Histoire de la Semaine.

On a dit que les peuples heureux étaient ceux dont l'histoire était ennuyeuse. Le monde entier, si cette maxime était vraie dans toutes ses acceptions et dans toutes ses conséquences, aurait été cette semaine au comble du bonheur, car nous croyons bien difficile d'intéresser le lecteur en racontant les événements qui l'ont marquée.--En Espagne, même situation: des partis armés, se tenant réciproquement en échec; des luttes électorales donnant sur certains points l'avantage aux mécontents; sur d'autres, peut-être en plus grand nombre, au ministère et au parti de Narvaez. Voilà la position qu'éclaircira peut-être un peu la réunion des cortès, fixée au 15 de ce mois.--C'est le même jour que se réunira à Athènes l'assemblée nationale, par suite du mouvement survenu dans la nuit du 14 au 15 septembre, pendant laquelle le peuple s'est rendu sous les fenêtres du roi Othon et lui a dit: «Sire, si vous ne dormez pas, donnez-nous donc une de ces constitutions que vous promettez si bien,» Le 15 on se mettra à l'oeuvre.--Ajoutons, pour en finir avec cette date, que le 15 aussi commencera la session du conseil-général de la Seine, à laquelle la polémique récente au sujet de certaines parties de la fortification de Paris, peut faire prêter une attention que cette réunion annuelle n'obtient pas toujours.--Le ministère anglais vient de prendre le parti d'interdire les Meetings d'Irlande. L'influence d'O'Connell a su prévenir toute résistance, toute rébellion contre la proclamation du cabinet de Saint-James, qui avait réuni de nombreuses forces militaires. La conduite habile du tribun irlandais, en évitant un conflit violent, semble avoir fait éprouver quelque mécompte aux auteurs de cette mesure, car les journaux ministériels de Londres lui prodiguent, à cette occasion, les reproches de couardise et de lâcheté.--Après l'Irlande et le pays de Galles, voici l'Écosse qui donne aussi des inquiétudes à l'Angleterre. Les membres de l'Église libre n'ayant point encore de temples ouverts pour leur communion, et fatigués d'attendre la décision de l'assemblée des chefs, se sont portés à des violences, dans plusieurs parties de l'Écosse, contre les personnes et les temples de l'ancienne Église. Un soulèvement a eu lieu à Rosolio. Les perturbateurs, hommes et femmes, ont entouré l'église et sonné la cloche avec violence. Les autorités étant survenues, elles ont été reçues par des hurlements et par une grêle de pierres. L'agitation est arrivée à un point que force a été d'envoyer chercher des troupes à Cromarty. Les soldats ont été contraints de se servir de leurs armes, et bientôt de se retirer avec les autorités, de peur de plus grands malheurs. Une femme seulement avait pu être arrêtée. Roskeen, Kiltearn, avaient été le théâtre de scènes semblables.--La Gazette Générale de Prusse et la Gazette d'Augsbourg annoncent que, le 19 septembre, on a tiré sur la voiture de l'empereur Nicolas, à Posen, dans un des faubourgs. La Gazette de Prusse ne parle que d'un coup de feu, et paraît douter s'il y a eu intention ou inadvertance. La Gazette d'Augsbourg, plus formelle, dit qu'il y a eu plusieurs coups de feu, qu'ils ont été tirés dans la direction de la place occupée d'ordinaire par l'empereur, qui se trouvait avoir, à l'insu des conspirateurs, devancé sa suite de huit heures. L'aide-de-camp de Nicolas, qui était assis à sa place, aurait, suivant ce dernier journal, été atteint par les balles, et blessé. La Gazette Universelle Allemande réduit, au contraire, le fait aux plus minimes proportions. Le coup de feu, d'après sa version, serait parti par l'inadvertance d'un domestique assis derrière la voiture et ayant un fusil à côté de lui. La crainte d'être réprimandé l'aurait porté à dire qu'on avait fait feu sur la voiture, et qu'il avait aperçu de loin l'auteur de l'attentat prenant la fuite. Nous avons rapporté tous les dires: que d'autres prononcent.

Un traité de commerce et de navigation a été conclu entre la France et la Sardaigne. Cet État, qui avait déjà fait subir, il y a un an, des réductions considérables à presque tous les articles de son tarif des douanes, réduit encore, par ce traité, les droits sur les eaux-de-vie, les vins, les objets de mode et les porcelaines venant de France; en échange, nous supprimons pour le pavillon sarde, et à charge de réciprocité, les surtaxes de navigation qui sont, chez nous, de 4 fr. 12 cent. par tonneau, et en Sardaigne de 1 fr. 30 cent. seulement; et, de plus, nous diminuons les droits sur le riz, sur la céruse, sur les oranges de Nice et autres fruits de table, et aussi sur le bétail du Piémont. Un article, dont on a fait ressortir l'intérêt et l'importance, assure à nos auteurs, sur leurs ouvrages, les mêmes droits dans les États sardes qu'en France. De plus, les frontières du Piémont, au travers duquel transitaient toutes les contrefaçons belges qui étaient expédiées en Italie, demeureront fermées aux ballots de Bruxelles.--On ne dit pas que notre ministère ait amené le roi Léopold à reconnaître également les droits de nos auteurs. Mais ce à quoi le souverain n'a encore consenti pour aucun de nos producteurs littéraires, les évêques de ce pays viennent de le faire pour le plus grand nombre. Une récente instruction pastorale, publiée par ces prélats, défend, sous peine de péché mortel, d'imprimer, de vendre, de colporter, de distribuer ou de donner tous livres, journaux, revues, feuilles périodiques contraires à la foi ou aux moeurs, sous quelque dénomination et format que ce suit; elle défend également d'acheter ces ouvrages, de les accepter, lire, conserver, prôner ou conseiller. Ces messieurs peuvent maintenant dormir bien tranquilles, ou tout au moins l'enfer les vengerait de leurs contrefacteurs s'il s'en pouvait trouver encore.--La Chine tient de ratifier le traité de commerce avec l'Angleterre, en stipulant qu'il serait commun à toutes les autres puissances barbares. Le maximum des droits fixés par le tarif annexé au traité ne s'élève pas, dit-on, au-dessus de 10 pour 100 ad valorem, et il sera seulement de 5 pour 1000 pour tous les objets non portés au tarif. Si, comme cela est probable, les Chinois ont stipulé la réciprocité, les chinoiseries pourront abonder sur le marché de Paris. C'est à notre mission de Chine à prendre les mesures nécessaires pour que nos articles trouvent de leur côté un large débouché dans le Céleste Empire. La question de l'opium a été ajournée. En attendant, notre consul général à Manille, M. le comte de Ratti-Menton, qui avait déjà su, à Damas, se compromettre par la forme dans une circonstance où il pouvait avoir raison au fond, semble vouloir ruiner par avance l'influence que la France doit chercher à conquérir dans ces contrées nouvellement ouvertes. Il a engagé contre un agent français fort capable, dit-on, M. Dubois de Jancigny, chargé d'une mission spéciale par le ministère des affaire étrangères et du commerce une polémique que rien ne nécessitait, dont le ton est inqualifiable, et dont l'effet ne saura probablement être trop déploré.

M. le ministre de la marine a reçu et publié le rapport du capitaine Bouet, gouverneur du Sénégal, sur l'expédition vigoureuse que cet officier a dirigée contre le pays de Fonta, situé sur les bords du fleuve. Dans l'engagement qui a eu lieu, et à la suite duquel le village de Cascas a été pris par nous et livré aux flammes, les insurgés ont perdu quarante des leurs et ont compté un pareil nombre de blessés. Notre perte a été nulle; quelques sous officiers et cavaliers d'un peloton de spahis sénégalais, qui s'est particulièrement distingué, ont été blessés. Le gouverneur a la confiance que cette expédition garantira pour longtemps la paix sur les deux rives du fleuve et la sûreté de notre commerce, par l'opinion qu'elle a donnée à tous les peuples indigènes, noirs ou maures, des moyens d'action dont nous pouvons disposer.--M. le ministre de la guerre a, de son côté, publié des rapports nouveaux de notre armée d'Afrique. Ce sont encore des récits de rencontres avec Abd-el-Kader et ses lieutenants, dans lesquelles nos braves soldats font preuve d'une ardeur qui ne se ralentit pas, et qui amèneront prochainement, il faut l'espérer, la fin ou du moins une longue interruption des hostilités.

Les nouvelles de désastres ont abondé. Le navire qui a apporté le récit détaillé de la perte, sur les rôles d'Afrique, du bateau à vapeur anglais faisant le service de l'Inde, mentionnée la semaine dernière, a fait connaître qu'outre ce bateau-poste (le Memnon), on avait également à déplorer la perte d'un autre bâtiment anglais, le Capitaine-Cook, parti d'Angleterre avec 700 tonneaux de charbon qu'il portait aux stations de la mer Rouge.--A Constantinople, une tempête a plus ou moins maltraité tous les bâtiments en rade. On porte de 60 à 80 le nombre des personnes qui ont péri.--Des nouvelles de Java annoncent que, par suite d'un tremblement de terre dont les secousses ont duré neuf minutes, des maisons se sont écroulées et ont enseveli leurs habitants sous les décombres; une partie du mont Horeffa s'est éboulée dans la vallée et a écrasé les bâtiments du gouvernement, à l'exception de la demeure du commandant; un grand établissement particulier, le Mego, a été emporté par une vague énorme, et beaucoup de monde y a perdu la vie. Le même flot a enlevé, près du mont Sie-Tolie, situé à une lieue plus au nord, des bateaux indiens avec tant de violence, hors de la rivière, que ces bâtiments, parmi lesquels était une croisière du gouvernement, ont été lancés sur le rivage à cent et à cent soixante pas de leur mouillage.--Un effroyable Incendie a éclaté le 26 août, à une heure de l'après-midi, à Kingstown (Jamaïque); force a été, pour circonscrire le ravage, de faire venir un détachement d'artillerie avec un obusier de 12 pour canonner les maisons qui allaient fournir un nouvel aliment aux flammes. Ce moyen réussit: le 27, on fut maître du feu. Quatre cents maisons ont été détruites. On évalue la perte à plus de douze millions de francs. Dans cet immense désastre, on n'a eu à déplorer que la mort d'un seul habitant, tué par un des boulets lancés pour arrêter l'incendie.

Une humanité bienfaisante viendra, espérons-le, en aide à tant de malheurs. La France, dans une circonstance où le mal était bien autrement irréparable, le désastre de la Guadeloupe, a noblement montré ce qu'elle savait faire pour ses enfants malheureux. Cette semaine encore le Courrier de la Moselle nous apprenait qu'un homme de bien, qui fait de sa fortune le plus louable, le plus digne usage, auquel les établissements de bienfaisance de Metz doivent leurs plus importantes fondations, et qui a donné 140,000 francs pour concourir à l'oeuvre de la colonie agricole de Mettray, M. le comte Léon d'Ourches venait d'envoyer de nouveau 60,000 fr. pour les malheureux de la Pointe-à-Pitre. Le Courrier de la Moselle dit que c'est là un don presque royal.--La semaine est aux riches souscriptions: sir Hébert Peel vient de remettre un mandat de 4000 livres sterling (100,000 fr.) aux commissions ecclésiastiques chargées de recueillir les offrandes pour la construction des églises. Dans la lettre qui accompagne ce don magnifique, sir Hubert dit que c'est une dette qu'il acquitte envers celui qui a bien voulu que l'industrie lui valût une fortune considérable.--Enfin, l'empereur d'Autriche, de son côté, s'est associé à l'idée conçue par le roi de Bavière de fonder, parmi les membres de la Confédération germanique, une association pour l'achèvement de l'admirable cathédrale de Cologne. Il s'est engagé à contribuer annuellement pour la somme de 40,000 florins (100,000 fr.).

Jamais on n'a semblé plus tenir aux quartiers et aux ancêtres qu'aujourd'hui. Nous lisons dans les annonces de certaines feuilles un Avis par lequel les maisons ducales et les familles nobles sont invitées à transmettre, sans retard, les corrections et additions qu'elles jugeront convenables aux éditeurs d'un Annuaire de la noblesse de France pour 1844. Les journaux officiels annoncent, d'un autre côté, que M. le ministre du commerce et de l'agriculture vient de faire dresser le Stud-Book français, ou catalogue de tous les chevaux pur sang de la France, avec leur généalogie, et qu'il fait préparer également un Herd-Book, ou liste et généalogie des taureaux et des vaches pur sang.

M. Duret.

L'Académie des beaux-arts a eu à procéder à la nomination au fauteuil demeuré vacant par la mort du sculpteur Cortot. La section de sculpture avait désigné, comme candidats, M. Duret, Lemaire, Raggi, Seurre aîné et Jouffroy; l'Académie avait complété la liste en y ajoutant les noms de MM. Halley, Desprez et Danlan aîné. Le nombre des votants était de 54; M, Duret a obtenu 19 voix; M. Lemaire, 15; M. Raggi, I, et M. Jouffroy, 1. M. Duret a donc été proclamé membre de l'Institut. Le public applaudira à ce choix, que sanctionnera également l'approbation des artistes. M. Duret, élève du baron Mosio, et à coup sûr un de ses meilleurs disciples a produit, quoique jeune encore, un grand nombre d'ouvrages qui ont obtenu le succès le plus mérité. Il débuta par être musicien, puis voulut se livrer à la déclamation; mais ses hésitations ne furent pas de longue durée, et ne lui firent perdre que bien peu de temps, car à dix-huit ans il obtint le grand prix de Rome. Ses statues sont: Mercure inventant la lyre; le Danseur Napolitain, et l'Improvisateur Italien, qui sont aux Luxembourg; le Molière, qui est dans la salle de l'Institut; le Casimir Périer, de la Chambre des Députés; le Christ et l'Ange, de la Madelaine; la malice, des salons du Palais-Royal; le Dunois, le Richelieu et le Régent, de Versailles, et le Chactus au tombeau d'Atala, du musée de Lyon.--L'Académie des sciences a à pourvoir à la vacance survenue dans sa section de mécanique par le décès de M. Coriolis. Nous ignorons encore quels seront les compétiteurs à cette succession.--Quant à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, appelée à nommer prochainement à la place d'académicien libre qu'a laissée en mourant l'excellent et respectable M. de Fortia d'Urban, elle n'a vu jusqu'ici frapper à sa porte qu'un candidat dont on vante les sentiments religieux, et un autre dont on loue les dîners. Mais comme il ne s'agit, en définitive, ni de l'élection d'un pape, ni de celle d'un membre du Caveau, elle attendra sans doute qu'un historien ou un archéologue se présente.

Gravure d'après le procédé Rémon.

L'administration des Musées royaux, qui devrait bien faire enlever enfin l'ignoble et dangereuse galerie de bois accolée à la galerie du Musée du Louvre, laquelle menace incessamment d'incendie le dépôt de toutes nos richesses d'art, l'administration des Musées royaux s'est bornée à faire monter le Musée naval dans le local qu'occupait la galerie léguée par M. Standish, et à faire descendre celle-ci dans le local qu'occupait le Musée naval. C'est un double déménagement qu'elle était parfaitement dans son droit d'opérer, et auquel, pour notre part, nous ne trouvons rien à reprendre ni à louer,--bientôt le public pourra visiter, dans une des salles du rez-de-chaussée du Louvre disposée à cet effet, les marbres sculptés provenant du temple de Diane qu'on avait provisoirement déposés sur l'esplanade, et dont nous avons donné des gravures, t. 1, p. 289. Ces débris, rapportés de l'Asie Mineure, ont occasionné une dépense d'un million. Cette somme nous eut paru infiniment mieux employée et eut épargné de trop justes reproches, si on l'eût consacrée à ne pas laisser sortir de France et à acquérir pour le Musée la statue en bronze trouvée à Lillebonne, la Madeleine, de Canova, la Vierge en candélabre, de Raphaël, le Francia et plusieurs tableaux de la collection de madame la duchesse de Berri, dont la plupart ont été acquis à un prix peu élevé, et pour lesquels la direction des Musées n'a pu enchérir, a-t-elle dit, faute de fonds.--Un artiste distingué, ancien pensionnaire de Rome, M. Boulanger, vient d'être envoyé, aux frais du budget des arts, pour mesurer et dessiner les monuments d'Athènes. Il nous semble que c'est encore là une dépense assez mal entendue, car tous ces monuments se trouvent très-exactement reproduits dans une foule de voyages et de collections; et quant à leur mesure plus d'une fois prise, nous ne savons pas trop comment elle se serait modifiée. Les missions sont une excellente chose, quand, en les arrêtant, on a en vue l'intérêt de l'art et non l'agrément de ceux à qui on les confie. Ou vient d'organiser au premier étage du palais de l'École des Beaux-Arts, dans la salle dite de Louis XIV, un petit musée d'architecture en miniature, composé du 104 monuments égyptiens, grecs et romains, disposés sur deux grandes tables au milieu de la salle. Les uns sont en liège, les autres en plâtre, tous modelés sur une petite échelle, avec une précision et un soin très-remarquables. Ce sont des colonnes, des temples, des cirques, des théâtres, des arcs de triomphe, des tours, des obélisques, des tombes; enfin, Thèbes, Athènes et Rome vus par le gros bout d'une lorgnette. Dans les embrasures des fenêtres de cette galerie, on a placé de fort jolies statuettes en plâtre et en marbre, de deux pieds environ de hauteur, représentant en assez, grand nombre des artistes célèbres, et qui sont l'oeuvre de sculpteurs de la dernière moitié du dernier siècle, dont les noms sont oubliés aujourd'hui, mais qui n'étaient pas sans mérite. Enfin, dans la salle où se font les expositions, on remarque une cheminée sur laquelle on a en quelque sorte incrusté deux anges d'une admirable exécution, dont l'inscription suivante, placée au bas, fait connaître l'auteur et l'ancienne destination: «L'arrière-neveu d'un chancelier de France, qui fut le patron des beaux-arts, a fait don à l'école fondée pour leur gloire des fragments d'un tombeau de sa famille, par Germain Pilon, 1835. Le donateur est M. Seguier.»--Des caisses contenant des moulages de sculptures remarquables de la Grèce, exécutés sous la direction de M. Lobas, membre de l'Institut, chargé d'une mission scientifique et artistique par MM. les ministres de l'Instruction publique et de l'Intérieur, sont attendues prochainement à la même École.--Les grands dignitaires qui président à la restauration du jardin du Luxembourg font dire et répéter qu'elle a été entreprise avec un zèle et un goût qui promettent prochainement l'une des plus remarquables décorations qui aient jamais été exécutées. Nous verrons bien. Ce qu'il y a de constant, c'est que nous ne tarderons pas à voir disparaître toutes ces malheureuses statues mutilée, dégradées, ruinées par le temps et l'humidité, qui ont affligé les regards de plusieurs générations d'étudiants. Outre l'Hercule de M. Othon, qui est déjà en place, des statues de Jeanne d'Albret, de la reine Clotilde, Blanche de Castille, Velleda, Sainte-Geneviève, et autres personnages de toutes les époques et de toutes les légendes, sont confiées à MM Brian, Dumont, Husson Hoguenin, Klagmann, Mandron. Mercier, et autres artistes. De nouvelles commandes doivent encore être faites.

L'Illustration a déjà fait connaître (t. 1, p. 235) le procédé de galvanographie de M. Rémon. Aujourd'hui, nous avons à mentionner, en attendant que nous y revenions, le procédé de gravure typographique sur pierre avec un relief obtenu à l'aide de moyens chimiques, par M. Tissier, appelé du nom de son inventeur, Tissiérographie. Déjà l'auteur avait fait paraître, des 1839, des épreuves de gravures obtenues par son système, mais elles accusaient une sécheresse et une dureté qui pouvaient faire craindre que ce mode de gravure ne fût guère applicable qu'à l'ornementation. Celles qu'il est arrivé à obtenir depuis dénotent des progrès très-remarquables et des améliorations complètement satisfaisantes. Nous donnons aujourd'hui un dessin de Lemud, gravé en relief sur métal par le procédé Rémon, et un dessin gravé sur pierre par le procédé Tissier. Ce dernier serait bien plus sûr de se voir accorder la préférence par les artistes si, comme le procédé Rémon, il admettait l'usage du crayon de mine de plomb. La plume lithographique présente des difficultés d'exécution, et la plupart des dessinateurs, faute de s'être exercés à l'employer, pourront faire longtemps obstacle au procédé de M. Tissier.

La ville de Rome a été mise en émoi par le récit des crimes et la condamnation d'un prêtre, nomme Abbo, qui, joignant à une instruction remarquable une adresse et une hypocrisie peu communes, avait su, jusqu'au jour de son arrestation, couvrir des apparences de la régularité et de la religion les désordres les plus infâmes, les crimes les plus horribles, gagner l'amitié du premier ministre, Génois comme lui, et se taire ouvrir toutes les maisons de Rome, sans excepter celles des ambassadeurs. Il devait être créé prélat le lendemain du jour qu'il choisit pour se débarrasser de sa dernière victime. C'était son neveu, jeune garçon de huit à neuf ans, que le frère d'Abbo, habitant Gênes, lui avait confié, et qui mourut après une série de traitements que nous ne pouvons retracer. La servante de ce monstre a déclaré que deux enfants nés de leur cohabitation avaient été également sacrifiés par lui, et qu'elle était enceinte d'un troisième auquel le même sort eût été à coup sûr réservé. La population, que de tels forfaits trouvent toujours implacable, attendait le jour de la justice, quand elle a appris que le pape venait de commuer la peine de mort prononcée contre le coupable. Le premier sentiment a été celui de l'indignation, mais elle s'est calmée par la pensée que cette mesure devait équivaloir à une abolition du dernier supplice dans les États pontificaux, et qu'il était bien impossible désormais d'exécuter les sentences capitales que pourrait prononcer la commission spéciale appelée à juger les accusés politiques détenus au fort de Saint-Leo.--Des crimes d'un tout autre genre viennent d'être commis à Berlin par une jeune et jolie danseuse espagnole, mademoiselle Lola-Montez, de Cordoue. Montée sur un beau cheval andalous, l'artiste-amazone était allée assister aux grandes manoeuvres exécutées en présence du roi de Prusse et de l'empereur de Russie. La détonation de l'artillerie effraya sa monture, qui prit le mors aux dents et se précipita dans la suite des deux souverains, au milieu de laquelle la jeune Andalouse parvint à grand'peine à l'arrêter. Un gendarme (Berlin n'est pas sans gendarmes), un gendarme survint, qui menaça l'amazone et maltraita le cheval. Un coup de cravache vint lui cingler la figure; il en dressa procès-verbal. Le lendemain un huissier (Berlin a aussi des huissiers), un huissier se présenta chez mademoiselle Montez pour lui remettre une assignation judiciaire, La mère de mademoiselle Montez (La mère d'actrice n'est pas inconnue en Prusse), la mère de mademoiselle Montez, qui survint, ne se doutant guère plus que Chicaneau des Plaideurs que ce fut un exploit que sa fille faisait. Le papier timbré, mis en morceaux, fut lancé à la figure de l'huissier; l'huissier en dressa procès-verbal. Les journaux de Berlin disent, avec toute la gravité allemande, qu'il y a là un double chef d'accusation qui menace de priver pour longtemps la coupable de sa liberté.

Nous avons cette semaine à enregistrer le décès d'un certain nombre de personnes regrettables:--Un orateur auquel son talent à la seconde chambre des États de Bavière et au barreau de Munich avaient valu un grand renom en Allemagne, et une fortune de 800,000 florins (1,300,000 fr.). M. Charles de Batz vient de mourir, léguant tout re qu'il possédait aux veuves et orphelins d'avocats du barreau dont il avait fait partie--La ville d'Arles a perdu M. le baron Langier de Chartreuse, son ancien maire, son ancien conseiller-général, son ancien député, qui laisse, en outre, de précieux souvenirs comme savant et comme, antiquaire.--L'armée d'Afrique a rendu les derniers devoirs à un des officiers les plus distingués du corps royal d'état-major, le chef d'escadron Delcambe, qui mettait fin, dit-on, à de nombreuses et importantes recherches sur la langue arabe et l'histoire géographique du nord de l'Afrique.--Les sciences archéologiques ont vu mourir M. Allou, qui fut successivement secrétaire bibliothécaire, puis président de la Société Royale des Antiquaires de France. Il a publié entre autres travaux d'archéologie, une Description des Monuments du département de la Haute-Vienne, et un Essai sur les armures du Moyen-Age.--Enfin, M. Domeny de Rienzi, auteur de plusieurs ouvrages de géographie, et du volume intitulé Océanie, faisant partie de L'Univers Pittoresque, vient de mourir à l'hôpital de Versailles. Atteint, il y a un certain temps, d'une fièvre cérébrale, il avait eu le malheur de perdre en partie ses facultés intellectuelles. Plus d'une fois depuis lors il tenta de se remettre à l'étude et de terminer des ouvrages inachevés. Ce fut vainement; le travail était devenu impossible à son cerveau affaibli. Cet affaiblissement et la conscience qu'il en avait ont fait naître chez lui le désespoir, et M. de Rienzi s'est tiré, au milieu du parc de Versailles, un coup de pistolet dans la tête. Il a succombé à la blessure qu'il s'était faite.