Orfèvrerie.
Les arts charment nos moments de loisirs.--Parler des arts, les rechercher, s'y connaître, est devenu de nos jours une prétention généralement répandue. Je dirai plus, c'est un besoin; aussi avons-nous vu bien des réputations imméritées avant que des hommes de goût et des apôtres des arts aient sacrifié leurs veilles et leur fortune à éclairer le public. Honneur au commerçant qui ne craint pas d'affronter les préventions de la mode et qui force le pays, malgré lui, à s'enrichir de chefs-d'oeuvre! honneur à l'artiste qui sait plier son génie aux détails des objets de commerce! honneur enfin à l'ouvrier qui a su se rapprocher de l'artiste ou devenant plus habile! Toutes ces réflexions nous ont été suggérées au simple aspect d'un dressoir du salon de la maison Morel. On va voir des bazars, ou court à des expositions pour y chercher des choses curieuses, des chefs-d'oeuvre: là, chaque chose est curieuse, chaque objet est un chef-d'oeuvre.
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Vase commandé à M. Morel par l'empereur de Russie, pour prix de courses. |
Modèle d'épée pour le corps diplomatique. |
Prenons pour exemple ce vase commandé par l'empereur de Russie pour être offert comme prix de course. Quelle perfection de ciselure! quelle richesse d'ornementation! Un génie tenant un écusson sur lequel doit être gravé le chiffre du vainqueur, me paraît une idée neuve et préférable à l'antique Renommée offrant une palme ou une couronne. D'ailleurs ici la gloire doit être modeste: ce n'est pas un éclatant fait d'armes, ce n'est pas un travail savant et pénible que le monarque doit récompenser; c'est tout simplement un cavalier qui, grâce à son sang-froid et à sa hardiesse, stimule la vigueur de son cheval et atteint le but désigné avant ses concurrents. C'est un art utile que celui de l'équitation, et les souverains l'ont encouragé dans tous les temps de la même manière. Nous trouvons dans l'antiquité que les prix de course étaient des vases ou des coupes sculptés par les artistes les plus célèbres de l'époque. Les anses, qui s'élèvent des deux bras du génie et qui vont se recourber à l'orifice du vase où elles s'attachent par deux têtes de chimères; les serpents qui ornent la portion supérieure et les têtes de chevaux qui rappellent sa destination, tout cela forme un gracieux ensemble, sans nuire au galbe élégant et sévère du vase. A la vue de ce beau travail, on croirait presque Benvenuto revenu parmi nous.
Voici une épée sortie des mêmes ateliers, et dédiée au corps diplomatique. Tout en admirant le fini du travail du pommeau, l'heureuse idée de la légende: «Dieu protège la France!» qui enlace les trois écussons rappelant trois époques chères au pays. Ou pourra ne pas approuver complètement l'auteur d'avoir mis le chiffre du roi sur la plaque de la garde. C'est trop personnel. Les représentants de la France ne doivent porter que les armes de la France.--Quant à la garde, ce serait une très-jolie anse pour un vase; mais le dessin nous semble trop tourmenté et trop léger pour une épée.