LE JOUR DE NAISSANCE.
Hélas! est-ce donc un jour de fête que celui qui voit finir une année, et le Temps ravir à l'homme une part de son avenir? Oh non, ne célébrez pas cette journée, elle est trop triste; ou bien il faudrait le faire avec des pleurs et des habits de deuil.
Hier, j'étais plus jeune, et je voyais avec douleur arriver ce moment, cette transition singulière qui me donne un autre âge, et me fait faire ce grand pas d'une année vers la mort, vers cet autre moment on l'on tombe du temps passé dans l'éternité.
Et je me croyais si jeune encore, il y a peu de jours: j'étais si insouciant de la vie, de mes pensées et de mon avenir; et, aujourd'hui, dans ce jour de fête, je vois qu'elle s'éloigne, la jeunesse, qu'elle emporte ce temps qui n'est plus, et ne me laisse que l'avenir incertain.
Dans ce jour de fête, j'appelle à moi ma pensée, et lui dis: Vole auprès des souvenirs de ma jeunesse, ramène-les moi; mais je les revois sans plaisir, car ma pensée revient triste, et ses ailes ne sont chargées que de chagrins.
Comme l'abeille, lorsqu'elle sort de sa niche avec le soleil, elle va au loin baiser les fleurs; mais l'ouragan terrible accourt, la pluie et le sable tombent et s'élèvent, tournent autour d'elle, enveloppent les sucs recueillis, et les empoisonnent d'un mélange impur; et la pauvrette revient attristée dans son palais de cire.
Hélas! ce jour de fête m'apporte une mélancolie qui me tue; je ne sais pourquoi je voudrais une horrible rencontre dans cette journée; il serait étrange que le jour de ma naissance fût celui de ma mort: cela accourcirait ma vie, mes pensées et aussi mon épitaphe.
On y lirait: Il est né et mort le 11 de mai: c'est un beau mois pour naître et pour mourir, diraient-ils en y jetant les yeux. Mais ce mois est souvent triste comme la pensée: et, aujourd'hui, il fête mon anniversaire avec un vent glacé, un ciel obscur et des nuages de plomb qui ne laissent pas voir le soleil.