LE DINER.
J'espère,--et c'est fatuité pure de ma part,--que l'on n'a pas oublié le menu du dîner commandé à notre respectueux aubergiste par mon compagnon de voyage.
Premier service, roast-beef; deuxième service, stockfish; troisième service, new cottage pudding.
Master Robertson, quand nous entrâmes au Star-Hotel, nous précéda, de noir toujours plus habillé, dans la salle à manger du rez-de-chaussée.
Un subalterne, également en noir, également attentif, également obséquieux, marchant à l'arrière-garde, portait sous une cloche d'argent que nous enlevâmes en grande hâte...... un magnifique quartier de mouton!--qui fut suivi d'une tranche de saumon bouilli!!--puis d'un gâteau à la rhubarbe (rhubarb pie)!!!
Cette triple métamorphose s'était accomplie sans bruit, sans vaines excuses, sans tout le bavardage dont un hôtelier français ou italien n'aurait pas manqué de l'assaisonner. Mine host avait la figure sereine et calme d'un homme qui a rempli ponctuellement tous ses devoirs. Au fait, n'avait-il pas écouté nos ordres avec la plus irréprochable déférence?
Toute réclamation expira sur nos lèvres à l'aspect de cette placide impassibilité! Le temps donné aux plaintes eût été perdu pour l'appétit. D'ailleurs, à l'exception du pâté pharmaceutique dont tâta seul mon compagnon plus aguerri, le repas substitué n'avait rien que de très-tolérable.