Scène XII
M. RONDIN, MADAME TOUCHARD, M. TOUCHARD, caché.
MADAME TOUCHARD, avec mystère.--Mon mari est sorti? vous êtes seul?
M. RONDIN.--Absolument seul. Vous pouvez entrer.
M. TOUCHARD, à part.--Elle le cherchait.
MADAME TOUCHARD.--Eh bien qu'avait-il? Savez-vous enfin la cause de ce désordre, de cet air effaré?
M. RONDIN.--Avant de vous répondre, je dois vous demander si vous avez en moi confiance pleine et entière.
MADAME TOUCHARD, étonnée.--Mon Dieu, oui...
M. RONDIN.--Me conteriez-vous à moi, votre ami, un secret que vous auriez caché à votre mari?
MADAME TOUCHARD.--Je crois qu'oui, si j'en avais. La susceptibilité d'un mari nous oblige parfois à leur cacher certaines confidences qu'un ami impartial, désintéressé, accueillerait avec plus d'indulgence.
M. RONDIN.--Eh bien! je suis cet ami sincère, désintéressé, et j'attends votre confidence.
MADAME TOUCHARD.--Mais je vous ai dit: si j'avais un secret.
M. RONDIN.--Vous en avez un.
MADAME TOUCHARD.--Je vous assure...
M. RONDIN.--C'est sans doute un secret de peu d'importance... et pourtant vous compromettriez, en le gardant, votre repos, le bonheur de votre époux, la paix de votre ménage...
MADAME TOUCHARD.--Je ne vous comprends pas...
M. TOUCHARD, qui écoute.--Elle fait l'innocente... elle nie.
M. RONDIN.--Je suis forcé d'être indiscret et d'insister encore, madame Touchard... Je sais tout... je sais que ce matin vous avez charge. Joseph d'une commission mystérieuse...
MADAME TOUCHARD, troublée,--Monsieur Rondin...
M. RONDIN.--Qu'une dame Gibert a remis une boîte contenant une certaine poudre anonyme...
MADAME TOUCHARD.--Plus bas, plus bas, monsieur...
M. TOUCHARD, à part.--Elle se trouble!
M. RONDIN.--Il y a quinze jours, vous avez acheté une première boîte... Quelle est cette poudre? quel emploi en avez-vous fait.
MADAME TOUCHARD.--Monsieur, je ne puis vous répondre... je... je ne conçois pas ces questions...
M. RONDIN, à part.--C'est étrange! (Haut.) Mais songez aux dangers qu'un pareil silence...
MADAME TOUCHARD.--Des dangers!... et lesquels! Je ne comprends pas... Monsieur Rondin, mon cher monsieur Rondin, je vous en conjure, ne m'interrogez pas... je ne dirai rien... J'aimerais mieux mourir que de faire savoir... à mon mari surtout... il est si ridicule pour ces choses-là... il ne me pardonnerait de sa vie... Pas un mot, pas un mot, monsieur Rondin...
M. TOUCHARD, entrant.--C'est inutile!
MADAME TOUCHARD, effrayée.--Il était là!
M. RONDIN, à part.--Je ne sais plus que penser.
M. TOUCHARD.--Tremblez, madame! La poudre anonyme est en ce moment entre les mains des chimistes... et bientôt...
MADAME TOUCHARD, tombant dans un fauteuil.--Je suis perdue!...
M. RONDIN, à part.--Touchard avait-il raison?