoit esté esleu évesque d'Aucuerre, après la promocion du devant dit Pierre.
X.
Coment le roy Edouart s'esmut, et coment le conte d'Acerre[129] fu destruit pour ses mesfais.
ANNÉE 1294 Après, en l'an de grace mil deux cens quatre vingt quatorze, Edouart le roy d'Angleterre contre le roy Phelippe de France apertement et puissamment s'esmut, et envoya en Gascoigne, par navie, moult très grant foison de sa gent les quiex l'île de Ré vers La Rochelle en Poitou, qui de la part le roy de France se tenoit, destruirent toute, et occirent la gent et l'embrasèrent et brulèrent par feu. Et puis d'ilec vers Bourdiaus nagièrent[130] les Anglois, et le chastiau de Blaives et trois villes ou chastiaus sus la mer occupèrent et prisrent, et les gens du roy de France qui les gardoient deschacièrent et gettèrent vilainement, en occiant aucuns par la tricherie des Gascons. Et comme après il venissent à Bourdiaus, né ilec pour Raoul, le seigneur de Neelle, connestable de France qui dedens estoit, ne péussent aucune chose attempter né faire, lors vers la cité de Baionne retournèrent leur navie, laquelle, par la traïson de ceux qui estoient ens la cité, reçurent dès maintenant abandon, et assaillirent longuement les François qui en la forteresse du chastel estoient; et à la fin après ce d'ilec les enchacièrent.
Et en icelui an aussi, le conte d'Acerre en Puille, lequel Charles, le roy de Secile, avoit establi garde de sa conté de Prouvence, fu trouvé et esprouvé très pesme[131] sodomite et traitre de son seigneur; et fu pris par le commandement du roy, et fu de son derrière[132] jusques à la bouche en une broche de fer ardant transfichié, et après fu ars. Adonques en icel tourment regéhi coment Charles le roy de Secile, père d'icelui Charles, il avoit retrait par traïson de la cité de Messines qu'il avoit assegiée; et coment, après Charles prince de Salerne son fils, s'estoit laissié prendre[133]; et coment il destourna les Seciliens qui icelui prince pris vouloient restablir en honneur royal, et les Arragonois aussi de leur terre chacier les desloa.