Miscellanées

EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES ARTS.

Depuis quelques jours la Société des Amis des Arts a ouvert dans la salle de ses séances, au Louvre, son exposition annuelle.

Cette société a été fondée avant la Révolution: mais son influence était alors excessivement restreinte, tant par l'exiguïté de ses revenus que par le petit nombre de peintres en France à cette époque.

La Révolution interrompit ses travaux; les derniers temps de la République et ceux de l'Empire laissèrent peu de loisir pour la culture des beaux-arts, les graves questions de la guerre faisant dominer leur intérêt puissant sur tous les autres intérêts du pays.

La paix, avec la Restauration, jeta tout à coup dans les arts une foule inoccupée. Les grands noms des Gérard, des Gros, des Prud'hon, des Guérin, etc., étaient seuls connus; les travaux, peu nombreux du reste, leur revenaient de droit, et les jeunes talents abandonnés s'en allaient à la merci de la faim et du désespoir. Quelques hommes éclairés, frappés de la gravité de la position, se ressouvinrent qu'il avait existé une société vouée à l'encouragement des talents naissants et malheureux; ils résolurent de la rétablir sur de nouvelles bases plus larges et plus solides. Le duc de Berry leur prêta son appui et l'autorité de son patronage, et, dans le courant de l'année 1817, la Société des Amis des Arts fut reconstituée. Parmi les artistes qu'elle prit alors sous sa protection, nous devons citer Xavier Leprince, qui lui dut une partie de ses succès.

Depuis, elle a su distinguer et former pour ainsi dire, à force de commandes, le jeune Tanneur, l'un des peintres de marine aimés du public.

Vers 1830 la Société des Amis des Arts avait été patronnée par le duc d'Orléans; la duchesse d'Orléans a accepté, au nom du comte de Paris, cette part honorable de l'héritage paternel.

Le président de la Société est M. le comte de Noé; les vice-présidents, MM. Taylor et de Gassaud.

M. le comte Caccin est trésorier; le secrétaire et les vice-secrétaires sont MM. Valpinçon et Leblanc, Brocard et Duchesne aîné.

De 1817 à 1842, la Société des Amis des Arts a fait exécuter à grands frais par nos plus habiles graveurs trente-deux précieuses reproductions des tableaux célèbres des maîtres français et étrangers.

Les principales sont: Daphnie et Chloé d'Hersent, le Zéphyr de Prud'hon, Sapho de Gros, la Sainte Anne et la vierge de Léonard de Vinci, gravées par Laugier; la psyché de Prud'hon, gravée par Müller; la Justice et la Vengeance divine de Prud'hon, gravée par Gelée: Neptune et Amphitrite de Jules Romain, gravée par Richomme; enfin le Convoi d'un aîné de famille de Léopold Robert, gravé par Prévost. Un exemplaire de ces gravures est réservé à chacun des membres actionnaires de la Société; quant aux tableaux et aux objets d'art, ils sont adjugés par la voie du sort, à la suite de l'exposition qui clôt chaque exercice.

(Exposition de la Société des Amis des Arts.)

Jamais peut-être aucune exposition de la Société des Amis des Arts n'a été aussi brillante que celle de 1845.

Sans s'écarter en rien du but qu'elle s'est proposé, celui d'encourager les jeunes talents, elle a su former une collection fort remarquable.

Nous ne saurions trop louer l'esprit qui a guidé ses choix, faits en grande partie parmi les tableaux du dernier Salon.

Nous avons particulièrement remarqué la Satisfaction, jolie composition de M. Guillemin. C'est un jeune artiste riant à coeur joie devant un tableau qu'il vient d'esquisser. Cette petite toile, remplie d'esprit, de finesse et d'observation, est en même temps fort remarquable sous le rapport du dessin et de la couleur.

Le Marécage, par M. Jules Coignel, est un charmant paysage bien peint, bien composé et d'un aspect délicieux.

Les deux paysages de M. Karl Girardet, les Bouledogues de M. Buisson, la Marine de M. Morel-Fatio, la Jeune fille et le Serin, de M. Caminade, l'Enfant et le Chien de M. Gué, le Charles-Quint de M. Coulon, et surtout le précieux petit tableau de Nature morte de M. Philippe Rousseau, nous ont paru dignes en tout de l'intérêt que la société leur a témoigné en les comprenant dans la répartition de ses fonds pour 1845.