Mont-de-Piété-de-Paris,
L'administration du Mont-de-Piété de Paris vient de publier le compte rendu de ses opérations pour l'exercice 1842. Les résultats sont plus importants encore que ceux de l'année 1841, que nous avons fait connaître à nos lecteurs dans le numéro de l'Illustration du 29 avril 1843.
Toutes les opérations concernant les prêts sur nantissement sont accomplies soit directement, au chef-lieu, à la succursale ou dans les bureaux auxiliaires, soit par l'entremise des commissionnaires. En voici le tableau sommaire:
[Note du transcripteur: Les données de ce tableau sont trop atrophiées, dans le document source, pour pouvoir en assurer la transcription sans erreur.]
MOYENNE DES OPÉRATIONS DIRECTES.
Engagements. 25 fr.
Renouvellements 50
Dégagements 17
MOYENNE DES OPÉRATIONS PAR COMMISSIONNAIRES.
Dégagements 16 fr.
Renouvellements 24
Dégagements 16
Les engagements effectués en 1842 présentent, sur ceux de l'année précédente, un accroissement de 73,557 articles et une augmentation en sommes de 1,863,557 fr. Cependant ces deux chiffres ne sont pas l'expression d'une progression suivie. En effet, l'année 1841, comparée à l'année 1840 offrait dans les dépôts un abaissement de 114,025 articles, et, dans les sommes prêtées, de 988,744 fr. Pour assigner un chiffre à une progression qui est réellement sensible, il faut grouper les quatre années de 1839 à 1842, et l'on trouve qu'un peut pour attribuer à chacune, en moyenne, sur 1938, un accroissement de 47,816 articles, représentant la somme de 1,568,473 fr.
La somme totale des engagements en 1842 est la plus élevée qui se soit encore produite au Mont-de-Piété, elle a dépassé vingt-cinq millions. La moyenne des prêts effectifs, qui était, en 1840 de 15 fr. 21 c., en 1841, de 15 fr. 85 c., a été, en 1842, de 16 fr. 41 c., soit 50 c. de plus par article.
La moyenne générale des dégagements a été de 16 fr.
Si aux entrées du Mont-de-Piété, soit 1,120,394 articles pour 25,318,134 fr.
Nous ajoutons les sorties, y compris les renouvellements, soit 1,368,296 articles pour 24,037,620 fr.
Nous obtenons, comme mouvement du Mont-de-Piété, 2.788,690 articles pour 49,655,751 fr.
Le Mont-de-Piété prête à partir de trois francs et au-dessus. Le tableau suivant indique le nombre et la quotité des prêts.
PRÊTS CLASSÉS PAR SÉRIES.
Articles Sommes
de 3 à 5 fr. 611,700 2,152,852 fr.
de 6 à 10 fr. 366,909 2,937,380
de 11 à 20 fr. 171,186 2,684,810
de 21 à 30 fr. 81,501 2,195,978
de 31 à 40 fr. 48,785 1,695,396
de 41 à 50 fr. 37,828 1,766,767
de 51 à 100 fr. 74,511 5,240,095
de 101 à 200 fr. 11,849 1,680,233
de 201 à 500 fr. 11,666 5,264,807
de 500 à 1,000 fr. 660 485,210
de 1,001 à 5.000 fr. 143 729,365
de 5,001 fr. et
au-dessus. 26 185,213
____________________________
total 1,520,394 25,318,134
En 1839, la proportion des engagements effectués directement par le public était sur la totalité de 9 pour cent seulement; elle s'est élevée, en 1840 à 12 pour 100; en 1841, à 17 pour cent; en 1842, à 18 pour 100. Cette augmentation est due à la création de deux bureaux auxiliaires.
Cette amélioration apportée dans le service du Mont-de-Piété est très-avantageuse pour le public. Quelques explications le feront comprendre.
Le Mont-de-Piété de Paris, créé en 1777, ne se composait d'abord que de l'établissement situé rue des Blancs-Manteaux. La plus grande partie des personnes qui se trouvaient dans la nécessité d'y recourir perdaient, à raison de leur éloignement, un temps d'autant plus précieux qu'elles étaient plus pauvres. On autorisa donc l'ouverture de vingt bureaux de commissionnaires qui devaient, moyennant des droits déterminés, servir d'intermédiaires entre les emprunteurs et le Mont-de-Piété. Cet état de choses dura jusqu'à la révolution.
Fermé à cette époque, le Mont-de-Piété fut réorganisé par le décret du 21 messidor an XII et soumis, le 8 thermidor an XIII, à un règlement qui le régit encore aujourd'hui. Ni le décret, ni le règlement ne parlent des bureaux des commissionnaires, ils ne font mention que des succursales à créer. L'intention formelle de la loi était de mettre le public à même de s'adresser directement au Mont-de-Piété, afin de lui épargner les frais de commission. L'insuffisance des fonds nécessaires à l'établissement des succursales obligea cependant l'administration à recourir aux commissaires; mais cette mesure provisoire ne fut prise qu'en attendant que des circonstances plus favorables permissent de s'en passer.
L'esprit de routine, une direction inintelligente, pour ne pas dire plus, la situation précaire du Mont-de-Piété, des influences étrangères à la bienfaisance, ont fait longtemps fermer les yeux sur les abus qui ressortent, pour l'ordre public et pour les emprunteurs, de l'institution des commissaires. Il a fallu près de quarante ans pour s'apercevoir, d'une part, que des industriels qui ne sont mus que par le désir de s'enrichir aux dépens des pauvres, n'offrent, en général, que peu de garantie, et à la société et aux emprunteurs; que leur extrême facilité à recevoir des nantissements favorise trop souvent le vol et la débauche et égare l'imprévoyance; et d'autre part, que les commissions perçues en vertu d'un droit fixe et relatif à chaque opération, quelle qu'en soit la durée, et aussi élevé pour un prêt d'un seul jour que pour un prêt d'une année, sont une charge fort onéreuse pour le publie.
En admettant que tous les Commissionnaires soient d'une probité parfaite, qu'ils ne se permettent pas de prélever des droits qui ne sont pas dus, qu'ils ne spéculent pas sur la misère et les mauvaises passions, qu'ils apportent dans leurs opérations une surveillance consciencieuse et sévère, il n'en est pas moins évident que les emprunteurs auraient un grand avantage à ne pas elle obligés de se servir de leur intermédiaire, qui renchérit considérablement le prêt.
L'administration du Mont-de-Piété l'a compris, un peu tard, il est vrai. En 1839 et 1840 elle a établi deux bureaux auxiliaires de prêt gratuits en ce sens qu'ils ne perçoivent pas de droits de commission, mais seulement le droit général de 9 pour cent par an. Depuis le 1er janvier 1843, le premier mois se paie en entier au taux de 3/4 pour 100. Après le premier mois, le droit se prélève par quinzaine aux taux de 3/8 pour 100.
Les droit des commissionnaires sont ainsi fixés:
2 pour cent pour enregistrement,
2 pour cent pour renouvellement,
1 pour cent pour dégagement,
I pour cent pour perception de boni.
Les opérations directes économisent ces frais aux emprunteurs. Un exemple prouvera combien, sous ce rapport, les bureaux auxiliaires sont utiles.
Soit un prêt de 9 fr. pour quinze jours;
Le Mont-de-Piété prélève 5 c.
Le commissionnaire pour engagement et dégagement 30
Total 35 c.
Sur 35 centimes, le commissionnaire prend donc pour sa part 30 centimes. Supposons que ce prêt se renouvelle tous les quinze jours, le prêt aura coûté à l'emprunteur, au bout de l'année:
Pour droits de Mont-de-Piété. 1 fr. 20 c.
Pour droits de commissionnaire. 7 20
Ensemble. 8 fr. 40 c.
Or, les 7 fr. 20 c. perçus par le commissionnaire représentent plus de vingt-cinq kilogrammes de pain.
Bien que l'emprunteur éprouve un véritable préjudice à employer le commissionnaire, il ne peut cependant s'en passer, attendu que la perte de temps qui serait la conséquence de son recours direct au Mont-de-Piété, entraînerait pour lui un dommage encore plus grand en le privant, s'il est ouvrier, par exemple, du salaire de sa journée.
Avant l'établissement des bureaux auxiliaires, la comparaison des opérations faites directement par les emprunteurs avec les opérations faites par l'entremise des commissionnaires, donne les résultats suivants:
Engagements directs 9 pour 100
Par commissionnaires 91
Renouvellements directs 40 pour 100
Par commissionnaires 60
Dégagements directs 44 pour 100
Par commissionnaires 56
Les deux bureaux auxiliaires ont déjà changé cette proportion. En 1842, elle est, savoir:
Engagements directs 18 pour 100.
Par commissionnaires 82
Renouvellements directs 44 pour 100.
Par commissionnaires 56
Dégagements directs 52 pour 100.
Par commissionnaires 48
La somme totale perçue par les commissionnaires est, pour Cette dernière année, de 41,285 fr. 64 c.
La création de bureaux auxiliaires en nombre suffisant fera disparaître complètement les inconvénients attachés aux bureaux des commissionnaires. Placés à la portée de tous, ils présenteront les mêmes facilités d'engagement et de dégagement aux emprunteurs, qui gagneront en outre les droits du commission.
L'expérience des deux bureaux auxiliaires établis a engagé l'administration à demander l'ouverture d'un troisième.
Cette mesure se généralisera promptement, nous l'espérons du moins, et pourra faire jouir de ses avantages tous les quartiers de Paris. C'est un service que le conseil d'administration du Mont-de-Piété est appelé à rendre à la population pauvre.
Les ressources du Mont-de-Piété lui permettent d'y consentir les avances nécessaires. Nous disons les avances, parce que les deux bureaux, loin d'être à charge à l'administration, ont produit pour 1842 et les deux premiers mois de 1843 un excédent de recettes de plus de 23.000 francs.
D ailleurs, jamais la situation financière du Mont-de-Piété n'a été meilleure. Le solde de compte des profits et pertes présente, en bénéfices à verser dans la caisse des hospices pour l'exercice de 1842, une somme de 334,152 fr. 11 c.
En approchant cette somme de la moyenne que présentent les bénéfices d'exploitation pendant les cinq dernières années, de 1837 à 1841 compris, on trouve, sur cette moyenne, une augmentation de 677,109 fr. 17 c.
Voici la récapitulation de ces cinq années:
1837, bénéfices: 176,766 fr. 63 c.
1838 198,712 52
1839 195,511 86
1840 331,215 58
1841 429,979 85
___________________
Total 1,335,216 fr. 24 c.
La somme des bénéfices de 1842 montant à 334,152 fr. 41 c.
Et la moyenne des cinq années à 267,013 24
Il y a en faveur de 1842 un excédent de 67,109 fr. 17 c.
Si aux bénéfices ci-dessus énoncés, soit 334,152 fr. 41 c.
On ajoute la somme payée dans l'année aux hospices pour la liquidation des bonis de 1837, soit 85,128 fr. 74 c.
On trouvera un chiffre total de 119,881 fr. 15 c. d'excédant de recette sur la dépense.
Le Mont-de-Piété peut donc faire les avances qu'exige l'établissement des bureaux auxiliaires. La suppression des bureaux de commission sera tout à la fois un hommage rendu à la morale et un immense service rendu aux classes nécessiteuses.