XVI.

De la contenance le roy Phelippe et de sa manière.

Après ce que le roy fu retourné en France, et il fu entré au siège son père, si commença à estudier en bonnes mœurs et en bonnes œuvres. L'en treuve en escripture que la félonnie du père fait tresbuchier ce dessus dessoubs[32] la maison au fils; et quant le père est sans félonnie, l'ame de son fils est plus seure et plus ferme. Ceste grant grace fist quant il mist Phelippe son fils en son siège et en son throsne; si comme il fu dit à David: Si custodierint filii tui testamentum meum et testimonia mea hec que docebo eos, et filii eorum usque in seculum sedebunt super sedem tuam.

C'est-à-dire: Sé tes enfans gardent mon commandement et font ce que je leur commande à faire, toute leur ligniée sera sage, et sera en ton siège et en ton trone. Ainsi fist le roy Phelippe, il n'oublia point ce que son père luy commanda quant il fu en sa dernière volenté, et que il usast du conseil des sages et des preud'hommes. Il usa du conseil maistre Macy abbé de Saint-Denys qui estoit homme religieux et aourné de fleur de sapience, et luy bailla toutes les causes et les besoignes de son royaume, comme et en la manière que son père le faisoit.

Puis que sa femme fu deviée, il ne voult estre sans pénitence; car il vestoit la haire et le haubert dessus pour ce qu'il peust mieux sa char estraindre et chastier; avec tout ce qu'il jeunoit et faisoit grant abstinence de viandes; et tout ce faisoit-il qu'il ne fust souillé des vices de humaine nature. Et toute ceste vie maintint-il toute sa vie jusques à la mort, pourquoy l'en pourroit dire qu'il menoit mieux vie de moine que de chevalier. Il estoit plain de belles parolles et bien emparlé; si estoit entre ses barons sage et attrempé, sans nul beuban et sans nul orgueil: par les bonnes vertus qui en luy resplendissoient tint-il son royaume en paix tous les jours de sa vie[33].