Améliorations des Voies Publiques.
Dans notre précédent article sur les nouveaux percements de rues projetées ou en cours d'exécution dans Paris, nous avons établi une distinction nécessaire entre les projets qui n'ont pour but que la mise en valeur de terrains jusqu'alors improductifs, et ceux qui satisfont à un besoin réel de circulation. Les premiers sont habituellement le fruit de spéculations particulières; les autres répondent surtout à l'intérêt général.
Malheureusement nous n'avons guère à signaler sur la rive gauche de lu Seine que des projets peu importants au point de vue de la circulation.
Cette situation fâcheuse de la rive gauche tient à plusieurs causes. La principale vient de sa constitution même; c'est pour ainsi dire un vice organique, une maladie de naissance. La plupart des quartiers situés de ce côté de la ville, et principalement ceux du 10e arrondissement, se sont établis par un mouvement qui leur était propre et en dehors du système général de la cité. Sur la rive droite, la ville avait déjà triplé son étendue et brisé trois enceintes, qu'elle se renfermait encore, sur la rive gauche, dans les remparts élevés par Philippe-Auguste, et qui avaient soutenu les assauts de Henri IV. A ce moment la cour se transportait à Versailles; la noblesse, qui abandonnait ses demeures féodales, vint se fixer à Paris, et, par une attraction inévitable, construisit ses hôtels le long des routes qui conduisaient à la résidence royale. Alors s'ouvrirent et se bâtirent comme d'un seul jet toutes ces rues parallèles à la Seine également distantes les unes des autres, et dans une direction unique vers la route de Sèvres et de Versailles.
De ce seul fait dérivent toutes les conséquences actuelles. Versailles abandonné et désert a causé la solitude du noble faubourg.
En effet, si l'on examine le plan de la rive gauche, on verra qu'elle ne compte des rires perpendiculaires à la Seine, communiquant avec l'autre rive et rayonnant au centre, que dans les vieux quartiers antérieurs à cette subite extension; les rues Saint-Jacques et de La Harpe, artères du quartier de l'Université; la rue Dauphine, artère du quartier Bussy, dont la rue de Seine forme la limite; au delà, la rue du Lac, ancienne route qui a conservé son activité première, et la rue de Bourgogne, offrent seules un débouché.
L'examen le plus rapide amène donc cette conclusion, que pour ranimer la rive gauche, pour la faire participer au mouvement général de la cité parisienne, il faudrait modifier profondément sa constitution primitive, et rattacher au reste de la cité par les liens d'une circulation commune.
Il est évident que tous les projets de voirie étudiés pour remédier à l'appauvrissement relatif de la rive gauche devraient avoir pour objet de guérir cette infirmité native, et de la relier à la rive droite. C'est évidemment dans ce but, et pour soulager la rue Dauphine, qu'on a successivement étudié les moyens d'élargir et de déboucher la rue de Nevers, et de régulariser les rues de Seine et Mazarine, même au prix des pavillons de l'Institut, qu'il eut fallu abattre.
Les projets n'eussent été que d'une médiocre utilité, tant que la rue de Seine aboutira à la passerelle appelée pont des Arts. La circulation active et réellement profitable aujourd'hui est celle des voitures, et un pont de piétons n'est qu'une insuffisante ressource.
Le projet le mieux conçu qui ait encore été présenté pour ce quartier, à notre connaissance, est celui de M. le comte Léon de Laborde. M. de Laborde propose une grande voie publique qui, partant de Saint-Sulpice, ou du carrefour Sainte-Marguerite, viendrait aboutir sur le quai entre la Monnaie et l'Institut, traverserait la Seine sur un pont à voiture et communiquerait avec la rue Saint-Honoré et les Halles par la place du Louvre et la rue de Poulies, convenablement élargie.
L'exécution de ce projet ne présenterait pas toutes les difficultés que son étendue paraît d'abord indiquer. Une partie du parcours de la nouvelle rue trouve formée par la rue ou plutôt ruelle de l'Echaudé, qu'il suffirait d'élargir. Du côté du quai, l'impasse Conti forme une seconde partie du tracé; il ne resterait donc que le pâté intermédiaire à percer. Au delà de la Seine, la place du Louvre, la rue des Poulies, etc., n'ont besoin que d'être régularisées.
Il semble d'ailleurs que le projet de M. le comte de Laborde se lie heureusement avec ceux qui sont à l'étude pour l'agrandissement de la Monnaie et les améliorations que réclament les bâtiments de l'Institut. Ils doivent se servir mutuellement et se combiner pour arriver à un ensemble qui satisfasse également les besoins de la circulation et l'embellissement des monuments publics.
A notre avis, ce projet mérite l'attention la plus favorable de l'administration. Sans doute le percement du pâté de propriétés particulières compris entre la rue de Seine et la rue Mazarine d'abord, ensuite entre cette dernière rue et l'impasse Conti, puis la construction d'un pont si près du pont Neuf, dans la plus grande largeur de la Seine, donneront lieu à des dépenses considérables; mais l'utilité en est évidente, les résultats en seront immédiats, et nous pensons que les propriétaires de la rive gauche, sentant le besoin qui les presse, viendraient en aide à cette entreprise, dont il paraîtrait que le conseil des bâtiments civil a déjà approuvé les dispositions.