Histoire de la Semaine.

La discussion de l'adresse de la Chambre des Députés a, cette semaine, rempli les colonnes entières des journaux comme elle a absorbé l'attention publique. Les orateurs n'ont pas exactement suivi l'ordre que la commission avait voulu leur tracer, et la dernière phrase du projet a été précisément la première sur laquelle la lutte s'est engagée. On sait que cette phrase renferme la condamnation, en termes qu'on a eu l'intention de rendre flétrissants, puisque ce verbe s'y trouve, du pèlerinage de Belgrave-Square. M. Berryer, sentant que sa position et celle de ses amis serait fausse pendant toute la discussion, et leur rendrait difficile d'y prendre part avec liberté et autorité, si la question qui les concernait n'était préalablement vidée. M. Berryer est monté à la tribune. Le grand orateur, habitué, sinon aux sympathies, du moins au silence et à l'attention de la Chambre, a été surpris et troublé par les interruptions et les apostrophes de la majorité. Il est descendu de la tribune en protestant contre le refus de l'écouter, puis y est remonta, mais dans la première comme dans la seconde de ces tentatives, il a trop oublié qu'en présence des passions politiques il est toujours plus habile et plus sûr de prendre le parti d'attaquer que de consentir à se détendre.

Daniel O'Connell.

M. Thiers a, dans la séance suivante, rompu le silence qu'il gardait depuis un assez long temps. Dans sa situation, il ne pouvait parler uniquement pour bien dire; c'était donc, suivant l'expression déjà employée par lui dans une autre occasion, non pas un discours, mais un acte qu'il entendait faire. Son apparition à la tribune était un événement. L'orateur a été mesuré et habile. Sa double thèse était que, dans la question du droit de visite et dans celle de la loi de dotation, le ministère a compromis, par imprudence et par faiblesse, et la Chambre et la couronne.--M. le ministre de l'intérieur lui a répondu.

Deux collèges électoraux, convoqués pour donner des successeurs, à la Chambre des Députés, à MM. Passy et Teste appelés à la Chambre des Pairs, viennent de procéder à deux élections dont le résultat a beaucoup occupé la salle des conférences. L'un, le collège de Louviers, a élu M. Charles Laffitte, concessionnaire du chemin de Paris à Rouen, et l'on a prétendu que ce choix était l'accomplissement d'un marché dans lequel, d'une part des suffrages, de l'autre un embranchement de chemin de fer, avaient été échangés. On croit que la vérification des pouvoirs du nouvel élu pourra donner lieu à une discussion animée. Il n'en sera pas de même de l'autre. M. Labaume, avocat à Narbonne, qui vient d'être élu à Uzès, entrerait incognito et inaperçu à la Chambre, n'étaient le nom et la déconvenue, de son concurrent. M. Teste fils, député élu au dernier renouvellement par l'arrondissement d'Apt (Vaucluse), à une majorité assez faible, s'était, dès le premier moment où la promotion de son père fut résolue, proposé de délaisser Apt, dont il regardait le dévouement à sa personne comme trop incertain, pour Uzès, ou, il le croyait du moins, l'amour des Teste lui semblait porté jusqu'au culte.

M. le docteur Gray, M. T.-M. Ray, M. T. Tierney.

Il eût donc donné immédiatement sa démission de député de Vaucluse pour devenir éligible dans le Gard, s'il n'avait cru devoir préalablement attendre la promesse que le ministère lui avait faite de lui donner, à la cour des comptes, un avancement auquel le retraite obtenue de son père pouvait lui tenir lieu de droit. Mais l'avancement s'est fait attendre, la démission a été d'instant en instant ajournée, et le délai pour la réunion du collège a marché. Enfin, mais trop tard, M. Teste fils, ne voyant aucune nomination ministérielle venir, a pris le parti d'écrire à la Chambre que des considérations, dont il ne lui était pas possible de décliner l'influence, le forçaient à déposer le mandat des électeurs d'Apt. Il expédiait en même temps un courrier pour faire savoir à ceux d'Uzès qu'il était leur homme. Hélas! ils n'étaient plus les siens: le nom de M. Labaume, candidat improvisé, sortait au même moment de l'urne, et M. Charles Teste n'est plus député! mais il est toujours référendaire à la cour des comptes et fils de monsieur son père: il a bien là de quoi satisfaire une noble ambition, M. le ministre des finances a déposé sur le bureau de la Chambre le projet de budget pour l'exercice 1845. Les détails ne nous en seront connus qu'après l'impression et la distribution de ce volumineux document.--En attendant, le Moniteur a publié sur les recettes de l'exercice 1843 ou tableau duquel il résulte que le produit des impôts indirects, pendant l'année qui vient d'expirer, s'est élevé à 761,573,000 fr. (sauf des reliquats encore à recouvrer au 31 décembre). Le produit des mêmes impôts, en 1841, avait été de 745,673,000 fr.; il avait été, en 1842 de 751,257,000 fr. Il y a augmentation, en faveur de l'année 1843 de 18,900,000 fr. sur 1841, et de 13,316,000 fr. sur 1842--Cette augmentation provient surtout des droits d'enregistrement de greffe d'hypothèques, de douanes, du produit de la vente des tabacs, etc. Ce dernier revenu s'est élevé à 101,360,000 fr. C'est une augmentation de 6,112,000 fr. sur 1841, et de 3,616,000 fr. sur 1842. Les diminutions les plus importantes sont les suivantes: droits de consommation des sels, perçue dans le rayon des douanes (1813), 58,021,000 fr. Ils avaient été, en 1842, de 59,369,000 fr. Différence en moins: 1,345,000 fr. Droits de fabrication sur les sucres indigènes (1843), 7,394,000 fr. Ils avaient été en 1842 de 8,981,000 fr. Différence en moins: 1,587,000 fr. La progression de 1843 sur 1842 n'a été au total, on le voit, que de tiers de ce qu'avait été celle de 1842 sur 1841. La diminution des droits sur la fabrication du sucre indigène était prévue, mais celle du sel doit éveiller toute l'attention des Chambres. Encore une fois la consommation n'a pu diminuer depuis que le monopole et sorti des mains du domaine de l'État pour passer à celles de la reine Christine, avec les agents de laquelle on a traité. Qu'on surveille donc bien la perception de cet impôt, ou, mieux encore, qu'on le supprime.--Le relevé officiel des dividendes de la Banque de France, qu'un journal a mis en regard de ceux de la Banque de Bordeaux, prouve que cet établissement méconnaît ses propres intérêts, comme il dédaigne ceux du commerce, en demeurant engourdi par la timidité.

En 1842 le dividende du 2e semestre a été de 72 fr.
En 1842 -- -- 1er -- 66
-- -- -- 2e -- 56

pendant que la Banque de Bordeaux, qui n'avait donné qu'un dividende de 50 fr. pendant le 1er semestre de 1843, a pu l'élever à 70 fr. par la réduction du taux d'escompte de 5 pour 100 à 4. A Marseille, où l'on escompte à 2 et demi pour 100 les actions de la banque, émises à l,000 fr., sont à 1,800 et plus.

Maison d'O'Connell.--
Merrion-Square.

Parmi les nouvelles extérieures relatives à la France, on a reçu la protestation du sultan des îles Comores contre notre occupation de Mayotte. M. le ministre des affaires étrangères a déclaré à la tribune de la Chambre des Pairs qu'il n'avait nulle raison de croire à la prise de possession par les Anglais du port de Diégo-Suarez, dans l'île de Madagascar.--La principauté de Monaco est mise en émoi par un des articles du tarif du dernier traité de commerce passé entre la France et la Sardaigne. La richesse de ce petit État, ou plutôt son seul produit exportable, sont les citrons. Les habitants de Monaco déclarent que si la France ne les traite pas aussi favorablement que les Sardes; que si nos ports ne sont pas ouverts à leurs citrons aux mêmes droits qu'aux citrons de leurs rivaux, ils sont gens dépouillés et ruinés, qu'il ne leur reste pas la valeur d'un zeste. Voyons, montrons-nous de bonne composition en faveur d'un pays dont l'air national nous a tous fait danser; et si nous fermons nos bourses à ses gros sous, ouvrons du moins nos cafés à ses limonades.--On lit dans une lettre d'Ancône, du 1 janvier, le passage suivant: «L'estafette de correspondance de San-Leo a apporté la nouvelle de la mort du Français détenu mystérieusement dans cette forteresse. On sait que depuis bien longtemps un prêtre français, quelques-uns le disent ancien évêque constitutionnel, occupe l'affreux cachot où le célèbre Cagliostro termina sa vie aventureuse. C'est une sorte de citerne creusée dans le roc, et dans laquelle on fait descendre, à l'aide d'une corde, les aliments nécessaires à l'existence du prisonnier. La position ne saurait être mieux choisie pour tenir le prisonnier à l'abri de la curiosité des visiteurs. Aussi, jamais un mot n'a pu être échangé pour apprendre son nom on le secret de son crime. C'est sans doute au profond mystère dont la détention de ce malheureux est entourée qu'il en doit la prolongation indéfinie, nul n'étant directement intéressé à réclamer en sa faveur. Cependant, à l'époque de l'occupation d'Ancône par les troupes françaises, des démarches furent faites dans le but d'obtenir l'élargissement d'un prisonnier condamné sans jugement connu et que la voix publique disait être Français. La police pontificale annonça alors officiellement la mort de l'homme qu'on réclamait; et tout fut dit, car on ne pouvait pas aller fouiller les prisons de San-Leo pour s'assurer de la vérité. La même nouvelle qui se reproduit aujourd'hui aurait-elle une cause semblable, ou faut-il y croire cette fois?» M. le duc de Bordeaux a décidément quitté l'Angleterre, et le samedi 13, au soir, il débarquait à Ostende, se rendant en Allemagne. Son coupé de voyage est suis écusson; les panneaux sont simplement ornés d'un H surmonté d'une couronne ducale fleurdelisée. «Le prince, dit l'Observateur belge, est d'une taille peut-être au-dessus de la moyenne; il est très-blond, son teint est pâle; ses traits, où le type bourbonien est facile à reconnaître, sont réguliers; sa marche se ressent très-visiblement de la chute de cheval qu'il a faite il y a deux ans. Ce qui distingue sa physionomie, c'est un grand air de jeunesse et beaucoup de bienveillance.» Il n'a fait que traverser la Belgique et a gagné Aix-la-Chapelle et Cologne, L'Espagne voit poursuivre la restauration christinienne.

M. T. Steele, M. John O'Connell, M. S. Duffy, M. A. Barret.

La pension dont jouissait la régente, à titre de douaire, avant son émigration forcée, vient de lui être rendue. Le général Narvaez n'a plus personne et rien qui le gêne; n'ayant plus à prétendre au gouvernement, qui lui est bien entièrement dévolu, il prétend à la modestie. Il ne veut pas, dit-il, de la dignité du capitaine-général de l'armée, qui équivaut à celle de maréchal chez nous, tant qu'il lui restera quelque chose, à faire. Il lui reste à mettre les collèges électoraux à la raison, car dans les élections complémentaires les progressistes ont gagné du terrain. Quand les électeurs y songent bien! la session demeurera d'autant plus longtemps close qu'on verra plus d'inconvénient à la rouvrir.--La reine de Portugal a ouvert, le 5 de ce mois, la session des cortès à Lisbonne.--La réponse du roi Othon à l'adresse de l'assemblée, nationale a été bien accueillie. Le comité de rédaction de la constitution a eu de longues discussions sur la question de savoir si le choix des membres de la Chambre du Sénat devait appartenir au roi, et s'il devait avoir lieu à vie. Quinze voix contre six se sont enfin prononcées pour l'affirmative sur la première partie de cette question, cependant sous la condition que la loi devrait être soumise, après dix années, à un nouvel examen.

Vue extérieure de la Cour du banc de la Reine, à Dublin.

Les débats du procès d'O'Connell et de ses coaccusés sont ouverts. Presque toute la première moitié du mois avait été remplie par des formalités préalables de procédure, par le tirage du jury, par les récusations respectives, par les protestations des conseils des accusée contre la formation d'une liste de laquelle presque tous les catholiques se sont trouvés par avance exclus. Si quelque violence du peuple de Dublin permettait au ministère anglais de congédier ses juges et de confier aux baïonnettes le soin de mettre fin à tous ces débats, M. Peel serait tiré d'un grand embarras; car, aujourd'hui, après le triage qui a été préalablement fait, quelle autorité peut avoir une condamnation? quel respect peut-elle commander? quelle irritation, quelle indignation ne fera-t-elle pas naître au contraire? Toute cette lutte préparatoire n'a point empêché O'Connell de se rendre, le 4, à un banquet à Cromwell. La population est allée au-devant du libérateur à quatre milles de là. Il y avait vingt-sept corps de métiers avec leurs drapeaux emblématiques: la pluie tombait à torrents; la foule n'en est pas moins demeurée immobile devant le balcon d'où O'Connell la haranguait. Il lui a plus que jamais recommandé de se maintenir dans la légalité; toutefois, suivant une version que nous ne trouvons du reste que dans le Morning-Hérald, il aurait ainsi soulevé le voile de l'avenir pour montrer aux impatients qu'un ne perdrait rien à attendre: «La situation du monde est telle que le gouvernement anglais ne saurait disposer de 35,000 hommes en Irlande. J'ai entendu dire que Rébecca n'était pas sans postérité. (On rit.)

Le pays de Galles est en feu, et vous savez que ce genre de feu n'est pas de ceux qui éclairent ni qui vivifient. (On rit.) Les troupes anglaises pourraient bien être requises pour éteindre l'incendie». Ces mêmes troupes ne pourraient-elles pas, un jour ou l'autre, être appelées à courir après les Français, soit en Algérie, soit en Espagne? Le président d'Amérique nous vole le territoire d'Orégon, c'est-à-dire qu'il nous déclare la guerre. Dans de telles circonstances, on ne peut pas gouverner longtemps un pays par la force.»--Le 12, un des avocats, se fondant sur l'illégalité de la marche suivie pour dresser la liste, a demandé que l'ouverture des débats fût renvoyée au 1er février, afin que jusque-là toutes les irrégularités pussent être rectifiées. Sa démarche a été repoussée.

Le 13, une réunion nombreuse de l'association a eu lieu à Dublin, et l'on y a rédigé une adresse à la reine et au Parlement leur dénoncer toutes les infractions à la loi contre lesquelles on avait vainement protesté devant les magistrats.--Le lord-maire de Dublin a mis sa voiture à la disposition d'O'Connell pour se rendre chaque jour de sa demeure, située dans Merrion-Square, au palais de la Cour du banc de la reine, et pour le reconduire chez lui après l'audience. C'est l'État qui fournit au lord-maire son équipage; c'est donc l'État qui se trouve voiturer son agitateur. Les autres inculpés se rendent également chaque jour, avant l'audience, chez O'Connell, dans leurs voitures particulières, et quelques-uns d'entre eux vêtus du costume de magistrats municipaux, dont ils ont le caractère. Le cortège se rend ensuite au complet au tribunal. Le nombre des accusés est, on se le rappelle, réduit, par la mort du révérend M. Tyrrell, à huit; MM. O'Connell, John O'Connell, son fils, Steele, Duffy, Harrell, le docteur Gray, Hay et le révérend M. Tierney. Nous donnons aujourd'hui leurs portraits.--Il est probable, du reste, que ces débats fourniront à l'Illustration plus d'une scène à reproduire. Ils seront longs, car on s'attend à voir le procès se prolonger pendant six mois au moins. C'est le terme pour lequel les étrangers, venus en grand nombre, ont loué des appartements, en ayant soin de stipuler que la location serait prorogée si le procès n'était point terminé à cette époque. Ce délai de six mois est souvent aussi rappelé par O'Connell. «Je ne vous demande que six mois de tranquillité, a-t-il dit dernièrement encore au banquet de Cromwell, et l'Irlande sera libre,»--L'émotion des esprits est très-grande. L'exclusion de beaucoup de catholiques de la liste générale d'où devait être tiré le jury du procès, a fait revivre une irritation religieuse que l'on dit difficile à décrire. Le parti orangiste se réjouit outre mesure de ce coup d'État du crown-office, et de ce qu'il appelle un retour au bon vieux temps des sectaires. O'Connell se borne à dire: «Quand je serai dans un cachot, Wellington, Peel et Graham seront-ils plus puissants? et l'Irlande sera-t-elle plus satisfaite? L'injustice flagrante de ma condamnation ne servira qu'à mieux démontrer la justice du rappel,» Enfin, l'ardeur du peuple et du clergé irlandais, si pauvres et si souffrants, est entretenue par les tableaux qu'on fait passer sous leurs yeux des richesses scandaleuses des chefs de l'Église protestante. Dans un meeting tenu dernièrement, le président a lu un document authentique relatif aux énormes successions laissées par des évêques de l'Église protestante: Fowler, archevêque de Dublin, 3,750,000 fr.; Beresford, archevêque de Tuam, 6,250,000 fr.; Agar, archevêque de Cashel, 10,000,000 fr.; Sopford, évêque de Cork, 625,000 fr.; Pery, évêque de Dromare, 1,000,000 fr.; Cleaver, évêque de Fern, 1,250,000 fr.; Bernard, évêque de Limerick, 1,500,000 fr.; Hawkins, évêque de Raphoe, 6,250,000 fr.; Parter, évêque de Clogher, 6,250,000 fr.; Knox, évêque de Killaloe, 2,500,000 fr.; Stuart, archevêque d'Armagh, 7,500,000 fr.; au total, 46,875,000 fr. «Et ces hommes, s'écrie le Morning Advertiser, s'appellent les successeurs des douze pauvres pêcheurs de Galilée! Et les oreilles de la législature se ferment lorsque le peuple se plaint, dans sa souffrance, d'aussi monstrueuses richesses!»

La législature sur le mariage des officiers de l'armée vient de subir une modification. Une circulaire du ministre de la guerre porte qu'à l'avenir «un officier ne pourra obtenir la permission de se marier qu'autant que la personne qu'il recherchera apportera en dot un revenu non viager de 1,200 fr. au moins.» Cette mesure a été vivement attaquée par la presse; nous ne croyons pas qu'elle soit vue plus favorablement par les filles sans dot. Elle nous paraît arriver d'autant plus mal à propos, que nous semblons toucher au moment où les femmes vont pouvoir se créer des ressources nouvelles, et devenir notaires, avocats et médecins. Nous en trouvons la preuve dans la lettre suivante, qui mérite de ne pas demeurer inaperçue, dans les annonces de l'Estafette. Elle est datée du 13 janvier: «Monsieur le rédacteur, je vous remercie d'avoir, dans votre journal d'hier, fait connaître au public que madame Hahnemann est docteur en médecine homéopathique, ce dont, jusqu'à ce jour, ses amis avaient seuls connaissance. Mon litre de docteur, beaucoup plus honorable pour moi que ne le serait celui d'une principauté, n'est pas, comme vous l'avancez sans connaissance de cause, un héritage du docteur Hahnemann; ce titre je l'ai mérité par mes travaux, et il m'a été attribué par un diplôme exceptionnel que j'ai reçu d'une Académie ayant le droit de me le donner, et dont les membres sont les premiers médecins homéopathes du monde après Hahnemann. Pour une femme, il est tout aussi convenable d'être médecin que sœur de charité. La différence n'existe que dans le plus d'instruction et de capacité.--Je vous prie, monsieur, et au besoin je vous requiers d'insérer ma lettre telle qu'elle est, dans votre prochain numéro. Marie Hahnemann. »

Un incendie, causé par l'imprudence d'un domestique, a entièrement consumé l'hôtel du ministre de la marine à La Haye, et détruit la moitié des bâtiments où étaient placés les bureaux de l'administration. Tout un quartier a été menacé de ruine, et n'a été sauvé que par le dévouement et le courage de la population, à laquelle les jeunes fils du roi se sont associés par leur activité et leurs généreux efforts. Le ministre de la marine a tout perdu. Ce brave marin fut obligé.

Le soir même du sinistre, d'aller habiter un hôtel garni avec sa femme malade et ses deux filles. Le lendemain, il reçut du roi l'invitation d'aller occuper le palais que S. M. possède près du château royal. En prenant possession des appartements, le vice-amiral Ryk trouva sur une table un portefeuille contenant 25,000 fr. en billets de banque, et dans un meuble à côté un grand nombre de pièces d'étoffes précieuses destinées à composer une nouvelle garde-robe à madame Ryk et à ses filles.--A Paris, un accident qui aurait pu faire un grand nombre de victimes est arrivé au théâtre de l'Opéra-Comique. Un lustre est tombé dans la matinée d'un de ces derniers jours, et un pauvre ouvrier lampiste a été grièvement blessé. Ceci nous rappelle qu'il y a une vingtaine d'années, alors que l'Odéon était un désert abandonné, même de ses voisins, les journaux annoncèrent qu'un pareil accident était arrivé à ce théâtre, et l'un d'eux, pour rassurer complètement ses lecteurs sur les malheurs qu'il avait pu causer, s'empressait d'ajouter: «Heureusement c'était pendant la représentation.»

Le quartier Saint-Jacques, qui semblait, par sa hauteur au-dessus de la Seine, devoir être constamment privé d'eaux courantes, en est maintenant richement doté: déjà une vingtaine de bornes-fontaines versent chaque jour leurs eaux depuis le Val-de-Grâce jusqu'aux environs de l'Estrapade, et, dans peu de mois, les maisons les plus élevées pourront s'alimenter d'eau provenant du puits de Grenelle. Le réservoir placé sur le point culminant de la place du Panthéon est terminé, mais l'administration diffère d'y conduire les eaux jusqu'au mois d'avril, afin de laisser aux enduits qui le recouvrent le temps d'acquérir toute la dureté dont le béton est susceptible. MM. Mary et Lefort, ingénieurs des Ponts-et-Chaussées, chargés de l'aménagement des eaux du puits de Grenelle, ont pratiqué au bassin de distribution placé près du puits même une disposition ingénieuse destinée à suspendre momentanément la distribution de ces eaux dans le cas où, par une circonstance quelconque, elles deviendraient troubles. Elle consiste en une cuvette tellement équilibrée, qu'elle bascule quand elle reçoit des eaux dont la pesanteur spécifique est supérieure à celle qui est propre à l'eau pure. Quand donc l'eau entraîne avec elle une certaine quantité de sable, la cuvette se déverse, et l'eau ne peut être admise dans les conduites de distribution. Cet appareil a déjà signalé deux époques de troubles arrivés dans les eaux du puits de Grenelle. M. Lefort avait soupçonné que la première avait quelque relation avec un tremblement de terre qui avait été ressenti dans l'ouest de la France; ce soupçon a été changé en certitude par l'observation du second trouble arrivé le 25 du mois dernier, qui a été précédé seulement de deux jours par le tremblement de terre signalé à Saint-Malo, à Cherbourg et dans plusieurs autres points de la Bretagne, le 23 décembre. Le mouvement de trépidation que le sol éprouve par les tremblements de terre détruit les berges de la rivière souterraine qui alimente les eaux jaillissantes, et en trouble la pureté. Ce phénomène, qui peut, au premier abord, paraître singulier, se représente dans tous les tremblements de terre un peu considérables. Dans celui qui a ravagé Lisbonne en 1735, toutes les sources sont devenues troubles, et plusieurs même ont cessé de couler. En Savoie, il y a vingt-deux à vingt-quatre ans, les sources d'Aix ont éprouvé une suspension momentanée à la suite d'un tremblement de terre qui s'était fait ressentir dans le midi de la France, et, lors de leur réapparition, elles étaient tellement chargées de sable et d'argile, qu'on a craint pendant longtemps que ces sources, si utiles à la santé publique et qui forment la richesse du pays, ne fussent perdues pour toujours.

Nous avons dit, au début de ce numéro, que la postérité avait commencé pour l'exécrable nom d'Hudson Lowe. La mort, qui, au fait, tout en cherchant bien, pouvait facilement faire d'autres victimes du même genre, a frappé un officier distingué, d'un nom honorable, le colonel Dacis, et un magistrat estimé de la Cour de cassation, M. Tarbé. Quant à la mort annoncée de M. le duc d'Angoulême, elle a, depuis, été démentie.