CHANT DIX-SEPTIÈME.

(Suite et fin du chant.--Voyez p. 186.)

XXI. Il y avait bien une petite partie de l'attention de Juan qui avait remarqué cette fuite; mais le reste était si attaché à la nouvelle apparition, qu'il laissa fuir le blond fantôme. N'ayant plus à craindre que pour lui, il ne craignit plus; il se l'approcha de la porte de sa chambre, s'y tint debout, les bras croisés, ferme et froid en apparence, mais la colère dans le coeur.

XXII. Les pas se rapprochaient; une lumière intermittente s'avançait avec eux, jetant par intervalle des éclairs de clarté suivis d'une obscurité complète. Don Juan, cependant, commençait à être las des prodiges; il lui tardait de corriger violemment ce nouveau moine noir[1].... Mais à deux pas de lui la lanterne sourde éclaira l'apparition, et ce n'était ni un prodige ni un esprit, mais lord Auguste Fitz-Plantagenet.

Note 1: Voir, aux chants qui précèdent, la légende du moine noir et ses apparitions nocturnes dans le château de Nourat-Abbey.

XXIII. Lord Auguste était un fat de la haute espèce: lord de naissance, ayant la prérogative nécessaire d'un siège à la Chambre des Pairs, d'une belle figure, cheveux bruns et touffus, merveilleusement habillé par le meilleur des tailleurs, à la taille noble et fière, digne en tout de faire partie du William-Club, et fait pour suivre d'assez près les Brummel, les Pierrepont, et encore pour faire partie du très-important et fort ennuyeux club de l'Alfred.

XXIV. Il se disait beaucoup d'esprit, et véritablement on était assez généralement porté à l'en croire, tant il avait emmagasiné dans sa mémoire d'esprit et de pensées des autres. Sa parole était élégante, ses phrases choisies et relevées, et quand il avait entendu quelque part une sottise fashionable ou recueilli une idée un peu dandye, il se les assimilait fort convenablement à son usage.

XXV. Et, j'y songe! Comment le vol des pensées n'est-il point puni? Lorsque le monde finira, il n'y aura plus guère que des hommes de génie, au train où va cet envahissement du génie des autres. Quand Shakspeare et Pope frappent à leur effigie une pensée sublime, aussitôt cette médaille tombe aux mains de tous, où elle s'use; les sols la dépensent comme venant d'eux, et la grande idée passe à l'état de style, l'admirable médaille à l'état de vile monnaie.

XXVI. Lord Auguste avait donc énormément de cette monnaie courante; mais ce qui relevait cet esprit, quelle qu'en fût l'origine, c'était son écurie et ses jockeys. Il savait aussi jouer avec la légèreté d'un Français, et perdre, avec le calme d'un Vénitien, des sommes énormes. Ses paris étaient fabuleux; il avait aussi dans son passé des chasses merveilleuses dont, assure-t-on, il poétisait un peu trop les détails.

XXVII. Il avait peu de passions, ayant trop d'esprit pour cela, disait-il, si ce n'est pourtant le torysme, passion de position pour lui, mais qu'il n'avait pas pris le temps d'examiner; il assurait néanmoins qu'elle lui était originelle, et, comme le seul ami qu'il eut jamais lui répondit, à propos des sentiments politiques, qu'il attendait, pour avoir une opinion, qu'il en vînt une bonne, il avait hautement rompu avec lui; ce qui le mit à l'aise, car depuis il n'eut plus que des amis.

XXVIII. Sa grande prétention était l'amour, non pas qu'il tint absolument à être amoureux, mais à le paraître. Personne ne jetait plus impertinemment aux femmes de ces regards qui disent de grands succès ou un grand pouvoir; personne ne croyait mieux fasciner une timide virginité[2]. En homme comme il faut, il avait voulu s'attacher au char d'une femme à la mode: c'était la duchesse de Fitz-Fulke, quoiqu'il ne démêlât pas trop, dans cette position, s'il était le moqué ou le moqueur, la victime ou le bourreau.

Note 2: Shakspeare.

XXIX. Mais il lui manquait quelque chose; après avoir bien cherché, il vit que c'était un duel. Il soupirait autant après l'éclat, qu'il méprisait le bonheur obscur; les choses lui semblaient tout à fait opportunes pour cet éclat désiré: une duchesse pour cause, un gentilhomme presque ambassadeur pour adversaire, le château d'un lord pour scène. De telles conditions lui parurent admirables, et son apparition nocturne n'avait pas d'autre motif.

XXX. Lorsque lord Auguste Fitz-Plantagenet fut près de don Juan, la lanterne sourde les inonda de sa lumière. Tous deux se regardèrent avec un dépit au moins égal; don Juan surtout, qui avait laissé s'évanouir une délicieuse apparition, et qui, craignant une autre mystification, avait accumulé tous les trésors de sa colère pour recevoir le fantôme; mais à la vue de la réalité de lord Auguste, il sourit avec amertume et lui dit:

XXXI. «J'avais plutôt compté sur le moine noir que sur votre seigneurie, milord, et si votre apparition me parait dépourvue de toute magie, elle lient au moins un peu du somnambulisme.» Cette moquerie déplut à lord Auguste; il ne s'attendait pas à une pareille réception; il avait prétendu mettre plus de dignité dans sa démarche, et cette plaisanterie déshonorait quelque peu son action et lui gâtait dès l'abord la gravité de la circonstance..

XXXII. Il s'agit d'une chose sérieuse, monsieur.--Vous me surprenez beaucoup, milord.--Depuis quelques jours vos épigrammes m'offensent, monsieur.--Depuis quelques jours, milord!--Je les ai trop comprises, monsieur.--Vous les avez comprises, milord!--Il existe d'ailleurs un outrage dont vous devinez la nature.--Je ne sais pas deviner comme vous, milord!--La duchesse de.....--La duchesse! milord!--Enfin, je viens formellement vous demander une satisfaction. --Oh!!!»

XXXIII. Il y avait dans cette exclamation de notre héros tant de malice et de moquerie sanglante, que lord Auguste Plantagenet en eût été renversé, si Juan, avec une ironique compassion, ne fût venu à son secours, et ne lui eut très-cavalièrement fixé les conditions de la rencontre pour le lendemain. «Ces choses étant ainsi réglées, milord, ajouta-t-il, votre seigneurie me permettra-t-elle d'aller dormir? car cette scène nocturne, avec tout le fantastique du rêve, en a surtout le meilleur mérite, celui de ne pas empêcher le sommeil.» Et, ayant salué, il se retira dans son appartement, laissant au lord confondu le soin d'en faire autant.

XXXIV. «Il est incroyable, parbleu! qu'un gentilhomme traite aussi lestement une affaire d'honneur, murmurait en se retirant de son côte le très-élégant lord Auguste Fitz-Plantagenet. Il est inouï de terminer en plaisanterie une conversation commencée, il me semble, avec quelque dignité. C'est ainsi que l'ordre social se dissout, que la gravité des choses s'anéantit, et que le monde posé un peu haut ne serait plus tenable.» Sur quoi lord Auguste poussa un soupir aristocratique, où jouait son petit rôle la peur du lendemain.

XXXV. Véritablement la peur est très-forte dans le coeur de l'homme, mais elle y est presque toujours vaincue par le maintien, sauf au maintien à être à son tour vaincu par le ridicule. Don Juan fut fort satisfait du maintien d'ironie qu'il avait jeté sur son émotion, et quant à lord Fitz-Plantagenet, la position lui semblait douloureuse, parce que les plaisanteries de don Juan l'avaient désarçonné du maintien grave dont il avait enveloppé sa peur originelle.

XXXVI. Cependant nos deux gentilshommes veillaient, chacun de son côté; ils se jouaient à eux-mêmes, dans leur solitude, la comédie usitée des préparatifs du duel; car l'homme est ainsi fait, qu'habitué à la continuelle farce qu'il joue dans le monde, il conserve encore forcément son masque avec lui-même et se fait à son usage une hypocrisie intérieure; il étouffe encore la naïve raison, il fait crier plus haut la voix du comme il faut, et, seul, se dupe encore, se pose, se ment, se joue et se trompe.

XXXVII. Ainsi Juan et lord Fitz-Plantagenet, restés seuls, pouvaient à leur aise avoir peur du lendemain, mais tous deux avaient trop d'acquit pour faillir au décorum de leur position. Tous deux agirent selon leur esprit de conduite: Juan avec son insouciance jouée, le lord avec sa dignité jouée. Tous deux écrivirent le testament d'avant-duel, y glissant avec étude quelques traits de dédain ou de moquerie contre la mort, afin de farder leurs derniers moments.

XXXVIII. Et tous les deux dormirent; le sommeil est le roi du monde, au moins pour un quart du règne--Rêvèrent-ils? Je ne le sais; ils ne le surent pas eux-mêmes. Coleridge et Wadsworth ne s'en seraient pas inquiétés à ma place; ils eussent admirablement peint les songes terribles versés par Mab au milieu du sommeil.--Ce qu'il y a de plus officiel, c'est que tous deux, au matin, se réveillèrent et se levèrent.

XXXIX. Ils curent bientôt réuni les témoins, de bons amis, qui, venus pour mener la vie de château chez lord Henry, n'étaient pas mal satisfaits de voir rompre aussi dramatiquement la monotonie de leur séjour. Ils essayèrent bien quelques communes remontrances, mais les hommes et les choses marchèrent; et neuf heures sonnaient à l'église de Balmore, lorsque les armes ayant été examinées, les distances mesurées, tout étant prépare avec des formes exquises.... deux coups de pistolet partirent.

XL. Personne ne fut tué. Rassurez-vous, mais un des combattants fut blessé; ici une parenthèse (y aurait-il donc des rangs dans les douleurs, et une aristocratie de blessures? Tel mal excitera-t-il la pitié, celui-ci l'enthousiasme, cet autre le ridicule? Il n'y aurait pas assez de pleurs pour le coup d'épée qui frapperait Achille et Nelson dans la poitrine; mais si le même coup tranchait le bout du nez de César, nez très-long d'ailleurs, oh! mes amis, vous ririez.

XLI. Ceci est injuste et déraisonnable, mais le monde moral navigue dans un océan de déraison). Ici se ferme la parenthèse, et se renoue l'histoire. La balle de Juan fut plus heureuse (remarquez-vous ce mot), car elle blessa lord Fitz-Plantagenet; mais pleurez, Muses, filles de Jupiter, saintes filles de la poésie, nuageuses soeurs de Morven, vous qui poétisez la douleur, pleurez; car la balle fatale avait coupé, par la moitié, l'oreille gauche de sa seigneurie.

XLII.. Hélas! moi aussi je pleure, je pleure de honte sur ce ridicule résultat... moi, poète de l'épopée Juanique! Combien n'aurais-je pas mieux aimé quelque noble blessure à enchâsser dans mes hexamètres, quelques coups homériques à grandir ma plume et à exalter mon génie! mais une moitié d'oreille! O Muses! Qu'est-ce donc que cette ignominie? Et la dignité du duel et de la poésie doit-elle donc se heurter et se briser à cette honte?

XLIII. L'honneur était satisfait, mais il n'y eut guère que lui qui le fut; lord Auguste, le diminué d'une section d'oreille, don Juan, le diminueur, ne partageaient pas sa satisfaction; et les témoins s'occupaient délicatement des dernières cérémonies de la rencontre, façonnant la réconciliation convenable, et faisant éclater cette estime d'usage qui naît, au premier sang, du mépris ou de la haine: poignées de mains hypocrites qui se serrent, chaudes encore de l'outrage qu'elles ont frappé.

XLIV. Cependant la Renommée veillait, voyait et écoutait; cette vieille fille de l'Olympe a tenu à sa divinité, et loin de prendre sa retraite comme le reste du sénat de Jupiter, n'a fait qu'accroître sa puissance.--Bien plus, le Temps lui a donné deux magnifiques auxiliaires, l'imprimerie et les journaux; aussi ne craint-elle plus la fin de son immortalité, et voit-elle chaque jour se multiplier ses moyens et s'augmenter ses forces.

XLV. La déesse avait assisté de loin à la scène du duel, et, pour en recueillir plus complètement les circonstances, elle avait emprisonné ses pieds divins dans d'ignobles sabots; ses ailes d'azur, repliées sur ses épaules, s'étaient aplaties sous une veste de laine usée par le temps. Ses mains subtiles étaient devenues calleuses, une barbe grise hérissait les contours de son menton, et ses cheveux d'or, devenus plats et roux, s'affaissaient sous le poids d'un feutre jauni au travail des champs.

XLVI. Ainsi la douairière de l'Olympe n'était plus qu'un vieux jardinier du château. Ce divin manant avait tout vu, et était accouru aussitôt répandre dans les cuisines, avec le plus mauvais style de renommée de tout le comté, les détails du duel, et les douleurs auriculaires de lord Auguste Fitz-Plantagenet; la nouvelle trouva dans la chaîne des laquais et des filles de chambre un fil conducteur, qui vint électriquement aboutir à la noble Adeline.

XLVII. Le château fut bientôt embrasé de cette nouvelle. --Mais ce fut au déjeuner qu'elle éclata dans toutes ses tempêtes. Tout le monde la savait déjà, et chacun l'apprit aux autres. On n'entendait que des mots et des cris heurtés; les interjections furent épuisées, les dames avaient pris les plus vives, les gentilshommes les plus violentes, deux vieux baronnets en inventèrent quatre ou cinq tout à fait inconnues à la grammaire. Adeline était pâle, Aurora plus rose que son nom ne le comporte, et la duchesse de Fitz-Fulke, ayant hésité devant un évanouissement complet, prit le parti de s'en tenir à un léger spasme, perceptible seulement pour les autres ladies.

XLVIII. Lord Auguste Fitz-Plantagenet fut unanimement plaint et pleuré (ceci est une règle, les femmes plaignent toujours, en pareille occurrence, le fat qu'elles n'eussent jamais préféré). Ce fut un concert de pitié et de tendresse;--mais don Juan fut en un instant jugé, blâmé, flétri, perdu;--et cet orage de l'indignation contre le meurtrier d'un bout d'oreille était monté au plus haut degré de sa fureur, avant que l'eau frémissante versée par une jeune Hébé ne se fût dorée dans les dernières théières.

XLIX. Juan avait pressenti l'orage; triste et enfermé dans son appartement, il maudissait cette sotte aventure, et le sang versé d'un fat, mais non pas d'un ennemi. Il tremblait devant l'émotion soulevée par son action: il regrettait surtout ses rêves d'amour, qu'il n'avait pas sondés encore, et où se confondaient dans sa pensée, comme trois nuées que le vent à la fois pousse et mêle, les ombres ravissantes d'Adeline, de la duchesse et d'Aurora.

L. Peut-être ce dernier nuage de rose ravissait-il davantage sa pensée, et se détachait-il mieux de la nuée d'albâtre où se tenait Adeline, et de la nuée d'or où étincelait la duchesse. Il n'avait pas cependant encore vaincu ses doutes. Son coeur trop léger (pourquoi ne pas le dire, Muse!) flottait sur les ondes de l'amour, sans avoir jusque-là jeté l'ancre, et il était à craindre que, dans sa voluptueuse paresse, il n'attendit le port le plus facile pour s'y amarrer.

LI. Et maintenant tous ces nuages d'amour étaient dissipés par la tempête du duel, la haine générale allait l'envahir: les funestes épithètes fermaient, poussaient, grandissaient et étendaient leurs cent bras et leurs têtes dans les salons de lord Henry. Juan entendait pour ainsi dire de loin les mots terribles d'assassin et d'aventurier, et son âme énergique ayant tout deviné, il refusa de reparaître devant l'aréopage, fit ses préparatifs de départ, écrivit à Adeline une lettre convenable, et partit.

LII. Il était midi, mais le jour était sombre; le soleil, couvert d'un ciel de plomb, retenait ses rayons et demeurait invisible; personne n'aurait pu dire: il est là. Tout se ressentait de l'absence de ce roi de la nature: les gazons et les plantes, et les arbres majestueux étaient obscurcis du même deuil. Au milieu de cette mélancolie des choses, Juan, à cheval, traînait sa mélancolie; il suivait, pensif, les dernières allées de ce parc qu'il allait quitter pour toujours, lorsque tout à coup....

LIII.... C'était une d'elles... une des trois, elle surtout, elle seule, Aurora! Au détour d'une sinueuse allée, elle était venue, amenée par le hasard (ce frère chéri de l'Amour); le hasard avait soulevé son voile vert, et le hasard aussi, sans doute, la retenait sur ses jambes tremblantes et sur son ombrelle plus ferme, lorsque le cavalier mélancolique passa à quelques pas d'elle. Tous deux se sentirent émus du même hasard, mais aucun d'eux n'osa risquer un salut.

LIV. Seulement il s'échappa de la physionomie d'Aurora, de ses yeux peut-être, de ses lèvres, de son front, un de ces signes splendides et vagues, un de ces sourires divins et invisibles que l'imagination aperçoit plutôt que le regard. C'était comme une caresse fluide, comme ces baisers de lumière que les étoiles laissent errer sur les pelouses et les marguerites des champs. La candide Aurora ignorait peut-être elle-même ce qu'il y avait de tendresse dans cette caresse lointaine et involontaire.

LV. Sa pudeur seule le savait pour elle et le lui apprit sans doute, car elle disparut aussitôt derrière des lilas défleuris... Juan demeura comme anéanti, et son noble cheval ressentit la commotion éprouvée par son maître et s'arrêta tout à coup. Mais la délicieuse image avait fui, et quelques instants après don Juan, troublé et incertain, continua sa marche, jeta un long et inutile regard vers les lilas, fit un grand soupir, et sortit du parc.

LVI. A peine avait-il dépassé la grille, qu'il voulut retourner en arrière, et il le sentait bien maintenant, ce n'était plus la brillante coquetterie de la duchesse ni la tendre austérité d'Adeline qui enchaînaient sa pensée; c'était la seule Aurora, la timide, la ravissante, la céleste... Et lui, l'insensé, le misérable, le sot, comment avait-il agi dans cette rencontre?... Pas un salut, pas une parole, pas un signe... Que pensait-elle de cette impertinence ou de cette stupidité?

LVII. Il voulait revenir, mais il ne le pouvait plus... Il voyait avec tant d'amertume la fuite de ce moment si précieux et si perdu, qu'il se croyait assez rapide pour le ressaisir; il croyait pouvoir refaire cet instant.. Aurora eût reparu à cette place avec le même sourire... le vent aurait encore soulevé son voile vert, lui aurait passé encore... Mais qu'il eût agi autrement! qu'il eût été admirable! sublime!... s'il avait pu refaire du présent avec ce passé.

LVIII. Ah! qui n'a fait comme lui? qui n'a voulu reprendre le passé pour en faire du présent, pour en rêver de l'avenir? qui n'a rappelé les paroles échappées à l'imprudence, ou préparé vainement les discours qu'on aurait dû tenir? Alors, dans ce délire du regret, on veut charmer le passé, on caresse l'oubli; on veut reconstruire la scène imprudente, on l'illumine de sourires, de gestes, de grimaces; on en prête même aux autres; les demandes sont arrangées ainsi que les réponses, tant l'esprit s'agite dans cette illusion, dans ce rêve, dans cet espoir du moment qui n'est plus.

LIX. J'en ai vu qui se jouaient publiquement à eux-mêmes cette comédie du passé, dialoguant tout seuls; ils souriaient gracieusement comme ils eussent voulu sourire. Ils s'armaient de la dignité omise, ou soulevaient majestueusement la tempête à laquelle ils avaient eu la sottise de ne pas penser alors. C'est ainsi que cet éternel comédien, l'homme, se rassure sur des fautes accomplies, et croit les avoir réparées quand ses regrets, mêlés à des illusions, se sont fondus dans la chaleur d'une scène qu'il rejoue après l'avoir manquée.

LX. Revenu à lui, et désespérant du passé, Juan poussa vigoureusement son cheval, s'éloigna au galop, et perdit bientôt de vue cette Babylone de campagne où sa vie s'était si niaisement agitée.--Le duel avait réellement brisé ses passions. L'apparition rapide d'Aurora se dissipa de plus en plus, et son âme était déjà reposée, lorsque loin du château, des prudes, des coquettes et des anges de douceur, il se vit en pleine campagne, en plein air, en pleine verdure, en plein ciel.

LXI. N'ayant rien de mieux à faire, don Juan dressa donc son imagination à une certaine hauteur poétique. Pour donner le change à ses pensées, il se mit à délier la nature et à provoquer le vent et le ciel... car le vent soufflait des rafales violentes, et le ciel moqueur l'enveloppait d'un dôme gris et froid... La route était longue d'ailleurs. Une cavalcade solitaire excita la verve du poète, et quoiqu'il eût été plus romantique de s'abandonner au cours de sa mélancolie... Juan fit ces vers au vent:

1. Le voilà, il accourt terrible et sans être vu; personne ne peut dire d'où il vient: car on ignore ce qu'il est, ce vent qui n'est point un corps, mais une force, qui glisse et se divise devant un roseau, qui heurte et brise un chêne.

2. C'est lui; sa voix le précède, elle mugit dans l'espace; on dirait de la volonté de Dieu qui se promène entre les mondes et se mêle aux éléments; car ils frissonnent tous, l'air surtout qui s'anime.. Le vent c'est la vie de l'air.

3. Quand il marche sur les routes, il soulève la poussière, et elle s'élance en tourbillons vers les cieux comme des flammes obscures; toute l'atmosphère en est imprégnée, et le soleil s'en couvre comme d'un voile triste.

4. S'il glisse sur la cime des forêts, les arbres ressentent un long ébranlement. Dans leurs efforts ils s'écrient: Le voilà! le voilà! Les lignes des peupliers courbent uniformément leurs têtes, pareils aux esclaves devant le maître.

5. Puis ils se relèvent, et se raffermissent sur leurs tiges élancées: ils se redressent, les braves, parce que le maître a passé. Mais les nobles arbres des forêts gardent longtemps leur indignation, et ils murmurent encore quand leur ennemi est loin.

6. Mais le vent ne s'inquiète pas de leur faiblesse ni de leur résistance,--il poursuit sa course... En passant sur les lacs, il les crispe et leur jette un immense réseau qui les comprime, et dont chaque maille est attachée par un noeud de lumière.

7. Enfin il tombe à son tour; sa vie, impétueuse, mais si courte, s'éteint avec lui; il expire tout entier. Les éléments reprennent leur calme, et comme rien n'a pu indiquer son berceau, ainsi sont inconnus son destin et sa tombe.

LXII. Don Juan ayant achevé ces vers, se les répéta dix fois sous le prétexte de ne pas les oublier... La poésie qu'on vient de créer est une si délicieuse ambroisie, qu'on ne saurait trop s'en nourrir. Il ruminait donc son poème, et les heures s'écoulaient dans cette douce digestion:--car le poète--(qui le sait mieux que vous. Southey et Coleridge, illustres beaux-frères), le poète a un système complet de rumination intellectuelle. Il a au moins vingt estomacs successifs. Que dis-je? je suis sûr que P... en a quarante-un.

LXIII. Quoique. Juan ne fût pas ce que la classification appelle un poète, il avait, comme bien d'autres, jeté vers dix-huit ans sa gourme poétique. Il avait aussi eu cette maladie, qui se complique presque toujours de la fièvre pernicieuse de l'amour et de l'inflammation cérébrale de la gloire. Rarement il avait eu de ces retours maladifs; mais en ce moment il se servait de la poésie pour broyer son chagrin, comme le philosophe grec des vingt-quatre lettres de l'alphabet pour broyer sa colère.

LXIV. Après un long silence, et comme il semblait encore savourer ses vers, il s'écria: «Si j'avais pu seulement lui presser la main, lui dire une parole, l'effleurer d'un baiser! Oh! non d'un de ces baisers d'enfer qui eussent reculé devant sa bouche angélique... mais ce baiser tremblant donné à la vertu et qui meurt tendrement sur une main céleste!--ou encore ce sublime baiser, frappé au front, qui sent palpiter sous lui l'intelligence, et qui semble être donné à l'âme elle-même.»

LXV. Juan rêvait encore à son passé... mais ce fut le dernier cri de la passion. Le tumulte de ses regrets s'affaiblit et mourut dans une nouvelle crise de poésie.--Il avait trouvé en effet le meilleur antidote à l'amour, l'amour lui-même,--cet amour que les Français nomment l'amour-propre.--Gloire à l'orgueil qui sait ainsi ressusciter le bonheur! O vanité! combien n'as-tu pas consolé de misères, de déceptions et de douleurs!

LXVI. Comme une vapeur subtile disparaît entre deux nuages éclatants de blancheur, les dernières traces de l'ombre d'Aurora se dissipèrent au milieu d'un double poème. L'orgueil du poète se gonflant à chaque pas du cheval, en vint à briser les derniers fils de l'amour et à oublier ses débris! On n'a pas assez réfléchi sur l'utilité des passions et sur leur application au bonheur de l'homme... J'en ferai un livre... Pour Juan, il fit ces autres vers au ciel:

1. Mais où est-il ce ciel dont les hommes parlent, que la poésie chante, que le malheureux implore? Qu'on me dise si c'est une parole vraie, ou un mot sans idée, un son sans valeur.

2. O poète! montre-moi ce ciel dont tu fais le palais des dieux immortels... O peintre! dis-moi ce que tu veux imiter quand ton pinceau étale l'azur? O prêtre! dis-moi où est ce ciel où tu places Jéhovah?

3. Non, il n'y a pas de ciel, il n'y a que l'espace et les mondes. Et toi, pensée, déploie tes ailes, étends-les dans leur force pour ce voyage sans repos que tu vas entreprendre dans les plaines de l'infini.

4. Monte, monte dans l'espace, et cherches-y le ciel; monte, monte, et regarde s'il est là. Dis-nous si au-dessus du soleil est encore l'espace, ou si le soleil est attaché comme un diamant à une voûte?

5.--M'y voilà! je vois les corps célestes graviter dans leurs cercles.... Voici Vénus, si brillante, et Jupiter, et Saturne entouré de son anneau comme d'un collier; et toi aussi, terre, car tu es un corps céleste.

6. Voici le soleil! O source de vie où s'abreuvent la terre et ses soeurs, les planètes! Soleil immobile, je l'adore! toi, la plus noble manifestation du Seigneur, et je vais me reposer sur toi; car les feux respectent la pensée immatérielle.

7.--Mais te voilà plus loin que le soleil, ô pensée! Sens-tu tes ailes s'arrêter, captives, sous un contour de cristal bleu? Mais tu montes encore, te voilà hors des cercles où commande le soleil.

8.--C'est en vain que je monte, toujours des soleils et leurs planètes. Partout l'espace infini; nulle part le ciel... Oh! rappelle-moi à toi, car je me trouble dans cette immensité sans fin, et mes ailes s'affaiblissent parce que j'ai peur.

9. Et la pensée revint d'un seul trait sur la terre, accablée de ce qu'elle avait vu et de ce qu'elle n'avait pu voir; car rien ne trouble comme cette contemplation de l'infini que l'imagination ne saurait atteindre.

10. Ainsi il n'y a point de ciel, ô peintre! c'est l'espace et ses vapeurs bleues que tu colores. O poète! c'est encore là un de ces divins mensonges dont tu berces les hommes dans les enchantements de tes paroles cadencées!

11. Et toi, prêtre du Très-Haut, il est inutile que tu nous montres les cieux qui ne sont point. Ne nous parle plus du firmament, tabernacle du Seigneur.--Il n'y a que l'espace infini et les mondes qui y flottent.

12. Mais Dieu le remplit! il est partout, il est tout; il est l'espace et les mondes. L'univers s'agite dans lui, l'infini est dans lui et il est au delà; l'éternité est son temps, et il est au delà de l'éternité.

LXVII. Après avoir longuement et voluptueusement promené sa langue sur ses lèvres encore emmiellées de sa poésie, Juan se demanda avec une certaine surprise comment il avait été amené à cet élan religieux qui terminait son poème. Certes, il n'avait point songé à cette façon de Te Deum qui avait jailli de sa pensée, et après s'être laissé aller, pour en mieux reconnaître la cause, à une triple récitation de ses vers, il découvrit qu'une rime de l'avant-dernière strophe et une épithète à la sixième avaient déterminé son inspiration.

LXVIII. Qu'ai-je dit? et que vais-je dire, imprudent? Ne vois-je pas tout le genus irritabile vatum hurler à la fois, tout prêt à me dévorer?--Aurais-je la témérité de révéler ces terribles secrets?... Oui... Écoutez donc, ô mondes! terres et planètes, prêtez les oreilles! Étoiles brillantes qui répandez dans les cieux des flots d'harmonie (difficiles à entendre), et vous, hommes, esprits ou autres, qui vivez avec elles dans l'espace, écoutez ces mystères de la poésie!

LXIX. Le poète c'est en général sauf exception un homme d'esprit qui joue avec les nuits en attendant la pensée; tandis que le prosateur, sauf exception, commence assez fréquemment par la pensée, qu'il revêt de paroles...--Le sublime poète, au contraire, fait d'abord le vase, et c'est seulement ensuite qu'il y verse une goutte de la liqueur de l'intelligence; mais le vase est si éclatant, si transparent, si sonore, que la rareté ou le vide de la pensée ne s'y fait pas sentir. Ce vide même a son charme.

LXX. Le plus important à faire est donc le vase. Cette manufacture a d'ailleurs ses procédés et ses formules, il y a des mécanismes connus. La sage antiquité donnait aux poètes des instruments admirables. D'abord le très-honorable dactyles, véritable gentilhomme de la mesure, le spondée, pesant et solide comme un alderman; l'ïambe et le trocher, ces deux jumeaux coquets et vifs, et tant d'autres. Les mots s'ajustaient dans ces moules, la pensée y entrait à la suite, quand il y avait place, et le vase ou le vers était fait.

LXXI Les temps modernes ont inventé une bien plus belle chose encore, quand ils ont découvert que l'écho était la poésie Il a donc été décrété que les vers deux à deux et côte à côte siffleraient le même son et chanteraient une même note.--La France, si progressive, a fait mieux, elle a inventé la rime féminine, la tyrannie de l'e muet... Gloire à elle! Mais, et c'est le mystère, voici comment ces spondées, ces dactyles, la rime et la mesure, enfantent la pensée.

LXXII Voyez cette multitude qui s'agite, c'est l'armée immense des mots, foule inégale et aux bruits divers; les poètes antiques et modernes la passent incessamment en revue. A l'appel de l'idée, les mots raisonnables et justes s'offrent d'eux-mêmes; mais les défauts de leurs taillis ou de leurs voix les font repousser. D'autres mots les remplacent, apportant avec eux des idées imprévues qui se greffent sur le poème et le dénaturent; la rime surtout, en faisant défiler les escadrons des consonnances, fait surgir des inspirations aussi incohérentes qu'inespérées, c'est la poésie!

LXXIII. Le poète avait commencé un chant de folie; mais un dactyle mélancolique a vaincu un joyeux ïambe, et la poésie est attristée par cette irruption imprévue. La rime hautaine et despote dénature dans ses caprices les pensées, elle les transforme, elle les métamorphose; le poète, effrayé, la suit en esclave; et à ceux qui passent et s'étonnent de ce désordre, il crie que c'est l'inspiration.--Ainsi, et par ce procédé involontaire. Juan avait achevé religieusement des vers qu'il ne songeait guère à finir ainsi.

LXXIV Ainsi mon héros chevauchait poétisait, rêvait, réfléchissait, se berçant dans ces doux soliloques intérieurs, où la pensée trouve quelquefois tant de charmes. Sa mémoire les étendait à l'entour le panorama de sa vie. C'était une confusion d'agitation et d'amour, de gloire et de passion, de femmes et de coups d'épée. Véritablement il trouvait tout ce passé admirable, tandis que son cheval, ignorant des belles choses qui fermentaient au cerveau de son maître, le conduisait à Londres.

LXXV. Il était déjà tard quand ils atteignirent les premières maisons de la Babylone; elle était bruyante et étincelante comme la grande prostituée de l'Apocalypse. Juan pensa alors à donner à son cheval la dignité qui convient au cheval d'un gentilhomme. Lui-même fit trêve à ses rêves, traversa majestueusement et aussi dédaigneusement qu'il est nécessaire Piccadilly; et bientôt, le coeur plein de la joie secrète du retour, il regagna son hôtel, où il allait retrouver le calme et encore autre chose.

LXXVI. Son valet de chambre lui apporta aussitôt un petit coffret de chagrin noir, ou l'aigle de la Russie étendait ses deux têtes et ses ailes d'or. La couronne impériale éclatait au-dessus du monstre bicéphale dans une boîte d'or scellée aux armes de l'impératrice, une clef élégante reposait couchée au milieu d'un nid de satin blanc, c'était la clef du coffret qui, bientôt ouvert par don Juan, fit apparaître à ses yeux une quantité considérable de...

LXXVII. Si j'avais la facilité avec laquelle Homère sait faire les inventaires, je n'hésiterais pas à cataloguer les richesses qui éclatèrent lorsque Juan, après l'ouverture du coffret, approcha une bougie pour en mieux contempler le contenu Des diamants sans nombre étaient semés dans des sillons de velours noir, contournés en bagues, en chaînes, en colliers tressés en festons et en croix; mais au milieu de ces éclair» flamboyait un astre inattendu, un papier blanc et mat, en un mot une lettre de Sémiramis.

LXXVIII. De Catherine, veux-je dire. Cette lettre avait été écrite par la main impériale elle-même, aussi conservait-elle un reste parfumé de pommade moscovite. Catherine l'avait écrite en reine et en femme d'esprit, double position excellente pour enfanter un billet. L'épître était charmante, elle félicitait don Juan sur son ambassade, sur ses grâces, sur sa capacité elle lui rappelait mystérieusement ses droits à la faveur de sa souveraine, elle lui en accordait d'autres et..... son congé.

LXXIX. Car c'était bien un congé impérial, mais si enveloppé dans des nuages d'amour et de grandeur, qu'il ressemblait à une faveur nouvelle. Ces gracieux brouillards dissipés, le ravissant billet signifiait à Juan que sa mission était accomplie, que ses services devenaient désormais inutiles, que la liberté lui était rendue, et qu'en témoignage d'une haute satisfaction, l'écrin et les diamants lui étaient envoyés comme les adieux de Catherine.

LXXX Don Juan fut horriblement étourdi. Il commençait à prendre goût à la vie diplomatique; il trouvait bon d'agiter une vie d'élégance et d'oisiveté entre deux couronnes. Il y a une certaine grâce à dire: Mon souverain, en parlant à un autre souverain. Vus de très-près, les mystères diplomatiques lui avaient paru receler assez peu de choses sérieuses, et il en avait pris pour son usage la meilleure part, le plaisir.

LXXXI. Ces diamants, après tout, enflammaient son indignation. Était-ce ainsi qu'on payait ses services? Ses oreilles rougirent à ce dernier mot. Il est reconnu que chez les diplomates les oreilles seules peuvent encore rougir. Était-il un homme à jeter dans la boue avec de pareils cadeaux! Son honneur!... sa dignité!... Et après ces phrases inachevées, il se mit à considérer les pierreries et à les toucher avec une délicatesse (de doigts) qui faisait le plus grand honneur au calme de son indignation.

LXXXII. Ces pierres étaient si belles! Il y avait entre autres un diamant solitaire plus étincelant que n'est Vénus au firmament du soir. Il relut la lettre...; elle était au fait conçue dans les plus gracieux termes.--Une impératrice ne pouvait-elle pas, après tout, reconnaître ainsi le dévouement d'un serviteur? Sa conscience murmurait encore; maïs il la noya dans une goutte de poésie, et s'écria: Qui donc a le droit de refuser les rayons du soleil? Ce trope consommé, il accepta le congé et les pierres.

LXXXIII. En y pensant mieux, il trouvait ce présent honorable; il y avait en effet, selon lui, une intention tendre, de la délicatesse, de l'amour même dans un pareil envoi. N'aurait-elle pas pu lui jeter quelques viles bank-notes, quelques sales sacs de sales guinées? Alors, sans doute, il eût été blessé au coeur; alors...; mais c'était bien autre chose, les diamants étaient acceptables là où l'or eût été flétrissant. Il y a si loin des diamants à l'or!

LXXXIV. Il écrivit donc une délicieuse réponse au billet pommadé et diamanté de Catherine.--Il lui rendait grâces de cette liberté recouvrée, mais qu'il eût voulu lui consacrer, ainsi que sa vie; il n'avait pas de paroles pour la remercier des présents dont elle le comblait, et dont il était indigne. Il priait, en finissant, la Providence de répandre sur elle des torrents incessants de félicité et de gloire.

LXXXV. Sa lettre à Potemkin était pleine de noblesse.--Il rendait compte de sa mission, et du point fort peu avancé où il l'avait conduite; il croyait devoir s'y rendre la plus haute justice sur sa propre capacité et ses travaux, et parlait fièrement de sa disgrâce. Après quoi il se fit fort satisfait de sa manière d'être en cette circonstance, et il se félicita d'avoir ainsi, par cette double épître, conservé sa dignité... et l'écrin.

LXXXVL. Je dois avouer que Juan n'avait jamais lu Sénèque, aussi ne savait-il pas mépriser les richesses. Les diamants glissèrent donc sur sa philosophie... Il recouvrait en même temps sa liberté: liberté! triste chose, lorsque ce noble mot veut dire révocation, démission, destitution, congé, retraite. Mais, en gentilhomme, Juan savait que la langue des cours consiste à nommer les choses autrement que par leurs noms; aussi dévora-t-il un immense soupir, et n'en laissa-t-il échapper que le souffle nécessaire pour articuler la noble parole: Liberté!

FIN DU CHANT DIX-SEPTIÈME.