De la Médecine chez les Arabes (3).

Note 3: Extrait du Rapport officiel de M. le docteur Furnais sur les Causes, la Nature et le traitement des Maladies des Yeux en Afrique.

Malgré le fatalisme inhérent à leur religion, les Arabes accordent une grande confiance à la médecine; et c'est à tort que, certains auteurs ont avancé que les musulmans craignaient de tenter la divinité, en croyant à l'art de guérir.

Les bains sont la panacée universelle des indigènes de l'Algérie; ils les emploient dans toutes les maladies, quels que soient l'âge et le tempérament des malades.

L'application du feu joue un grand rôle dans leur thérapeutique chirurgicale; c'est à l'aide de ce moyen violent qu'ils prétendent guérir les engorgements du foie et de la rate, et une grande partie des maladies d'estomac.

Pour les blessures d'armes à feu, ils rougissent à blanc un anneau ou bague de fer qu'on applique à l'orifice de la plaie, et s'établit ainsi une suppuration et des bourgeonnements de bonne nature, l'introduction de l'air devient difficile, et la guérison est très-prompte.

Pour les foulures, les entorses, les tumeurs et les engorgements des articulations, leur médecine n'est pas moins violente.

M. le gouverneur-général Bugeaud a bien voulu nous communiquer le fait suivant: Un chef arabe nommé Ben-Kadour-Ben-Ismaël, qui accompagnait le général en qualité d'aide-de-camp dans une partie de chasse aux environs d'Oran, tomba de son cheval qui s'abattit sur lui; on releva le cavalier tout foulé, broyé, et on le fit transporter sans connaissance dans une tribu voisine. Quatre jours après, le général, qui le croyait blessé mortellement, ou tout au moins estropié pour toute sa vie, ne fut pas peu surpris de le voir reparaître à cheval dans une revue. On lui apprit qu'un tehib (médecin) appelé près de l'Arabe aussitôt après l'accident, lui avait promené un fer rouge sur les articulations principales des membres supérieurs et inférieurs, après quoi il avait fait bassiner les brûlures avec la teinture du henné, espèce de solution astringente du Lausonia inermis dont les indigènes se servent pour donner une teinte jaunâtre aux ongles, aux mains et quelquefois aux bras et aux jambes. C'était à l'emploi de ces moyens énergiques qu'était due une guérison si prompte et si merveilleuse.

On comprend que de semblable cures, si rares qu'elles soient, suffisent pour perpétuer la foi des Arabes dans les traditions médicales de leurs ancêtres.

L'appareil que les Arabes emploient pour les fractures consiste en une peau de la largeur du membre fracturé; ou pratique sur cette peau des trous suivant une ligue perpendiculaire, et dans ces trous on introduit une lame de roseau on de bois flexible pour chaque colonne; on forme ainsi un appareil complet, pouvant servir à la fois d'attelle et de bandage, qu'on solidifie avec, un amalgame d'étoupe et de mousse, quelquefois de terre glaise et de filasse.

L'entropium, ou renversement des paupières et des cils en dedans, est une maladie très-fréquente en Afrique. Les anciens chirurgiens avaient déjà compris que le seul moyen de guérir radicalement l'entropium était de détruire d'une manière quelconque l'excès de peau de la paupière qui, en se relâchant, se roulait dans l'oeil; pour cela ils se servaient d'un morceau de potasse caustique qu'ils promenaient le long de la paupière; la plaie et la forte, cicatrice qui résultaient de cette brûlure rapetissaient la paupière, qui se dégageait alors du globe de l'oeil, et la guérison était plus on moins complète.

Le procédé arabe, rempli d'une foule d'inconvénients, a été préconise dans ces derniers temps par Helling et par le nommé Quader: ce dernier se l'est approprié en substituant tout simplement de l'acide sulfurique à la potasse caustique.

Quelques Arabes de l'ouest de l'Algérie guérissent l'entropium en faisant un pli à la peau des paupières et en la traversant avec plusieurs soies de cochon, qu'on noue sur le pli, et qu'on serre jusqu'à ce que le bord libre des paupières soit complètement en dehors.

Dans l'Algérie, les barbiers sont les chirurgiens des Maures, et les thalebs savants leurs médecins; quelques secrétistes juifs font aussi de la médecine parmi les habitants des ville».

Les saignées se pratiquent avec des rasoirs, en faisant des mouchetures aux jambes, après les avoir serrées fortement au-dessous du genou avec la corde de leur turban; quant aux saignées du bras, ils les font comme nous, seulement la plupart, ne connaissant pas la position de l'artère brachiale et du tendon du biceps, blessent souvent l'un et l'autre, d'autant plus qu'ils ne se servent que d'une lancette très-longue comme celle des abcès; nous avons été témoins de quelques accidents de ce genre pendant notre séjour en Algérie. Pour saigner à la tête, les tehibs maures serrent le cou à d'aide d'une corde en poil de chameau, de manière à former une turgescence de la face; cette turgescence obtenue, ils incisent la veine qui passe au-dessus de la racine du nez. Pour faciliter l'effusion du sang, les tehibs roulent un bâton sur les incisions; et, pour arrêter la saignée, ils se servent d'une espèce d'emplâtre fait avec de la terre argileuse par-dessus lequel on attache un mouchoir.

Pour les Arabes les plus superstitieux de quelques douairs, les défenses d'un sanglier réduites en poudre, et prises dans un breuvage, guérissent la fièvre.

Le cerveau du chacal donne à l'enfant qui en a mangé la méfiance et la ruse nécessaires à un guerrier maraudeur.

La tête de l'hyène rendrait fou l'homme qui en aurait mangé, et, lancée au milieu d'un troupeau, elle produirait le vertige chez les boeufs, les moutons et les chevaux, etc., etc. Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les aberrations de cette singulière thérapeutique des indignes des douers.

Les Arabes n'ont aucune notion d'une science toute moderne, l'orthopédie; il est vrai de dire qu'on ne rencontre pas parmi eux cette multitude de difformités qu'on observe en Europe; cela tient à la nature de leur organisation forte et vigoureuse, à leur vie très-sobre, exempte de ces travaux pénibles et assidus qui déforment la taille, et surtout à ce que les enfants rachitiques et scrofuleux, manquant presque toujours de soins, meurent de très-bonne heure; on prétend même que les enfants qui, d'après leur vice de conformation, ne paraissent pas destinés à vivre, n'ont pas à souffrir ou à végéter longuement... les Arabes de quelques tribus passent pour suivre, à l'égard de ces malheureux, la coutume des Spartiates... Nous ne garantissons pas le fait, mais il semble probable, d'autant plus que l'infanticide peut se commettre avec une grande impunité, par la raison qu'on n'a pas pu obtenir, même des indigènes des villes, la déclaration des morts et des naissances et un état civil en règle.

L'art des accouchements est la partie médicale la plus arriérée en Afrique. Dans un grand nombre de tribu les femmes, pour accoucher, s'asseyent sur une espèce de chaise, se tenant par les deux mains à une corde fixée au plafond ou au sommet d'une tente, tandis qu'une matrone, placée derrière, comprime le ventre du haut en bas avec une serviette pliée en long.

Pour les maladies des yeux, malgré leur fréquence en Afrique, la médication arabe n'est guère plus progressive. De temps immémorial, même avant Averrhoës, Albucasis et les anciens médecins de ce pays, on avait cru remarquer que certaines chairs avaient la propriété de fortifier et d'éclaircir la vue, comme par exemple celles de pied d'hirondelle, d'oie, de vipère, de loup, de bouc et d'oiseaux de proie. Aujourd'hui, les Arabes, aussitôt qu'une ophthalmie grave se manifeste, ne songent qu'à deux choses: 1º soustraire l'oeil à l'action de la lumière; 2º le préserver du contact de l'air. Pour cela, ils couvrent, tamponnent et compriment l'oeil avec plusieurs compresses et des mouchoirs de coton fortement serrés autour de la tête. Ils ne touchent pas à cet appareil pendant une semaine; les personnes qui le peuvent restent en repos, et celles qui sont obligées de sortir pour travailler, et qui n'ont qu'un oeil malade, arrangent leur mouchoir de façon à le couvrir complètement, en laissant l'oeil sain à découvert. Au bout de huit jours on ôte les compresses: quelquefois le malade est guéri, d'autres fois l'oeil est fondu et l'on ne trouve qu'un moignon charnu.

Cette médication, quelque étrange qu'elle paraisse, pourrait néanmoins être employé avec succès dans quelques cas; i! s'agirait alors de faire une compression graduelle et de bien choisir l'époque de la maladie; car, dans la période aiguë, lorsque l'oeil se trouve dans un état d'irritation et de turgescence très-prononcées, ce moyen thérapeutique n'aurait d'autre résultat que la perte de l'oeil. Les égyptiens, d'ailleurs, se servent souvent de cette compression au début même de l'ophthalmie purulente, et quelquefois ils guérissent. On sait en outre que cette médication a été employée avec avantage à Paris, dans la maison de refuge des orphelins du choléra. Les Arabes font rarement usage de collyres et de pommades; le plus souvent ils lavent les yeux encore tout enflammés avec du jus de plantes astringentes on avec de l'eau froide, ce qui contribue quelquefois à faire passer des conjonctivites simples à l'état catarrhe purulent.

Il m'est arrivé (et cela est sans doute arrivé à d'autres praticiens qui ont exercé la médecine en Afrique) de faire des prescriptions à des indigènes malades, et de les rencontrer une ou deux semaines après avaient l'ordonnance pendue au cou comme un scapulaire, on bien religieusement cachée sous leurs vêlements, sans avoir fait aucun usage des médicaments présents.

Au mois de juillet dernier, j'ai été chargé par M. le directeur de l'intérieur de l'Algérie d'examiner et de classer, d'après la nature de leurs maladies, les musulmans affectés de maux d'yeux ou de cécité complets, qui pourraient être reçus dans l'établissement qu'on projette de fonder à Alger pour ces malheureux indigènes. Parmi le nombre des personnes qui nous ont été amenées au bureau de Mecque et Médine par les employés de la police maure, il y avait le nommé Mohammed-ben-Quassen, Arabe affecté de fonte de l'oeil droit et de leucoma complet sur l'oeil gauche; la vision était abolie. Ce malheureux portait sur le front, autour de la corde en poil de chameau, quatorze amulettes en peau de la forme d'un carré allongé, et sur lequel on remarque des carrés magiques, quelques lignes écrites en arabe et un grand nombre de signes cabalistiques et de chiffres rangés dans une espère de table pythagoréenne; c'est par leurs différentes combinaisons que les thalebs croient découvrir les choses les plus mystérieuses et opérer les miracles de la sorcellerie.

Voici la traduction libre d'une de ces amulettes,--nous devons cette traduction à l'obligeance de M. Reinaud, membre de l'institut:

On lit en tête: «Au nom du Dieu clément et miséricordieux; que Dieu soit propice à notre seigneur Mahomet, à sa famille et à ses compagnons.»

Vient ensuite le commencement de la sourate XXXVIe du Coran, où Dieu est supposé parler ainsi à Mahomet: «Y.-S., par le Coran sage, tu es du nombre des envoyés divins, et tu marches dans une voie droite. C'est une révélation que l'Être glorieux et clément t'a faite, afin que tu avertisses ton peuple de ce dont leurs pères avaient été avertis et à quoi ils ne songent guère. Notre parole a été prononcée contre la plupart d'entre eux, et ils ne croiront pas. Nous avons chargé leurs cous de chaînes qui leur serrent le menton, et ils ne peuvent plus lever la tête. Nous avons placé une barrière devant eux et une barrière derrière. Nous avons couvert leurs yeux d'un voile, et ils ne voient pas.»

Ces dernières paroles font évidemment allusion à l'état de la personne pour laquelle on les a mises en usage. La suite de l'écrit est destinée à procurer au malade la guérison. Elle commence ainsi: «Au nom de Dieu, par Dieu... Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu; il n'y a de force qu'en Dieu...» Malheureusement l'écriture est si mauvaise, qu'il serait bien difficile d'offrir un sens complet.

Les deux carrés placés au milieu de l'écrit et celui qui est au bas à droite, sont ce qu'on appelle du nom de carrés magiques. Il en est parlé dans nos livres de mathématiques, et ils appartiennent à la science des nombres, qui tenait une si grande place dans les doctrines de Pythagore. Seulement ici, au lieu de chiffres, on a employé des lettres de l'alphabet arabe, qui, à l'exemple des lettres des alphabets hébreu et grec, ont une valeur numérale.

Le carré du milieu, du côté gauche, renferme les lettres

ou 492,

ou 357 et

ou 816. Ces neuf signes représentent les neuf unités, les seules qui, pendant longtemps, ont été exprimées dans le calcul, jusqu'au moment où l'on a marqué le zéro. Si, comme cela se rencontre souvent dans les traités arabes de magie, on se borne à marquer les lettres qui occupent les quatre angles, on a

ou 8642; ce qui, en procédant comme font les Arabes, de droite à gauche, présente une progression arithmétique. Le groupe

8642 est précisément celui qui occupe le carré du bas, et ce groupe est répété quatre fois, chaque fois dans un ordre différent. Sur les divers usages de ces carrés chez les Orientaux, on peut consulter le deuxième volume de mon ouvrage intitulé: Monuments arabes, persans et turcs du cabinet de M. le duc de Blacas.»

Chacune de ces amulettes, vendue par les savants ou par les marabouts, coûte aux Arabes de dix à douze sous; quelquefois le panier mystérieux est simplement couvert de sparadrap, et dans ce cas l'ordonnance ne vaut que six sous.

A voir ce charlatanisme superstitieux, croirait-on que ces hommes sont les successeurs d'Aetius, d'Avicenne, d'Haly-Abbas, de Ithaxès, d'Albucasis, d'Averrhoës, et de tant d'autres praticiens arabes qui ont illustré la médecine et la chirurgie dans ce même pays?

La croyance religieuse des Arabes est tellement puissante, que quelquefois, malgré la désorganisation des yeux et la cécité complète, ils ont beaucoup de confiance dans ces sortes de remèdes, et ne désespèrent pas de leur guérison. Eh bien! ces idées absurdes, ces pratiques contraires au bon sens et à la raison, nous étonneraient beaucoup chez un peuple barbare, si l'histoire ne nous avait pas transmis des absurdités pareilles, qui furent longtemps en crédit chez des nations civilisées et parmi les plus hautes classes de la société. N'a-t-on pas vu une reine de France (Catherine de Médicis), qui, pour se préserver des malheurs physiques et moraux, portait sur son ventre une peau de vélin étrangement bariolée, semée de figures et de caractères grecs diversement enluminés? Cette peau avait été préparée par Nostradamus, et plusieurs auteurs contemporains prétendent que c'était la peau d'un enfant égorgé.

Viendra-t-elle ou ne viendra-t-elle pas?--Telle est la question qui circulait de proche en proche.--Oui, dit l'un. --Non, dit l'autre.--J'en suis sûr.--J'en ai la certitude. --Je le tiens d'une source authentique.--Une personne digne de foi vient de me l'assurer.--Elle sera demain de retour à Brighton.--Elle arrivera demain à Paris.--Son yacht l'attend pour partir.--Sa loge est toute, prête à l'Opéra, --Elle visitera Versailles.--Elle ne le visitera pas.--Vous verrez!--Je ne verrai rien du tout.

Ainsi parlaient les curieux, les donneurs de nouvelles et les oisifs; mais, pour être véridique historien, je dois dire qu'au milieu de tout ce cliquetis de demandes et de réponses, Paris restait indifférent. Le grand éclat qui se faisait à Eu, le grand bruit qui arrivait des bords de l'Océan s'éteignait, pour ainsi dire, aux portes de la ville et n'y apportait qu'un écho affaibli et presque imperceptible.

Vous dites cependant qu'on se questionnait de tous côtés. Oui, sans doute; dans ce Paris immense et perpétuellement agité, il y a eu tout temps, une foule qui se tient aux écoutes et saisit à la volée les nouvelles qui passent dans l'air, pour en causer et s'en distraire; cette population, toujours prête à se mettre à sa fenêtre ou sur sa porte, s'occupe souvent de la première bagatelle venue, d'une tuile qui se détache du toit d'une maison, ou d'un oiseau échappé de sa cage. Comment ne s'occuperait-elle pas de la visite problématique d'une reine étrangère? D'ailleurs, la reine Victoria est jeune, à coup sur, et aimable, dit-on; c'est un hameçon suffisant pour amorcer cette bonne ville de Paris, qui n'aurait pas manqué de lorgner S. M. britannique avec une attention particulière, afin de savoir à quoi s'en tenir sur son compte.

Je ne prétends donc pas que l'arrivée à Paris de la reine d'Angleterre n'eût pas produit un certain effet, comme on doit s'y attendre de tout spectacle singulier et rare; ce que je veux dire, c'est une Paris ne s'est une médiocrement inquiété de cette arrivée, et que, ne la désirant pas, il n'a jamais eu l'air un seul instant d'y croire; la grande scène du Tréport ne lui faisait nulle envie: il en parlait comme, d'une pièce dramatique toute locale et représentée sur un théâtre particulier; quant à prendre, à son tour, sa part de la représentation, encore un coup, c'était le moindre de ses soucis.

Quoi donc! est-ce que Paris aurait perdu la tradition de son antique galanterie et de son hospitalité si renommée? est-ce manque de chevalerie? est-ce rancune?

Pour la galanterie et pour l'hospitalité, je crois, quoiqu'un en dise, que le Paris d'aujourd'hui vaut bien le Paris d'autrefois; ce sont toujours les mêmes moeurs confiantes, affables et faciles; Paris offre volontiers la main à qui vient le visiter; il n'y a pas de ville qui sourie de plus loin à un étranger, et se livre à lui avec plus d'abandon. Ce n'est certes pas Londres qui lui disputera le prix de l'aménité, et de la bienveillance. La reine Victoria aurait donc pu se rendre à Paris à coup sûr; comme femme et comme jeune femme, elle n'y eût rencontré qu'égards et que politesse; Paris, que l'Opéra-Comique a surnommé le paradis des femmes, ne se serait pas changé en enfer tout exprès pour notre royale voisine; et même il aurait loué de grand coeur ses belles dents blanches et jusqu'à sa robe puce, son chapeau de paille, ses rubans jaunes et sa plume d'autruche.

Mais être poli ou empressé, ce sont deux affaires différentes, et certainement Paris n'eût pas poussé les choses jusqu'à l'empressement. Or, pour une jolie femme et pour une reine qui vient à travers la mer vous rendre visite, la froide politesse est-elle une indemnité de voyage suffisante et suffisamment agréable?

Paris a donc de la rancune?--Non vraiment, dans la triste acception du mot; mais Paris a de la mémoire; on l'a souvent traité de ville légère et oublieuse; à la surface, soit! mais dans le fond, Paris est plus sérieux qu'on ne le dit, et se souvient longtemps. Pendant quinze ans, ne semblait-il pas avoir oublié la Restauration? Au 27 juillet 1830, on a vu si la mémoire lui était revenue! d'autres ressentiments, qui datent de la même époque, vivent toujours dans son souvenir, et le présent n'a pas contribué à effarer le passé; il vaut donc mieux que la reine d'Angleterre n'ait pas prolongé son voyage jusqu'à cette ville de mémoire tenace.

Là-bas, où elle est descendue, sur le rivage de la mer, le terrain est neutre en quelque sorte: ce n'est, pour ainsi dire, ni la France ni l'Angleterre; mais ne vous semble-t-il pas que si une reine anglaise, même pour quelques jours de courtoisie et de fête, se fut avancée au coeur du pays et dans la capitale, la terre de France eût éprouvé un douloureux saisissement?

Ah! je vois; vous êtes de ces gens à passions aveugles et inflexibles qui veulent que les peuples se regardent toujours d'un oeil plein de soupçons et de haine. Ne deviniez-vous donc pas que ces entrevues royales rapprochent les gouvernements, adoucissent les ressentiments de nation à nation, et travaillent à l'harmonie générale? Je n'en crois pas un mot:

Le flot les apporta, et le flot les remporte!

Quant à l'amitié des peuples, il est sans doute de leur intérêt de s'entendre le mieux possible, mais de ne pas trop s'aimer. L'amitié extrême est comme l'amour excessif; elle se donne tout entière, sans garantie et sans sûreté, et dans ces passions à deux, il y en a presque toujours un qui perd sa volonté, tandis que l'autre la garde, et celui-là finit par être la dupe de l'autre. Il est bon aussi que les peuples se souviennent.

Paris n'aura fait ainsi aucune avance à la reine d'Angleterre. Quant aux frais de sa solennelle réception, il y a contribué pour une portion bien petite; tandis que le vieux château des Guises étalait un grand luxe d'hospitalité, Paris, la ville souveraine, la capitale du monde civilisé, comme on l'appelle, se contentait d'envoyer à la reine Victoria, pour sa contribution de galanterie, l'Opéra-Comique et le théâtre du Vaudeville, mademoiselle Darcier et M. Moreau-Sainti, d'une part, de l'autre, madame Doche et M. Arnal. Il est difficile de faire moins d'étalage.

Je dois dire que si Paris n'a rien offert de plus, ce n'est pas la faute de messieurs les directeurs et de messieurs les comédiens; tous se sont proposés pour chanter, danser ou déclamer en l'honneur de Sa Majesté Britannique.

Le Théâtre-Français appuyait sa demande sur son vieux blason et son vieux titre de comédien ordinaire du roi; l'Académie royale de Musique parlait de sa couronne lyrique, et semblait vouloir faire des roulades de puissance à puissance; M. Delestre-Poirson s'écriait: «Prenez mon Gymnase!» M. Ancelot: «Mon Vaudeville, je vous en supplie!» tandis que M. Crosnier mettait son Opéra-Comique aux pieds de l'Angleterre; M. Crosnier et M. Ancelot l'ont emporté. Le Théâtre-Français, l'Académie royale de Musique, quittant la partie d'assez mauvaise humeur, se plaignent de leur grandeur méconnue; quant au Gymnase et à M. Poirson, ils déclarent vouloir en référer à madame la duchesse de Berri. M. Crosnier a soutenu sa bonne fortune avec modestie; le jour ou l'Opéra-Comique s'est transporté au château d'Eu, une affiche, placardée sur les grands murs de Paris, disait tout bonnement aux passants: «Théâtre de l'Opéra-Comique, aujourd'hui, relâche.»

M. Ancelot, ancien lecteur de Charles X. n'a pas su contenir sa joie et la garder à huis clos; il a fallu qu'il l'étalât au dehors et la fit déborder. On a pu lire pendant deux jours, sur l'affiche du Vaudeville, ces mots en lettres colossales: «Relâche, pour le service du roi.» Cette formule, pour le service du roi, n'est d'ordinaire employée que pour les ambassadeurs en mission et pour les officiers qui risquent de se faire tuer à la tête d'un régiment ou d'une armée. M. Ancelot, avec le tact et la convenance qui le caractérisent, en a fait emploi à propos d'Arnal et des Cabinets particuliers; c'est une déviation un peu forte de l'usage consacré, qui a d'abord surpris tout le monde; mais on s'est rappelé bien vite que M. Ancelot était fourré dans cette affaire-là, et aussitôt la surprise a cessé; on connaît M. Ancelot; on sait depuis longtemps, qu'il est naturellement porté à entrer en service.

Il s'est passé une singulière aventure au Tréport, le lendemain du débarquement de la reine: la foule avait disparu dès la veille avec le cortège royal: il ne restait plus que de simples mortels, venus là depuis quelques jours pour prendre des bains de mer, et parmi eux des jeunes femmes revêtues de la blouse de toile grise, que les garçons baigneurs plongeaient dans le flot mugissant. Les navires qui avaient accompagné S. M. Victoria ce voyaient, du rivage, immobiles et à l'ancre; quelques matelots seulement étaient à terre. Un d'eux, apercevant cette foule charmante qui s'abandonnait au flot, et séduit sans doute par l'exemple, s'arrêta tout à coup, jeta bas son chapeau, puis sa veste, puis ses vêlements un à un, jusqu'au plus intime, si bien qu'en un clin d'oeil il se montra dans un costume qui n'aurait causé aucune sensation aux îles Marquises ou chez les Hottentots, mais qui parut, au Tréport, d'une mode un peu hasardée. Des holà! partirent de tous côtés, et les naïades scandalisées se plongèrent de plus belle dans le sein d'Amphitrite. A ce bruit, un gendarme chargé de veiller au vestiaire s'avança vers le délinquant. Je ne dirai pas précisément qu'il le saisit par le collet, il n'y avait pas prise; mais il l'apostropha en ces termes;

LE GENDARME.--Que faites-vous là, monsieur?

LE MATELOT.--Moà vôloir promener moà.

LE GENDARME.--Dans ce costume?

LE MATELOT.--Moà vôloir baigner moà.

LE GENDARME.--A la bonne heure! mais on ne se baigne pas ainsi. C'est un peu trop négligé, mon vieux!

LE MATELOT.--Moà vôloir baigner.

LE GENDARME.--M. le maire le défend.

LE MATELOT.--Moà vôloir baigner.

LE GENDARME.--Vous voyez bien que vous faites honte à ces pauvre petits anges.

LE MATELOT.--Moà vôloir baigner.

LE GENDARME.--Allons! vous allez, me suivre.

LE MATELOT.--Moà vôloir...

LE GENDARME.--Finirez-vous?

LE MATELOT, se débattant.--Goddam! Moà pas Français, no French!

LE GENDARME.--Vous n'êtes pas Français, ça se devine; mais vous êtes encore moins vêtu, ça se voit. Et zeste! plus vite que ça. Qu'on se mette en tenue, mon bonhomme, ou sinon...

--By God! s'écria le matelot, moà plus jamais venir en France pour baigner moà, never, never!

Et il reprit sa veste et le reste en jurant, et le gendarme de sourire d'un air vainqueur, et naïades de revenir sur l'eau.

--Il existe depuis quelque temps une bande de malfaiteurs dont l'autorité suit les traces avec vigilance; déjà plusieurs affiliés sont tombés entre les mains des sergents de ville et des hommes de police. Ces misérables sont désignés sous le nom d'endormeurs; c'est aussi à ce qu'il paraît, qu'ils s'appellent eux-mêmes; ils exercent principalement leur industrie scélérate hors barrière, sur les boulevard extérieurs, dans les chemins de ronde ou dans les quartiers les plus déserts; l'heure qui leur convient est l'heure préférée des larrons, la unit! Dès que les ténèbres enveloppent la ville, nos bandits se mettent à l'oeuvre; pareils à des bêtes féroces alléchées par l'odeur d'une proie, ils rodent çà et là; un pauvre ouvrier revenant du travail vient-il à passer, ou quelque soldat attardé, ils l'accostent, lui parlent avec douceur, et de propos en propos, de tendresse en tendresses, lui proposent de sceller leur nouvelle fraternité dans le premier bouchon venu. Notre crédule se laisse faire; on entre dans quelque horrible bouge isolé; puis arrivent les bouteilles et les verres; au moment où les fumées du vin commencent à troubler le cerveau du convive, l'endormeur lui glisse dans son verre une poudre narcotique qui le plonge en quelques minutes dans un sommeil profond. Quand il s'éveille, il se trouve dépouillé des pieds à la tête; on lui a volé son petit pécule, son chapeau, son habit et sa montre d'argent. Puis, cours après, mon pauvre diable!

La reine d'Angleterre, conduite par Louis-Philippe, entre dans le canot du brick
Marie-Amélie.
Arrivée de la reine Victoria au débarcadère.

Matelot du yacht Victoria and
Albert
.

La police n'est, heureusement, pas aussi facile à endormir. Nous verrons bientôt une partie de ces endormeurs devant la justice, aux prises avec M. le procureur du roi.

Du reste, il ne faut pas s'y tromper: la race des endormeurs est excessivement étendue: ils ne ressemblent pas tous à ces endormeurs farouches dont nous venons de raconter les misérables exploits; beaucoup même sont de très-honnêtes gens; mais ils n'endorment pas moins. L'endormeur se glisse partout et se cache sous tous les visages et sous tous les habits: vous allez à la Chambre des Députés; un orateur monte à la tribune; vous comptez sur Barnave ou sur Mirabeau: c'est un endormeur.--Césias vous invite à venir entendre la lecture de son poème ou de sa tragédie; quelque grand poète sans doute, pensez-vous chemin faisant.--Quel endormeur! dites-vous au retour.

Et tenez, dans ce procès qui va s'engager devant la Cour d'assises, Dieu sait comme les endormeurs vont être traités par le procureur du roi et par M. le président, qui ne sont peut-être eux-mêmes que des endormeurs en toge et en bonnet carré!

--Il y a beaucoup de galettes ici-bas et de faiseurs de galettes,--je ne compte pas le Salon annuel;-mais il n'y a vraiment qu'une Galette au monde, c'est la galette du Gymnase. Sur le boulevard Bonne-Nouvelle, à l'angle du théâtre pour lequel M. Scribe a pétri tant de petits gâteaux délicats, croustillants et parfumés, s'élève cette fabrique de galettes d'une réputation européenne. Qui n'a pas goûté de la galette du Gymnase, n'a pas vécu; c'est à s'en manger les doigts. Toute galette pâlit à côté de celle-là: supposez une galette cent fois meilleure, les gourmets la déclareront détestable; la vogue y est, cela suffit; la vogue est connue l'amour, elle fait trouver excellentes les plus plates palettes.

On a souvent dit qu'on avait vu des rois épouser des bergères: je n'en ai pas la preuve, mais je suis bien tenté de croire que des rois ont tâté de la galette du Gymnase; j'ai vu, de mes propres yeux vu, un prince héréditaire d'Allemagne qui en achetait un soir pour ses deux sous: M. le duc de Brunswick!

Il y a des gens qui viennent de la barrière de l'Étoile et de la barrière du Trône pour en manger: que de fois le gamin de Paris, la grisette, le clerc d'huissier, la marchande de modes, le commis marchand, se sont détournés de leur route pour arriver à cette admirable galette par un long circuit.

Voyez où deux sous de galette peuvent vous mener! L'inventeur de cette merveilleuse galette est devenu un riche propriétaire: il possède trois ou quatre maisons à Paris et un château en Normandie; il est électeur, éligible, et quelque arrondissement de bonne pâte en fera tôt ou tard son représentant.

Cette richesse commence à éclater sur le boulevard Bonne-Nouvelle même. Tout à côté de l'humble échoppe où il a fait fortune en débitant sa denrée sou à sou, notre homme vient d'ouvrir une élégante boutique de pâtisserie. Que dis-je, une boutique? C'est un vrai boudoir éclatant de lumière, mignon, coquet, paré; on le regarde, on s'extasie, mais personne n'y entre; la pâtisserie y sèche sur place. Heureusement que le marchand de galette, plus avisé que tant de parvenus et d'enrichis, n'a pas tué sa poule aux oeufs d'or; son échoppe à galette est toujours là, et tout le monde y court. Que cela vous serve de leçon, ô pâtissiers!

--La famille Félix est une mine à tirades: elle a produit mademoiselle Rachel, et, après un tel trésor, on aurait pu la croire épuisée; mais point du tout; on y découvre tous les jours, à ce qu'il paraît, quelques filons inattendus promettent d'autres richesses. Ici, mademoiselle Sarah, soeur puînée; là, mademoiselle Rébecca, soeur cadette; plus loin, M. Raphaël, frère imberbe, sans compter les Eliacin, les Joas et les Jéroboam qui sont peut-être encore au berceau.

Lord Aberdeen.

Mademoiselle Sarah annonce une cantatrice; M. Raphaël sera un don Rodrigue, et mademoiselle Rébecca une Chimène. Laissez pousser toute cette Judée, et dans deux ou trois ans, mademoiselle Rachel, assemblant sa tribu, lui donnera le Théâtre-Français pour empire, et pour arche sainte le trou du souffleur.

--Nous avons fait dernièrement au Don Pasquale de Donizetti un cadeau que nous sommes très-heureux de lui reprendre; le bruit que ce charmant ouvrage avait été froidement accueilli à Vienne, nous était arrivé je ne sais de quel coin de l'horizon, et nous avions annoncé le fait ingénument. Entre nous, loin d'en vouloir à Don Pasquale, c'était aux Allemands de Vienne, qui n'avaient pas eu le goût de l'applaudir, que nous en voulions; nouvelle erreur! Vienne ne méritait pas cette rancune; Vienne s'était conduite pour Don Pasquale en ville musicale qu'elle est, et Don Pasquale l'avait ravie; peut-être même, à l'heure où je vous parle, bat-elle encore des mains en l'honneur de ce spirituel ouvrage.

La France, il est vrai, avait donné le signal l'hiver dernier; et, depuis, Don Pasquale a fait son tour de France escorté de bravos.

Bon augure pour le Don Sébastien que l'Opéra nous prépare à grands frais, et pour la Maria di Rohan qui charmera bientôt les dilettanti de notre Théâtre-Italien. Pour le coup, Vienne a eu la primeur du succès; Vienne, en saluant dernièrement Maria avec enthousiasme, a regagné l'avance que nous avions prise pour Don Pasquale: Paris et Vienne sont maintenant manche à manche. Voyons! à qui gagnera la belle!

--Revenons cependant à la reine Victoria: puisque Paris ne saurait en parler de visu, c'est-à-dire après l'avoir vue de sa propre personne, il faut bien que quelqu'un y supplée et fournisse au moins l'image, si l'original fait défaut. Ce quelqu'un-là, qui se charge aussi de procurer aux amateurs le profil des Majestés absentes, ce complaisant daguerréotype sera l'Illustration. Et ce n'est pas une vaine promesse que je fais: aussitôt promis, aussitôt exécuté. Voici, en effet, le portrait de Sa gracieuse Majesté britannique, que l'Illustration a l'honneur de le présenter, chéri lecteur. Examine, prends-en tout à ton aise, et tu seras presque aussi avancé que si tu avais entrepris le voyage d'Eu et bivouaqué au Tréport.

Le mot roi ou reine est un mot qui séduit les imaginations. Qui dit roi, pour beaucoup d'honnêtes gens, parle d'un être surnaturel, doué de la fierté de Mars, de la force d'Hercule, et du sourcil de Jupiter; une reine, de son côté, n'est pas reine à moins d'avoir le profil de Junon et la stature de mademoiselle Georges. Les rois et les reines de théâtre en sont cause.

Mais, en réalité, rois et reines se rapprochent singulièrement des simples mortels, et ils ont raison. On peut s'en convaincre de jour en jour davantage, maintenant qu'on les touche de si près.

La reine Victoria en donne une nouvelle preuve. Voyez ses traits! Malgré la triple couronne qui ceint son front, est-ce une Junon terrible'! Non pas, vraiment, mais une aimable personne, au visage enjoué et doux, ce qu'on appellerait ici une agréable petite femme. A quoi bon autre chose?

La reine Victoria. Le prince Albert.

A côté de Victoria nous vous offrons le prince Albert; la fonction du prince consistant spécialement à être le mari de la reine, Dieu nous garde de les séparer!--Le prince appartient à l'espèce des beaux hommes: il est grand, élancé, résolu, et possède toutes les qualité de son emploi. Le prince Albert sort de la famille des Saxe-Cobourg, qui peuple, depuis quelque temps, la plupart des trônes d'Europe.

Après la reine et le mari de la reine, quoi de plus juste et de plus nécessaire que de monsieur le ministre? Or, entre toutes les excellences qui composent le conseil de S. M. la reine des trois royaumes unis, lord Aberdeen était naturellement désigné par ses fonctions pour l'accompagner au château d'Eu; pour un voyage à l'étranger, rien ne vaut, ce me semble, un ministre des affaires étrangères.

Ce n'est pas la première fois que lord Aberdeen tient le portefeuille des relations extérieures, comme on disait du temps de Napoléon; il a eu deux fois cet honneur. En outre, milord a été ministre des colonies, sous la présidence de Wellington.

Sa noblesse n'est pas des plus anciennes; il n'est que le quatrième comte de sa race; quant à ses titres, lord Aberdeen en a plus d'un conseiller privé, membre de la Société Royale, président de la Société des Antiquaires, chevalier du Chardon, etc., etc.

Il ne hait pas le mariage, puisqu'il a été marié deux fois; la première fois avec la fille du marquis d'Abercon, la seconde fois avec la fille de l'honorable J. Douglas.

Au physique, lord Aberdeen est du moyenne taille, sans grâce et peu recherché dans sa parure; on en ferait très-difficilement un lion. Son vêtement est toujours trop large et mal coupé; mais en revanche il est rarement neuf.

Bien que milord tienne habituellement ses mains croisées derrière le dos, il ne se donne pas pour Napoléon. A tout prendre, c'est un homme calme, prudent, patient, discret, laborieux, qui parle bas et se dandine sur ses talons; en France on dirait de lui: Cet homme-là entend les affaires.

Je finis en vous priant de jeter les yeux sur un simple matelot fait à l'image des matelots employés sur le yacht de la reine; peut-être est-ce le héros de l'aventure nautique que j'ai eu l'honneur de vous raconter là-haut; ici, du moins, notre homme est d'une tenue convenable, et le gendarme n'a point à intervenir.

Item deux petits dessins représentant l'un le débarquement de la reine, l'autre son passage du yacht dans le navire français.

Mais ce n'est là, ô lecteur! mon ami, qu'une dragée pour te faire prendre, patience; l'Illustration te réserve d'autres dessins pour la semaine prochaine. Au revoir!