Bulletin bibliographique

Études sur les Réformateurs ou Socialistes modernes, par M. M. Louis Reybaud. Tome second.--Paris, 1843. Guillaumin. 7 fr. 50.

Ce volume complète l'examen que M. Louis Reybaud s'était proposé de faire des diverses sectes ou théories qui ont cherché, depuis l'origine du siècle, à s'emparer de l'attention et à se créer un auditoire. Il est le résumé et la critique de quelques vues collectives, comme le premier volume était le résumé de quelques inspirations individuelles.

Le chapitre 1er, qui a pour titre: La Société et le Socialisme, forme une espèce d'introduction. M. Louis Reybaud ne croit pas, ainsi que certains détracteurs de l'ordre social essaient de le prouver, «que les efforts des générations, le travail des siècles, n'aient abouti qu'à transformer notre globe en un vaste dépôt de mendicité ou en une léproserie immonde.» Dans son opinion, les sociétés modernes ont été calomniées; elles sont au-dessus des sociétés anciennes, comme intelligence, comme bien-être. La misère, le vice et le crime, ces trois fléaux, accessoires obligés de toute civilisation humaine, n'augmentent pas, ils diminuent. Notre siècle vaut mieux sous tous les rapports que les siècles qui l'ont précédé. Est-ce à dire pour cela qu'il n'y ait rien à faire? Nullement. Sans doute, ce monde, que le christianisme a bien jugé, sera éternellement le siège de la souffrance; et quand on songe qu'aucune classe ne se dérobe à cette loi, que les plus puissants comme les plus humbles lui paient un égal tribut, on s'étonne de voir encore tant de cerveaux en quête de cette chimère que l'on nomme la perfection absolue. Mais si le mal qui afflige l'humanité ne peut pas se guérir radicalement, du moins doit-on chercher des remèdes partiels et des moyens d'atténuation. C'est ce qu'a fait M Louis Reybaud. Ainsi, il demande l'abolition de la prostitution indirecte, en commandite, collective ou enrégimentée; l'établissement du régime cellulaire dans les prisons; la destruction du compagnonnage; la création de conseils de prud'hommes, etc.; mais il recommande surtout aux classes laborieuses de savoir se contenir et se conduire. «Ce qui manque à l'ouvrier, dit-il, c'est l'esprit de calcul et de prévoyance. Avec le temps son éducation se complétera. Il a eu ses jours d'enfance et d'adolescence, il aura sa période de maturité. C'est à lui d'entrevoir déjà cet avenir et d'y aspirer, pour s'en montrer digne, il faut qu'il éteigne en lui les prétentions inquiètes et sans but, la soif des réformes impossibles, le besoin d'agitations ruineuses. Il a pour lui le titre de noblesse des sociétés modernes, le travail; soldat de l'armée industrielle, son avancement est dans ses mains, et il n'est point de haut grade auquel il ne puisse prétendre. »

Comme on le voit par ce passage que nous venons de citer, M. Louis Reybaud ne s'agite pas dans un cercle d'illusions et ne court jamais après des fantômes; aussi n'hésite-t-il pas à se déclarer l'adversaire de tous les socialistes en général, c'est-à-dire de tous les rêveurs qui cultivent avec plus ou moins de succès l'art d'improviser des sociétés irréprochables. Du reste, il n'a pas de luttes sérieuses à soutenir; sa tâche se borne pour ainsi dire à enregistrer les noms des morts. On a offert à la société, durant ces dernières années, tant de recettes du parfait bonheur, que, fort embarrassée de choisir, elle est restée ce qu'elle était, mêlée de mauvais et de bon, s'appuyant sur le passé en regardant vers l'avenir. Les écoles et les églises nouvelles se sont éteintes peu à peu dans le choc des rivalités et les défaillances de l'isolement. Toutefois, si le socialisme avoué est fini ou bien près de finir, il veut laisser une dernière empreinte dans le monde scientifique et littéraire. M. Louis Reybaud a donc cru devoir signaler trois catégories d'écrivains qui, plus ouvertement que les autres, ont sacrifié ou sacrifient encore aux chimères et aux déclamations du socialisme: les statisticiens, les philosophes et les romanciers. Quelques pages éloquentes et que tous les honnêtes gens approuveront vengent la société des calculs mensongers de quelques statisticiens, des erreurs prétentieuses de certains philosophes et des divagations intéressées de la plupart de nos romanciers. «Si les enfants perdus de la philosophie, du roman et de la statistique veulent continuer cette croisade insensée, ajoute M. Louis Reybaud en terminant, la société les laissera achever leur suicide sans s'émouvoir, sans s'irriter. A une démence obstinée et volontaire, elle ne doit répondre que par la pitié et le dédain. Tout ce qu'il lui reste à faire, c'est de souhaiter à ses détracteurs un peu de ce bon sens, présent du ciel, et dont il est plus avare qu'on ne se l'imagine; le bon sens quitte toujours les hommes qui s'enivrent d'eux mêmes et de leurs idées: c'est le premier châtiment de leur vanité et la cause d'une irrémédiable impuissance. »

Les chapitres suivants ne sont pour ainsi dire que le développement de cette espèce d'introduction. M. Louis Reybaud analyse et critique successivement les systèmes des principaux socialistes contemporains. Son second chapitre est consacré aux idées et aux sectes communistes, le troisième aux Chartistes, le quatrième à Jérémie Bentham et aux Utilitaires, le cinquième aux Humanitains. Cette suite de déviations et d'écarts auxquels notre temps est en butte, M. Louis Reybaud les rattache, dans sa conclusion, à deux causes dominantes: les inspirations de l'orgueil et les calculs de l'intérêt.--Cependant, il est trop juste pour les confondre dans une même condamnation: il fait une réserve en faveur des Utilitaires, qu'il traite peut-être trop sévèrement, et chez lesquels des qualités supérieures s'unissent à des intentions saines,--et en faveur des Humanitaires, qui, au milieu de bien des folies, ont su néanmoins se tenir en garde contre la provocation directe et la déclamation turbulente.

Dans la courte préface de ce deuxième volume, M. Louis Reybaud a cru devoir répondre à un reproche auquel il avait raison de s'attendre: «On trouvera, dit-il, que le ton de ce deuxième volume est plus sévère que ne l'était celui du premier, et que je n'ai aujourd'hui que du blâme pour des tentatives auxquelles je n'ai pas refusé naguère des encouragements et des éloges. J'irai au-devant d'une explication, et elle sera courte. Je croyais alors ces aberrations sans danger; je suis convaincu maintenant, après en avoir mieux étudié les effets, qu'elles sont dangereuses. Sans doute, au premier coup d'oeil, ces excursions dans le domaine de l'imagination peuvent être regardées soit comme une diversion innocente, soit comme un exercice utile à la pensée. L'esprit humain doit agiter des problèmes, même sans espoir de les résoudre, et souder l'inconnu, fut-ce avec témérité. Dans tous les temps il s'est produit des hommes qui se vouaient à cette tâche ingrate, et dont les convictions méritaient le respect. Leurs rêves ne troublaient ni n'empêchaient rien, et leur candeur commandait l'indulgence. Cependant, quand les chimères prennent trop d'ambition et aspirent à de trop grandes destinées, un autre devoir est tracé aux écrivains, c'est de ramener les esprits au sentiment des réalités et d'assigner des limites à la fantaisie. Voilà ou nous en sommes aujourd'hui, et pourquoi je me suis armé de plus de rigueur. Il m'a semblé que ces doctrines aventureuses n'éclairaient aucune question et les dénaturaient toutes; que, sans profit pour elles-mêmes, elles nuisaient aux notions les plus saines, les mieux vérifiées; que, par la déclamation et la jactance, elles agissaient sur quelques têtes ardentes et crédules, et que, sans faire précisément un grand mal, elles étouffaient et paralysaient le bien qui aurait pu se faire.»

Le second volume des Réformateurs contemporains obtiendra, nous en sommes certain, un aussi grand succès que le premier, couronné,--est-il nécessaire de le rappeler?--par l'Académie française.--Les qualités dont M Louis Reybaud avait donné des preuves si éclatantes se sont encore perfectionnées: le style est devenu plus net et plus vigoureux, l'argumentation plus serrée et plus claire, la critique plus mordante et plus juste. Nous laisserons les sectes attaquées par M Louis Reybaud se défendre si elles l'osent ou si elles le peuvent; mais, tout en espérant que, la plupart d'entre elles ne se relèveront pas du rude coup qui vient de leur être porté, nous ne pouvons nous empêcher de regretter que leur vainqueur ait parfois... un peu trop de raison.

L'excès en tout est un vilain défaut,

a dit le poète. Que M. Louis Reybaud profite désormais de cet avis; qu'il prenne garde, en combattant les pessimistes, de devenir optimiste.--Nous l'engagerons beaucoup à lire trois charmants volumes publiés à la librairie Paulin sous ce titre: Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale et politique--Cette spirituelle critique des vices et des ridicules de notre époque lui prouvera, s'il pouvait jamais en douter, que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Les Colonies françaises, Abolition immédiate de l'Esclavage; par Victor Schoelcher. 1 vol. in-8.--Paris, 1842, Pagnerre. 6 fr.

«Emancipation des noirs, tel est notre premier voeu, dit M. Victor Schoelcher au début de son introduction; prospérité des colonies, tel est notre second voeu. Nous demandons l'une au nom de I humanité, l'autre au nom de la nationalité; toutes deux au nom de la justice. » Bien qu'il ait paru il y a plus d'un an, cet ouvrage de M. Victor Schoelcher a donc conservé un intérêt d'actualité, car la Chambre des Députés s'occupe en ce moment d'une loi qui intéresse au plus haut degré la prospérité des colonies, et la question de l'émancipation des noirs, toujours pendante, va enfin être soumise,--assure-t-on,--à l'appréciation et au vote de la législature.

M. Victor Schoelcher n'a traité avec une étendue suffisante qu'une seule des deux graves questions qu'il semblait se proposer de résoudre. Sans doute, dans son introduction, il indique en passant quelques moyens de régénérer les colonies; mais la pensée qui le préoccupe avant toutes les autres ne lui permet pas de s'arrêter longtemps à ces préliminaires.--L'auteur des Colonies françaises est le plus sincère et le plus zélé de tous les abolitionnistes français. Ce grand acte d'humanité et de justice auquel il a consacré sa fortune et sa vie entière,--l'émancipation des noirs,--il désire si ardemment le voir s'accomplir, qu'il lui tarde, dès les premières lignes, d'appeler l'esclavage dans la lice et de lui déclarer une guerre à mort.

D'abord M. Victor Schoelcher examine la condition présente des nègres, En les suivant dans les diverses phases de leur existence actuelle, il espère pouvoir préjuger de leur existence future, et trouver la solution du problème colonial.--Puis, cette étude achevée,--et elle a été faite d'après nature sur les lieux mêmes, --il expose et réfute l'opinion des créoles sur la nature de leurs esclaves noirs; il signale l'existence et les effets déplorables du préjugé de couleur--Le terrain ainsi exploré, il y marche suis trop de crainte de s'égarer, et il aborde la question de l'esclavage.

Après avoir longuement discuté les divers moyens proposés pour amener l'abolition de l'esclavage, M. Victor Schoelcher déclare que, dans son opinion, celui qui offre le plus de chances favorables est l'émancipation en masse pure et simple.» Cette émancipation, dit-il, a pour elle la convenance, l'utilité, l'opportunité; ses résultats immédiats seront pour les nègres faits libres; la probabilité de ses heureuses conséquences finales doit fixer les colons sur la réalité de ses avantages. Il n'est pas vrai que le travail libre soit impossible sous les tropiques; il ne s'agit que de savoir déterminer les moyens de l'obtenir. Toute la question se réduit donc là: organiser le travail libre.»

En conséquence, M. Victor Schoelcher expose dans le vingt-cinquième et dernier chapitre de son ouvrage un Essai de législation propre à faciliter l'émancipation en masse et spontanée. Sans doute il n'a pas la prétention de construire le code des provinces d'outremer; mais il manquerait de véracité, «s'il dissimulait sa confiance dans les moyens qu'il indique pour laver les terres coloniales de la tache qui les souille, sans mettre en péril leur société, pour substituer sans trouble, ou du moins sans violence, le brillant ordre libre à l'ignoble ordre esclave.»

Chants de l'Exil: par Louis Delattre. 1 vol. in-18. --Paris, 1843. Gosselin. 3 fr. 50 c.

La plupart des poésies contenues dans ce recueil sont nées sur la terre étrangère, en Italie, en Allemagne, en Belgique en Russie, et surtout en Suisse. «Elles sont, dit leur auteur, le fruit de mes voyages dans ces divers pays, et presque toutes ont été inspirées par le spectacle des grandes scènes de la nature.»

Les Chants de l'Exil se divisent en deux parties: la première et la plus considérable se compose de poésies objectives, narratives, épiques, légendes et ballades; la seconde contient les poésies intimes.

M. Louis Delattre prie la critique de ne pas condamner ses efforts, et le public d'accueillir avec indulgence ce volume, où il a jeté tout ce que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour. Nous accédons d'autant plus volontiers à sa demande, que nous avons remarqué çà et là, en parcourant ce volume, des vers qui nous ont paru mériter nos éloges. Puisse le public se montrer aussi bienveillant, et recevoir avec reconnaissance les dons de M. Louis Delattre!--Nous nous bornerons à faire une seule observation, qui s'adresse généralement à tous les jeunes gens qui se prétendent poètes: pourquoi se croient-ils obligés d'imprimer tout ce qu'ils composent, et ne comprennent-ils pas qu'il faut songer quelquefois au fond autant qu'à la forme?--Quel mérite et quelle utilité y a-t-il à écrire et à publier des vers comme ceux-ci, par exemple, qui commencent la première strophe de la première pièce de Chants de l'Exil:

L'azur de l'éternelle voûte

Sourit à l'homme jeune encor,

Et l'espérance, sur sa route,

Sème des fleurs de pourpre et d'or.

Ou bien encore, à la seconde strophe:

Aux plaines, aux forêts profondes,

Un vaisseau verse ses trésors

Les cygnes voguent sur ses ondes,

La violette orne ses bords.

Ne serait-il pas temps, enfin, de renoncer à tout ce verbiage insignifiant, qui n'a plus même l'intérêt de la nouveauté? Et quand un jeune écrivain veut que le public reçoive avec indulgence tout ce que son âme a d'énergie et de douleur, de colère et d'amour, ne devrait-il pas, en vérité, se montrer plus sérieusement digne des suffrages qu'il ambitionne?

Le Hachych; 1 vol. in-18.--Paris, 1843. Paulin. 3 francs.

Le hachych est une plante de l'Orient qui a la même forme, le même aspect, la même odeur que le chanvre. A en croire les savants de l'expédition d'Égypte, c'est du chanvre dont les propriétés se sont affaiblies dans le Nord. Le hachych produit des effets extraordinaires sur toutes les personnes qui en prennent une infusion. Il exalte leurs idées dominantes, il leur montre d'une manière claire leurs plans les plus compliqués se débrouillant sans difficulté, leurs projets les plus chers se réalisant sans obstacle; il leur procure l'intuition précise de ce qu'ils cherchent; «enfin, dit l'auteur du petit livre qui a pris pour titre le nom de cette plante remarquable, il leur fait savourer par la pensée la possession anticipée et sans mélange de tout ce qui est suivant leurs goûts, leurs voeux, leurs passions habituelles, ou plutôt suivant leurs désirs et la direction de leurs pensées au moment où le hachych agit sur eux. C'est ce qui explique les effets différents qu'on en rencontre; car ils varient beaucoup suivant les individus et même suivant les dispositions du moment..»

Il y a quelques mois, douze convives réunis à Marseille autour de la table d'un médecin causaient entre eux de la condition et des besoins de la société actuelle. Un jeune docteur qui arrivait d'Égypte les engagea à prendre une infusion de hachych au lieu de café. «C'est le remède à la nostalgie, au découragement, aux déceptions de toute espèce, leur dit-il. J'ai pensé qu'en France j'en aurais encore besoin pendant bien longtemps; c'est pourquoi j'en ai rapporté une ample provision, et je vous en offre. Essayez-en, quand ce ne serait que par curiosité. Que risquez-vous? Une petite dose, une seule tasse de cette précieuse infusion ne peut vous donner que de la gaieté, des consolations; vos prévisions les plus agréables se transformeront, pour un moment, en réalités; vous posséderez le don de seconde vue; vous serez élevés au rang des prophètes. »

Quelques-uns des convives cédèrent aux instances du jeune docteur; mais l'auteur anonyme du Hachych, se défiant de sa susceptibilité nerveuse, se contenta d'abord de fumer un peu de hachych mêlé avec du tabac très-doux, pendant que la discussion continuait bruyante, confuse et bientôt inextricable; puis, se sentant trop agité, il avala une grande tasse de cette bienheureuse infusion. Enfin il se retira Mais à peine fut-il couché, il tomba dans un profond sommeil, et il fit un rêve étrange qu'il raconte aujourd'hui au public. Il parcourut successivement l'Abyssinie, l'Inde, le Tibet, la Chine, le Japon, les colonies anglaises de l'Australie et tout l'archipel de l'Océanie. Arrivé en Amérique par la Californie, il traversa les montagnes Rocheuses sur un railway. Il passa un des premiers par le canal de Panama; ayant ensuite débarqué au cap de Bonne-Espérance, il visita toute l'Afrique centrale, Tombouctou et les montagnes de la Lune, et il revint à Alexandrie en descendant le Nil-Blanc et les cataractes.--Le canal de communication du Nil avec la Mer-Rouge par Suez était alors en pleine activité: un chemin de fer reliait Bagdad, Saint-Jean-d'Acre et le Caire.--Surpris de toutes ces améliorations, il s'embarqua pour revenir en France sur un navire qui marchait par l'électricité.--Quand il arriva à Marseille, il ne fit pas quarantaine, et à l'entrée de la Canebière il vit la foule attroupée autour d'une immense affiche, au haut de laquelle il lut en gros caractères: Bande du congrès ibergallitale, 27 juillet 1843.

Ici doit s'arrêter notre analyse. Révéler le mot de l'énigme serait faire tort au livre dont nous venons de résumer la première partie. Si quelques-uns des lecteurs de l'Illustration désirent savoir ce que seront la France et l'Europe dans cent ans, quelles révolutions politiques, sociales, économiques, un siècle verra s'accomplir, selon les utopies assez raisonnables d'un médecin célèbre qui désire garder l'anonyme, ils n'ont qu'à se procurer un exemplaire du Hachych.--L'ouvrage de M. le docteur..... les fera jouir,--sans les endormir toutefois,--de rêves étranges dont la réalisation très-désirable ne leur semblera pas impossible.

Le Jardin des Plantes, description et moeurs des mammifères de la Ménagerie et du Muséum d'Histoire naturelle, par M. Boitard; précédé d'une notice historique, anecdotique et descriptive du Jardin, par J. Janin. Nouvelle édition avec les figures coloriées, illustrée de 400 gravures sur acier, sur cuivre et sur bois, planches à l'aquarelle, etc.; publiée en 64 livraisons, à 50 c.--Le volume complet, figures noires, 16 fr.--Dubochet et Cie..

Les figures qui représentent les sujets que l'histoire naturelle a pour but de décrire ne remplissent qu'en partie leur destination, si elles se bornent à donner la forme sans y joindre la couleur. Le Jardin des Plantes, dont MM. Dubochet et comp. avaient publié une première édition avec les figures en noir, paraît aujourd'hui avec les figures coloriées, amélioration dont le public se montrera certainement reconnaissant. La perfection des dessins faisait regretter qu'on n'eut pas rendu la représentation des animaux plus complète, et les éditeurs ont cédé à de nombreuses observations en faisant colorier les figures dans cette nouvelle édition.

L'auteur du Jardin des Plantes. M. Boitard, a réuni dans ce volume ce qu'on chercherait vainement ailleurs: l'histoire morale, qu'on nous passe cette expression, des animaux, leur instinct, leur intelligence, leurs habitudes quelquefois si extraordinaires, leur caractère, leurs ruses, les singularités de leurs actions, leurs affections, leurs haines, leurs moyens d'attaque et de défense, leur industrie, leurs travaux si merveilleux quand on les compare aux facultés qu'ils possèdent pour les exécuter; en un mot, leurs moeurs sauvages ou sociales.

Cet intéressant travail est précédé d'une introduction, dans laquelle M. Jules Janin a raconté, avec son style pittoresque et animé, l'histoire du Jardin des Plantes, et esquissé les scènes diverses dont il est chaque jour le théâtre.

Enfin, le Jardin des Plantes ne serait qu'un excellent livre d'histoire naturelle et ne justifierait pas son titre spécial si le dessin et la gravure n'y avaient ajouté tout ce qui attire les regards et la curiosité des visiteurs et des promeneurs: monuments, constructions, sites pittoresques, tableaux délicieux, connus de tous ceux qui ont visité le Jardin des Plantes, bons à rappeler à ceux qui les connaissent, à faire connaître à ceux qui n'ont pu les visiter.