Embellissements de Constructions nouvelles, à Paris.

PONT DE LA CITÉ.

Vers l'année 1630 ou 1614, suivant Piganiol de la Force, on construisit un pont léger communiquant de la Cité à l'île Saint-Louis. Ce pont, bâti en bois, comme l'ancien pont de la Tournelle, l'ancien pont Royal et le pont au Change, brûlé en 1621, etc., fut appelé cependant, par exception, le pont de Bois; c'était une simple passerelle.

Pendant le désastreux hiver de 1709, les glaces qui s'accumulèrent sur la Seine, et la débâcle qui s'ensuivit, démolirent en grande partie cette passerelle. Il fallut l'abattre entièrement en 1710; elle avait duré près d'un siècle. Ou mit sept ans à la reconstruire; elle ne fut terminée qu'en 1717.

Ce fut encore en bois qu'on l'édifia. Pour lui donner plus d'élégance, ou peut-être plus de durée, on peignit le nouveau pont d'un bel écarlate. Cet affreux barbouillage lui fit donner le nom caractéristique du petit pont rouge; mais en admettant que cette enluminure l'embellit, elle ne le rendit pas plus solide, car il dura moins que son devancier. La Seine l'emporta au commencement de la Révolution.

Pont de la Cité nouvellement construit
entre la Cité et l'île Saint-Louis.

Ce dernier désastre parut refroidir beaucoup les constructeurs. On resta une douzaine d'années sans songer à rétablir le pont Rouge. Enfin, en 1804 il se forma une compagnie qui entreprit la construction de trois ponts en fer sur la Seine: ce furent les ponts des Arts, d'Austerlitz, et de la Cité; elle les édifia tous trois dans un différent système de construction. Le pont d'Austerlitz seul fut établi pour recevoir des voitures. Quant au pont de la Cité, le ceintre était en fer, mais revêtu de bois; on le dispensa cette fois du barbouillage rouge appliqué en 1717. Cependant cette couleur brillante avait tellement frappé les yeux des Parisiens que, croyant sans doute la voir sans cesse, ils continuèrent par habitude à nommer le pont de la Cité le petit pont Rouge. Les étrangers cherchaient en vain la cause de cette dénomination populaire, que rien dans l'aspect du pont ne semblait justifier.

L'œuvre de 1804 dura bien moins encore que celle de 1717; on s'aperçut dernièrement qu'une pile était entièrement ruinée. Il a fallu reconstruire le pont. Cette fois on ne l'a ni édifié en bois, ni peint en rouge: on a fait une passerelle suspendue, et on a cherché, à harmoniser cette invention moderne avec le style de la vieille cathédrale et avec celui de la fontaine gothique qui a été élevé; pour compléter les embellissements de cette, partie de la Cité.

C'est à M. Homberg, ingénieur des ponts et chaussées, qu'est due cette nouvelle passerelle. Elle a été construite aux frais de la Compagnie des Trois-Ponts, et le tarif du péage est la conséquence du privilège accordé à cette compagnie en 1804. Nous ne savons si les Parisiens, toujours frappés de la magnifique couleur rouge qu'ils ont vu briller là, il y a plus d'un siècle, continueront à baptiser l'œuvre de M. Homberg du même nom; mais nous lui souhaitons une plus longue durée que celle de l'œuvre édifiée en 1804, et même en 1717.