ANIMAUX RÉCEMMENT ARRIVÉS.

(Suite.--Voyez page 391.)

Le lion d'Arabie (felis leo, Lin.) est la race à laquelle appartient le lionceau envoyé à la Ménagerie par le premier médecin du vice-roi d'Égypte, le docteur Clot, qui, par ses talents, a mérité de S. M. le titre de Bey. Non-seulement Clot-Bey honore la France, qui l'a vu naître, par les honneurs où son mérite l'a porté, mais encore par l'amour qu'il a conservé pour sa patrie, et par les nombreux témoignages qu'il ne cesse de lui en donner. C'est à lui que le Muséum d'histoire naturelle doit une foule d'animaux africains, tous du plus haut intérêt pour la France.

Le lionceau nouvellement arrivé fut, comme tous les animaux du même envoi, embarqué à Alexandrie. Il arriva sans accident à Marseille à la fin de mai, et fut reçu là par un préposé du Muséum, gardien de la Ménagerie, qui accompagna le convoi jusqu'à Paris. Ce jeune animal a probablement été pris par des chasseurs nubiens ou abyssiniens, et il paraît devoir appartenir à la race du lion d'Arabie, quoique son jeune âge ne permette pas encore d'en juger rigoureusement. Cette race a été parfaitement décrite sous le nom de felis leo arabicus, par Fisher, synon; et par Temminck, mon. 1,86, sous le nom de felis leo persicus. Il m'a semblé que ces deux animaux, l'Arabicus et le Persicus, ont trop de ressemblance entre eux pour en faire deux variétés, et, en cela, je ne partage pas l'opinion de l'habile naturaliste, M. Lesson, Nouv. tab. du règ. anim. Du reste, je regarde ceci comme de peu d'importance.

Lion d'Arabie, envoyé à la Ménagerie
par le docteur Clot-bey.

Notre jeune lion, si on en juge par sa taille et la livrée qu'il porte encore, doit être âgé de quinze à dix-huit mois: ce qui semble le confirmer, c'est qu'il n'a aucune trace de crinière, et l'on sait que cet ornement du prétendu roi des animaux commence à pousser à l'àge de trois ans. Il offre une particularité dont nous avons déjà parlé au commencement de cet article: sa queue, au lieu d'être droite comme dans les autres individus de son espère, est recourbée au point de former une double spirale. J'ai supposé, plus haut, que ce phénomène résulte de ce que l'animal a été renferme dans une cage trop petite, et ce qui viendrait à l'appui de cette opinion c'est qu'il est sauvage, farouche et fort méchant. Ses gardien mêmes ne peuvent pas approcher de sa loge sans le faire souffler et cracher comme un chat en colère. Il faut bien supposer qu'il a été maltraité dans les premiers temps de son esclavage pour qu'il ait conservé son caractère sauvage, car le lion pris jeune, s'apprivoise parfaitement. Le capitaine de génie Brun, mon ami d'enfance, en avait amené un d'Alger qui le suivait librement comme un chien, dans les rues de Mâcon, le caressait de même, et venait se coucher à ses pieds pour l'écouter, avec, plaisir peut-être, pendant que le capitaine jouait du violon. «J'ai vu au Cap, dit Cowper Rose, un enfant buchisman qui avait trois lionceaux gros comme des mâtins; il montait sur leur dos et les battait d'une manière qui me faisait trembler pour lui; mais ils y étaient accoutumés et prenaient tout en bonne part. C'était un singulier spectacle de les voir couchés autour de lui, le regardant attentivement pendant qu'il exécutait en chantant une danse sauvage de son pays.»

Du reste, quand un jeune lion, à l'état sauvage, a saisi une proie, il n'est pas facile de lui faire lâcher prise, et il montre en cela plus de courage et de férocité qu'un vieil animal de son espèce. Poiret raconte, dans son voyage en Barbarie, un fait qui en est un exemple remarquable. Un lionceau s'était jeté sur une vache, dans un douar près de la Calle. Un Maure, comptant sur sa force athlétique, s'élance sur l'animal féroce, veut l'arracher de sa victime, et pour cela le serre dans ses bras vigoureux, comme s'il eût voulu l'étouffer; mais il ne put lui faire lâcher prise. Le père de l'Arabe arrive armé d'une hache, d'autres viennent à son secours, et, malgré tant d'efforts réunis, on ne parvint à arracher le lionceau de dessus sa proie que lorsqu'il eut rendu le dernier soupir.

Le lion, parvenu à un certain âge, devient d'une prudence qui, très-souvent, touche à la poltronnerie. Jamais il n'attaque l'homme s'il n'en est lui-même attaqué, et la preuve qu'il ne lutte avec lui qu'en désespoir de cause, c'est que, si la lutte cesse un instant, il en profite aussitôt pour se retirer. Le naturaliste Thumberg nous en fournira des exemples pleins d'intérêt. Il dit: «Je vis, au Cap-de-Bonne-Espérance, plusieurs personnes qui avaient failli être dévorées par ces animaux. Un lion s'était établi dans un îlot de joncs, au milieu d'un ruisseau, voisin de l'habitation d'un nommé Korf. Aucun de ses gens n'osa sortir pour aller chercher de l'eau, ou mener pâturer les troupeaux; Korf résolut de déloger cet animal opiniâtre. Suivi de quelques Hottentots très-timides, il va le relancer jusque dans sa retraite; mais comme les joncs ne lui permettaient pas d'ajuster ni de voir l'animal, il eut l'imprudence de tirer quelques coups de fusil au hasard. A l'instant le lion irrité s'élance vers lui; les Hottentots effrayés prennent la fuite, et le pauvre colon se trouve sans défense à la discrétion de son cruel ennemi. Cependant il ne perd pas la tête et lui enfonce le bras au fond du gosier, saisit sa langue et l'empêche ainsi de mordre. Mais enfin, épuisé par la perte de son sang, il tombe évanoui, et le lion retourne dans ses roseaux. Le paysan, revenu à lui, eut encore la force de se traîner à sa ferme; il avait cependant les flancs déchirés par les griffes du lion; sa main, surtout, était tellement mâchée, qu'il ne pouvait espérer de guérison. Son parti fut bientôt pris: il la posa tranquillement sur un bloc, plaça un couperet à l'endroit où il voulait faire l'amputation, et ordonna à un de ses domestiques de frapper dessus avec un maillet. L'opération faite, il plaça son moignon dans une vessie pleine de fiente de vache, et se guérit avec des décoctions de différentes plantes odoriférantes mêlées de cire et de saindoux.» Le même auteur raconte le fait suivant: «Bota, colon du Cap, à l'âge de quarante ans, s'avisa un jour de tirer un lion dans des broussailles fort épaisses. L'animal tomba sur le coup; mais il avait un compagnon que noire chasseur n'avait pas aperçu et qui fondit sur lui avant qu'il ait eu le temps de recharger son fusil. L'animal furieux non-seulement le blessa cruellement avec ses griffes, mais le mordit au bras, le laissa pour mort sur la place, et s'enfuit. Les domestiques de Bota transportèrent leur maître chez lui, et il guérit de sa blessure, mais il resta estropié.»

Nous ne pousserons pas plus loin, quant à présent, l'histoire générale du lion. Nous nous bornerons à dire que presque tous les animaux reconnaissent la supériorité de ses forces. «Lorsque la nuit a couvert la terre de ténèbres, dit Poiret, cette tranquillité silencieuse qui l'accompagne est interrompue par les cris de divers animaux féroces; les chacals surtout glapissent en troupes nombreuses, les hyènes et les loups hurlent dans le lointain: ce n'est souvent qu'une confusion de cris difficiles à distinguer. Mais à peine les échos ont-ils répété les longs rugissements du roi des animaux, que ceux-ci n'osent plus se faire entendre; la seule voix du lion retentit dans ces vastes déserts, et impose silence à tous les habitants des forêts. Saisis d'épouvante, ils craindraient de se trahir par leurs cris, et d'attirer vers eux un ennemi qu'ils n'osent attendre pour le combat, malgré le signal éclatant qu'il donne à tous les animaux.»

Guépard d'Abyssinie, envoyé par le docteur Clot-Bey.

Le GUÉPARD D'ABYSSINIE. (guepardus jubata, Duvern.; guepar jubata Boit.; felis guttata. Herm.; cynofelis guttata. Less.) est, dans l'envoi de Clot-Bey, l'animal le plus intéressant. Il a beaucoup occupé les naturalistes, parce que ses formes générales semblent le placer avec les chats, et que cependant, il n'en a pas le caractère essentiel, ses ongles ne sont ni crochus, ni acérés, rétractiles. Par là, comme par ses habitudes et ses moeurs, il se rapproche beaucoup des chiens. Sur ces considération, MM. Davernoy, L. Geoffroy et moi, dans mon Jardin des Plantes, nous en avons fait un genre séparé, auquel M. Lesson, en l'adoptant, a jugé à propos de donner le nom de cynofelis chien-chat, nom qui, du reste lui convient fort bien. Ce dernier naturaliste ne me paraît pas aussi heureux quand il trouve deux espèces dans deux très-légères variétés de cet animal, ne se distinguant que une très-petite différence dans la couleur, la taille et la longueur des oreilles. A l'une il donne le nom de cynofelis jubata, et ce sérail le guépard de Buffon: à l'autre celui de cynofelis guttata, il en serait le guépard de Fr. Cuvier. Une chose assez singulière est qu'en se fondant sur des caractères aussi peu importants, on pourrait établir une troisième espèce avec notre guépard d'Abyssinie, car il ne ressemble positivement à aucun des deux précédents. Quoi qu'il en soit, les Arabes donnent à cet animal le nom de fadh, et c'est probablement celui qu'on lui conservera à la ménagerie.

Fadh est fort doux, privé comme un chien, et très-caressant. Il aime la société de ses gardiens; il reçoit leurs caresses avec un plaisir qu'il témoigne en remuant, non pas la queue tout entière, comme font les chiens, mais seulement l'extrémité, à la manière des chats. Il n'est nullement dangereux aussi lui a-t-on accordé une liberté beaucoup plus grande qu'aux animaux féroces. Sa cage est placée dans le bâtiment de la ménagerie, mais près d'une fenêtre par laquelle, lorsque le beau temps le permet, il peut sortir et aller se promener dans un petit parc où le conduit un couloir garni de paillassons. Notre planche représente ce couloir et le filet dont on a couvert le parc afin que l'animal ne puisse pas franchir les palissades et aller, s'il lui en prenait fantaisie, rendre une visite dangereuse aux gazelles et aux antilopes des parcs voisins.

Le pauvre Fadh n'était qu'à demi prisonnier dans son pays et le vieux collier qu'il porte au cou prouve assez que son premier maître, celui qui l'a élevé et que sans doute l'animal regrette encore, le conduisait à la laisse, s'il ne s'en faisait suivre librement. Aussi la boîte dans laquelle il était renfermé pendant le voyage d'Alexandrie à Paris le chagrinait beaucoup et ce ne peut être qu'à cela qu'il faut attribuer l'état de maigreur au il était lors de son arrivée. Ce qui me fait croire aussi qu'il n'était pas renfermé en Égypte, c'est qu'il est le seul des carnassiers de l'envoi qui n'ait pas la queue tordue grâce aux soins que l'on a pris de lui, une bonne nourriture à quelques caresse et à une certaine liberté. Fadh a repris gaieté et a déjà beaucoup engraissé. Aussitôt que l'heure d'ouvrir sa cage est arrivée, d'un bond il s'élance par la fenêtre dans son pare; il saute, gambade, se roule et joue comme ferait un jeune chien, surtout lorsque son gardien veut bien avoir l'air de partager sa joie, et lui faire quelques agaceries. Dans peu de temps ce sera probablement une très belle bête.

Les guépards sont de jolis animaux qui se trouvent en Afrique et en Asie. Il ont ordinairement trois pieds et demi de longueur, non compris la queue, et deux pieds de hauteur Fadh n'a pas encore atteint ces proportions, d'où je conclus qu'il n'a guère que quinze à dix-huit mois, peut-être moins; son pelage est, en dessus, d'un fauve clair qui deviendra plus brillant, et d'un blanc pur en dessous; des petites taches noires, rondes et pleines, assez également parsemées; garnissent toute la partie fauve; les poils du derrière de sa tête et de son cou deviendront plus longs, plus laineux, et lui formeront comme une sorte de petite crinière.

A cette jolie robe, Fadh joint la légèreté des formes et la grâce des mouvements. Il ne peut grimper sur les arbres comme les autres chats, mais il bondit comme eux, et il a sur eux l'avantage de courir avec la même facilité que les chiens. Comme tous les individus de son espèce, il est obéissant et pourrait être utilisé à la chasse. Dans l'Inde, on donne aux guépards le nom de tigres chasseurs, parce qu'on les dresse très-facilement à cet exercice. L'empereur Léopold Ier en avait deux qui étaient aussi privés que des chiens, et toutes les fois qu'il allait à la chasse, l'un de ces animaux se plaçait de lui-même sur la croupe de son cheval, l'autre derrière un de ses courtisans. Le bruit des cors, les aboiements des chiens et les fanfares des chasseurs ne les effrayaient nullement, et paraissaient même les exciter à bien faire leur devoir. Aussitôt qu'une pièce de gibier était levée, tous deux s'élançaient à sa poursuite, l'atteignaient et l'étranglaient; ils revenaient ensuite tranquillement reprendre leurs places sur le cheval de l'empereur et sur celui de son courtisan. En Perse, cette chasse est très-aimée par les grands; aussi un youse ou guépard bien dressé se vend-il quelquefois une somme exorbitante. Il en est de même à Surate, nu Malabar et dans plusieurs parties de l'Asie.

Civettes.

Les civettes (viverra civetta. Lin.) sont au nombre de deux dans l'envoi de Clot-Bey. Comme ces animaux craignent excessivement le froid, on est obligé de les tenir en cage dans l'intérieur de la ménagerie, où le publie ne peut pénétrer qu'à l'aide de cartes délivrées par l'administration; du reste, ce sont deux très-beaux individus, que leur long voyage n'a que très-peu fatigués. Les civettes forment le genre type de la famille des viverridées, appartenant à l'ordre des carnassiers digitigrades; elles ont toutes cinq doigts à chaque pied, et ce qui les distingue particulièrement, c'est une poche profonde qu'elles ont entre l'anus et les organes de la génération, poche divisée en deux sacs qui se remplissent d'une humeur grasse, abondante, exhalant une forte, odeur de musc, et connue dans le commerce, parmi les parfums, sous le nom de civette Outre cette singulière poche, elles ont encore, de chaque côté de l'anus, un petit trou d'où sort une liqueur épaisse, noirâtre et très-fétide.

Ces animaux ont environ deux pieds de longueur, non compris la queue; leur museau est un peu moins pointu que celui d'un renard; leurs oreilles sont courtes et arrondies; leur pelage est long, un peu grossier, gris, tacheté et couvert de bandes brunes et noirâtres, avec une crinière le long de l'échine; leur queue est brune, moins longue que le corps; la tête est blanchâtre, excepté le tour des yeux, les joues et le menton, qui sont bruns, ainsi que les quatre pattes.

Les civettes sont communes en Abyssinie et en Éthiopie, où on les nomme kankan; mais ou les trouve aussi dans le Sénaar et dans toute l'Afrique tropicale. Elles sont rares en Asie. Quoique d'un caractère farouche, elles s'apprivoisent assez facilement, mais jamais assez pour caresser la main qui leur donne des soins et s'attacher à leur maître. En captivité, la nourriture qui leur convient le mieux consiste en chair crue et hachée mêlée à des oeufs et du riz, en poissons, en petits mammifères, en oiseaux et en volaille. A l'état sauvage, ce sont des animaux très-redoutés des fermières, parce que, lorsque la chasse leur manque dans les bois, ils se rapprochent des habitations, se glissent pendant la nuit dans les basses-cours, et font un grand dégât parmi les volailles, qu'ils commencent par tuer toutes avant d'en manger une. Leur caractère est courageux et cruel; agiles à la course comme le chien, lestes à sauter comme le chat, rusées comme le renard, voyant très-bien la nuit avec leur pupille nocturne, elles sont le fléau des oiseaux et des petits mammifères sauvages ou domestiques.

Il y a une quarantaine d'années que leur parfum était encore à la mode, et alors des spéculateurs hollandais firent venir d'Afrique un grand nombre de ces animaux vivants, qu'ils nourrissaient en captivité pour leur faire produire de la civette. Il est bien singulier que cette civette, recueillie en Hollande, était plus estimée que celle qui venait d'Égypte et d'Abyssinie, probablement parce qu'elle n'était pas frelatée, et que peut-être aussi les animaux avaient une nourriture meilleure et plus abondante que dans leurs forêts, où souvent ils sont obligés de vivre de fruits et de racines, faute de mieux. «Pour recueillir ce parfum, ai-je dit dans mon Jardin des Plantes, ou met l'animal dans une cage étroite, où il ne peut se retourner; on ouvre la cage par un bout, et on tire la civette par la queue; on la contraint à rester dans cette position en passant à travers les barreaux un bâton qui entrave les jambes de derrière; alors on introduit une petite cuiller dans le sac qui contient le parfum, on racle avec soin toutes les parties intérieures des deux poches, et l'on met la matière odorante qu'on en tire dans un vase que l'on ferme ensuite hermétiquement. Si l'animal se porte bien et qu'il soit convenablement nourri, on peut répéter cette opération deux ou trois fois par semaine.» Cette civette, l'abgallia des Arabes, est encore en grande estime en Arabie, dans le Levant et dans l'Inde, où on lui attribue, ainsi que faisaient nos pères, des propriétés merveilleuses. Chez nous, aujourd'hui, il n'y a plus guère que les parfumeurs et les confiseurs qui en emploient quelquefois.

Les deux civettes de la ménagerie s'irritent facilement quand on les tourmente; alors elles hérissent leur crinière, se secouent en grondant, et répandent une odeur si violente, qu'à peine peut-on la supporter. Cette espèce n'a jamais produit en captivité, mais on sait qu'elle ne fait ordinairement que deux ou trois petits.

Paradoxure de Pougomé.

Le paradoxure pougomé (paradoxurus typus. F. Cuvier) est le musang-sapulut des Indiens, la marte des palmiers des voyageurs, la genette de France de Buffon, quoique jamais cet animal ne se soit trouvé en France. L'erreur du grand écrivain résulte sans doute de ce qu'il aura confondu cet animal avec la genette française dont j'ai parlé plus haut. En effet, il y a entre ces deux animaux une grande ressemblance de forme, de grosseur, de couleurs, et même d'habitudes. Le pougomé est d'un noir jaunâtre, avec trois rangées de taches noirâtres peu prononcées sur les côtés, et d'autres éparses sur les cuisses et les épaules; il a une tache blanche au-dessus de l'oeil, et une autre au-dessous; sa queue est noire, et, dans les deux individus de l'envoi de Clot-Bey, elle est un peu tordue en spirale. Du reste, ces animaux ont parfaitement résisté à la fatigue du voyage, et on les a placés dans des cages dans l'intérieur de la ménagerie. Comme ils ont la pupille nocturne, ils sont assez paresseux et endormis pendant le jour, mais aussitôt que la nuit est venue, ils déploient une grande vivacité et sont dans un mouvement perpétuel.

On a toujours cru que cette espèce n'habitait que dans l'Inde continentale, à Pondichéri et à Bombay; et cependant les deux individus nouvellement arrivés viennent d'Égypte! Ont-ils été trouvés dans cette partie de l'Afrique, ou Clot-Bey les avait-il reçus précédemment de l'Inde? Voilà une question que je ne suis pas en état de résoudre.

A l'état sauvage, les paradoxures habitent les bois, et souvent les plantations de palmiers; toujours furetant, grimpant, sautant presque avec la même légèreté que l'écureuil, ils s'occupent toute la nuit à faire la chasse aux petits oiseaux, et à dénicher leurs oeufs et leurs petits, dont ils sont très-friands. Avec les moeurs sauvages et cruelles du putois, ils ont sur lui l'avantage d'avoir la queue prenante et de pouvoir rester suspendus aux branches par cet organe, quand ils se mettent à l'affût des petits mammifères grimpeurs, auxquels ils font une guerre acharnée. Le jour, ils se retirent dans leur retraite, probablement un trou d'arbre, et y dorment jusqu'à ce que le crépuscule du soir vienne les inviter à recommencer leur chasse. J'ai lieu de croire que ces petits animaux s'apprivoiseraient très-facilement, si l'on voulait s'en donner la peine. Il y a quelques années qu'un individu de cette espèce s'échappa du Jardin-des-Plantes et fut perdu pendant plus d'un mois. Loin de se jeter dans les champs, il remonta de maisons en maisons le long du boulevard intérieur jusqu'à la barrière d'Enfer, ou je l'aperçus jouant avec un jeune chat sur le tuyau de la cheminée d'un marbrier, M. Vossy. Aussitôt on se mit à sa poursuite, et l'animal ne fit pas de grands efforts pour s'échapper; on le reprit sans résistance, et, quand j'eus dit d'où il venait, on le reporta aussitôt à la ménagerie, où il a vécu assez longtemps. Je crois, autant que je puis me souvenir, que c'était l'individu même qui a servi de type à la description et à rétablissement du genre paradoxurus de F. Cuvier. La liberté dont il avait joui pendant un mois avait rendu son pelage plus beau et plus brillant, mais l'animal ne paraissait pas en être devenu plus farouche.