Diorama.--Nouveaux Tableaux

Vue intérieure du Diorama, au moment de l'exposition
représentant l'église de Saint-Paul-Hors-les-Murs, après un incendie.

Depuis que M. Daguerre, pensionnaire de l'État, jouit en paix du fruit de ses découvertes, le Diorama avait disparu. L'année dernière, M. Hascalon, tentant inutilement de le ressusciter, avait exposé une Vue de Paris sous Charles IX, et une Vue du canal Saint-Martin; mais ce spectacle, quoique qualifié par les journaux de distraction très-agréable, n'avait attiré qu'un petit nombre de curieux. Le Diorama allait être relégué parmi les inventions fossiles, quand M. Bouton a entrepris de le régénérer. Allez aujourd'hui rue de la Douane, et vous y retrouverez le Diorama perfectionné, avec toutes ses splendeurs, tous ses effets magiques, toutes tes admirables transformations.

Nous voici dans la salle, commodément assis. Un rideau s'ouvre, et nous sommes transportés à Rome, sur le chemin d'Ostie, dans la basilique de Saint-Paul-Hors-les-Murs. Elle se montre à nous telle qu'elle fut bâtie sous le règne de Constantin le Grand. Quatre rangs de colonnes corinthiennes séparent la nef des bas-côtés; une riche mosaïque, représentant Jésus-Christ et les apôtres, occupe le cul-de-four de la voûte. Les portraits de deux cent cinquante-huit papes ornent la partie supérieure de la nef. Une mystérieuse obscurité, enveloppe le vaisseau; mais le maître-autel, entouré de fidèles agenouillés, resplendit d'une vive lumière. Tout à coup la scène change: le tableau se décompose graduellement, et l'on voit la basilique en ruines, après l'incendie qui la dévasta le 16 juillet 1823. La toiture de cèdre n'existe plus; le sol est jonché de débris; la flamme a fendu les colonnes de marbre, enterré les mosaïques, lézardé les parois. Un soleil éclatant, pénétrant dans l'enceinte découverte dore les restes calcinés de la vieille construction byzantine.

A cet intérieur succède un paysage. Nous sommes en Suisse; nous avons devant les yeux la ville de Fribourg, avec ses maisons pittoresquement étalées, son pont de fil de fer, le torrent de la Sarme et haute tour de Saint-Nicolas. Le printemps rit dans les creux, les arbres et le gazon verdoient, les eaux scintillent; mais hélas! quel changement triste et imprévu! l'horizon s'obscurcit, la neige tombe, les toits et les terrains grisonnent; bientôt la ville et les maisons sont complètement recouverts d'une couche de neige, dont la blancheur contraste avec les teintes sinistres des nuages et le noir bleuâtre des flots.

Ces modifications, si merveilleuses pour la majorité des spectateurs, le sont plus encore peut-être pour ceux qui connaissent les procédés du Diorama. En effet, enseigner à un artiste la théorie de ce genre de peinture, initiez-le à tous les secrets de MM. Bouton et Daguerre, qu'il se mette courageusement à l'oeuvre, et il est vraisemblable qu'il n'obtiendra aucun résultat satisfaisant; car si la théorie est simple, la pratique, hérissée de difficultés, exige autant de talent que d'expérience.

Les tableaux du Diorama sont peints des deux côtés sur une toile de percale ou de calicot, d'un tissu égal, et de la plus grande largeur possible, afin d'éviter les coutures. Après avoir enduit la toile de deux ou trois couches de colle de parchemin, on en peint le devant avec des couleurs broyées à l'huile, mais en se servant d'essence et d'un peu d'huile grasse pour les tons vigoureux. Ou n'emploie ni blanc, ni couleurs opaques, ni rien de ce qui pourrait détruire la transparence de la toile. Lorsque ce premier tableau, d'un effet clair, est achevé, on exécute le second par-derrière, en s'éclairant du jour qui passe à travers la toile. Elle reçoit d'abord une couche de blanc transparent, comme le blanc de Clichy; puis l'on trace les changements que l'on veut faire subir au premier tableau, dont les formes doivent être exactement suivies ou dissimulées avec habileté.

Supposons maintenant la toile en place. Si la lumière frappe le devant par réflexion pendant que la surface postérieure demeurera dans l'obscurité, l'effet clair sera seul visible. Si le jour descend par réfraction, de fenêtres verticales, sur le derrière de la tuile, le tableau antérieur sera annulé, et les spectateurs n'apercevront plus que l'effet vigoureux.

Ce sont là les bases fondamentales du Diorama; mais M. Bouton les a développées, étendues, améliorées. Ainsi, par des moyens qui lui appartiennent, il est parvenu, au Diorama de Londres, à rendre la nature en mouvement, à représenter les nuages qui passent, à faire marcher dans une église une procession de pénitents. M. Bouton n'a pas encore initié ses compatriotes à ces merveilles; les deux remarquables peintures qu'il expose aujourd'hui ne sont en quelque sorte qu'un prélude; et cependant quelle perfection! quelle imitation heureuse des terrains et des édifices! quelle entente du clair-obscur! quelle habile distribution de la lumière!

(La légende est illisible)

En M. Bouton repose l'avenir du Diorama, car il est le seul artiste qui s'en occupe encore avec intelligence et avec succès. M. Bouton était le collaborateur de M. Daguerre lors de la création du Diorama; il n'a cessé depuis de s'y consacrer, et nous n'avons pas oublié les tableaux qu'il a produits durant l'espace de années; les intérieurs de 'église de Cantorbéry, de la cathédrale de Reims, du Campo-Santo, du cloître Saint-Wandville, de Saint-Pierre de Rome, les vues de Rouen après un orage, de Paris prise du Bas-Meudon, de Venise, prise du grand canal.

En 1832, M. Mouton alla présenter le Diorama en Angleterre. Il y était encore jouissant de la faveur de toute la gentry, quand au mois de mars 1839, le lendemain de la mi-carême, un incendie consuma le Diorama parisien. Cinq mois plus tard, MM. Daguerre et Niepce cédaient à l'État, moyennant une rente annuelle, les procédés qu'ils avaient découverts pour fixer les images de la chambre obscure. Privé de M. Daguerre, le Diorama était désormais sans asile et sans secours. M. Bouton l'a appris, et il est revenu en France pour le remettre en honneur.