XL.

Coment l'évesque de Pamiés fu mis en prison.

Et aussi en icest an, le premier évesque de Pamiés[164] qui du roy de France paroles contumelieuses et plaines de blasme et de diffame en moult de lieux avoit semé, et pluseurs, si comme l'en disoit, avoit fait esmouvoir contre sa majesté, pour ce fu appelle à la court le roy, et jusques à tant que il se fust espurgié, sous le nom de l'archevesque de Nerbonne, de sa volenté, fu en sa garde détenu[165]. Et jasoit que contre cel évesque les amis du roy de France fussent griefment esmeus, toutesvoies le roy de sa bénignité ne souffri pas icelui évesque en aucune chose estre molesté né malmis, sachant et entendant de grant courage estre injurié en la souveraine poesté et le souffrir, né en seurquetout le prince estre blescié, aucun estre blescié, glorieux[166]. Et en icest an ensement, au moys de février, l'archédiacre de Nerbonne envoié de par le pape Boniface, vint en France dénonçant de par ice pape au roy de France qu'il rendist icelui évesque sans delay; et luy monstra les lettres ès quelles le pape de Rome mandoit au roy de France que il vouloit qu'il sceut tant ès temporelles choses comme ès spirituelles estre soumis en la jurisdiction du pape de Rome, et ensement au roy dist, si comme ès lettres estoit contenu, que des églyses des ore mais en avant né des provendes vacans en son royaume, jasoit ce qu'il eust la garde de eux, les usufruits, les profis ou les rentes à luy ne préist né présumast détenir, et que tout ce gardast le roy aux successeurs des mors; et, avec tout ce, rappelloit celui souverain pape de Rome toutes les faveurs, graces et indulgences lesquelles pour l'aide du royaume de France au roy avoit ottroié, pour la raison de la guerre, en dénéant luy que aucune collacion de provendes ou de bénéfices ne entreprist à lui usurper, tenir et poursuir; laquelle chose des ore en avant sé faisoit, le pape tout ce vain et faux tenoit, et luy et ceux qui à ce seroient consentans hérites les réputoit. Et lors icelui arcédiacre devant dit, message du pape Boniface, semont tous les prélas du royaume de France, avecques aucuns abbés et maistres en théologie et de droit canon et civil, à venir à Rome ès kalendes de novembre prochain venant, personelment pour eux devant le pape comparoir. Et en icest an ensement, au moys de janvier, l'éclipse de la lune du tout en tout horriblement fu faicte. Et après ce, Phelippe roy de France rendi au message le pape l'évesque de Pamiés, et leur commenda que hastivement de son royaume départissent. Et après ce, en la mi-caresme ensuivant, icelui roy de France Phelippe-le-Biau assembla à Paris tous les barons chevaliers nobles, tous les prélas, les frères Meneurs, les maistres et le clergié de tout le royaume de France, auxquels il commanda que il déissent et demandassent vraiement et privéement aux personnes ecclésiastiques de qui il tenoient leur temporel ecclésiastique, et aux barons et chevaliers de qui leur fiés appelloient né disoient à tenir: car adecertes la magesté royale doubtoit, pour ce que le pape luy avoit mandé tant des temporels comme des espirituels à luy estre sousmis, que ne voulsist le pape de Rome dire que le royaume de France fust tenu de l'églyse de Rome. Et comme tous les prélas et ecclésiastiques déissent avoir tenu du royaume de France, lors le roy leur en rendi graces, et promist que son corps et toutes les choses qu'il avoit exposeroit et mettroit, pour la liberté et franchise du royaume en toute manière garder. Les barons et les chevaliers, par la bouche du noble conte d'Artois, après ce respondirent, disans que de toutes leur forces estoient près et appareilliés pour la couronne de France, encontre tous adversaires, estriver et deffendre. Et ainsi quant celui concile fu deslié et finé, fist lors crier la magesté royale que or né argent né quelconque marchandise du royaume de France ne fussent transportés; et cil qui contre ce feroit tout perdroit, et toutesvoies à tout le moins, en grant amende ou en grant paine de corps seroit puni. Et dès lors en avant fist le roy les issues et les pas et les contrées du royaume de France très sagement garder.

Et en icest an ensement, quant les fils de Sancion, le roy d'Espaigne pieça mors, furent légitimés par le pape Boniface, Ferrant l'aisné tint le royaume paternel. Mais Alfons et Ferrant neveus au roy Loys de France de sa fille, debatans vigueureusement leur droit, celui Ferrant laissièrent petitement régner en repos né paisiblement, mais tous jours viguereusement contre luy guerroièrent.

En cest an meime resplendissoient en France deux nobles dames veuves: c'est assavoir Blanche jadis fille monseigneur saint Loys, laquelle habitoit et demouroit en saincte conversacion à Saint-Marcel près Paris, ilec vacant au service de Dieu et en oroison: et à Tonnère en Bourgoigne estoit Marguerite, seconde femme du premier Charles roy de Secile, en l'hospital des povres, lequel elle avoit fait faire; et là faisoit service aux povres dudit hospital, et leur administrent partie de leur nécessaire, en propre personne, très dévotement et en grant humilité.

Et en ce meisme an, le mardi après Noel devant le point du jour, pluseurs maisons hautes, fortes et garnies de moult de biens furent ars et gastées par meschief, en la rue de Saint-Germain-l'Auxerrois[167] à Paris.