Eden en perspective.

Lorsqu'il eut suffisamment examiné le plan de la ville d'Eden, Martin s'écria:

«En vérité, mais... mais c'est une colonie importante!

--Oui, fort considérable, repartit l'agent.

--Je commence à craindre... reprit Martin, parcourant de l'œil les édifices publics, qu'il n'y reste rien à faire pour moi.

--A faire? répliqua l'agent; oh! tout n'est pas bâti; non, pas tout encore!»

Le soulagement fut réel.

«Le marché, demanda en hésitant Martin, le marché est-il bâti?

--Ceci? dit l'agent, enfonçant la pointu de son cure-dent au centre de la girouette, du toit; attendez un peu... non... non; le marché n'est pas bâti.

--Eh! eh! ce ne serait pas une trop mauvaise aubaine pour commencer, hein! Mark? murmura Martin poussant son compagnon du coude.

--Rare aubaine!» répondit Mark, qui, avec une physionomie sagace, se tenait debout, regardant alternativement le plan et l'agent.

Un silence mortel s'ensuivit. M. Scadder, pendant les courtes vacances qu'il accordait à son cure-dent, siffla quelques notes de l'air du Yankee doodle, et souffla la poussière amassée sur le toit du théâtre en peinture.

«J'imagine, dit Martin, feignant d'examiner le plan de plus près, et laissant voir, au tremblement de sa voix, toute l'importance qu'il attachait à la réponse; je présume que vous avez là plus d'un... plusieurs architectes?

--Pas un seul, répliqua Scadder.

--Mark! murmura Martin tirant sa Compagnie par la manche, entendez-vous?--Mais qui a donc dirigé toutes les constructions indiquées là-dessus? ajouta-t-il tout riant.

--Qui sait! le sol étant des plus fertiles, peut-être que les édifices publics y croissent spontanément!» dit Mark.

Lorsqu'il hasarda ces paroles, il se trouvait du côté du profil mort de l'agent; mais tout à coup Scadder fit volte-face et braqua son bon œil contre lui.

«Touchez mes mains, jeune homme! dit-il.

--Pourquoi faire? demanda Mark, déclinant la proposition.

--Sont-elles sales ou sont-elles propres?» poursuivit Scadder les étalant toutes grandes ouvertes.

Physiquement parlant, elles étaient incontestablement sales; mais comme M. Scadder ne les offrait à l'inspection que dans un sens figuré et comme emblème, de sa moralité immaculée, Martin s'empressa d'affirmer qu'elles étaient plus blanches que la neige.

«Je vous prierai, Mark, ajouta-t-il ave quelque irritation, de ne pas avancer des remarque» de ce genre, qui, quoique innocentes en elles-mêmes et sans importance au fond, peuvent déplaire à des étrangers. Vous me surprenez, vraiment!

--Voilà déjà la Compagnie qui fait des siennes et qui empiète, pensa Mark; il faut qu'elle s'habitue à n'être qu'un partner dormant,--dormant et ronflant; c'est là le rôle des Compagnies, à ce que je vois.»

M. Scadder ne dit mot, mais tournant le dos au plan, il enfonça une vingtaine du fois son cure-dent dans le bois du pupitre, tout en regardant Mark comme s'il l'eût poignardé en effigie.

«Vous ne nous avez pas dit quel était l'architecte de toutes ces constructions? fit enfin observer Martin du ton le plus conciliant.

--Inutile de vous inquiéter qui et quel il est, de ce qu'il a construit ou pas construit, reprit l'agent d'un ton bourru. Peut-être qu'ayant fait sa main, il est parti avec ses tas de dollars; peut-être n'a-t-il pas gagné un sou; peut-être était-ce un vagabond fieffé; peut-être un architecte pour rire! Qu'importe?

--Voilà! ce sont de vos œuvres, Mark, dit Martin.

--Peut-être, poursuivit l'agent en montrant quelques touffes d'herbe, peut-être que ce ne sont pas là des plantes venues de l'Eden; non! Peut-être que ce pupitre, que ce tabouret ne sont pas fait du bois de I'Eden; non! Peut-être qu'il n'y a pas la queue d'un colon dans l'Eden; peut-être qu'il n'existe pas un endroit de ce nom dans tout le vaste territoire des États-Unis!

--J'espère que vous êtes content du succès de votre plaisanterie, Mark?» dit Martin.

Mais ici, juste à temps et au montent opportun, le général intervint, et, de la porte, en appela à Scadder, le priant de donner à ses amis tous les renseignements possibles sur une maison, avec ce petit lot de cinquante, acres, qui avait primitivement appartenu à la Compagnie, et qui venait tout récemment de rentrer en sa possession.

«Vous avez toujours la main trop ouverte, général, fut la réplique. C'est un des lots dont le prix doit monter plus tard. Je le maintiens, et monter beaucoup encore!

Néanmoins, tout en grommelant, il ouvrit ses livres; et tenant toujours ou poursuivant, quelque gêne qu'il en pût résulter pour lui-même, au guet du côté de Mark, il déploya une feuille du registre à l'examen des étrangers.

«Maintenant, montrez-moi où le lot est situé, dit Martin après avoir lu avidement.

--Sur le plan? demanda Scadder.

--Oui.»

L'agent se tourna contre la muraille, réfléchit un instant, comme si, lorsqu'on en appelait à lui, il voulait prouver que son exactitude allait jusqu'à la minutie; enfin, après avoir décrit en l'air avec sa main autant de cercles qu'en pourrait parcourir un pigeon messager à l'instant où il vient de, prendre son vol, il darda la pointe de son cure-dent tout au travers du grand quai, qu'il perça d'outre en outre.

«Là! dit-il, laissant vibrer le canif fiché dans le mur; c'est là qu'est le lot!»

Martin lança à Mark un coup d'œil triomphant, et la Compagnie vit que c'était affaire conclue.

Cependant le marché ne se termina pas aussi aisément qu'on aurait pu l'imaginer. Scadder était caustique, âpre et mal monté; il mit plus d'un bâton dans les roues, tantôt priant les acquéreurs de prendre encore une semaine ou deux pour réfléchir, tantôt prédisant que la position ne leur conviendrait point; une autre fois, déterminé, sans rime ni raison à se dédire et à tout rompre; toujours murmurant des imprécations contre la folle prodigalité du général. Enfin la totalité de la somme, singulièrement minime pour un tel achat (et c'était pourtant plus des quatre cinquièmes du capital apporté par la Compagnie dans l'entreprise architecturale), les cent cinquante dollars furent comptés, et Martin se trouva grandi de deux pouces en sa nouvelle dignité de propriétaire dans le florissant territoire d'Eden.

«Si vous n'étiez pas content, au bout du compte, dit Scadder en délivrant à Martin les reçus et titres nécessaires, en échange de son argent, ce n'est certes pas à moi qu'il faudrait vous en prendre!

--Non, non, répliqua gaiement le jeune homme, nous ne vous chercherons pas querelle... Êtes-vous prêt, général?

--A vos ordres, monsieur; et je vous souhaite, dit le général en lui tendant la main avec une grande cordialité, joie et repos dans votre nouvelle propriété. Vous voilà devenu, monsieur, un des citoyens de la nation la plus puissante, la plus hautement civilisée qui jamais ait embelli la surface du monde: d'une nation, monsieur, chez laquelle l'homme est uni à l'homme par un indissoluble lien d'amour, d'égalité et de confiance. Puissiez-vous, monsieur, vous montrer toujours digne de votre patrie adoptive!»

Martin remercia, et salua M. Scadder, qui, ayant repris possession de sa chaise à l'instant où le général la quittait, recommençait à se balancer de plus belle. Mark se retourna plus d'une fois, en se rendant à l'hôtel, pour regarder l'agent. Malheureusement c'était le profil immobile qui se trouvait de son côté, et l'on ne pouvait y démêler qu'une expression réfléchie et tranquille; mais quelle différence de l'autre côté! L'homme assurément n'était pas sujet à rire, surtout aux éclats; pourtant, il n'y avait pas un des plis de la patte d'oie ou de corbeau étalée sous ses tempes, pas un muscle, une ride de ce visage qui ne se contractât en une étrange et burlesque grimace; tout riait dans cette figure, hors la Louche.

Il nous faudrait trop de temps et d'espace pour raconter tout ce que Martin vit à l'hôtel National. Une ovation; des réceptions solennelles, auxquelles M. Chuzzlewit dut se prêter bon gré, malgré; les pompeux discours d'une dame américaine à la tenue majestueuse, mistriss Homing, qui ne quittait non plus Martin que son ombre, et qu'il se trouva contraint de reconduire, quoiqu'il ne la connût pas, aux nouveaux Thermopyles, sur la route d'Eden; c'était plus qu'il n'en fallait pour mettre le pauvre garçon sur les dents. Les derniers achats des objets nécessaires au futur établissement des deux associés, et leur séjour à l'hôtel, que les retards du bateau à vapeur prolongeaient au delà de toute prévision, avaient tellement réduit leurs finances que, si le départ eût été encore différé, ils se seraient trouvés dans la même position que les malheureux émigrants qui, depuis plus d'une semaine, consommaient leurs provisions avant d'avoir commencé le voyage. Misérables passagers, enrôlés sur de trompeuses espérances, ils étaient là entassés dans l'entre-pont; fermiers qui jamais n'avaient vu de charrue, bûcherons qui jamais n'avaient manié la cognée, charpentiers qui n'auraient pu assembler une caisse; tous rejetés de leur pays, sans aide, sans appui, lancés dans un monde nouveau, enfants par l'expérience, hommes par les besoins!

Enfin, le moment tant de fois désigné, tant de fois reculé, arriva, et Mark et Martin s'embarquèrent.

L'Anglais trouva à bord quelques passagers de la trempe de M. Bevan, son ami de New-York, et leur agréable commerce l'eut bientôt ranimé. Ces nouveaux venus le soulagèrent de leur mieux des sublimes brouillaminis philosophiques de mistriss Homing, et déployèrent dans leur conversation un bon sens élevé et des sentiments que Martin ne pouvait apprécier trop haut.

«Si cette république avait une suffisante dose d'intelligence et de grandeur, disait Martin, au lieu de forfanterie et de fanfaronnade, certes les leviers ne manqueraient pas pour la tenir à flot.

--Posséder d'excellents outils et en employer de mauvais, fit observer Mark, c'est le fait de pauvres charpentiers. Que vous en semble, monsieur?»

Martin hocha la tête.--«On pourrait croire, dit-il, que la besogne étant trop au-dessus de leurs visées et de leurs forces, ils trouvent commode de la brocher n'importe comment.

--Ce qu'il y a de curieux, reprit Mark, c'est que s'il leur arrive de faire n'importe quoi de passable, l'œuvre que de meilleurs ouvriers, avec bien moins de moyens, feraient chaque jour de leur vie, sans y attacher d'importance, ils se mettent aussitôt à chanter victoire, tout du haut de leur tête. Comptez, sur ce que je vous dis, monsieur, si jamais leur arrière se paie, au lieu de trouver que, sous le point de vue commercial, il peut être avantageux de se libérer, et qu'une banqueroute n'est pas sans danger, ils sont gens à en faire un bruit, du vacarme et autant de vanteries et de discours que s'ils étaient les seuls à payer leurs dettes, et que jamais argent prêté, n'eût été remboursé avant eux, depuis que le monde est monde. Oh! je les connais, allez! et vous pouvez compter sur ce que je vous dis!

--Peste! il me semble que vous devenez profond politique! s'écria Martin en riant.

--Ah! pensa Mark, sans doute à présent que me voilà d'une journée plus proche de la vallée d'Eden, je jette ma flamme avant de m'éteindre. Au débarqué je me trouverai tout à fait prophète, qui sait?»

Mark garda pour lui ses prévisions et ses doutes: mais le redoublement de vivacité qui en fut la suite, l'air réjoui que prit cette physionomie déjà si joviale, suffisaient à Martin. Quoiqu'il pût quelquefois faire bon marché de l'inépuisable enjouement de son compagnon; que même, comme dans l'affaire du Zephaniah Scadder, il trouvât dans son associé un commentateur trop enclin à la raillerie, l'exemple de Mark n'en relevait pas moins constamment son espoir et son courage. Peu importe qu'on se trouvât ou non en humeur d'en profiter, la gaieté était contagieuse, et quoi qu'on en eut, il fallait y prendre part.

An commencement du voyage, une ou deux fois le jour, ils se séparèrent de quelques passagers, remplacés aussitôt par d'autres; peu à peu les villes furent plus clairsemées; bientôt ils naviguèrent plusieurs heures de suite sans rencontrer d'autres habitations que celles des coupeurs de bois, et le vaisseau ne s'arrêta plus que pour renouveler sa provision de combustible. Le ciel, le bois, les eaux, tout le long du jour, et cette dévorante chaleur qui flétrit tout ce qu'elle touche.

En avant, ils pénétrèrent dans ces vastes solitudes où les rives se dérobent sous une végétation épaisse et serrée. Là, les arbres flottent le long du courant, étendent à la surface, du fond des eaux profondes, leurs longs bras décharnés, glissent des marges du fleuve, et, moitié nourris, moitié décomposés par ses ondes bourbeuses, descendent avec ses flots. En avant, ils poursuivirent leur route à travers les jours pesants et les tristes nuits, sous l'ardeur du soleil et parmi les brouillards et les vapeurs du soir: en avant, en avant, jusqu'à ce que le retour parut impossible, et que l'espérance de revoir ses foyers ne fut que le misérable rêve d'un fou.

Il ne restait que peu de passagers à bord, et ce peu était aussi décoloré, aussi triste, aussi stagnant que la végétation qui oppressait la vue. Plus de sons d'espoir ou de gaieté; plus de joyeuses causeries pour tromper le temps paresseux; plus de petit groupe enjoué qui fit cause commune contre la triste et pesante impression des objets. Si les voyageurs n'avaient, par intervalle, avalé quelque nourriture prise à la gamelle commune, on aurait pu les croire portés par la barque du vieux Caron, lorsqu'il traîne au dernier tribunal les mélancoliques ombres.

Enfin, ils approchèrent des nouveaux Thermopyles, où, le même soir, rnistriss Homing devait débarquer. Un rayon de joie pénétra l'âme assombrie de Martin, lorsque sa compagne de voyage lui communiqua cette nouvelle. Quant à Mark, il portait sa lumière au-dedans de lui; n'importe, il ne fut point fâché de la circonstance.

Il était presque nuit lorsque, se rapprochant de terre, le navire s'arrêta. La rive paraissait escarpée; au-dessus s'élevait un hôtel en forme de grange, un ou deux magasins en bois, et quelques appentis épars çà et là.

«Vous passerez la nuit ici pour repartir demain matin, madame, à ce que je présume, dit Martin.

--Repartir! et pour quel endroit, s'il vous plaît? s'écria la mère des modernes Graeques.

--Mais pour les nouveaux Thermopyles!

--A qui en avez-vous? Ne les voyez-vous pas?» reprit mistriss Homing.

Martin promena ses regards autour de lui, sur le triste et monotone panorama qui s'obscurcissait de plus en plus, et fut obligé de convenir qu'il ne pouvait apercevoir de ville.

«Comment donc? mais c'est là! cria mistriss Homing, montrant du doigt les appentis.

--Cela! s'écria Martin.

--Cela! Ah vraiment! dites-en ce qu'il vous plaira, les Thermopyles n'en battent, pas moins Eden, et de la bonne manière!» reprit mistriss Homing, secouant la tête de la façon la plus expressive.

La fille de mistriss Homing, venue à bord avec son mari, appuya ainsi que lui cette opinion: et Martin ayant décliné l'offre de se rafraîchir chez eux, pendant la demi-heure que le vaisseau devait passer en panne, escorta sa compagne jusqu'au rivage, et revint, d'un air rêveur, surveiller les émigrants qui transportaient leurs effets à terre.

Mark se tenait près de lui, le regardant de temps en temps à la dérobée, pour épier l'impression que ce dialogue aurait pu produire. Le brave garçon désirait voir Martin un peu désenchanté avant d'atteindre leur destination, afin que le coup fût moins rude. Mais, sauf deux un trois regards furtifs lancés vers les misérables abris au-dessus de la berge, Martin ne laissa soupçonner ce qui se passait dans son esprit que lorsque les roues du vaisseau furent de nouveau en mouvement.

«Mark, dit-il alors, est-ce qu'il n'y a réellement à bord que nous de passagers pour Eden?

--Aucun autre, Monsieur. La plupart, comme vous savez, sont descendus à terre le premier jour; le peu qu'il en reste maintenant va plus loin qu'Eden. Qu'importe, monsieur? nous n'en aurons que plus de place un bout du compte!

--Oh! sans doute. Mais... je songeais que... Martin s'arrêta.

--Vous disiez, monsieur?...

--Oui, je songeais qu'il était assez bizarre, à ces gens qui vont tenter fortune, de s'arranger d'un aussi horrible trou que ces Thermopyles, par exemple, lorsqu'il ne tiendrait qu'à eux de trouver mieux, beaucoup mieux, dans une bien meilleure situation, et pour ainsi dire sous leur main.»

Son ton était si éloigné de l'assurance qui lui était naturelle, et laissait tellement percer une terreur secrète de la réponse de Mark, que l'excellent garçon en fut ému de pitié.

«Voyez-vous, monsieur, dit-il du ton le plus doux, le plus conciliant qu'il put prendre pour insinuer l'observation, gardons-nous de monter trop haut nos espérances; à quoi bon, puisque nous sommes déterminés à tirer le meilleur parti possible des choses, quelles qu'elles soient? N'est-il pas vrai, monsieur?»

Martin le regarda sans répondre.

«Eden même, vous le savez bien, monsieur, Eden n'est pas entièrement bâti.

--De par le ciel, homme! s'écria impétueusement Martin, ne comparez pas Eden et ces bicoques! Êtes-vous devenu fou? Par tous les... Que Dieu me pardonne! vous me mettriez hors de moi!»

Après cette sortie, Martin tourna le dos, et se promena sur le pont, d'allée et de venue, plus de deux heures, sans ouvrir la bouche, si ce n'est pour dire: «Bonne nuit!» Et le lendemain il parla d'autre chose, sans plus revenir sur ce sujet.

A mesure que les deux nouveaux citoyens se rapprochaient du terme de leur voyage, la monotone désolation de la scène environnante croissait, et devenait telle qu'il ne tenait qu'à eux de se croire entrés dans les horribles domaines du Désespoir et de la Mort. C'était un plat marécage, semé de troncs d'arbres pourris. Il semblait que la végétation de la fertile terre eût fait naufrage en entier sur ces bas-fonds, où, jaillissant de sa cendre décomposée, pullulaient toutes sortes de productions immondes et dégoûtantes. Les arbres même ressemblaient à de gigantesques herbes, engendrées dans le limon par l'âcre soleil qui desséchait et dévorait leurs cimes. Là, les maladies pestilentielles, cherchant qui infecter, erraient la nuit en fantastiques brouillards, et rampaient à la surface des eaux, spectres qui les hantaient jusqu'au jour. Alors même que brillait le bienfaisant soleil, il ne faisait que révéler toute l'horreur de ces affreux éléments de corruption et de mort. Telles étaient les régions fortunées dans lesquelles nos voyageurs s'enfonçaient de plus en plus.

A la fin on s'arrêta: c'était l'Eden.--A voir le hideux marais qui portait ce nom, enseveli sous la fange et sous des tas de filaments d'herbes et de racines entrelacées, on pouvait penser que les eaux du déluge ne l'avaient abandonné que d'hier.

Le fleuve n'était point assez profond le long de ses rives pour que le vaisseau prit terre; Mark et Martin descendirent donc dans le bateau avec tout leur bagage.

Parmi les huttes de bois, en si petit nombre, qu'ils discernaient avec peine par delà de noirs rameaux, la meilleure aurait pu servir de toit à vaches ou de grossière étable. C'étaient là les quais, la place du marché, les édifices publics, etc., etc.

«Voilà un Édenèen qui nous arrive, dit Mark; il nous aidera à transporter nos effets. Bon courage, monsieur. Holà! hé! ici!»

A travers le brouillard qui s'épaississait, ils voyaient l'homme avancer vers eux, mais lentement. Il s'appuyait sur un bâton; quand il fut plus près, ils s'aperçurent qu'il était pâle, maigre, que ses yeux inquiets étaient profondément enfoncés dans leur orbite. Un habit bleu, d'étoffe grossière, pendait, en haillons autour de lui; il avait la tête et les pieds nus. A mi-chemin, il s'assit sur une souche, et leur fit signe de venir à lui, ce qu'ils firent. Alors, appuyant la main sur son côté comme s'il souffrait, il chercha à reprendre baleine, tout en attachant sur eux un regard étonné.

«Des étrangers! dit-il sitôt qu'il mit parler.

--Tout juste, reprit Martin. Eh bien, mon bon monsieur, comment vous en va?

--J'ai été bien bas d'une mauvaise fièvre, répondit-il faiblement. Voilà longtemps que je n'ai pu me tenir debout. Est-ce votre butin que je vois là-bas? ajouta-t-il en montrant leur bagage.

--Oui, monsieur, répliqua Mark. Nous indiqueriez-vous quelqu'un qui put nous donner un coup de main pour transporter le tout à... la ville? Cela se peut-il, monsieur?

--Mon fils aîné l'aurait fait, reprit l'homme; mais aujourd'hui il a son frisson, et il est resté enveloppé dans ses couvertures; son cadet, mon plus jeune, est mort la semaine dernière.

--J'en suis peiné pour vous, gouverneur, et de toute mon âme, dit Mark en lui serrant la main. Ne vous inquiétez plus de nous, et donnez-moi seulement le bras pour que je vous reconduise. Nos effets sont en sûreté, monsieur, ajouta-t-il, s'adressant à Martin; il n'y a pas presse autour; nul danger que personne y touche. Ce qui est rassurant tout de même.

--Non, murmura l'homme, plus personne! C'est là qu'il les faudrait chercher, poursuivit-il, frappant le sol de son bâton; ou bien vers le nord, sous les broussailles. Le plus grand nombre, nous l'avons enterré; les autres sont partis; le peu qui reste ne se hasarderait pas à sortir de nuit.

--L'air du soir n'est pas des plus salubres, à ce que je comprends? dit Mark.

--Il est mortel,» reprit le colon.

Mark ne montra pas plus de malaise que si on le lui eût recommandé connue de l'ambroisie, et donnant le bras au pauvre homme, il lui expliqua, chemin faisant, la nature de leur achat, et s'enquit de la position de leur logement futur. C'était tout contre sa hutte, dit l'habitant d'Eden, si près, qu'il avait pris la liberté d'y emmagasiner un peu de mais. Il pria ses nouveaux voisins de l'excuser pour cette nuit, promettant de tâcher de débarrasser leur maison dès le lendemain. Il leur donna ensuite à entendre, par manière de conversation, et comme un petit commérage local, que c'était lui qui, de ses propres mains, avait enterré le dernier propriétaire, information qui n'altéra pas davantage la sérénité de Mark.

Bref le colon les introduisit dans une misérable loge construite de troncs d'arbres à peine équarris, qui, la porte étant, dès longtemps enlevée, ouvrait en plein sur ce paysage désolé et sur la noire nuit. Sauf le tas de grain déjà mentionné, la hutte était parfaitement vide. Cependant les nouveaux venus avaient laissé leur malle sur la plage, et le voisin leur donna, en guise de chandelle, une espèce de torche que Mark s'empressa de planter au milieu du foyer.

Déclarant alors que la maison avait «un air tout à fait confortable,» il se hâta d'entraîner Martin jusqu'à la grève, le priant de l'aider à rapporter leur malle. En allant et en revenant, il parlait, parlait sans relâche, s'efforçant d'infuser dans l'âme de son compagnon quelque vague idée qu'au fond ils étaient arrivés sous les plus favorables auspices.

Mais plus d'un homme qui, sous l'empire de la passion, dans l'ardeur de la vengeance, tiendrait ferme en sa maison démantelée, a vu s'évanouir son courage à la chute d'un château bâti en l'air; lorsque la hutte reçut ses propriétaires pour la seconde fois, Martin se jeta le visage contre terre et fondit en larmes.

«Pour l'amour du ciel, monsieur, s'écria Mark en proie à la plus profonde terreur, pas de cela! oh! non, monsieur, tout plutôt tout! Jamais homme, femme, enfant, n'ont tiré et ne tireront secours, fut-ce pour franchir une haie, de leurs soupirs et de leurs larmes; mauvaise besogne, qui ne peut servir à rien pour vous; et pour moi c'est bien pis encore! Il y a de quoi me terrasser tout à plat. C'est la seule chose que je ne puisse supporter; tout plutôt, monsieur, tout au monde! «L'expression terrifiée du visage de Mark, qui s'était arrêté pour parler, tandis qu'à genoux devant la malle il se préparait à l'ouvrir, en disait encore plus que ses paroles.

«Mille et mille fois pardon, mon cher camarade, répliqua Martin, mais c'est plus fort que moi; dussé-je en mourir, je ne puis m'en empêcher!

--Vous me demandez pardon, vous! reprit Mark avec énergie, retrouvant sa bonne humeur ordinaire, et s'empressant de déballer leurs effets. Quoi! c'est le chef de la maison qui demande excuse à la compagnie? tout est donc bouleversé! Il faut qu'il y ait désordre dans la maison de commerce. Il est donc grand temps d'inspecter les écritures et de dresser l'inventaire! nous y voilà; tout en ordre: ici le porc salé; là le biscuit; de ce côté l'eau-de-vie, et qui sent fièrement bon encore! Ah! ah! et notre chaudron étamé; c'est une vraie fortune, que ce chaudron! Voilà les couvertures, et voici notre bonne hache! qu'on dise maintenant que nous n'arrivons pas équipés de toutes pièces! Je me sens cossu comme un cadet de bonne maison parlant pour les Grandes-Indes, et ayant pour père le président-directeur de la compagnie. Il n'y a plus qu'à puiser un peu d'eau dans le courant devant la porte, à mêler le grog,--poursuivit-il, courant dehors et joignant l'action aux paroles,--et voilà le souper servi et pourvu, je dis, de toutes les délicatesses de la saison! Allons, monsieur, nous sommes au complet, prêts à recevoir, prêts à encaisser! Que Dieu nous bénisse, monsieur, ne sommes-nous pas gais, dispos et mieux approvisionnés que larrons en foire?» Il était impossible de ne pas reprendre courage dans la compagnie d'un pareil homme. Martin s'assit par terre, à côté du coffre, tira son couteau, et mangea et but en désespéré.

«A présent, voyez-vous, dit Mark dès qu'ils eurent fini ce repas cordial, je vais, à l'aide de votre couteau et du mien, fixer solidement cette couverture à la porte, ou plutôt à l'endroit où, dans un état de haute civilisation, ladite porte se devrait trouver. Là, voyez si la draperie ne représente pas fort bien? va pour la portière! Actuellement, en poussant la malle tout contre, bouchons l'ouverture en dessous. Est-ce que cela ne fait pas merveille? et pour finir, voilà votre couverture, monsieur, et voici la mienne; et qui nous empêche de passer une bonne nuit?»

En dépit du joyeux préambule, plusieurs heures se succédèrent avant que Mark pût s'endormir. Il s'était roulé dans sa couverture, avait mis sa hache sous sa main, s'était couché en travers du seuil, mais il était trop sur l'éveil, trop inquiet, pour qu'il lui fût possible de fermer les yeux. La nouveauté d'une situation terrible, la crainte d'être surpris par quelque animal rapace, ou par quelque autre dangereux ennemi, une funeste incertitude quant aux moyens de subsistance, l'appréhension d'une mort prochaine, l'immense distance et les mondes d'obstacles qui s'élevaient entre eux et l'Angleterre, n'étaient que de trop fertiles sources d'anxiétés pendant cette silencieuse et interminable nuit. Quoique Martin s'efforçât de persuader le contraire à son compagnon, Mark sentait fort bien qu'en proie aux mêmes pensées, il ne dormait pas plus que lui, et c'était là le plus fâcheux de leur affaire, car si une fois ils se mettaient à couver, à ressasser leur détresse, au lieu de s'efforcer énergiquement d'y parer, l'abattement de leurs esprits devait, sans nul doute, favoriser la morbide influence d'un climat pestilentiel. Enfin jamais, aux veux de Mark, la lumière du jour n'avait été mieux venue que lorsque, perçant à travers la couverture qui leur servait de porte, elle le tira d'un sommeil convulsif.

En glissant furtivement dehors pour ne pas éveiller son compagnon enfin assoupi, Mark alla se rafraîchir dans la rivière qui coulait devant leur porte, puis il donna un coup d'œil à tout l'établissement. C'étaient une vingtaine de huttes au plus, dont moitié étaient abandonnées, et qui toutes tombaient en ruine. La plus désolée, la plus déserte, la plus abjecte de ces loges, portait, comme de droit, le titre pompeux de Banque du crédit national. Quelques misérables piliers étaient enfouis autour de la baraque, et perdus sans ressource dans la vase.

Çà et là on découvrait quelques tentatives de défrichement. En deux ou trois endroits on avait dessiné une espèce de champ où, à travers les souches et les cendres des arbres brûlés, perçaient quelques maigres récoltes de maïs. Sur divers points une palissade tracée en zigzag avait été entreprise; nulle part elle n'avait achevée, et les pieux pourrissaient à demi enterrés. Trois ou quatre chiens étiques, quelques cochons aux longues jambes, qui, affamés, erraient à travers le taillis, cherchant quoi dévorer, un petit nombre d'enfants hâves et presque nus, qui, bouche béante, regardaient l'étranger de l'entrée de leurs chaumières, furent les seuls êtres vivants qui se montrèrent à Mark. Une vapeur fétide se suspendait aux arbustes, aux branches inférieures des arbres à mesure que, chaude comme l'haleine d'un four, elle s'élevait de terre; et, à chaque pas de l'Anglais, l'empreinte de son pied se remplissait de l'eau noirâtre qui partout suintait du sol.

Leur terrain, le lot acheté, n'était qu'un épais fourré où les arbres rapprochés se poussaient, se coudoyaient l'un l'autre, gênant mutuellement leur croissance. Les plus faibles, étiolés, se tordaient et s'allongeaient dans les formes les plus bizarres, comme des êtres estropiés et perclus; les plus forts, arrêtés dans leur développement par la pression et le manque d'air, étaient tout rabougris. Autour de ces troncs irréguliers croissaient de longues tiges de gazon, d'humides herbes rampantes, et un fouillis épais d'arbustes entremêlés qui ne formaient plus qu'une masse inextricable, jungle ou mackis noir et profond, dont les racines ne plongeaient ni dans l'eau ni dans la terre, mais dans un putride mélangé de l'un et de l'autre, et de leurs propres débris corrompus.

Mark retourna vers la grève où la veille ils avaient débarqué leurs effets, et y trouva enfin une demi-douzaine d'hommes à l'aspect blême et misérable, prêts cependant à l'assister. Ils l'aidèrent à transporter son bagage dans sa maison de bois. Ces malheureux secouaient tristement la tête en parlant de la colonie, et ne trouvaient nul confort à donner à leurs nouveaux concitoyens. Ceux qui avaient quelques ressources s'étaient empressés de déserter cette plage mortelle; ceux qui restaient y avaient perdu, qui sa femme, qui ses enfants, des amis, des frères, et avaient eux-mêmes cruellement souffert. La plupart étaient malades; nul ne se sentait la force qu'il s'était connue jadis. Tous offrirent franchement leurs avis et leurs services à Mark, qu'ils ne quittèrent que pour aller vaquer à leurs différents travaux.

Martin, pendant ce temps, s'était péniblement levé; mais le changement produit par une seule nuit sur toute sa personne était effrayant: pâle, faible, il se plaignait de douleurs et de défaillance dans tous les membres; sa vue s'était obscurcie, sa voix s'éloignait. Pour Mark, rassemblant toute son énergie, plus vigoureux, plus actif à proportion que leur position devenait plus critique, il alla enlever la porte d'une des cases abandonnées et revint l'adapter à leur propre logis; après quoi il courut chercher une espère de banc grossier dont il avait fait la découverte chemin faisant, et qu'il rapporta en triomphe. Ayant fixé ce meuble précieux en dehors de leur hutte, il posa dessus le précieux chaudron étamé et différents ustensiles, de façon à représenter une espèce de buffet. Ravi de l'arrangement, il roula ensuite la tonne de farine dans un coin de la maison, où il la dressa debout en manière de tablette de décharge. Quant à la table à manger, rien ne pouvait mieux en tenir lieu que leur grand coffre; Mark le consacra solennellement à cet emploi. Les habits, couvertures, manteaux furent pendus aux parois, à des chevilles et à des clous; enfin Mark s'empara d'une grande pancarte disposée par Martin à l'hôtel National, lorsqu'il était dans l'enivrement de ses espérances, et l'inscription Chuzzlewit et Comp., architectes et inspecteurs généraux, fut déployée et clouée à l'endroit le plus apparent de la façade de la baraque, comme si la cité d'Eden eût été une vraie ville, et que les nouveaux ingénieurs eussent eu sur les bras plus d'affaires qu'ils n'en pouvaient entreprendre.

«Voici les outils,» s'écria Mark apportant la boîte aux instruments de Martin et fichant le grand compas droit au milieu d'un tronc d'arbre coupé devant la porte, «Je les mets un peu en avant, ajouta-t-il, pour qu'on sache que nous sommes bien pourvus. Maintenant, vienne qui voudra. Quiconque a une maison à bâtir n'a qu'à se dépêcher de s'adresser à nous, avant que nous ayons quelque autre ouvrage en train.»

Vu l'intensité de la chaleur, la matinée avait été plus que raisonnablement employée; mais sans s'accorder une minute de repos, bien que la sueur coulât de tous ses pores, l'infatigable Mark s'éclipsa et reparut, sortant de la maison, armé d'une hache, prêt à mettre à exécution, à l'aide de son outil, toutes sortes d'impossibilités.

«Nous avons de ce côté un vieux vilain arbre, monsieur, que j'aimerais mieux voir à bas que debout. A ce soir le four, n'est ce pas? C'est un fameux pays que l'Eden pour la terre glaise, tout de même, et la glaise c'est bon à tout!»

Mais Martin ne répondait mot. Il était demeuré assis tout le temps, la tête dans ses mains, absorbé dans la contemplation de l'eau qui coulait à ses pieds, songeant peut-être que ces ondes ne fuyaient si rapides que pour aller gagner la haute mer, route de cette patrie qu'il n'espérait plus revoir.

Les coups vigoureux que Mark déchargeait sur son arbre n'eurent pas plus de succès pour tirer Martin de sa profonde méditation: voyant échouer ses efforts, l'associé laissa de côté toute besogne et s'en vint trouver son maître.

«Courage! De grâce ne vous laissez pas aller ainsi, monsieur, dit le pauvre garçon.

--Oh! Mark, reprit son ami, qu'ai-je fait en toute ma vie pour mériter un pareil sort!

--Ah! par exemple, monsieur, quant à cela, répondit Mark, tout ce que nous avons de gens ici en pourraient dire autant, et quelques-uns, peut-être, à plus juste titre que vous, ou moi. Allons, monsieur, remontez-vous, mettez-vous à faire quelque chose. Voyons; si vous écriviez à Scadder pour lui faire quelques observations personnelles, est-ce que cela ne vous soulagerait pas un peu?

--Non, dit Martin, secouant tristement la tête, il n'y a point de remède.

--S'il en est ainsi, monsieur, vous êtes malade, il faut vous soigner et vous guérir.

--Ne vous inquiétez plus de moi, reprit Martin; faites pour vous ce que vous croirez le mieux. Bientôt vous n'aurez plus qu'à songer à vous seul; puisse alors Dieu vous renvoyer au pays et me pardonner de vous avoir amené ici! Pour moi, je suis destiné à mourir là, sur cette terre; je l'ai senti en y mettant le pied. Eveillé, assoupi, je n'ai rêvé qu'à cela toute la nuit.

--Je craignais tout à l'heure que vous ne fussiez malade, dit Mark avec tendresse; maintenant, j'en suis sûr. C'est une crise, un léger accès de fièvre attrapé au milieu de toutes ces rivières de malheur. Mais, Dieu vous bénisse, ce ne sera rien. C'est seulement pour s'acclimater: eh, ne faut-il pas que chacun paie son petit tribut au climat et à la saison? C'est général, vous le savez bien.»

Martin se contenta de soupirer en branlant la tête.

«Attendez-moi une demi-minute! s'écria vivement Mark; je ne fais qu'une course jusque chez nos voisins pour leur demander ce qu'il faut prendre, en emprunter un peu, et vous le rapporter; après quoi, comptez que demain vous vous trouverez aussi gaillard, aussi fort que jamais. Je reviens comme l'éclair. Seulement, ne vous découragez pas, ne vous affectez pas, je vous en supplie, tandis que je serai absent!»

Jetant sa hache, il partit aussitôt. A quelque distance, il s'arrêta, regarda derrière lui et repartit comme un trait.

«Maintenant, Mark Tapley, se dit le brave personnage en s'administrant un bon coup de poing sur la poitrine, par manière de cordial, faites attention à ce que je me fais l'honneur de vous dire, mon garçon; les choses vont aussi mal que vous avez jamais pu le désirer, mon bon ami, et vous n'aurez de votre vie meilleure occasion de mettre à l'épreuve votre bonne et joviale humeur. En avant donc, Mark Tapley, c'est le moment ou jamais de faire contre mauvaise fortune bon cœur!»

(La fin à un prochain numéro.)