Bulletin bibliographique.
Les Constitutions des Jésuites avec les déclarations; texte latin d'après l'édition de Prague. Traduction nouvelle.--Paris. 1843. 1 vol. in-18 de 522 pages. Paulin. 3 fr. 50 c.
Depuis quelques années, la France se croyait heureusement débarrassée des jésuites, A son grand étonnement et à son grand effroi, elle vient d'apprendre qu'elle était encore affligée de ce terrible fléau. Après s'être tenus longtemps cachés, muets et silencieux on ne sait où, les disciples de Loyola ont reparu tout à coup au milieu de ce monde qui a tant de raisons de les haïr et de les redouter; ils ont le verbe haut; ils ne se contentent pas de prêcher, ils écrivent, ils ont des journaux,--je voulais dire un journal dans lequel ils impriment sérieusement les absurdités les plus révoltantes; ils fabriquent un ils font fabriquer des livres remplis d'injures et de grossièretés. En un mot, ils deviennent aussi insolents, aussi audacieux, aussi francs, qu'ils étaient naguère humbles, timides et hypocrites.
Que veulent-ils donc? A quoi bon le demander? ce qu'ils ont toujours voulu: devenir les souverains absolus de l'univers entier. Que tous les hommes qui seraient tentés de les regarder comme les victimes d'une erreur de l'opinion publique, se donnent la peine de lire le volume que vient de réimprimer M. Paulin, et ils apprendront à les connaître. C'est là, c'est dans ses constitutions, dans ses lois organiques, dans ses règlements officiels, que la trop fameuse société de Jésus se montre réellement telle qu'elle est, telle surtout qu'elle voudrait être. C'est là que, tout en admirant le puissant génie et la force de volonté de ses illustres fondateurs, on apprend à détester leurs maximes, et surtout à craindre pour l'humanité que leurs espérances et leurs projets ne parviennent à se réaliser un jour.
Ce volume, dont la publication est si opportune, ne contient pas toutes les lois auxquelles sont soumis les jésuites, et qui, publiées à Prague, en 1757, par ordre de la dix-huitième et dernière assemblée générale, sous le titre d'institutum societatis Jesu, remplissent deux gros volumes in-folio. L'Institutum est trop considérable pour que l'éditeur des Constitutions ait pu songer à le remettre en entier sous les yeux du public. Obligé de faire un choix, il a fait traduire et il a réimprime de préférence les ouvrages fondamentaux de la société, ceux qui sont sortis de la plume d'Ignare de Loyola: les Constitutions, suivies des Déclarations; les Exercices spirituels; la Lettre sur l'obéissance.--l'Examen général que doivent préalablement subir tous ceux qui demandent à entrer dans la société de Jésus, précède les Constitutions.
Les Constitutions ne sont plus maintenant telles qu'elles furent écrites par Ignace de Loyola. Le texte n'en a été fixé que deux ans après la mort du célèbre fonda leur de l'ordre des jésuites, par la première assemblée générale, qui, comme on peut le voir dans le compte-rendu de ses décrets, changea plusieurs articles, en ajouta quelques-uns, en retrancha d'autres, en fit passer des Déclarations dans les Constitutions, ou des Constitutions dans les Déclarations, et enfin en fit faire une traduction latine, imprimée en 1538. Toutefois, divers changements eurent encore lieu par la suite, et ce ne fut qu'en 1593, qu'on cessa de corriger le texte primitif, qui avait déjà subi tant d'altérations.
Les premières éditions des Constitutions n'étaient point destinées à être publiées; elles devaient au contraire être tenues très-secrètes. Aquaviva (Institut, I. XI, p. 243) défend de communiquer, sans le consentement du provincial, aux autres membres de la société, les exemplaires qu'on doit avoir dans chaque maison et dans chaque collège pour l'usage particulier des supérieurs et des consulteurs, «de manière, dit-il, qu'on ne puisse ni les montrer aux étrangers ni les transporter ailleurs;» à plus forte raison ne les laissait-on pas lire aux novices avant qu'ils eussent fait leurs voeux. Cependant les éditions des Constitutions se multiplièrent à tel point que le secret devint impossible à garder. La grande édition de Prague se répandit rapidement dans toute l'Europe, et ce fut d'après cette édition que les parlements de France et les tribunaux étrangers jugèrent et condamnèrent les jésuites.
«Malgré l'importance des divers documents que nous avons réunis dans ce volume, dit le traducteur, notre travail serait de peu d'utilité, si nous laissions entièrement de côté les antres parties de l'Institut. Dans un ouvrage qui n'est à proprement parler qu'un recueil de pièces mises sous les yeux du public, nous devions du moins donner une idée des principales règles et du ratio studiorum. Nous devions aussi insister sur les points contestés, et mettre en évidence, par le rapprochement impartial de passages extraits des Bulles, des formules de toutes les parties de l'Institut, l'esprit des Constitutions. C'est ce que nous avons essayé de faire dans les notes rejetées à la fin du volume. Ces notes ne sont pas un commentaire epigrammatique, elles viennent toujours à propos de quelques passages des Constitutions qu'elles expliquent et développent au moyen de citations textuelles. Nous aurions pu facilement, à l'aide de ces notes, rédiger une exposition suivie des lois de la société; nous avons mieux aimé laisser chacun en particulier faire ce travail, et nous nous contentons de l'avoir préparé en en réunissant les matériaux.»
Catalogue des livres composant la bibliothèque poétique de M. Viollet Le Duc.--Paris, chez L. Hachette, libraire de l'Université royale de France, rue Pierre-Sarrazin, 12.
M. Viollet Le Duc nous fait connaître dans la préface de son livre par quelles circonstances il a été amené à former la précieuse collection dont il nous donne aujourd'hui le catalogue raisonné. Il se vit forcé en 93, à l'époque où les collèges furent fermés, d'abandonner ses études commencées à peine. Plus tard, il les reprit n'étant plus un enfant et cherchant lui-même sa route dans les origines de la littérature française. Les recherches auxquelles il se livra étaient alors faciles. La spoliation des grandes bibliothèques avait couvert de livres curieux les quais et les boulevards. Ces livres, alors à vil prix, sont aujourd'hui introuvables et surtout horriblement coûteux. Les Anglais accourus en 1814 ont fait main basse sur tout ce qui restait de ces inappréciables bouquins.
Depuis longtemps la bibliothèque de M. Viollet Le Duc était bien connue de tous ceux qui s'occupent en antiquaires de la poésie française; trésor d'autant plus précieux que le propriétaire y laissait puiser à pleines mains, appelant lui-même l'attention des curieux sur ce qu'il avait de plus rare et leur prodiguant les conseils de son érudition en même temps que les documents par lui rassemblés à grands frais. Bien des gens ont ainsi contracté envers lui des obligations qu'ils ont eu le soin de tenir secrètes. D'autres, au contraire, les ont hautement avouées, M. Sainte-Beuve notamment, dans le Tableau historique et critique de la poésie française, porte à plusieurs de ses pages l'expression d'une reconnaissance honorable.
M. Viollet Le Duc n'est donc pas un de ces bibliotaphes--le mot est de lui.--qui achètent de vieux livres pour les enfouir sous l'acajou et le palissandre, et qui se garderaient bien d'y toucher eux-mêmes, tant ils ont de respect pour ces reliques chèrement payées. Par une conséquence bien naturelle, le catalogue de M. Viollet Le Duc ne ressemble point aux sèches nomenclatures dressées par un commissaire-priseur. C'est un véritable livre, un véritable cours de littérature poétique, tel qu'il n'en existait aucun avant la publication de ce beau travail. Nous trouvons au début et en guise d'introduction, un tableau de toutes les Poétiques, depuis le Grand et vray Art de plaine rhétoricque, par Pierre Fabry (très-expert scientifique et vray orateur), jusqu'au poème de François de Neufchâteau sur les Tropes. Viennent ensuite les dictionnaires d'épithètes, de synonymes et de rimes, depuis l'ouvrage de M. de La Porte, Parisien (1602), jusqu'au Dictionnaire de Michelet (1760), le meilleur ouvrage de cette espèce. Après cela, les recueils de poésies mêlées, tels que ceux de Sinner, bibliothécaire de Berne, de M. de Bock, de Lambert Doux fils, gentilhomme bruxellois; les Quinze Joyes de Mariage; les Blasons, colligés par Méon; le Parnasse, de Gille Corozet; les Marguerites, d'Esprit Aubert; les Muses illustres, de Colletet; le célèbre Recueil de Sercy; les Pièces choisies de La Monnoye; les Epigrammatismes, de La Martinière; tes Annales poétiques, attribuées à Sauterau de Marsy et Imbert, le tout finissant aux Bijoux des neuf Soeurs, publiés en 1796, chez Didot jeune.
Parmi les notices qui suivent, et qui comprennent le plus grand nombre des ouvrages de poésie publiés en France depuis le treizième jusqu'à la fin du dix-septième siècle, nous aurions à citer trop d'études nouvelles, trop de points de science habilement discutés et éclaircis, trop de morceaux charmants pour la première fois mis en lumière, et les bornes de cet article nous permettent à peine de signaler sommairement l'analyse du Livre des Quatre Dames, par Alain Chartier; les pages consacrées à François Villon et à Martin Franck; les détails donnés sur le Jardin de plaisance de l'Infortuné; enfin, un long et complet travail sur le Séjour d'honneur d'Octavien de Saint-Gellais. Ce livre, presque totalement inconnu, qui contient et décrit des faits historiques et des traits de moeurs du plus grand intérêt, n'avait jamais été suffisamment examiné. Il devra désormais une véritable importance au catalogue de M. Viollet Le Duc.
Nous terminerons cette appréciation bien sommaire et bien insuffisante par quelques beaux vers tires des oeuvres de Jean et de Jacques de La Taille. Ils sont placés dans la bouche d'un vieux courtisan, qui décrit ainsi les ennuis de son état:
Il (le courtisan) doit négocier pour parents importuns,
Demander pour autruy, entretenir les uns;
Il doit, estant gesné, n'en faire aucun murmure,
Prester des charitez et forcer sa nature;
Jeusner s'il fault manger; s'il fault s'asseoir, aller ;
S'il fault parler, se taire, et si dormir, veiller;
Se transformer du tout et combattre l'envie :
Voilà l'aise si grand de la cour, et ma vie!
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N'est-ce la pitié lors de voir un gentilhomme,
Qui, défavorisé, rompt mille fois son somme?
De le voir tourmenté comme s'il fust couché
Dessus un lict qu'on eust d'orties enjonché?
De voir comme il tient haut son chevet, et se veautre
Tantost sur un costé et tantost dessus l'autre?
De voir comme il ne fait que resver, murmurer,
Regretter sa maison, maudire et souspirer?
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La cour est un théâtre où nul n'est remarqué
Ce qu'il est; mais chascun s'y mocque, estant mocqué.
L'esprit bon s'y fait lourd, la femme s'y diffame,
La fille y perd sa honte, la veufve y acquiert blasme.
Les sçavants s'y font sots, les hardis esperdus,
Le jeune homme s'y perd, les vieux y sont perdus.
Lettres de lord Chesterfield à son fils Philippe Stanhope. Traduction par M. Amédée Renée. 2 vol. in-18.--Paris, 1843. Jules Labitte. 5 Fr. 50 c. le volume.
N'est-ce pas une chose étrange qu'en pleine fleur du dix-huitième siècle, alors que la société française était à l'apogée de son éclat, de sa politesse et de son esprit, il ait été donné à un Anglais de promulguer le code des bienséances, les lois de cette politique mondaine à l'aide de laquelle un jeune homme s'avance et se pousse dans la société? L'amour paternel fit ce miracle, et aussi, ajoutons-le, l'influence de l'éducation toute française que recevaient alors, au sortir des universités, les jeunes héritiers de l'aristocratie britannique. Avant d'être un homme d'État, Philippe Stanhope, comte de Chesterfield, avait fait son apprentissage dans la diplomatie amoureuse des boudoirs parisiens. Ce qu'il appelait dédaigneusement «la croûte anglaise,» il l'avait perdue en venant à plusieurs reprises visiter la France. Ajoutons qu'il était aidé dans ce travail sur lui-même par un ardent désir de plaire qui le caractérisa toujours. Sans cette émulation naturelle, sans ce naturel besoin de charmer, sans cette ferme croyance à l'irrésistible pouvoir des formes et du beau langage, il n'est pas d'homme, en effet, qui trouvât en lui la patience de s'astreindre aux minutieuses exigences de la vie de salon, telle surtout qu'on la pratiquait à la brillante époque dont nous parlons.
Orateur, homme du monde, homme de lettres tout à la fois, lord Chesterfield fut toujours,--nous nous servons d'une expression de M. Amédée Renée, l'esclave favorite de la société brillante où il vivait. Au milieu de toutes les préoccupations qui lui étaient imposées par un grand rôle, un seul sentiment naturel s'était fait jour, l'affection qui dicta au noble comte les fameuses Lettres à son Fils. Et le destin, qui semble se plaire quelquefois à se jouer des prévisions humaines, voulut justement que tous les discours du grand politique, les mesures importantes adoptées par le vice-roi d'Irlande, les savants écrits de l'ami de Pope et d'Addison fussent à peu près inconnus de la postérité; tandis que la correspondance familière, les épanchements paternels que le lord Chesterfield vouait d'avance, au mystère de l'intimité, devaient être en fin de compte son titre le plus durable au souvenir des hommes.
De sévères moralistes se sont fortement récriés contre la tendance de ces lettres et l'espèce d'immoralité mondaine prêchée à son fils par le courtisan émérite. Il est certain que, absolument parlant, comme système général d'éducation, les doctrines morales de lord Chesterfield sont loin d'être irréprochables. Mais on les jugerait mal en se plaçant à ce point de vue: il faut se rappeler, en les lisant, que les lettres furent écrites à un jeune diplomate par un ex-ministre, et qu'elles durent se ressentir naturellement du génie des cours au milieu desquelles le second avait vécu, au milieu desquelles le premier allait vivre. Il faut se rappeler, en outre, que lord Chesterfield avait à combattre un de ces naturels froids et contraints, sobres et gauches, apathiques et scrupuleux, qui réussissent ordinairement si mal dans la vie publique; avec un jeune homme de cette trempe, les conseils sérieux étaient pour ainsi dire superflus. Chesterfield voyait à son fils Philippe plus de dispositions qu'il ne lui en souhaitait pour l'étude, la retraite, les in-quarto poudreux, les vieilles médailles. Tout au contraire, il ne lui trouvait pas l'esprit assez délié, les manières assez gracieuses, la parole assez facile pour un futur courtisan. N'est-il pas convenable, dès lors, qu'il lui recommande le commerce de la bonne compagnie, les artifices quelquefois légitimes par lesquels on y réussit, et, jusqu'à un certain point, le culte des femmes, qui pouvaient seules, au dix-huitième siècle, commencer la réputation d'un jeune homme?
La réimpression des Lettres de lord Chesterfield est d'autant plus appropriée aux besoins de notre époque, que notre époque ressemble un peu, par son caractère général, à celui de Philippe Stanhope. Elle donne plus au fond qu'à la forme, et, cherchant à prévaloir par le mérite, elle ne s'occupe peut-être pas assez des qualités futiles auxquelles le mérite peut devoir son lustre: il est assez superflu de lui prêcher l'économie, les fortes études, l'application sérieuse aux choses utiles, mais non pas de la rappeler à l'élégance des manières, à l'agrément des causeries, à la bonne grâce dans les mille menus détails qui composent la vie de société. Aussi félicitons-nous M. Amédée Renée de nous avoir donné en deux beaux volumes à bon marché ce manuel de la politesse, que nos ancêtres, spirituels et raffinés comme ils étaient, jugeaient suffisant pour eux; nous le félicitons aussi de sa traduction élégante et fidèle, et nous rendons enfin justice au travail dont il l'a fait précéder, et où se trouvent réunis avec bonheur tous les documents relatifs soit à la vie de lord Chesterfield, soit à ses autres écrits, dont il n'existe aucune traduction française(2).
Note 2: On a extrait des recueils et des publications périodiques de nombreux échantillons de sa critique morale et littéraire, des poésies légères, etc., qui ont formé, sous le titre de Mélanges, deux volumes in-4. Il a été composé, en outre, d'autres recueils de ses discours el de ses écrits politiques, puis une vaste collection de lettres divisées en trois livres.
Mexique et Guatemala, par M. de La Renardière; Pérou et Bolivie, par M. Lacroix. 1 vol. in-8°, avec 2 cartes et 76 gravures.--Paris, Firmin Didot. (Tome quatrième de l'Amérique, dans la collection de l'Univers pittoresque.)--6 francs.
L'Univers pittoresque, cette importante collection qui doit embrasser l'histoire et la description de tous les peuples de la terre, vient de s'enrichir d'un nouveau volume: c'est le quatrième publié sur l'Amérique. Il comprend le Mexique, le Guatemala, le Pérou et la Bolivie. Un de nos plus savants géographes, M. de La Renaudière, s'est chargé d'écrire, en 500 pages, l'histoire et la description du Mexique et du Guatemala; M, Frédéric. Lacroix, jeune écrivain dont le nom est déjà avantageusement connu dans lu science, a résumé en 200 pages tout ce que les historiens et les voyageurs nous ont appris jusqu'à ce jour concernant le Pérou et la Bolivie. Ce double travail est d'autant plus estimable et plus digne d'un grand succès, qu'il n'existait pas encore en français. Nous possédions sans doute une foule d'ouvrages recommandables sur ces contrées si fameuses des deux Amériques; mais de tous ces fragments détachés, il eut été même fort difficile de former un ensemble complètement satisfaisant. MM. de La Renaudière et Frédéric Lacroix ont rempli avec conscience et avec talent l'utile tâche qu'ils s'étaient imposée; ils ont rendu un véritable service à toutes les personnes qui désirent apprendre à connaître en peu de temps et à peu de frais le Mexique, le Guatemala, le Pérou et la Bolivie, sous le rapport historique, comme sous le rapport descriptif. Les nombreuses gravures qui ornent ce volume représentent pour la plupart les curieux monuments des Mexicains et des Péruviens, avant la découverte de l'Amérique et les conquêtes de Cortez et de Pizarre.
Méthode complète et progressive de Piano; par Henri Bertini.--Chez Schonenberger, éditeur, boulevard Poissonnière.
Un ouvrage élémentaire écrit pour faciliter l'étude d'un instrument ne mérite l'attention du public, qu'autant qu'il diffère des autres, et qu'il ajoute quelque chose à la masse des procédés connus avant son apparition. A ce titre, le travail de M. Bertini doit être particulièrement remarque. Ce n'est pas, comme les anciennes méthodes, un recueil d'airs plus ou moins connus, plus ou moins vulgaires, que l'élève sait d'avance et joue de mémoire; ce n'est pas non plus une série aride d'exercices mécaniques, dont un homme fait et doué d'une volonté forte peut seul surmonter l'ennui et la fatigue, grand défaut qui s'opposera toujours à ce que la méthode de M. Kalkbrenner puisse être mise entre les mains d'un enfant.
M. Bertini a su éviter ces deux inconvénients. Sa méthode est simple et sagement progressive. L'élève n'y rencontre jamais deux difficultés à la fois, chacune de ces difficultés est habilement présentée dans un air très-court, facile à comprendre, d'une mélodie agréable, et dont l'harmonie correcte et distinguée forme de bonne heure le goût de l'élève, et lui donne le sentiment de l'élégance de la forme et de la pureté du style. Fruit de l'expérience acquise par l'auteur dans une longue et honorable carrière consacrée à l'enseignement, l'ouvrage de M. Bertini nous paraît un des mieux faits qui aient jamais paru en ce genre, et tous les professeurs qui en adopteront l'usage ne tarderont pas sans doute à en constater l'utilité.