Bulletin bibliographique.
Théorie, des Lois politiques de la Monarchie française; par mademoiselle de Lezardière. Nouvelle édition considérablement augmentée et publiée sous les auspices de MM. les ministres des affaires étrangères et de l'instruction publique par le vicomte de Lezardière. 4 gros vol. in-8.--Paris, 1844. Imprimeurs-Unis. 30 fr.
L'auteur de cet ouvrage, mademoiselle de Lezardière, naquit en 1754, dans un château du fond du Poitou. A peine eut-elle atteint l'âge de raison, elle étudia l'histoire de son pays. «Témoin des malheurs de la France à cette honteuse époque (la fin du règne de Louis XV), dit M. le vicomte de Lezardière, elle en attribua une grande partie à l'ignorance générale de ses institutions et de son droit public; elle entreprit de découvrir et de démontrer quelles furent ces institutions à l'origine de la monarchie, et les variations qu'elles subirent d'âge en âge. Mais ce ne fut pas sans contradiction que l'auteur de la Théorie des Lois Politiques poursuivit son travail. L'esprit positif du baron de Lezardière, son père, s'effraya de colle vocation; il chercha longtemps à détourner sa fille de la voie extraordinaire dans laquelle elle s'engageait. Frappé à la lin de sa persistance et du caractère de son travail, il communiqua ses premiers essais à M de Malesherbes, son plus intime ami. Celui-ci les fit connaître à M. de Brecquigny, à M. le duc de Nivernais, à dom Poirier, nommé plus tard censeur de l'ouvrage, et à d'autres hommes éclairés. Tous attachèrent à ce travail une grande importance, encouragèrent l'auteur à le poursuivre, et mirent à sa disposition tous les monuments historiques dont ils étaient possesseurs.»
La Théorie des Lois politiques parut pour la première fois, sans nom d'auteur, en 1792. Mais, à cette époque, on n'avait guère le temps de lire ou de discuter des théories. Si avancées, si hardies qu'elles parussent à M. de Malesherbes, les idées de mademoiselle de Lezardière étaient beaucoup trop arriérées et beaucoup trop timides pour les députés de la convention.--Son livre ne se vendit pas. A peine eut-il été publié, les magasins du libraire furent pillés dans une émeute; on n'en sauva qu'un très-petit nombre d'exemplaires qui n'ont jamais été dans le commerce, et qui, conservés avec soin dans quelques bibliothèques d'élite, rendirent plus d'un service ignoré aux historiens du dix-neuvième siècle.
Noble et Vendéenne, mademoiselle de Lezardière avait été obligée de quitter la France pendant la république; elle ne rentra dans sa patrie qu'en 1801, sous le consulat. Mais malheureusement, durant cet exil, la belle bibliothèque de son père avait été brûlée avec le château qu'il habitait. Ses manuscrits étaient perdus ou dispersés; les immenses matériaux qu'elle avait amassés pour la suite de son ouvrage, elle ne les retrouvait plus. Comment réparer tant de pertes? La fortune de sa famille, était détruite. «Elle dut donc, dit M. le vicomte de Lezardière, dans toute la force de l'âge et de l'intelligence, abandonner les travaux auxquels elle avait consacré sa vie. La résignation avec laquelle elle accepta ce sacrifice donna la mesure de son caractère. Sa tendresse pour sa famille, les soins qu'elle lui prodigua, son active charité envers les pauvres, remplirent son existence. Personne ne surprit jamais chez, elle un murmure, un retour amer vers le passé; la vie commune sembla lui suffire. Sa mémoire est honorée par tous ceux qui l'ont connue; elle est restée bien chère à ceux des siens qui lui ont survécu.»
Mademoiselle de Lezardière est morte en Vendée en 1835, à l'âge de quatre-vingts ans. Elle était si peu connue, que M. Barbier, dans son Dictionnaire des auteurs anonymes, l'avait fait mourir en 1814. Elle ne réclama pas contre cette erreur; elle ne se plaignit jamais de l'oubli auquel le monde condamnait si injustement ses remarquables travaux; et cependant les principaux historiens de la France et de l'Allemagne continuaient de faire de nombreux emprunts à la Théorie des Lois politiques. Comme l'ouvrage n'était pas dans le commerce, ils se croyaient dispensés d'avouer les larcins dont le public ne pouvait pas s'apercevoir. M. Guizot, qui lui devait beaucoup, oublia de nommer mademoiselle de Lezardière, si ce n'est dans des notes. M. Augustin Thierry se montra plus juste: «La renommée de Mably, dit-il, héritage de ce siècle, continua de dominer toutes les autres; seulement l'ouvrage de mademoiselle de Lezardière, peu répandu dans le public, mais recherché des personnes studieuses, se plaçait dans leur opinion à côté et même au-dessus du sien. La forme sévère de cet ouvrage, qui, sous un de ses aspects, n'est qu'un seaton de fragments orignaux, ramena, en histoire, à la religion des textes, quelques penseurs que le règne absolu de la philosophie avait habitués à n'avoir de foi que dans les idées.»
La nouvelle édition de la Théorie des Lois politiques forme quatre volumes. Un tiers de l'ouvrage ne faisait point partie de la première édition, et n'avait jamais été publié. M. Guizot et M. Villemain, ministres des affaires étrangères et de l'instruction publique, ont souscrit, sur les fonds de leurs ministères, à un nombre d'exemplaires suffisant pour décider cette publication. Qu'ils en reçoivent ici nos remerciements sincères; ils ne pouvaient pas encourager un ouvrage plus digne de leur protection.
Mademoiselle de Lezardière a divisé son travail en trois époques.
La première époque a pour titre: Lois politiques des Gaulois avant l'établissement de la monarchie.
La seconde époque renferme les siècles qui s'écoulèrent, depuis l'élévation de Clovis sur le trône, jusqu'à la fin du règne de Charles le Chauve. Elle se divise en quatre parties principales, Intitulées:
1º De l'étendue du domaine de la monarchie, de l'état civil des sujets, du l'institution de la royauté, des armées et des assemblées générales, de la puissance législative sous les deux premières races;
2º De l'état politique et civil de l'Église dans la monarchie franque, fixé par les dispositions du droit canonique et des lois constitutives de l'État;
3º De l'état des propriétés et des personnes, de la puissance militaire, des lois civiles et criminelles, de l'origine, de la composition, des fonctions et des pouvoirs des tribunaux dans la monarchie française;
4º Des charges onéreuses des citoyens et des revenus du prince, de la succession à la couronne; observations sur les différentes infractions faites aux lois constitutives, soit de la part du prince, soit de la part du peuple.
La troisième époque, publiée pour la première fois, s'étend depuis la fin du règne de Charles le Chauve jusqu'au quatorzième siècle. Elle est presque entièrement consacrée au régime féodal.--Une table analytique des matières termine le quatrième et dernier volume.
L'auteur de la Théorie des Lois politiques, attaquant des erreurs accréditées, crut devoir donner à ses assertions l'appui d'autorités irrécusables. Le texte, ou discours, est suivi d'un sommaire analytique des preuves, et enfin ces preuves elles-mêmes sont rapportées avec étendue.--Cette masse de preuves peut sembler superflue aujourd'hui; mais les éditeurs ont cru devoir respecter le travail primitif de mademoiselle de Lezardière; et les deux premières époques sont, dans cette seconde édition, ce qu'elles furent dans celle de 1792, sauf quelques changements de distribution, et la suppression de la traduction des textes latins. Quant à la troisième époque, il n'a été possible de publier que le discours et les sommaires des preuves; les cahiers contenant les preuves ont été perdus en 1793.
A. D. J.
Fables; par M. Léon Halévy.--Un volume grand in-18, papier jesus-vélin; prix 3 fr. 50 cent. Chez Gide, rue des Petits-Augustins, n° 5.
Il a des esprits exclusifs et dédaigneux qui condamnent d'avance toutes les fables nouvelles comme des témérités coupables et inutiles, comme un véritable sacrilège envers le grand maître de l'art, envers La Fontaine. Quoi! il ne sera plus permis de toucher à ce poème aimable, instructif, si naturel au génie de l'homme, que les mœurs, les travers de chaque siècle peuvent modifier et rajeunir? On ne pourra le tenter sans manquer de respect à la gloire du grand fabuliste! Le riant et vaste domaine sera à jamais interdit à l'imagination des poètes! En vérité, c'est pousser l'admiration jusqu'à la tyrannie. Molière règne et régnera toujours sans rival dans la comédie, comme La Fontaine dans l'apologue. Dépendant depuis Molière on a osé faire des comédies, et on a même réussi à en faire d'ingénieuses, de plaisantes, de bien écrites, quoiqu'elles n'égalent pas le Tartufe ni le Misanthrope. Sans parler de Fénelon, qui a laissé des fables pleines de charme et de philosophie. Lamothe, dans le dernier siècle, a composé un recueil d'apologues dont l'invention spirituelle, la moralité fine et juste méritent l'estime des connaisseurs. Plus récemment encore, Florian, bien supérieur par le choix des sujets et l'agrément du style, n'a-t-il pas conquis une place dans toutes les bibliothèques, non pas à côte de La Fontaine, mais après lui? Quel admirateur fanatique de l'inimitable fablier voudrait supprimer le Singe qui montre la lanterne magique, l'Aveugle et le Paralytique, et tant d'autres charmantes compositions?
De nos jours Arnault, M. Viennet et quelques autres ont imprimé à la fable un caractère nouveau. Ils lui ont donné la couleur de la satire, une portée politique que les mœurs et les événements autorisaient. Cette innovation a été souvent heureuse. Tout le monde sait par cœur la Feuille morte d'Arnault, un des plus délicieux morceaux de la poésie, moderne.
A l'exemple de ces honorables écrivains, M. Léon Halévy n'a pas cru devoir résister aux charmes de ce poème ingénieux et philosophique. On l'absoudra comme eux en lisant ce recueil. Tous les amis de la bonne littérature, de la poésie appliquée à la morale le remercieront. Il a victorieusement prouvé que le secret de l'apologue gracieux, vif, parlant en vers piquants et naturels, et s'élevant parfois jusqu'aux inspirations les plus touchantes, n'était pas perdu dans la patrie de La Fontaine.
Les sujets que M. Halévy a traités se distinguent par la variété. C'était la devise de La Fontaine. M. Halévy ne l'oublie point: c'est toujours une pensée philosophique qu'il met en action, et que le dénouement fait éclater aux yeux du lecteur. Il prend tous les tons; mais, fidèle à la loi, au genie de la fable, il sait toujours faire tourner au profit de la morale le plaisir ou l'émotion qu'il excite. Son recueil ne s'adresse pas seulement à l'imagination, aux loisirs de la jeunesse; mais les salutaires enseignements, les observations vraies qu'il renferme, s'appliquent à toutes les époques, à toutes les conditions de la vie. Tous les lecteurs y trouveront du charme, tous les âges des leçons.
Dans les Deux Chevaux, le travers que le poète veut corriger est celui du siècle; aussi dit-il avec une haute raison:
Aller vite est notre devise;
De dévorer l'espace on se fait une loi.
Au profit du devoir l'heure est conquise?...
Le temps dont on fait son emploi,
Est le seul qu'on économise.
La couleur mélancolique et vive répandue dans le petit drame intitule le Tableau, frappera tous les yeux. Le récit a une forme saisissante et animée, qui donne un nouveau relief à une idée vraie en tout temps, et si bien exprimée par ces beaux vers;
Au talent qui languit dans l'ombre et le sommeil,
Et que poursuit du sort l'injustice commune,
Que manque-t-il souvent, pour trouver le réveil?
Un sourire de la fortune,
Un simple rayon du soleil!
Nos mœurs politiques ont sans doute inspiré le Babillard. Nos hommes d'État, nos grands orateurs pourraient y trouver une leçon.
Après avoir frondé la faconde, l'abus des mots, l'auteur joint l'exemple au précepte dans la fable suivante, qui est elle-même un modèle de concision:
La Canne à Épée.
Une lame vaillante, autrefois glorieuse.
Sous un bambou flexible (instrument déloyal),
Devint une arme dangereuse.
Qui souvent change en meurtre un combat inégal.
«Hélas! de quel malheur le destin m'a frappée!
Dit-elle; on me déguise, et je fuis le regard!
Autrefois j'étais une épée,
Et je ne suis plus qu'un poignard!»
Tout dépend ici-bas de la place où nous sommes!
Sous l'or est le fumier; sous la fange, un joyau!
Et Bien souvent parmi les hommes
Qui marque les rangs!...
Le fourreau.
Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas de transcrire le Pain du Moineau, touchante leçon à l'adresse des ingrats; les Deux Fumées, celle du riche hôtel de la Monnaie et celle de la pauvre échoppe du forgeron; fumées qui vont se confondre et se perdre dans l'air, comme les destinées humaines dans la tombe. Nous recommandons surtout les Cuisines, charmante instruction donnée à ceux qui envient l'éclat, la réputation, parce qu'ils ne sont pas entrés dans les officines où l'intrigue et le charlatanisme préparent les grandeurs du jour et les succès du moment.
Quant au livre de M. Léon Halévy, il a déjà réussi sans le secours de ces moyens artificiels et faux, souvent nécessaires au mérite même. Un pareil succès est rare aujourd'hui. Nous devons un dernier éloge à l'ouvrage: le style répond au charme, à la variété du sujet; il est tour à tour grave et enjoué, simple et noble. L'auteur sait faire parler tous les êtres qui sont du domaine de la fable, suivant leur nature et leur situation: l'ouvrier, le bourgeois, l'homme d'État, les bêtes et les choses même, qu'il personnifie et qu'il anime avec un rare bonheur. Ses vers sont faits comme on n'en fait plus: ils respectent les règles de langue et du goût; ils sont pleins d'élégance et surtout d'harmonie; mais c'est un don de famille qu'on ne s'étonnera pas de trouver dans un ouvrage de M. Léon Halévy. Le succès de cette œuvre, les suffrages éclairés qu'elle a reçus, prouvent que le sentiment de la vraie poésie française n'a pas encore été étouffé sons le fatras des productions extravagantes et des vers barbares qui nous inondent.
A. F.
Monachologia, figuris ligno incisis illustrata (avec la traduction en français).--Chez tous les libraires. 1 volume in-24. 1 fr.
Pourquoi a-t-on réimprimé ce petit volume? On comprend, sans la louer ni la blâmer, sa première publication vers la fin du siècle dernier. C'était en Italie, dans les États de la domination autrichienne, et le souverain régnant était Joseph II. Le comte de Born, naturaliste distingué, ami de l'empereur, s'amusa à faire l'histoire naturelle du genre monachus, suivant la méthode de Linné. Ses descriptions étaient accompagnées de figures, comme on en voit dans tous les livres d'histoire naturelle; c'était avec les termes les plus savants et les plus choisis de la science, qui parlait latin dans ce temps-là, un pamphlet contre les moines, contre une puissance que les princes catholiques eux-mêmes ne protégeaient plus. Mais, aujourd'hui, à qui s'attaque la Monachologia? La puissance, qu'est-elle devenue? A quoi répond ce joli petit livre avec sa traduction française, avec ses figuris ligno incisis? L'éditeur aurait dû garder son papier pour un autre usage, et son bois pour se chauffer.--Il nous dira peut-être que c'est une curiosité bibliographique. Mais les curiosités qui coûtent 1 franc ne sont plus des curiosités. Les bibliophiles veulent payer cher, parce que le prix est le signe de la rareté de l'objet.
Annuaire des Voyages et de la Géographie pour l'année 1844; par une réunion de géographes et de voyageurs, sous la direction de M. Frédéric Lacroix. Première année.--Paris, 1844. Guillaumin. 1 fr. 50.
Présenter tous les ans au public un résumé des voyages et des travaux géographiques accomplis dans le courant de l'année, telle est l'heureuse idée que M. Frédéric Lacroix vient de réaliser. Cet utile et intéressant petit volume s'ouvre par une introduction dans laquelle M. Frédéric Lacroix passe successivement en revue les explorations entreprises ou terminées en 1843, et celles qui sont encore en voie d'exécution. Viennent ensuite divers articles inédits, rédigés tout exprès pour l'Annuaire, ou communiqués par Dumont d'Urville, M. et madame Hommaire du Bell, le vicomte de Santarem, MM. Alcide d'Orbigny, Marinier, Vincendon-Dumoulin, V. Schoelcher, Desgraz, Ferdinand Denis, Sebastien Albin, le major G. Poussin, etc. A une analyse consciencieuse des principaux livres de géographie ou de voyages publiés en 1843, succèdent enfin les résumés des communications relatives à la géographie faites à l'Académie des sciences, plusieurs tables de hauteur, le tableau chronologique des principales découvertes géographiques, et la liste des principales cartes publiées par le ministère de la marine. Malgré quelques lacunes faciles à combler, l'Annuaire des Voyages et de la Géographie de 1845 est digne du succès qu'il a obtenu. M. Frédéric Lacroix possède toutes les qualités nécessaires, pour que la critique la plus sévère n'ait rien à reprocher à l'Annuaire de 1844.
Chefs-d'Oeuvre du Théâtre espagnol. Traduction nouvelle, avec une Introduction et des Notes; par M. Damas-Hinard. Calderon, troisième série. 1 vol. in-18.--Paris, 1844. Gosselin. 3 fr. 50.
M. Damas-Hinard continue, avec le même bonheur et le même succès, l'élégante et fidèle traduction qu'il a entreprise des chefs-d'œuvre du théâtre espagnol. Le troisième volume de Calderon, qui vient de paraître (le cinquième volume de cette importante publication), renferme, six drames ou comédies: Louis Perez de Galice, le Secret à haute voie, l'Esprit follet, les Trois Châtiments en un seul, le Prince constant et le Schisme d'Angleterre. Chacune de ces pièces est précédée d'une Introduction historique et critique, et des notes intéressantes expliquent aux lecteurs français tous les passages obscurs.--La traduction de M. Damas-Hinard est une de ces œuvres consciencieuses, si rares de nos jours, qui assurent à leur auteur une place distinguée parmi les écrivains de leur époque.
Visnelda, ou la Druidesse des Gaules, tragédie en trois actes et en vers; par mademoiselle S. B., auteur de la Fille de Jephté, in-8. 1 fr. 50.--La Rochelle, Frédéric Boulet,--Paris, Paulin.
Un de nos abonnés nous adresse des exemplaires de cette tragédie, avec cette note que nous copions: «Ce phénomène littéraire est dû à une jeune personne qui, sans avoir jamais étudié les premières règles de la grammaire et de la prosodie, a trouvé dans un admirable instinct poétique et dans les seules forces d'un génie nourri par d'abondantes lectures, les moyens de faire presque simultanément deux tragédies: la Fille de Jephté et Visnelda, où tout respire la plus tendre piété et les plus beaux sentiments.»
Les exemples de cette faculté, qui révèle à quelques natures privilégiées les formes de la poésie, ne sont pas rares de nos jours. La tragédie de mademoiselle S. B. remplit toutes les conditions d'un ouvrage dramatique intéressant, quoique l'expression n'y soutienne pas toujours la dignité de la pensée. Le sujet de la pièce est la lutte des vieilles croyances gauloises contre le christianisme naissant. La druidesse Visnelda est la personnification de cette lutte, et sa conversion, une image du triomphe de la loi chrétienne.