Modes de 1844, par Grandville.--Rébus.
Comment s'habillera l'année 1844? C'est là une grave question, une question qu'il serait bon de soumettre à un conclave de couturières et de marchandes de modes; ces demoiselles (j'aime à le croire) sont compétentes en cette matière, et peuvent seules annoncer l'avenir réservé au cotillon; car elles sont naturellement les Lenormand et les Cassandre de la mode. Pourquoi, en effet, ne la prédiraient-elles pas, puisqu'elles l'inventent? Nous dirons la même chose de MM. les tailleurs, qui ont inventé, entre autres découvertes commodes, les habits qui se déchirent comme de l'amadou, et les pantalons qu'on ne peut pas mettre: mode excessivement agréable pour les personnes qui ont besoin d'allumer un cigare, et pour celles qui tiennent à ne pas être trop vêtues. Quoi qu'il en soit, nous devons à l'indiscrétion d'un tailleur de la place de la bourse, et d'une marchande de modes de la rue Vivienne, le bonheur de pouvoir vous offrir ce fac similé du costume masculin et féminin qui aura cours en 1844, et sera ce qu'on appelle bien porté.
Costume de femme: bonnet à la vieille; paletot: manchettes de fourrures; robe à volant, en lambrequin; cigare il trois sous.
Costume d'homme: paletot-sac, canne et parapluie; lunettes; ou continuera à porter beaucoup de barbe, mais très-peu de cheveux.
Costume d'enfant: Scotto-Jean-Jacques.
Ces modes ne sont pas neuves; mais on ne peut pas dire non plus qu'elles soient consolantes; mais que voulez-vous? le monde se fait vieux, et l'humanité n'est pas gaie: il est logique qu'elle prenne un habit uniforme.
Maintenant, chers lecteurs, en attendant que vous passiez chez, votre tailleur ou chez votre couturière pour vous faire habiller à la 1844, permettez-moi de vous offrir vos étrennes, au nom de ma très-chère mère l'Illustration: j'ai cherché ce qui pourrait vous convenir le mieux, car j'ai le désir sincère de vous plaire. Ma première idée était de vous envoyer à chacun, dans une papillote, un contrat de 50,000 livres de rentes, 5 pour 100; mais il m'a semblé plus délicat de vous offrir le présent rébus. Le rébus fait votre bonheur, je le sais: veuillez donc accepter celui-ci avec mes salutations bien cordiales.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
Moïse sauvé des eaux.