SOUVENIR D'UNE PROMENADE.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que le voyageur le plus exact est justement celui qui le paraît le moins, et qui, sans s'occuper de l'ordre ou de l'exactitude des faits, raconte fidèlement, dans toute leur naïveté, non l'histoire de son voyage, mais celle de ses sensations.

Il est malheureux que cette idée soit venue à beaucoup de gens d'esprit avant de traverser mon cerveau. A compter de Sterne, je ne sais pas un de ces prétendus voyageurs sentimentaux qui ne se soient crus dans l'obligation d'orner singulièrement la vérité de leurs souvenirs, pas un qui n'y ait mêlé des incidents évidemment romanesques. Comme si la vérité ne suffisait pas toujours et partout.

Et, en parlant de Sterne, je veux bien croire à l'histoire du Sansonnet, mais j'attesterais devant toutes les cours de justice de ce monde ou de l'autre qu'il n'a jamais rencontre, à une demi-lieue de Moulins, sous un peuplier, Maria la folle tout de blanc vêtue, avec un ruban vert-pâle en sautoir, un chalumeau pendu à ce ruban, un cordon attaché à sa ceinture, et, au bout de ce cordon, un petit chien. Un petit chien nommé Sylvio!--à une demi-lieue du Moulins.