Bulletin bibliographique.
Voyages de la Commission du Nord en Scandinavie, en Laponie, au Spitzberg et aux Féroe, pendant les années 1838, 1839 et 1840.--Arthus Bertrand, éditeur.
L'Illustration avait déjà annoncé (t. I. p. 62) l'apparition des premières livraisons de cet ouvrage; depuis cette époque deux nouveaux volumes du texte et seize livraisons de planches ont paru. L'un des volumes est consacré à une partie du magnétisme terrestre, la variation diurne de l'aiguille aimantée. On sait qu'une aiguille magnétique, librement suspendue, se dévie tantôt à l'est, tantôt à l'ouest. L'étude de ces variations horaires sur différents points du globe est un élément important pour arriver à la connaissance des changements qui s'opèrent en un même lieu dans la direction des forces magnétiques. MM. Lottin et Bravais ont rédigé les observations originales faites par la commission à Drontheim, capitale de la Norvège, du 28 juin au 2 juillet 1838; à Bellsound (Spitzberg), Lat. 70° 30', du 2 au 3 août, et enfin la longue série de Bossekop, en Laponie, du 1 septembre 1838 au 30 avril 1839. La publication de ces intéressants matériaux est un service rendu à la physique du globe; car les observations ont été faites avec un soin et une intelligence tels que les météorologistes pourront y puiser avec confiance les éléments de leurs déductions ou de leurs théories. Jusqu'ici l'on ne possédait pas de longue série faite sous une latitude aussi élevée, où les perturbations magnétiques sont beaucoup plus fortes que dans les contrées plus méridionales. Ce volume est précédé d'une introduction de M. Bravais, dans laquelle ce jeune et savant astronome fait une exposition aussi simple que lucide de l'action des forces magnétiques; exposition complètement indépendante des théories par lesquelles on cherche à les expliquer. En les ramenant au système des couples imagine par M. Poinsot, il a singulièrement facilité la démonstration, et nous recommandons la lecture de cette introduction de vingt-cinq pages à toutes les personnes qui voudront se former une idée juste et nette de l'action des forces magnétiques sur le barreau aimanté.
La troisième livraison de texte est consacrée à la géographie physique. Elle contient d'abord un rapport de M. Elie de Beaumont sur un mémoire de M. Bravais, ayant pour sujet les Lignes d'ancien niveau de la mer dans le Finmark, puis le mémoire lui-même. Ces lignes d'ancien niveau étaient d'autant plus intéressantes qu'elles existent aussi en Écosse, où elles avaient été le sujet de nombreux travaux de la part de MM. MacCuloch, Lauder-Dick et Darwin Voici comment notre compatriote a été conduit à faire cette étude.
Près de Hammerfest, en Laponie, il avait remarqué, sur les pentes des montagnes, deux lignes de ressaut parallèles et horizontales. A ne considérer que leur forme, elles ressemblaient aux berges d'un canal, et leur position à mi-côte rappelait les banquettes des ouvrages de fortification. Un lac, situé dans le voisinage, était entouré de berges semblables fort élevées au-dessus de son niveau, et mille indices trop longs à énumérer montraient clairement que ce lac était autrefois une baie, tandis que maintenant ses eaux se jettent dans la mer en formant une cascade élevée de cinq mètres environ. La première pensée de M. Bravais fut de mesurer la hauteur de ces berges singulières au-dessus du niveau du l'Océan; mais, pour y réussir, il fallait un point de départ qui ne changeât pas. Or, sans être aussi fortes que sur les côtes de Normandie, les marées de la mer Glaciale font varier son niveau de deux à quatre mètres, suivant les heures de la journée. Déterminer le niveau moyen de la mer dans chaque point du fiord, ou golfe profond et sinueux qui s'étend de Hammerfest à Bossekop, était chose impossible; mais pour celui qui n'est point parqué dans une étroite spécialité, toutes les sciences se prêtent un mutuel appui, et dans cette circonstance, la botanique a fourni les moyens de résoudre une difficulté de géométrie pratique. Tous les contours des fiords de la Norvège sont tapissés par une algue ou plante marine pourvue de petites vessies remplies d'air, qui la font surnager à la surface de l'eau; c'est le fucus vesiculosus des botanistes. Or, l'existence de ces fucus est subordonnée à la condition de rester chaque jour plongés dans l'eau pendant un temps suffisant; il en résulté qu'ils doivent former une ligue invariable et parallèle à la surface des eaux. Au-dessus de cette ligue, la mer ne séjourne pas assez longtemps pour que la plante puisse végéter, et l'algue s'arrête brusquement à une limite parfaitement tranchée. Des mesures rigoureuses, faites à Hammerfest et à Bossekop, prouvèrent que cette ligne est élevée de six décimètres au-dessus du niveau moyen de la mer.
Le point de départ une fois déterminé, il était facile de mesurer la hauteur des berges anciennes au-dessus de la ligue des fucus, à l'aide du baromètre ou d'un niveau. En longeant, dans une embarcation, les sinuosités du fiord, M. Bravais ne tarda pas à reconnaître des berges semblables à celles de Hammerfest. Mais dans les parties rentrantes du rivage, au fond des anses, à l'embouchure des ruisseaux ou des rivières, ces berges, au lieu de simples banquettes, se présentaient sous la forme de terrasses terminées supérieurement par un plan horizontal, et antérieurement par un talus régulier qui plongeait vers la mer. Ce talus était quelquefois interrompu par des gradins parallèles semblables à ceux dont nous avons parlé. Composées d'un sable fin et homogène, ces grandes terrasses offrent une telle régularité, qu'on est tenté de lus prendre pour de véritables redoutes, pour des ouvrages de fortification destines à défendre l'entrée des vallées qu'elles ferment complètement du côté de la mer. Quand la côte est formée par des falaises escarpées, alors l'on y découvre souvent des lignes noires, parallèles entre elles, et en s'élevant du rivage vers ces lignes, on reconnaît qu'elles correspondent à une entaille plus ou moins profonde, à une érosion plus ou moins marquée qui creuse le rocher. Les lignes d'érosion sont les traces d'un ancien rivage émergé par suite du soulèvement de la côte. L'usure des rochers, les cavités, les cavernes formées par l'action des vagues, l'aspect arrondi des surfaces, tout rappelle le rivage actuel qui se trouve souvent à trente mètres au-dessous. Les terrasses et les banquettes sont aussi des marques de l'ancien niveau des eaux: on les retrouve en France, sur les bords des canaux et des lacs dont le niveau varie en se maintenant pendant quelque temps à des hauteurs déterminées.
C'est un fait connu depuis longtemps que les côtes de Norvège et de Suède sont sujettes à des oscillations dont quelques-unes remontent aux époques historiques. Quelquefois la côte s'abaisse; le plus souvent elle s'élève, non par des secousses brusques, mais d'une manière tellement lente, que la différence de niveau ne devient sensible qu'au bout d'un grand nombre d'années. Ainsi donc, la mer avait laissé, le long du fiord d'Alten, des traces de son séjour. L'apparence de ces traces varie suivant la forme de la rôle et la nature de la roche: à l'entrée des vallées et au fond des anses, des terrasses de sable; sur le penchant des montagnes, des berges ou banquettes horizontales; le long des rochers, des lignes d'érosion parallèles.
Ces traces sont-elles continues, ou, en d'autres termes, forment-elles une ou plusieurs lignes que l'on puisse suivre sans interruption, depuis l'entrée du fiord jusqu'à son extrémité? M. Bravais s'est assuré qu'il en était ainsi, et qu'on pouvait distinguer deux lignes qui, partant de Hammerfest, aboutissaient à Bossekop, et coïncidaient avec les banquettes, les terrasses et les ligues d'érosion. Ces traces sont-elles parallèles à la surface de l'Océan? Quand on navigue entre les deux rives du fiord, et qu'on regarde ces lignes d'ancien niveau de la mer elles semblent rigoureusement horizontales dans tout l'espace que l'on peut embrasser; mais la longueur totale du fiord étant de huit myriamètres environ, il était impossible de savoir si ces lignes sont parallèles, dans toute leur longueur, à la surface de la mer, ou, en d'autres termes, si elles sont horizontales. Heureusement le soin qu'on a pris de mesurer de distance en distance la hauteur de ces ligues au-dessus du rivage nous donne immédiatement la solution du problème. Près de Hammerfest, la berge supérieure était à 29 m., l'inférieure à 19 m. au-dessus de la mer. Dans le milieu du golfe, les bailleurs deviennent plus considérables, et au fond du fiord elles sont de 77 m. pour la ligne supérieure; de 28 m. pour l'inférieure. Ainsi donc; 1° ces lignes ne sont point horizontales; 2º elles ne sont point parfaitement parallèles entre elles; 3° elles ne sont pas même rectilignes, et vers le milieu du fiord la ligne qui part de Hammerfest fait un angle avec celle qui se termine près de Bossekop.
Les conséquences de ces mesures sont importantes pour la géologie, et M. Elie de Beaumont les a fait ressortir avec soin dans son excellent rapport sur ce travail. En effet, tant qu'on s'était imaginé, en se fiant au seul témoignage des yeux, que ces traces d'ancien niveau des eaux étaient rectilignes et parallèles à la surface de la mer, on pouvait croire que l'Océan, en s'abaissant, avait laissé ainsi une trace horizontale sur la côte: on était en droit de supposer qu'en empiétant sur certains rivages, il se retirait de certains autres, et se déplaçait ainsi lentement à la surface du globe. Mais les traces d'ancien niveau n'étant ni horizontales ni parallèles entre elles, cette hypothèse est inadmissible; car une surface liquide ne peut laisser qu'une trace horizontale comme elle. Ce n'est donc point la mer qui a baissé, c'est la côte qui s'est soulevée. Ce soulèvement a été d'autant, plus considérable qu'on pénètre plus avant dans les terres: il s'est fait par saccades qui ont été interrompues par deux intervalles de repos. Le plus fort soulèvement est de quarante mètres à Bossekop, le plus faible de quatorze à Hammerfest. C'est ainsi que dans une science ou le désir de généraliser fait souvent négliger l'observation des faits, M. Bravais, procédant par une méthode rigoureuse, a donné une démonstration du soulèvement de la côte de Norvège que les voyageurs antérieurs à lui avaient reconnu sans pouvoir le prouver d'une manière mathématique.
A quelle époque remonte ce soulèvement? C'est une question difficile à résoudre. En Suède, on a des preuves certaines qu'il continue depuis les temps historiques. Des anneaux destinés à amarrer des navires ont été trouves à une grande distance et à une grande hauteur au-dessus du rivage. En Laponie, où la civilisation a pénétré depuis si peu de temps, il n'existe point encore de monuments historiques remontant à plus de deux siècles. Mais les terrasses sont souvent couvertes de pics dont quelques-uns sont âgés de quatre cents ans et au delà: ainsi donc, l'émergence de ces terrasses ne saurait être postérieure à cette époque. Il est probable aussi que le soulèvement de la côte du Finmark est postérieur aux dernières révolutions du globe, car on trouve, dans quelques points au-dessus du niveau de la mer, des coquilles qui vivent encore dans son sein, et appartiennent à l'époque zoologique dont l'homme fait partie.
Ce Mémoire est suivi d'Observations sur les glaciers du Spitzberg, comparés à ceux de la Suisse et de la Norvège, par M. Ch. Martins. L'auteur s'est attaché à décrire ces glaciers sous tous les points de vue, en les comparant à ceux de la Suisse, qu'il avait déjà étudiés dans quatre voyages antérieurs à celui du Nord. Les résultats principaux auxquels il est arrive sont les suivants:
1º Les glaciers du Spitzberg correspondent aux glaciers supérieurs de la Suisse, c'est-à-dire à ceux qui sont au-dessus de la ligne des neiges éternelles.
2º Ces glaciers sont simples, et non formés par la réunion de plusieurs glaciers secondaires; il en résulte qu'ils sont dépourvus de moraines médianes et terminales.
3º Dans leur marche descendante, les glaciers du Spitzberg ne s'arrêtent pas au bord du rivage, mais s'avancent sur la mer en la surplombant, parce qu'en été la température des eaux de cette mer est supérieure à zéro. Il en résulte que ces glaciers n'étant pas soutenus à la marée basse, s'écroulent sans cesse dans la mer, et donnent naissance à ces bancs de glaces flottantes qu'on trouve dans les parages du Spitzberg.
4º A cause des faibles chaleurs de l'été, ces glaciers ne fondent pas à leur surface, comme ceux de la Suisse; aussi voit-on de gros blocs de pierre enchâssés dans la glace, qui tombent à la mer avec la masse qui les entoure et sont ensuite charriés au loin. Ces observations expliquent parfaitement le mode de transport des blocs erratiques par des glaces flottantes.
Ce volume se termine par deux Mémoires: l'un de. M. Siljestroem, l'autre de M. Daubrée sur la Direction des stries que l'on observe sur les rochers polis de la Norvège. Dans presque toute la Scandinavie on remarque souvent que les rochers sont arrondis à leur surface, et présentent des stries qui, dans un même lieu, affectant une direction constante. On a observé, en outre, que ces rochers, arrondis d'un côte, présentaient du côté opposé un escarpement avec des arêtes vives et tranchantes, il est donc évident que la force qui les a arrondis et striées n'agissait pas du côté escarpé, mais du côté opposé. Ainsi, si le côté escarpé était au sud, le côte arrondi au nord, la force, agissait du nord au sud. On s'était hâté d'expliquer l'origine de ces stries et de ces rochers polis avant de les étudier avec détail et sur une grande surface de pays. MM. Siljestroem et Daubrée ont rempli cette lacune pour la Norvège. On sait maintenant que dans ce pays les stries qui sillonnent les rochers polis sont perpendiculaires à la ligue de faîte des chaînes de montagnes, et par conséquent parallèles à la direction des vallées. Cette loi, qui s'applique aussi aux rochers polis et striés de la Suède et de la Suisse, prouve que la force qui les a arrondis agissait dans le sens de l'axe de la vallée et de haut en bas, et non pas, comme ou l'avait déduit d'observations superficielles et peu nombreuses, suivant une direction toujours la même, du nord au sud, par exemple. On reconnaîtra sur la carte qui accompagnera le Mémoire de ces auteurs, que les flèches qui indiquent la direction et le sens des stries sont parallèles, en général, au cours des rivières, et dirigées dans le sens de leur pente.
On voit que la grande publication que nous analysons renferme des travaux utiles et consciencieux. Espérons que les livraisons du texte se succéderont désormais avec plus de rapidité; la faute n'en est point aux auteurs, dont le manuscrit attend souvent l'impression pendant plusieurs mois. Ceux qui en sont chargés devraient ne pas oublier qu'ils travaillent à un monument national, et qu'en couvrant leurs frais par ses souscriptions, le gouvernement a le droit d'exiger que ce monument soit élevé aussi rapidement que possible. Cette lenteur à publier les résultats de nos voyages permet presque toujours aux Anglais de nous devancer en faisant connaître des faits qu'ils ont observés après nous, imitons leur louable activité et leur sens pratique. Leurs publications de voyages, moins magnifiques que les nôtres, ne sont point inabordables au savant modeste par leur prix excessif. Il en résulte que leurs travaux se popularisent plus vite et qu'on leur attribue souvent des découvertes que nous avions faites avant eux.
M.
Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale; par Louis Reybaud, auteur des Études sur les Réformateurs et Socialistes modernes.--Troisième édition en un seul volume in-18. 3 fr. 50 c.--Chez tous les libraires.
M. Louis Reybaud, auquel ses travaux d'économie sociale ont assigné un rang très-élevé parmi les publicistes et les économistes contemporains, continue ses publications sérieuses, en attendant que l'Académie des sciences morales et politiques lui ouvre ses portes à deux battants; mais il n'est pas tellement absorbé par les questions savantes qui font l'objet préféré de ses études, qu'il ne trouve encore le temps de se distraire par des travaux moins graves, par des ouvrages d'imagination et des études de mœurs qu'il produit sous cette forme piquante, avec cette verve comique dont les contes de Voltaire ont fourni chez nous les meilleurs modèles. Si l'anonyme et les pseudonymes de M. Louis Reybaud n'étaient pas son secret, nous pourrions attacher son nom à plus d'un belle page de critique littéraire, à plus d'une piquante histoire dont le feuilleton a tiré gloire et profit. C'est sans nom d'auteur que les spirituels récits de Jérôme Paturot ont paru d'abord dans le National, et ensuite dans deux éditions in-8º aujourd'hui épuisées. M. Louis Reybaud s'est décidé à avouer la troisième édition, et il s'est cru obligé de s'en justifier dans une préface qu'il a mise en tête de ce volume; cette justification est superflue; M. Louis Reybaud avait failli à l'intérêt de sa gloire littéraire en ne signant pas Jérôme Paturot; il a réparé cette faute envers lui-même et envers le public en l'avouant: il n'y a pas grand courage à faire cet aveu en tête d'une troisième édition.
L'Illustration a déjà parlé de Jérôme Paturot, il ne lui reste rien a en dire, sinon qu'elle persiste dans le jugement qu'elle en a porté, jugement que la faveur du public a complètement ratifié.
Z.
Frithiof, poème d'Isaïe Tegner, traduit du suédois par MM. M. Desprez et F. R. 1 vol. in-18.--Paris, 1844. Challamel. 3 fr. 50.
Le poème de Frithiof jouit en Suède d'une grande célébrité: en peu d'années il est devenu populaire, et le temps n'a fait que consolider ce succès. En le traduisant en français, MM. Desprez et F. R. ont d'abord voulu mettre leurs compatriotes «en état de juger par eux-mêmes, dans une de ses meilleures productions, cette poésie du Nord que très-peu connaissent, que les autres ignorent ou qu'ils n'ont étudiée que sur le témoignage des savants.» Mais ils ont vu aussi dans leur publication des intérêts plus généraux: un intérêt de système littéraire et un intérêt politique. L'étude de ce chef-d'œuvre littéraire de l'un des principaux écrivains de l'école romantique prouve, dans leur opinion, que le romantisme est, sous beaucoup de rapports, un système primitif, et qu'il ne convient ni à un âge de philosophie tel que le nôtre, ni à un peuple actif comme nous le sommes et comme tout peuple doit l'être; d'autre part, les poésies de Tegner leur paraissent pouvoir être considérées, sous le point de vue politique, comme l'expression même des vraies dispositions politiques du peuple suédois. S'il chante les anciennes franchises, les vieilles assemblées des hommes du Nord, l'indépendance des anciens paysans suédois, les limites du pouvoir royal, la toute-puissance du mérite personnel, il n'en est pas moins partisan des institutions monarchiques. Toutes les fois qu'il en trouve l'occasion, il vante le pouvoir d'un seul, la gloire des rois, la force de la royauté. «Ici encore, disent les traducteurs de Frithiof éveille un puissant écho dans les sentiments de la nation; il n'y a point de pays où l'on manifeste, avec un plus ardent désir de reforme, un penchant plus prononcé pour le pouvoir royal, un respect plus religieux pour les traditions. Les Suédois offrent le rare spectacle d'un peuple qui veut arriver à la liberté à l'aide des lois existantes, et qui ne pense point que l'égalité dans la société implique la république dans le gouvernement. Ils ne demandent que le développement de leurs institutions primitives, et la régénération de cet esprit de justice qui se trouve àl'origine historique de toutes les nations, mais qui s'est mieux conservé chez eux que chez tous les autres peuples de l'Europe.
A. J.
Dictionnaire universel d'Histoire et de Géographie; par M. Bouillet, proviseur du collège royal de Bourbon.--Chez L Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 12.
Le livre de M. Bouillet en est déjà à sa seconde édition. Ce rapide succès s'explique facilement par la nature même et la richesse du nouveau dictionnaire. L'ouvrage, qui se compose de près de 2,000 pages, contient: l'Histoire proprement dite, la Biographie universelle, la Mythologie, la Géographie ancienne et moderne. Ainsi se trouvent résumées en un seul volume les vastes collections savantes qu'ont déjà produites l'étude de l'histoire et celle de la géographie. C'est une véritable encyclopédie où l'on a rassemblé tous les faits importants déjà acquis à la science, toutes les notions intéressantes et utiles.
L'auteur de ce dictionnaire, M. Bouillet, était déjà connu dans le monde savant par un ouvrage analogue d'un incontestable mérite; je veux parler du Dictionnaire de l'Antiquité sacrée et profane, qui est aujourd'hui au nombre des manuels classiques.
Une critique minutieuse et sévère pourrait relever quelques omissions dans cet immense travail. Par exemple, on a signalé déjà l'oubli qui avait été commis par M. Bouillet du nom de plusieurs artistes français, architectes et sculpteurs, au seizième siècle; on a aussi reproché à l'auteur une méthode fautive et maintenant abandonnée par les géographes dans l'étude des bassins, des fleuves et des mers; mais ce ne sont là que des taches légères qui ne déparent point ce beau travail. Nous nous empressons donc de recommander à nos lecteurs le nouveau Dictionnaire de M. Bouillet, qui leur sera d'une utilité de chaque jour, et qu'ils pourront utilement consulter sur tous les noms et tous les faits connus. La seconde édition, que nous avons sous les yeux, offre encore d'importantes améliorations; nous avons surtout remarque un tableau de la population de la France et de ses colonies dressé d'après le recensement de 1841 et de 1842, et rédigé en partie sur des documents tout à fait inédits.--Travailler ainsi à perfectionner son œuvre, c'est justifier la confiance du public et payer en même temps une dette de reconnaissance.
A.
Histoire de Duguay-Trouin; par G. de la Landelle, ancien officier de marine. 1 vol. 3 fr. 50 c.--Paris, 1844. Sagnier et Bray, libraires-éditeurs, rue des Saints-Pères, 44.
M. G. de la Landelle, l'un de nos collaborateurs, vient de publier l'Histoire de Duguay-Trouin, le grand officier de mer dont les exploits terminèrent si glorieusement l'ère navale de la France sous le règne de Louis XIV.
Marin lui-même, M. de la Landelle était en position de traiter son sujet avec une parfaite exactitude de détails; mais il l'a rendu plus intéressant par une comparaison soutenue de la marine d'autrefois avec notre marine actuelle. Il s'est surtout appliqué à développer une thèse d'une haute portée militaire; il appuie constamment, par des exemples pris dans la vie de son héros, les opinions qu'il émet sur le meilleur mode à suivre pour placer la France dans une position avantageuse en cas de guerre navale. Une étude approfondie des questions qui nous touchent chaque jour, l'énoncé et la démonstration des principes qui peuvent nous rendre puissants sur les mers, classent l'ouvrage au premier rang parmi ceux qui doivent éclairer le pays sur les besoins de sa marine. Plusieurs documents inédits, extraits de manuscrits rares et curieux, rendront en outre précieuse la nouvelle biographie de Duguay-Trouin, qui, du reste, est écrite dans le style simple et concis qu'exigeait un semblable travail.
L.
L'Almanach du Mois, publication mensuelle.--Bureaux: rue Royale-Saint-Honoré, 23.--Janvier, Février et Mars.
La fortune des petits livres de M. Alphonse Karr a mis les petits livres à la mode. Les imitations ont eu le sort qu'elles méritaient. Ce n'est pas nous qui les trouverons à plaindre; ce n'est pas non plus M. Alphonse Karr. Celui que nous annonçons aujourd'hui ne mérite pas la disgrâce de ceux qui l'ont précédé. Ce n'est point un livre; d'humour, encore moins une satire mensuelle; c'est tout bonnement un recueil qui vise plutôt à être utile qu'à être plaisant; une revue qui contient, outre le récit les faits principaux du mois, des petits nouveaux de science et de littérature populaires, qui valent mieux que ceux qui figurent ordinairement dans les almanachs. Si c'est assez pour l'éloge de l'Almanach du Mois, c'est trop peu pour obtenir le succès que nous souhaitons aux éditeurs à cause de leurs excellentes intentions.--Puisque nous parlons d'almanachs, nous indiquerons aux éditeurs de ces sortes d'ouvrages une innovation qui aurait à coup sûr du succès. Il s'agirait de faire un calendrier qui réunirait sous chaque jour de l'année les noms de tous les saints dont l'Église célèbre la fête ce jour-là, et qui, finalement donnerait dans son ensemble la liste de tous les bienheureux. De cette manière, beaucoup d'honnêtes gens sauraient quel jour on doit leur souhaiter la fête. Les calendriers qu'on donne dans les almanachs devraient avoir surtout cette utilité; mais ils ne l'ont qu'en partie. Saint Pancrace, saint Pantaleon, et tant d'autres, ne sont plus les patrons de personne; mais la fête de mon patron tombe peut-être le jour de saint Pancrace. Je demande une place pour mon patron; saint Pancrace n'en sera point jaloux.
Z.
La nouvelle publication illustrée de l'éditeur des Animaux peints par eux-mêmes, dont nous avions annoncé la mise en vente pour jeudi passé, le Diable à Paris ne paraîtra que mardi 11.