BEY DE TUNIS.
Pendant plusieurs siècles, la régence De Tunis a été l'affreux théâtre de révolutions et de crimes de toute espèce. Les derniers événements qui se sont passés en Europe, et surtout la conquête d'Alger par les Français, ont amené de grands changements dans la situation de ce pays. L'esprit de progrès, qui s'est emparé de tout le genre humain, entraîne aussi les Musulmans, si longtemps stationnaires, et les pousse, presque à leur insu, vers une nouvelle civilisation. Le bey actuel de Tunis, Ahmed-Pacha, seconde ce mouvement, et ses efforts intelligents semblent devoir être couronnés de succès.
Ahmed-Pacha sort d'une dynastie dont le chef, Hassan-ben-Ali, s'empara du pouvoir en 1705. Quoique le gouvernement soit en quelque sorte héréditaire dans la famille régnante, les successions ne sont pas réglées d'une manière tellement précise, que souvent elles n'aient été sujettes à de sanglantes contestations. La force et le génie ne sont pas moins que la naissance des titres et des droits à l'exercice de l'autorité suprême.
Depuis 1814, la régence de Tunis a été gouvernée par six beys: Hammoud-Pacha, Othman, Mahmoud, Hassan-ben-Mahmoud, Mustapha et Ahmed.
Ahmed-Pacha a succédé, le 18 octobre 1837, à son oncle Mustapha, décédé après un règne de trois mois et quelques jours, à la suite d'un événement tragique.
Le premier ministre de Mustapha-Bey, Chekib-Sabtah, ministre de la guerre, avait rempli les mêmes fonctions sous le précédent souverain, Hassan-ben-Mahmoud. Poussé par une ambition effrénée, et encouragé, assure-t-on, par des conseils venus de Constantinople, Chekib voulut profiter de l'avènement du nouveau bey pour se mettre à sa place, et travailla sur-le-champ à le renverser du trône, avant qu'il n'eût le temps de s'y affermir. Chekib jouissait d'une telle influence dans toute la régence, et par lui-même, et par sa famille, l'une des plus puissantes du pays, que le bey Mustapha, informé du complot qu'il ourdissait contre sa personne, n'osa pas d'abord le faire arrêter. Cependant, après avoir rassemblé autour de lui ses amis les plus fidèles, Mustapha, au milieu d'une grande revue que passait Chekib, le fit appeler au Bardo, sous prétexte de lui communiquer des nouvelles importantes que venait d'apporter un courrier de la Porte. Chekib n'osa pas désobéir publiquement; il arriva à la résidence avec une suite nombreuse; mais séparé de ses adhérents, sans violence et comme par hasard, par les gens du bey, il fut mené dans une salle basse, où on lui apprit qu'il ne lui restait que le temps de faire sa prière avant de mourir. Il lut aussitôt étranglé dans ce lieu même par des chaouchs, tandis que le bey faisait publier par des crieurs son crime et sa punition, avec avertissement qu'un châtiment semblable était réservé à ceux qui seraient tentés de l'imiter. Le complot, dont Chekib était l'âme, fut détruit immédiatement par sa mort, et le bey, qui, par cet acte d'énergie, avait imposé à ses ennemis, aurait pu jouir d'un règne long et paisible; mais Mustapha était un homme d'un caractère très-doux, comme, au reste, presque tous les Tunisiens, et la violence qu'il fut obligé de se faire, en ordonnant la mort de son ministre, lui fit contracter une maladie qui le conduisit au tombeau peu de semaines après cette exécution. Il laissa à son neveu Ahmed, le bey actuel, le gouvernement de la régence.
Ahmed-Pacha, âgé aujourd'hui de trente-six à trente-sept ans, est un homme d'un caractère plus ferme que son oncle, d'une capacité réelle, plus éclairé et surtout plus libéral que ne l'a été jusqu'à ce jour aucun des princes de la côte d'Afrique. Pour n'en citer qu'une preuve, les enfants de Chekib, placés au Bardo avec les siens, partagent l'éducation européenne qu'il fait donner à ses fils.
Le bey de Tunis.--Fac-similé
du croquis d'un voyageur.
La capitale de la régence, Tunis, occupe une plaine resserrée entre deux lacs. La ville a deux enceintes; celle intérieure, de construction mauresque, est flanquée de tours très-rapprochées sur quelques parties; l'enceinte extérieure, qui semble être un ouvrage européen, est formée de bastions et de courtines; elle entoure en grande partie les faubourgs, et se rattache, sur les hauteurs de l'ouest, à la kasbah, appuyée aux deux enceintes. En avant de Tunis, à l'entrée d'un canal débouchant dans la mer, est la Goulette, vieux fort à double rang d'embrasures, première ligne de défense de Tunis, et célèbre par la résistance qu'il a plus d'une fois opposée aux armées débarquant sur cette plage.
La résidence habituelle du bey est le Bardo, forteresse située en rase campagne, à environ 2,200 mètres de Tunis, entourée d'un carré de remparts élevés, dont les quatre coins sont flanqués d'ouvrages avancés et de tours. Sur le plus haut et le plus magnifique des bâtiments intérieurs, flotte le drapeau rouge. Plusieurs jolis petits bois ornent les environs, et, au milieu, on distingue les dômes, les kiosques et les vastes jardins de la Manouba, maison de plaisance du bey.
Les habitants de la régence de Tunis, comme ceux de l'Algérie, appartiennent à diverses origines. Les Turcs et les Maures habitent les villes et les villages; toute la population arabe est nomade, ainsi qu'une grande partie des Berbers, anciens habitants du sol. Une autre partie des Berbers, qui porte plus spécialement le nom de Kabaïles, ou Kabyles, habite des villages et des hameaux au milieu des montagnes. Les Turcs ont beaucoup perdu de leur importance, depuis que le bey de Tunis a organisé des troupes régulières, organisation par suite de laquelle ils ont été privés de leurs privilèges assimilés aux troupes indigènes. Les Andalous, descendants des anciens Maures d'Espagne, forment une des classes les plus notables de la population maure. A la civilisation, aux moeurs et à l'industrie qui les caractérisaient lors de leur arrivée d'Espagne, on doit la restauration de plusieurs villes détruites par les invasions des Arabes au septième et au huitième siècle, et même la fondation de quelques-unes, comme Testour, Soliman, Zaghwan, etc. Les habitants des villes et villages sont désignés par le nom générique de Beldani (citadins). Les Arabes, dont la majeure partie tire son origine des hordes qui ont pris part à la conquête, ou qui ont été appelés de l'Égypte et de la Syrie par les khalifes de Kaïroan, conservent leur dénomination d'Arabes. Quant à ceux qui, dans les temps anciens, avaient accompagné les fondateurs de Carthage, ils se sont successivement mêlés avec les Berbers, avec les Romains, les Vandales et les Grecs byzantins. Il est à remarquer que les anciens Berbers nomades ne veulent pas qu'on les nomme Arabes, alors même qu'ils offrent avec ceux-ci une parfaite ressemblance pour les moeurs et les coutumes; ils disent qu'ils sont Chaouïa (pasteurs), et se distinguent ainsi de cette partie de leur race qui habite sous des toits. Ils paraissent être, en effet, les Numides de Massinissa et de Jugurtha.
Les habitants des parties du désert, où le sol est composé de sables mouvants, acquièrent une grande dextérité à courir sur ces sables sans y enfoncer les pieds. Pour porter le corps avec l'aplomb nécessaire, on assure qu'ils se lestent d'un certain poids. Quoi qu'il en soit, un cavalier ne peut les atteindre à la course à travers ces sables. Ils vivent de lait de chameau et de dattes; ils entassent des fruits dans des jarres, mettent un poids par-dessus, et les laissent fermenter: il en découle une liqueur qu'eux seuls peuvent supporter. Ils sont d'ailleurs très-habiles à flairer, pour ainsi dire, l'eau sous les sables. Lorsqu'ils creusent pour en chercher, ils ont grand soin, après en avoir puisé, de recouvrir la source; aussi le voyageur étranger n'y rencontre-t-il jamais autre chose que le sable sec et aride.
L'administration est confiée à des Gouverneurs militaires (kikhia) pour les forteresses ou villes fortes, comme Kef, la Goulette, Kaïroan, Porto-Farina, etc.; à des anciens cheikhs pour plusieurs petites villes ou villages, avec le territoire qui en dépend, connue Testour, Zaghwan, etc.; enfin, à des gouverneurs civils ou préfets (kaïds) pour les provinces en général. Ces derniers sont les plus nombreux: ils sont en même temps fermiers des revenus de l'État, c'est-à-dire qu'ils perçoivent les impôts de leur département et les gardent, moyennant une redevance au bey, préalablement fixée. Ces trois classes d'administrateurs ont la juridiction dans leurs départements respectifs: le droit d'appel au tribunal du bey est ouvert à tous. Les kikhias sont nommés par le bey; les cheikhs et les kaïds seul proposés au bey par le suffrage de leurs administrés, et le bey les confirme ordinairement, comme aussi il est d'usage qu'il les révoque sur les plaintes de leurs administrés. Indépendamment des cheikhs de villes et de villages qui ne dépendent pas d'un kaïd, il y en a pour chaque subdivision dont se forment ces diverses peuplades d'Arabes nomades.
Le gouvernement tunisien, sous les successeurs des khalifes, et depuis sous les beys qui ont exercé le pouvoir, après l'établissement dans la régence de la suprématie du grand Seigneur, était tombé dans l'erreur la plus grave et la plus contraire à ses propres intérêts, en se servant des Arabes pour opprimer la population des villes et des villages. C'est ainsi que les habitations ont été dévastées, que l'industrie et l'agriculture oui été ruinées. Un long état de paix extérieure pourra seul permettre à un gouvernement réparateur et ferme de protéger les habitants sédentaires, en comprimant avec persévérance la population nomade, cette véritable plaie du pays.
Les environs de Tunis, quoique mieux garnis de villages et de fermes qu'aucune autre partie de la régence, ont aussi leur population nomade; elle n'est cependant pas organisée en arch (tribu) ou en nouadja (branches de tribu), mais elle se compose de familles occupant quatre, six, huit tentes, et appartenant à la même tribu. Ces Arabes sont souvent au service du bey ou d'un propriétaire quelconque du sol sur lequel ils campent et qu'ils labourent; quelquefois aussi ils louent des champs à l'année et les cultivent pour leur compte.
Il est difficile de fixer d'une manière exacte la délimitation précise entre le territoire de la régence de Tunis et celui de l'ancienne régence d'Alger. Les tribus qui habitent le pays voisin des limites, sont d'autant plus intéressées à laisser cette question incertaine et douteuse, qu'elles ont pu trouver, de tout temps, protection dans l'une des régences pour les brigandages quelles commettaient dans l'autre. Le camp du bey de Tunis, qui, tous les ans, se rend à Bedjia et à Kef pour lever les impôts, ne peut presque jamais remplir sa mission sans guerroyer, et, de temps à autre, la résistance est très-sérieuse. La limite la plus naturelle entre les deux États, et qui semble le plus généralement reconnue par les voyageurs, est celle de la rivière El-Zain.
L'inimitié la plus profonde a presque constamment existé entre les deux régences d'Alger et de Tunis, et celle-ci était sans cesse inquiétée sur ses frontières par le bey de Constantine. Après la chute du gouvernement turc et l'occupation d'Alger par l'année française, le 5 juillet 1830, le bey de Tunis, Hassan-ben-Mahmoud, soigneux de conserver l'amitié de la France, repoussa les offres des principaux habitants de la province, qui demandaient à se soumettre à sa domination pour se soustraire à l'anarchie dans laquelle était plongée ce beylik depuis la conquête; mais en même temps il fit faire par M. de Lesseps, notre consul-général, des ouvertures au général en chef, M. le lieutenant-général Clauzel, à l'effet de faire nommer, par le gouvernement français, bey de Constantine, un prince de la maison régnante de Tunis. Un arrangement fut conclu le 18 décembre 1830 à Alger, arrangement en vertu duquel Sidi-Mustapha était nommé bey de Constantine, et s'engageait, sous la garantie du bey de Tunis, son frère, à payer à la France, à titre de contributions pour la province, une somme de 800,000 francs en 1831, et d'un million les années suivantes.
Une convention semblable, et aux mêmes conditions de redevance annuelle, signée à Alger le 6 février 1831, donna également l'investiture du beylik d'Oran à un autre prince de la maison régnante de Tunis, Ahmed-Bey.
Mais ni l'une ni l'autre de ces conventions n'obtint l'approbation du ministère français, et, quoique celle relative à Oran eût déjà reçu un commencement d'exécution par l'arrivée d'un corps de troupes tunisiennes, le bey de Tunis dut renoncer dès lors à la double suzeraineté stipulée en faveur de deux membres de sa famille. Ses sentiments d'amitié pour la France n'en furent pas néanmoins altérés, et son intérêt même lui fit un devoir de resserrer chaque jour plus étroitement les liens qui l'unissaient à elle; car, en traitant directement avec le général en chef de l'armée française pour la cession de deux provinces sur lesquelles la Porte ottomane prétendait avoir un droit de souveraineté, le bey de Tunis, Hassan, avait ouvertement méconnu ce droit, et, par cet acte d'indépendance, avait soulevé contre lui-même et contre toute sa famille la haine du Grand Seigneur, qui la poursuit encore aujourd'hui.
Après l'insuccès de la première expédition contre Constantine, en novembre 1836, le sultan Mahmoud, pour encourager dans sa résistance le vassal qui, en refusant de reconnaître l'autorité de la France, s'était placé sous la protection de la sienne, voulait lui envoyer des secours par Tunis. Il lui fallait, à cet effet, se débarrasser du bey de cette régence, hostile à ses desseins, et le remplacer par un homme dont il était plus sûr. Dans ce but, une escadre partit de Constantinople le 20 juillet 1837; elle devait se présenter devant Tunis, où la conspiration dont nous avons parlé plus haut, organisée par les agents de la Porte, aurait aussitôt renversé le bey régnant (c'était alors Mustapha). Mais, comme on l'a vu, la conspiration fut découverte, son chef mis à mort, et deux divisions françaises, fortes l'une de trois, l'autre de quatre vaisseaux, sous les ordres des contre-amiraux Gallois et Lalande, obligèrent l'escadre turque du se retirer, avant qu'elle eût pu rien entreprendre.
Le bey actuel, Ahmed, s'est montré reconnaissant de ce service réel rendu à son prédécesseur, ainsi qu'à sa famille, qui lui doit la conservation de sa souveraineté.
Depuis plusieurs générations, les princes de la maison régnante protègent ouvertement une amélioration intellectuelle très-remarquable parmi les populations tunisiennes, au risque de s'exposer, en agissant ainsi, aux excès d'un fanatisme qu'ils bravent, non sans de sérieux dangers. La régence de Tunis, depuis que nous sommes maîtres d'Alger et de Constantine, n'a plus à redouter les incessantes incursions de ses anciens voisins. Du coté de la mer, elle est protégée par nos escadres contre les prétentions de la Porte, entretenues et excitées par les menées de la politique anglaise. Aussi Ahmed-Bey met-il habilement à profit la sécurité que notre voisinage et notre protection assurent à ses États, pour leur donner tous les développements possibles de culture, de civilisation et de puissance.
Sa volonté à cet égard s'est manifestée dès les premiers jours de son règne, et pendant six années sa persévérance n'a jusqu'à ce jour été rebutée par aucun obstacle. Pour soumettre le pays à une organisation générale et homogène qui fit à la fois sa force et celle du gouvernement, Ahmed-Bey a compris que le meilleur moyen était de créer une armée régulière sur le modèle des armées européennes, avec leur administration, leurs grades hiérarchiques, leur discipline sévère, leur instruction: véritable et première école de civilisation pour le pays. C'est à la France surtout qu'il a fait ses plus utiles emprunts, et il peut déjà regarder son ouvrage avec orgueil. Avant lui, la régence de Tunis ne comptait que deux régiments d'infanterie de 2,000 hommes chaque. Son année comprend aujourd'hui cinq régiments d'infanterie, chacun de 5,000 hommes, un régiment de cavalerie de 1,100 hommes et un régiment d'artillerie de 3,000 hommes.
L'uniforme est presque européen. Il se compose, pour les soldats, d'une veste boutonnée et d'un pantalon un peu large par le haut; la veste est en drap de couleur bleue ou garance, suivant les régiments. Les pantalons de drap en hiver sont de couleur garance, et les pantalons d'été en toile blanche. Les collets et les parements des vestes, et les bandes des pantalons sont de couleurs tranchantes. Les officiers portent la capote et le pantalon droit, avec broderies et bandes en or. La coiffure seule est restée orientale; cependant le turban a été remplacé par la chichia rouge, élevée et garnie d'un îlot bleu en soie. La différence des grades est signalée par l'étoile et par le croissant, en argent pour les sous-officiers, en or pour les officiers subalternes et en diamant pour les officiers supérieurs. Les officiels portent en outre des épaulettes distinctives. Les armes sont celles de nos armées. Dans la cavalerie, la selle arabe a été conservée, mais avec des modifications. Plusieurs officiers ont adopté la selle française. Le bey, les princes, les officiers, ressemblent beaucoup, on le voit, à nos officiers, à l'exception de la coiffure; ils portent même des gants jaunes et des bottes vernies.
Les troupes sont partagées dans cinq casernes, situées tant à Tunis qu'aux environs, et dont l'étendue et la bonne distribution pourraient servir de modèle aux nôtres. La direction de ces casernes et l'instruction des troupes appartiennent presque exclusivement à des officiers français. MM. Gillart, chef de bataillon; Collin, chef d'escadron, et Lavelaine-Manbenge, lieutenant-colonel au 18e de ligne, sont préposés à l'infanterie. Le régiment de cavalerie a été organisé par M. Gref, ancien élève de l'École de Saumur. Le régiment d'artillerie est commandé par M. Lecorbeiller, chef d'escadron d'artillerie, officier de la Légion-d'Honneur, envoyé au bey sur sa demande, en 1842, par M. le maréchal Soult. Dans l'ancienne kasbah, une fonderie de canons est dirigée par M. Bineau, ingénieur français.
Le Hardo, résidence habituelle du bey, réunit (outre les appartements du pacha), les salles de justice, le sérail, le harem, une vaste caserne, les prisons d'État, la maison des ministres et employés, des bains, etc. C'est au Hardo qu'est instituée une Ecole Polytechnique, où sont admis les fils des officiers et des personnages attachés au service du prince.
Ahmed-Bey, libéral et tolérant, a pour principal ministre M. Raffo, Italien et catholique, envoyé déjà plusieurs fois par lui en mission à Paris. Il a concédé, en 1840, à la France, le terrain où est mort saint Louis, sur la montagne Byrsa, à seize kilomètres de Tunis; et, sur cet emplacement, une chapelle a été inaugurée, le 25 août 1841, en présence de ses ministres. Ahmed-Bey introduit la réforme partout où il la croit nécessaire au progrès matériel et moral du pays. Par ses ordres, les marchés à esclaves sont abolis et fermés; des manufactures s'élèvent, des machines se construisent, des haras s'établissent, d'anciens aqueducs se restaurent, et des puits artésiens en forage vont changer l'aridité inerte de la terre en fécondité d'une richesse inappréciable. Bientôt, peut-être cette partie de l'Afrique, tributaire de l'Europe, rendra à son tour l'Europe sa tributaire.
Nous avions dit vrai l'autre jour: le ministère bat la campagne. En sa qualité de président du conseil, M. le maréchal Soult a pris les devants et a donné l'exemple; il est parti mardi dernier pour son château de Saint-Arnaud; M. Guizot est depuis samedi à Lisieux; M. Duchâtel se propose de passer un mois à Mirambeau, département de la Charente-Inférieure; M. Cunin-Gridaie prend les eaux de Vichy; M. Teste est à Néréis; M. Lacave-Laplagne ne dépasse pas Auteuil, et M. Villemain va jusqu'à Neuilly. En choisissant son Tibur si près de la demeure royale, ou pourrait croire que M. le ministre de l'instruction publique fait un acte de galanterie ministérielle et veut se rapprocher de l'oreille du prince; mais les médisants y seront pris: au moment même où M. Villemain installait ses pénates champêtres dans le voisinage du palais de Neuilly, le roi partait dans une berline à six chevaux et prenait, bride abattue, la route du château d'Eu, toute la famille royale galopant avec Sa Majesté ou à sa suite. Était-ce pour échapper aux grâces irrésistibles de M. Villemain, et fuir les attraits de cette sirène universitaire? Non pas vraiment: le roi, en allant à Eu, satisfait tout simplement une fantaisie annuelle, et M. Villemain n'y est pour rien ou pour peu de chose.
Ainsi la royauté et le ministère sont en vacances et prennent du bon temps: l'austère M. Guizot a déposé son porte-feuille aux pieds de ses pommiers de Normandie, et M. Duchâtel s'est métamorphosé en Tityre;
Reeubans sub tegmino fagi.
A demain donc les affaires sérieuses.
Madame la princesse de Joinville est du voyage d'Eu; elle a pris place, en partant, dans la voiture du roi et à côté du roi. A peine lui a-t-on laissé le temps de faire connaissance avec la bonne ville de Paris. Depuis son arrivée, madame de Joinville n'a pas eu une heure de libre fantaisie; l'étiquette et le cérémonial l'attendaient sur le rivage de Brest, et ne l'ont plus guère quittée jusqu'à Paris. Là, il a fallu essuyer les harangues de toute espèce et signer les contrats solennels. Le Journal des Débats a fait de la cérémonie un récit emphatique qui n'a dû que médiocrement divertir la princesse, à qui l'on accorde du goût, de la finesse, de la modestie et de la simplicité.--Ce pays-ci est le pays par excellence pour ennuyer les princes: on les accable, à la moindre occasion, de salutations et de discours; on les bourre de douceurs et de flatteries; et puis Dieu sait combien cela dure!
Madame de Joinville a trouvé cependant le moyen d'échapper un instant à tout cet appareil pour venir à l'Opéra. Il était huit heures; les rideaux velours grenat et or, qui voilaient depuis un an la loge de feu le duc d'Orléans, se sont relevés tout à coup, et pour la première fois, dans cette loge tout à l'heure en deuil, un jeune homme et une jeune femme ont pris place, l'un svelte et brun, l'autre au visage gracieux, au fin sourire et aux longs cheveux blonds: c'étaient le prince et la princesse de Joinville. Il y eut d'abord dans la salle un mouvement involontaire. En voyant s'ouvrir cette loge depuis longtemps morne, silencieuse, déserte et fermée comme un tombeau, une sorte de frisson parcourut le parterre et l'orchestre. Qu'est-ce donc? Et tous les regards se portaient de ce côté, comme si une ombre allait s'y montrer pâle et sanglante sous le linceul. Au lieu de l'ombre lamentable, on a vu deux jeunes époux souriant et heureux l'un de l'autre, Habeneck a donné le signal: les danses ont commencé, le public a battu des mains, tandis que la Péri ravissait par sa danse légère le prince, la princesse, la foule enivrée. Il n'y a qu'un an que le duc d'Orléans est mort; ce soir-là l'Opéra semblait éloigné de plus de cent années de la chapelle de Saint-Ferdinand!
Deux loges restent encore en deuil; toutes deux ont appartenu à des princes de la finance, l'une à M. Schileckler, l'autre à M. Aguado. La mort ne respecte pas plus les têtes millionnaires que les têtes royales, elle va de l'une à l'autre et les fauche avec le même plaisir. Avant peu, nous verrons quelque héritier de la dynastie Aguado et de la dynastie Schileckler venir, du fond de ces deux loges abandonnées par les morts, sourire aux bonds voluptueux de la Grisi.
Qu'on ne s'y trompe pas: l'histoire des loges d'avant-scène de l'Opéra serait une histoire pleine de curieux contrastes, d'émouvantes catastrophes et de profonds enseignements. Je me propose de l'écrire un jour, quand je n'aurai rien de mieux à faire. Que de poèmes, en effet, que de romans, que de mélodrames, dans ces loges privilégiées qui dominent l'orchestre des musiciens et avoisinent le lustre! A juger les choses sur la forme et à la surface, c'est là que se donnent rendez-vous et se réunissent tous les biens qu'on désire et qu'on envie: la richesse, le luxe, l'insouciance et le plaisir; mais allez au delà de l'enseigne dorée et regardez au fond: sur le velours et les coussins moelleux de ces loges, l'ennui, la satiété, le désordre, la vanité, donnant la main à la banqueroute, se sont souvent assis, tout parés, tout gantés, tout vernis, et promenant avec grâce sur la salle l'insolence, du binocle.--De temps en temps, Sainte-Pélagie y va chercher ses recrues.--L'air y est mortel, car les jeunes y deviennent vieux très-vite et y meurent aisément; sous les fauteuils, il y a des trous où les millions tombent et s'engloutissent.--Horreur! plus d'une fois le suicide à l'oeil hagard y a passé, et je vois encore là, sur cette loge à gauche, la trace, de sa main sanglante et désespérée.
--Le quartier Saint-Antoine a éprouvé, cette semaine, une très-vive émotion: quinze bandits sont parvenus à s'échapper des prisons de la Force; ces honnêtes gens sentant venir le mois de septembre, saison de l'air libre et du loisir, se seront dit: «Pourquoi ne prendrions-nous pas aussi nos vacances?» Retenir une place à la malle-poste ou aux messageries royales, c'était pour eux du fruit défendu. Comment d'ailleurs percer ces formidables murailles, ces portes crénelées? comment briser ces terribles verrous? comment éviter les regards incessamment ouverts des gardiens et des sentinelles?
Ne pouvant aller tête levée sur la grande route, ils ont pris les voies mystérieuses et souterraines; un matin, un bon bourgeois du voisinage, occupé à préparer un bain, entend du bruit sous ses pieds: il s'étonne, il regarde, et voit le sol qui s'entr'ouvre; un homme, ou plutôt un démon, paraît, pâle, la barbe et les cheveux en désordre, agitant dans ses mains un couteau menaçant; puis un second, un troisième, un quatrième, toute une légion de damnés: c'étaient les prisonnier? qui, depuis un mois et de jour en jour, se creusaient sous terre un chemin vers la liberté: ce chemin était venu aboutir à la maison du voisin. Quelle visite, bon Dieu! des voleurs, des forçats en récidive, des faussaires, des assassins!
L'hôte s'enfuit, effrayé de voir entrer chez lui cette société arrivée sans lettres d'invitation: «Si tu dis un mot, tu es mort!» lui crient quinze voix épouvantables. Mais il était déjà loin.
Il donne l'éveil: on se précipite, on arrive, et, quand les bandits s'élancent dans la rue, effarés, haletants, ils trouvent un rempart de courageux citoyens qui leur barrent le passage. Figurez-vous les menaces, les cris, la terreur, les luttes sanglantes, tout le cortège formidable, et désordonné d'une pareille aventure.--Les sergents de ville, les soldats de ligne viennent prêter main-forte; et enfin le crime succombe, ainsi qu'il arrive dans tout mélodrame conduit selon les règles; on le saisit, on le désarme, on le garrotte, on le renvoie d'où il était sorti, comme Satan de l'enfer, au fond des cachots de la Force.
Ce qu'on ne saurait trop admirer dans ces catastrophes effrayantes et inattendues, c'est le courage, et le dévouement du citoyen. Voilà une bande de malfaiteurs armés qui s'élancent tout à coup de leur tanière et surprennent des honnêtes gens sans armes; fuira-t-on? cherchera-t-on à éviter le danger et la mort qu'ils mènent avec eux? non: chacun se prépare intrépidement à la lutte; ces simples bourgeois, ces marchands paisibles que vous voyiez tout à l'heure, regarder nonchalamment les passants, les bras croisés, d'un air bonasse, en se dandinant à leur fenêtre ou sur le seuil de leur boutique, tout à coup deviennent des combattants pleins de résolution, des lions, des héros; ils se jettent au-devant des bandits, ils les arrêtent, ils les terrassent; ni le couteau, ni le poignard, ni les fureurs de ces hommes horribles ne les épouvantent et ne les font, reculer; ils tiennent jusqu'au bout, meurtris, blessés, sanglants. C'est là, sans contredit, un courage bien au-dessus du courage du soldat: le soldat obéit et marche au danger par ordre; nos gens vont le chercher de propos délibéré; le soldat est séduit, étourdi, enivré par l'appât, de la récompense, par le prestige de ce qu'on appelle la gloire; eux ne cèdent qu'à un entraînement désintéressé; ils n'ont en le temps d'apprendre ni le pas oblique, ni la charge en douze temps; le soldat enfin est un rude compère préparé avec soin aux blessures et à la mort; nos héros, encore un coup, sont de bons bourgeois qui viennent de manger paisiblement leur soupe et d'embrasser leurs femmes et leurs enfants.
Deux courageux citoyens se sont distingués particulièrement dans cet épisode des bandits de la Force; il est juste de les mentionner ici, de même qu'après la victoire on porte les noms glorieux au bulletin de la bataille. L'un s'appelle M. Pons, l'autre M. Morel; tous deux ont donné l'exemple d'une rare intrépidité; M. Pons est dangereusement blessé d'un coup de poignard qui a pénétré dans la poitrine.
Eh bien! vous pouvez m'en croire, on ne donnera la croix d'honneur ni à M. Morel ni à M. Pons. Il est bien plus juste et plus honnête de la réserver pour un oisif, un faiseur de courbettes ou un inutile, je n'ose pas dire pour un sot, un méchant et pour une poitrine déshonorée.
On voit que Paris n'est pas précisément la terre promise, et qu'il est bon de s'y tenir sur ses gardes; tandis que vous flânez consciencieusement, et que vous collez votre nez candide aux vitres de Susse ou de Martinet, un larron subtil passe et vous enlève votre montre ou votre tabatière, sous prétexte de vérifier si vous avez l'heure des Tuileries ou de l'Hôtel-de-Ville, et si vous consommez du pur Virginie. Dormez-vous on prenez-vous un bain? un scélérat vous éveille en sursaut dans votre lit, et sort par-dessous votre, baignoire; vous n'avez plus qu'à vous débattre et à recevoir trois ou quatre bonnes blessures, en attendant que M. le commissaire de police soit averti et que le sergent de ville ait mis ses guêtres. Paris a beau faire, il a beau s'éclairer au gaz, se paver, s'aligner, dorer ses maisons et ses boutiques, il est toujours un peu le Paris que Boileau appelait un coupe-gorge.
Je ne suis ni misanthrope ni calomniateur, et j'apporte les preuves à l'appui de mes reproches. Voici donc un échantillon des agréments de Paris, scrupuleusement emprunté à la statistique: on commet, dans ce charmant Paris, soixante-dix-huit crimes ou délits par jour; il y a deux morts violentes et quatre-vingts morts par maladie; les voitures écrasent deux personnes, le tribunal de commerce enregistre deux faillites, le Mont-de-Piété reçoit trois cent quinze dépôts, l'hôpital s'ouvre pour quatre cent soixante-dix malades, les commissaires-priseurs procèdent à cinquante ventes par autorité de justice, et MM. les huissiers fabriquent, trois mille exploits: le joli pays vraiment, et comme il emploie agréablement sa journée! Si Paris ne coûtait pas si cher, on pourrait encore en prendre son parti; mais savez-vous ce qu'il faut à cette ville si pleine d'huissiers, de morts et de malades, pour se loger et se nourrir? quatre millions par jour; et encore quatre millions ne suffisent pas! Paris possède une foule de citoyens plus ou moins honnêtes, qui ne mangent pas, qui ne se logent, pas, et qui vivent Dieu sait de quoi, de l'air, du ruisseau apparemment. Il n'y a que Paris pour ces choses-là; ce n'est qu'à Paris qu'on peut mourir de faim tous les jours et recommencer le lendemain, pendant de longues années; ailleurs, si vous n'avez pas votre pain quotidien tous les matins, le soir vous êtes mort à coup sûr.
--Un événement encore a fait grand bruit cette semaine, plus de bruit même que le courage de MM. Pons et Morel, et que l'évasion des quinze voleurs.--Vous m'avez deviné: je veux parler de lu mémorable querelle qui a mis la plume à la main à un critique et à un dramaturge; le sujet du duel était peu de chose, une pauvre comédie nouvelle en cinq actes et en prose, moins que rien. Le critique trouvant la comédie mauvaise, l'a très-positivement et très-spirituellement imprimé, ce qui était dans son droit; le dramaturge s'est fâché, et, dans une lettre assez grossière et peu concluante, il a déclaré que l'ouvrage était excellent;
Pour le trouver ainsi vous aviez vos raisons.
Le critique n'a pas reculé d'une semelle; à la lettre peu séante il a riposté par un feuilleton plein de verve, de finesse, d'esprit et de bon sens, qui a mis la lettre en lambeaux, laissant ses débris épars sur le champ de bataille, sans honneur et sans sépulture.
L'attaque et la riposte étaient si personnelles et si mordantes, que les amis des deux adversaires se sont alarmés, le bruit s'est répandu que le dramaturge et le critique avaient jeté là leur plume, pour prendre une arme moins innocente; déjà même la rumeur publique en perçait un de part en part, si ce n'est tous les deux.--«Hé bien! dit à un homme d'esprit qu'il venait de remontrer, un ami de l'un des deux champions; vous savez ce qui est arrivé?--Quoi donc?--Mais la grande nouvelle!--Je ne m'en doute pas.--Tout le monde en parle.--Dites toujours.--La rencontre de J. et de D.--Ah! oui, je sais; ils se sont rencontrés, et... ils ne se sont pas salués!»
--Hier, j'ai assisté à un mariage; l'époux avait vingt-cinq ans, mais l'épouse n'était pas précisément de la première jeunesse; il y a quelque cinquante ans que son étoile s'est levée à l'Orient, et que l'Aurore, aux doigts de rose, a semé sur son teint ses rubis et ses perles. On alla à la mairie en grande pompe; l'époux un peu triste et la tête baissée; l'épouse triomphante, et faisant minauder sa pudeur quinquagénaire sous sa couronne d'oranger. Le maire arriva paré de son écharpe et avec toute la gravité convenable; puis, s'adressant aux époux et à l'honorable compagnie, il s'exprima ainsi: «Entre M. J. D., âgé de vingt-cinq ans, d'une part; et, de l'autre, demoiselle A. B., fille majeure, âgée de cinquante-et-un ans...» tout le chapelet du matrimonium enfin.
A ces mots: fille majeure, âgée de cinquante-et-un ans, une envie de rire me gagna malgré moi; je me contins de mon mieux cependant; mais qui peut échapper à l'oeil d'une fille majeure? celle-ci m'avait vu étouffant mon rire, et ne me quittait pas des yeux.
Après la cérémonie, je cherchais à m'esquiver prudemment. Vains efforts! elle s'approcha de moi par un détour, et me prenant à part: «Pourquoi, dit-elle, avez-vous ri tout à l'heure?--Mais, je ne sais... Un de vos témoins... ce maire, peut-être.--Ah! oui, ce maire, s'écria-t-elle avec un accent dont je ne puis vous donner une idée, ce maire est un drôle! Est-ce que vous avez, par hasard, confiance en cet homme-là? Il n'y a jamais un mot de vérité dans ce qu'il dit.»
Tout le monde connaît M. Marco Saint-Hilaire, l'homme du siècle qui a inventé Napoléon. Sans M. Marco, l'Empereur et l'Empire n'existeraient pas. C'est M. Marco qui a gagné la bataille de Marengo et la bataille d'Austerlitz; et je ne sais pas si M. Marco n'est pas mort à Sainte-Hélène, bien qu'il fabrique des feuilletons à Paris.
Un autre se contenterait d'être un grand historien; M. Marco ajoute à ce mérite plus d'un genre d'agrément; M. Marco Saint-Hilaire connaît les poètes sur le bout du doigt. Êtes-vous embarrassé pour savoir de quel père poétique tel ou tel hémistiche est le fils? allez consulter M. Marco Saint-Hilaire; il vous tirera d'embarras, vous disant: Ceci est de Virgile, ceci d'Ovide, ceci de Pindare, ceci de Dante, ceci de Boccace, de Shakspeare, de Corneille ou de Lamartine.
Dans un de ses derniers feuilletons, M. Marco donne une preuve magnifique de ce profond savoir. Il s'agit d'une entrevue entre Talma et Napoléon. Talma, suivant M. Marco, est occupé à donner à Napoléon un échantillon de son savoir-faire. Après plusieurs exercices, il arrive enfin à ce vers:
Il s'en présentera, gardez-vous d'en douter.
«Vers admirable, ajoute M. Saint-Hilaire, vers si connu que Racine met dans la bouche d'Agamemnon.»
Je voudrais savoir ce que Tancrède et Voltaire pensent de l'érudition poétique de M. Marco.
Et voilà justement comme il écrit l'histoire.
--Un ancien acteur vient de mourir, un des vieux compagnons d'Odry, de Potier et de Tiercelin; Bosquier-Gavaudan n'était pas de la force de ces trois illustres camarades; il n'avait ni leur talent original ni leur popularité; mais il s'était fait aussi des partisans et des admirateurs: c'était un gros bonhomme rond, roulant, joyeux, qui aurait chanté cent couplets de suite sans reprendre baleine.
Chaque chose vient à propos, chaque homme arrive à sa place; Bosquier-Gavaudan était contemporain de Désaugiers et du caveau, il naquit certainement pour chanter; il vécut en chantant: il est mort dans un temps où l'on ne chante plus.