ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.

Dom Sébastien, roi de Portugal, opéra en cinq actes, paroles de M. Scribe, de l'Académie Française, musique de M. Gaétano Donizetti, divertissements de M. Albert, décorations de MM. Philastre et Cambon, Séchan, Dieterle de Despléchin.

Dom Sébastien.--Levasseur,
dom Juan.

Le roi dom Sébastien,--celui de l'histoire,--eut un jour, comme on sait, la fantaisie de conquérir le Maroc. Il leva une armée de quatorze mille hommes, ou à peu près, et s'embarqua. A son arrivée en Afrique, il trouva devant lui soixante mille hommes au moins sous les armes, lesquels étaient commandés par l'empereur de Maroc en personne. Cet empereur de Maroc était un homme d'un caractère et d'un talent remarquables. Il recula d'abord devant les Portugais, qui se mirent à sa poursuite et s'éloignèrent ainsi de la côte. Tout à coup il fit volte-face, étendit autour de la petite troupe de dom Sébastien les immenses ailes de sa cavalerie, le sépara de sa flotte, l'investit complètement, et ne livra la bataille qu'après s'être assuré de la victoire. Dom Sébastien périt dans la mêlée, et les Portugais furent exterminés.

Dom Sébastien fut on grand fou, on ne peut le nier; mais il fut puni par où il avait péché, et son malheur fut assez grand pour que l'on dût considérer sa faute comme expiée. M. Scribe n'en a pas jugé ainsi, et ne l'en a pas tenu quitte à si bon marché.

C'est donc l'histoire du roi dom Sébastien, revue, corrigée et considérablement augmentée par le très-spirituel auteur de Bertrand et Raton et de la Camaraderie, qu'il faut que je vous raconte.

--Bélier, mon ami, commence par le commencement,--Je ne connais guère de précepte plus sage, et auquel il soit plus utile de se conformer. Au premier acte, donc, le roi est au moment du s'embarquer. Son oncle, dom Antonio, qui doit être, en son absence, régent du royaume, l'attend sur le port. C'est le même que l'histoire appelle dom Henri.

Dom Antonio est en compagnie de dom Juan de Sylva, grand-inquisiteur. Ils causent en attendant l'arrivée du roi, et dès les premiers mots, l'on voit ce qu'ils sont et à qui l'on a affaire. Il serait difficile de trouver un oncle et un inquisiteur moins délicats. Jugez-en;

DOM ANTONIO.

Ainsi nous l'emportons, et le destin entraîne
L'imprudent Sébastien sur la rive africaine.

JUAN DE SYLVA.

Mais, prêt à s'éloigner, votre royal parent,
O dom Antonio, vous remet la régence...

ANTONIO.

Que je dois à vos soins, vous, ministre prudent.
Vous, grand-inquisiteur... et, pendant son absence,
Je pretends avec vous partager la puissance...

JUAN, à part.

Que ta débile main ne gardera qu'un jour.

Cet hypocrite maraud de dom Juan s'est, en effet, vendu et a vendu sa patrie au roi d'Espagne, qui n'attend que le moment favorable pour s'emparer du Portugal.

Ces deux honnêtes personnages sont interrompus,--quand ils n'ont plus rien à se dire,--par un soldat armé d'un placet. Vous jugez comme on le reçoit: «Arrière, vilain! hors d'ici, manant!» Mais le roi n'entend pas qu'on traite ses soldats d'une façon si cavalière, et il arrive tout à propos

Académie royale de Musique.--Dom Sébastien.--Scène du troisième acte. Une place publique.--Dom Sébastien se présente au peuple pour se faire reconnaître;
le grand-inquisiteur le fait arrêter comme imposteur.

pour prouver au soldat maltraité qu'il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu'à ses saints. «Qui es-tu?» dit-il au pauvre diable.--Celui-ci lui raconte qu'il a été matelot, soldat et poète; mais il ajoute, et à mon sens il a grand tort, qu'il a été de l'expédition de Vasco de Gama. Il ne faut jamais se vanter d'exploits qu'on n'a pas faits.

Duprez, dom Sébastien. Madame Stoltz, Zaida. Barroilhet, Camoens.

Or, la découverte des Indes-Orientales, a eu lieu longtemps avant sa naissance; mais quand il se vante d'être poète, on peut s'en rapporter à lui; il s'appelle Camoens. Que demande Camoens? Deux choses; que le roi lui donne du service dans l'armée d'Afrique;--accordé;--qu'il ne laisse pas brûler vive une pauvre jeune fille qui est tombée dans les griffes de l'Inquisition.

Ce second point est plus difficile, car le cas est grave. D'abord, la condamnée s'appelle Zaida, nom fort compromettant à Lisbonne, car il ne ressemble guère à un nom chrétien. De fait, elle est fille d'un grand personnage du Maroc, bien quelle ne s'en vante pas. On l'a prise à Tunis--que diable aussi était-elle allée faire à Tunis?--on l'a convertie de force, puis on l'a mise au couvent. Elle s'est ennuyée au couvent, et a jeté un beau jour le froc aux orties. On l'a reprise, et on la mène au bûcher. «Pourquoi fuyais-tu? dit le roi.--Pour revoir l'Afrique et mon vieux père.--Tu ne mourras pas.»

Le grand-inquisiteur réclame et défend, comme de raison, les droits de la justice. (Cela s'appelait justice, en ce pays-là.) «Sire, vous êtes tout-puissant, mais vous ne pouvez annuler les arrêts de notre saint tribunal.--Eh bien! je puis du moins commuer la peine, et je condamne cette jeune fille à l'exil. --En quels lieux?--En Afrique, et près de son vieux père.

Comme un le voit, le roi dom Sébastien est d'humeur plaisante; mais il a affaire à forte partie, et dom Juan de Sylva grommelle entre ses dents; «Rira bien qui rira le dernier.»

Au second acte, la scène est en Afrique, Zaïda est de retour de ses longs voyages et réinstallée dans le palais de son père. Le général en chef des Marocains,--qui d'ailleurs porte un nom peu commun en Arabie, car il s'appelle Abayaldos,--le farouche. Abayaldos est amoureux de Zaïda, et n'a pris aucune inquiétude de ses voyages et de ses aventures. C'est sans doute l'usage dans le Maroc que les jeunes filles fassent toutes seules leur tour d'Europe, pour perfectionner leur éducation. Abayaldos en est plus épris que jamais, et cette confiance héroïque ne lui sert de rien. Zaïda est revenue d'Europe amoureuse de dom Sébastien, ce qui est assez naturel puisqu'elle lui doit la vie. Elle l'aime avec tant d'ardeur que, lorsqu'elle en parle, elle ne sait plus ce qu'elle dit.

Hélas! le doux ciel de mes pères

N'a pu consoler mon ennui:

Mon âme aux rives étrangères

Est demeurée auprès de lui.

Elle ne peut ignorer pourtant qu'il est en Afrique, puisque c'est lui qui l'a ramenée, et puisque le cri de pierre des Africains retentit de tous les côtés autour d'elle. D'ailleurs, aussitôt qu'elle apprend l'issue du combat, que fait-elle? elle vole sur le champ de bataille. Ce qui prouve, par parenthèse, avec quelle impudence on a calomnié ces pauvres Orientaux quand on a prétendu qu'ils enfermaient leurs femmes et leurs filles.

Après tout, Zaïda ne pouvait mieux faire que de tenter cette incursion à travers champs, comme vous allez voir.

Le terrible Abayaldos a taillé les chrétiens en pièces. Dom Sébastien est blessé, et dom Henrique aussi. Dom Sébastien s'évanouit au moment même où le sanguinaire Abayaldos arrive auprès de lui, le yatagan au poing, et suivi de ses Marocains. «Où est le roi? dit Abayaldos--C'est moi,» dit dom Henrique en se mourant. Quant il a dit cela, il tombe et meurt. «Puisqu'il est mort, dit Abayaldos, vous ferez bien de profiter de l'occasion pour l'enterrer.» Après tout, cet Abayaldos n'est pas aussi méchant que son terrible nom le ferait croire.

Massot, Abayaldos.

Cependant le roi dom Sébastien est resté tout seul, évanoui, et couché sur une pierre. Abayaldos ne l'a pas vu, ou l'a cru mort. Zaida paraît tout à coup. Zaida, qui ne va jamais sans son flacon, lui fait respirer des sels (textuel). Il se ranime, il se relève, il chante, et, sans désemparer, se prend pour Zaïda de la passion la plus vive, ce qui convient merveilleusement à sa situation et à sa fortune. Aussitôt Abayaldos revient; il ne s'étonne pas le moins du monde, de trouver là Zaïda, et ne songe pas même à lui demander ce qu'elle y fait; il est trop habitué à la voir courir. Mais, apercevant un chrétien debout, il vent l'abattre. Zaida le défend. «Ne le tuez pas, dit-elle; laissez-le libre, et je vous épouserai.» Marché conclu. L'amoureux dom Sébastien ne trouve pas le plus petit mot à dire à cet arrangement; et, demeuré seul, il chante une romance:

Seul sur la terre,

Dans ma misère,

Je n'ai plus rien.

Amour céleste,

Qui seul me reste,

Est mon soutien, etc.

On ne s'explique pas trop peut-être cet amour céleste pour une femme qu'il vient de voir marier au superbe Abayaldos sans hasarder même une observation. Mais le grand talent de M. Scribe est justement de promener ses spectateurs dans un monde merveilleux, où rien ne se passe comme dans le monde réel.

Vous voudriez bien savoir quel parti prend dom Sébastien après qu'il a chanté sa romance, et s'il fait quelques tentatives pour entretenir Zaida de cet amour céleste, qui seul lui reste. Mais je ne puis vous le dire, par la raison très-plausible que je n'en sais rien.

Quoi qu'il en soit, au troisième acte, nous retrouvons dom Sébastien à Lisbonne. Il y est arrivé tout juste pour assister à son enterrement. En effet, le roi de Maroc a rendu au Portugais le cadavre de dom Henriqne. Non content de ce procédé courtois, il leur offre la paix, une paix éternelle, et, pour que ses propositions soient mieux accueillies, il a choisi pour son ambassadeur l'irrésistible Abayaldos. Toute la ville est en l'air; les cloches sonnent à toute volée; la cathédrale drapée et pavoisée de noir est prête pour le service funèbre; bientôt le cortège s'avance. Vous n'exigez pas sans doute que je vous fasse le compte de tous les moines gris, blancs ou noirs du cortège: ils sont innombrables; chacun d'eux tient un cierge allumé dans la main. Après eux viennent les députations des villes, précédées de leurs bannières; puis les autorités constituées du royaume, religieuses civiles et militaires; puis les chevaux de bataille du roi, empanachés, caparaçonnés de noir et d'argent. Il y en a six, quoique l'usage, ne fut pas d'en exhiber plus d'un; mais l'Opéra a jugé qu'un seul cheval serait maigre et de peu d'effet; l'Opéra est mathématicien, il a calculé que si un cheval faisait plaisir à voir, six chevaux feraient naturellement six fois plus de plaisir, et il n'a pas coutume de lésiner avec le public. Après les chevaux vient le corbillard, qui est superbe. Ce spectacle n'est pas très-réjouissant, peut-être, mais il est certainement magnifique, et l'on n'a jamais rien vu de plus beau, même sur le boulevard du Temple, même au Cirque-Olympique. Il nous est doux d'avoir à constater sur ce point la supériorité de l'Opéra.

Dom Sébastien, confondu dans la foule, assiste froidement à cette cérémonie, avec son ami Camoens, qu'il vient de retrouver là, et il est vrai de dire qu'il prend assez philosophiquement la chose. Mais quand un roi veut garder l'incognito, il ne doit pas prendre un poète, pour confident. Les inquisiteurs,--vous savez qu'ils ont un vieux sujet de rancune contre dom Sébastien,--s'avisent de faire son oraison funèbre, et Dieu sait tout ce qu'ils se permettraient si Camoens les laissait dire; mais il se montre, et réclame: «Je ne souffrirai pas qu'on outrage mon roi,» s'écrie-t-il. Dom Juan, l'inquisiteur en chef, survient avec dom Antonio, le régent, qui, sur la nouvelle de la mort de son neveu, est devenu roi. Il ordonne qu'on arrête Camoens et dom Sébastien est obligé de se montrer à son tour. Mais, les deux coquins n'ont garde de le reconnaître. Il a beau se nommer et faire valoir son bon droit, les familiers du saint-office l'entourent, le garrottent et l'entraînent dans les cachots de l'inquisition.

Une fois arrêté, il faut bien qu'on s'en débarrasse. Le sacré tribunal s'assemble; on l'interroge: il répond fièrement qu'il ne répondra pas. C'est ce qu'il peut faire de mieux puisque sa perte est résolue; mais Zaida a demandé à comparaître connue témoin. (Elle est venue à Lisbonne avec son mari.) Elle proclame l'identité du roi. Infortunée! le farouche Abayaldos est derrière elle, sous le costume et le sinistre voile d'un familier de l'inquisition. Il la dément, elle insiste, et laisse percer le secret de sa passion; il se découvre alors, et la livre aux inquisiteurs. Les inquisiteurs, enchantés d'une pareille aubaine, condamnent le roi et l'Africaine à périr sur le même bûcher.--Entre nous, je suis loin de blâmer la sentence, pourvu toutefois qu'on se hâte de l'exécuter.

On ne tarde guère. Dom Juan est aussi pressé que moi d'arriver au dénouement. Mais le dénouement pour lui c'est l'avènement des Espagnols.--Ils s'approchent.

Dès ce soir,

Le duc d'Albe sera sous les murs de Lisbonne!

et aucun Portugais ne s'en doute! Voilà une marche merveilleuse!

On amène Zaida devant l'inquisiteur: «Tes jours et ceux de ton complice sont entre mes mains.

--Prends-les.

--Et si je te faisais grâce?

--Je refuserais.

--Et si je sauvais la vie de celui que tu nommes le roi?

--Le sauver! lui? Que faut-il faire?

--Presque rien. Qu'il signe cet écrit, et je vous sauverai tous les deux. Sinon, la mort.»

Zaida fait la commission. Qu'est-ce donc que cet écrit si important? C'est une déclaration par laquelle dom Sébastien cède au roi d'Espagne tous ses droits sur la couronne de Portugal. Dom Sébastien refuse: «Plutôt mourir dix fois!»--Mais voir mourir celle qu'il adore! cet effort est au-dessus de son courage, et il signe. A peine il a signé, qu'on entend une barcarolle.

C'est Camoens qui chante sous les fenêtres du palais de l'inquisition. Ces fenêtres sont tout ouvertes. On se doute bien que l'Inquisition n'aurait jamais imaginé de mettre des barreaux à ses fenêtres. Griller les fenêtres d'une prison! allons donc! pour qui la prenez-vous? Elle n'était pas capable de procédés aussi peu délicats! Camoens entre donc par cette fenêtre sans le moindre obstacle, et dit au prince et à Zaida; «Suivez moi.»

A ce balcon une échelle attachée,

Et du toit de la tour une barque, approchée

Vont nous conduire à l'autre bout.

C'est fort bien; mais pour qui s'est-il amusé à canter deux couplets de barcarolle, au lieu de monter tout de suite? On l'a entendu, comme de raison. Vraiment, les poètes et les barytons ne devraient jamais se mêler des affaires politiques.

Qu'arrive-t-il? Que pendant qu'ils font sur les toits un voyage fort périlleux, dom Juan et l'implacable Abayaldos se promènent au bas de l'édifice. Il y a, dit l'un, complot pour les sauver.--Je le sais, dit l'autre.--Ils vont fuir. --Tant mieux!--Pourquoi?--Regardez.»

Les trois fugitifs sont sur l'extrémité d'un toit suspendu au-dessus du Tage. Une échelle de cordes pend à ce toit. Dom Sébastien s'y place, et commence à descendre: Zaida le suit. Alors, un coup de fusil part du coin de l'édifice et blesse à mort Camoens; des soldats coupent l'échelle, et Zaida ainsi que dom Sébastien disparaissent dans les flots.

Il va peu de livrets qui renferment autant de faits et d'incidents que celui de Dom Sébastien; les événements s'y succèdent avec une telle rapidité que l'auteur a rarement le temps de les préparer, de les expliquer, ou de les développer convenablement. Les situations y abondent, mais les sentiments, les passions que ces situations devraient faire naître, ne sont peut-être pas assez indiquées.

On connaît les qualités habituelles de M. Donizetti, son habileté à manier l'orchestre et à tirer parti de la voix des chanteurs, la facilité de ses mélodies et l'élégante clarté de son style. Ces dons précieux que lui a prodigués la nature, et que l'étude a développés en lui, brillent d'un vif éclat dans une partie des morceaux de Dom Sébastien. Il y en a bien quelques-uns où son imagination paraît en défaut, où il semble que l'inspiration lui manque. Dans ces morceaux même il chante toujours; seulement sa mélodie est vulgaire et roule sur des données trop connues pour intéresser. Le chœur d'introduction, l'air de Camoens, les couplets où il prédit l'avenir--(de quoi se mêle-t-il?), l'air du roi: Entendez-vous la trompette? sont de ce nombre, ainsi qu'une bonne moitié des morceaux du second acte; mais la marche des inquisiteurs, où les timbales sont si heureusement employées; l'air où Zaida remercie le roi, qui vient de la délivrer; au second acte, le duo entre Zaida et Sébastien, dont l'accompagnement est si habilement détaillé et si expressif, sont des inspirations remarquables. L'air de Sébastien, qui termine cet acte, est plein de grâce et de mélancolie, et je ne verrais rien à lui reprocher, si M. Duprez le chantait juste. Mais, hélas! M. Duprez ne ressemble-t-il pas un peu trop aujourd'hui à un excellent cavalier dont le cheval est fourbu?

Au troisième acte, il y a deux duos. Le premier, chanté par Massot et madame Stoltz brille par l'énergie; le second a beaucoup de charme, au moins dans la première partie, et M. Bairoilhet y montre une grâce et une facilité d'exécution vocale bien rares aujourd'hui. La seconde partie serait mieux placée à l'Opéra-Comique qu'au grand Opéra. Mais tout cela, et même la charmante romance de Camoens, est oublié quand on entend la marche qui accompagne le cortège funèbre. Les trompettes, les tambours amortis par le crêpe, les chants de l'église et ceux du peuple et des guerriers, combinés avec une habileté souveraine, y produisent un effet qu'on chercherait vainement à analyser et à décrire. Cela serre le cœur, et remplit l'imagination d'idées funèbres et, comme dit Bossuet, de tous les épouvantements de la mort.

Le final du quatrième acte, qui termine la scène de l'inquisition, est encore un morceau du premier ordre, et auquel il n'y a rien à comparer dans le répertoire de l'Académie-Royale de Musique, si l'on en excepte les morceaux d'ensemble de Rossini, et la conjuration des catholiques, dans les Huguenots.

Ou trouve, au cinquième acte, un duo remarquable, une barcarolle charmante et délicieusement chantée par Bairoilhet, et un petit trio plein de grâce et d'esprit, et qui serait irréprochable s'il n'était, par malheur, un peu trop léger pour la situation. Ce défaut se retrouve plus d'une fois dans la partition de M. Donizetti, comme dans ses autres ouvrages. Mais où donc n'y a-t-il pas de défauts? La perfection n'est pas de ce monde. On peut du moins avoir assez de qualités pour faire oublier ses défauts, et c'est à quoi M. Donizetti réussit à merveille.

Les décorations de Dom Sébastien sont magnifiques. On y a surtout remarqué trois vues de Lisbonne, et une admirable toile de fond, qui représente la plaine d'Aleazar-Kebir, après la défaite des Portugais. C'est un tableau qui, s'il était peint à l'huile, suffirait pour rendre un paysagiste immortel. L'auteur n'a pas signé, mais je suis bavard, et j'aime à trahir les incognito. C'est à M. Despléchin que l'on doit ce bel ouvrage.