TRAVAUX D'ASSAINISSEMENT EXIGÉS PAR LES FORTIFICATIONS.
L'administration fait poser, dans les rues et les places de la capitale, des plaques en fonte dont le dessin ne manque pas d'élégance, et qui portent une inscription indiquant la hauteur du point où elles sont fixées au-dessus du niveau de la Seine, et en même temps au-dessus du niveau de la mer.
Voici le modèle d'une de ces inscriptions. Celle-ci est placée sur le parapet du quai de la Mégisserie, en face de l'ancienne arche Marion.
(légende illisible).
La pose de ces plaques, scellées dans les assises inférieures des édifices dont la destination et la construction solide garantissent la durée, est le résultat d'un travail considérable exécuté par les soins de l'administration municipale pour établir le nivellement général et la configuration du sol de Paris. Déjà, il y a quelques années, une pareille opération avait en lieu; mais les plaques qui avaient été apposées, dont les dimensions étaient plus exiguës et la forme beaucoup plus simple, ne portaient aucune inscription compréhensible. Rien n'en révélait l'usage ou le but. Utiles seulement pour les opérations administratives, elles n'apprenaient rien à la population.
[(Agrandissement)]
Plan général de relief des environs de Paris.
Coupe du sol de Paris du nord au sud, de la plaine Saint-Denis à la barrière de l'Enfer.
Coupe du sol de Paris de l'ouest à l'est, de la plaine de Passy à la barrière du Trône.
Coupe du sol de Paris de la barrière de Vaugirard à Belleville.
Nous approuvons le nouveau modèle adopté. Sans doute, quelques personnes s'étonneront peut-être qu'on apprenne ainsi aux passants et aux flâneurs qui s'arrêtent sur les quais et les trottoirs, à quelle hauteur ils se trouvent précisément au-dessus du niveau de la mer. Mais, sans parler de l'utilité d'une semblable indication pour toutes les opérations relatives à l'établissement des seuils, à la direction et à l'écoulement des eaux, à l'assainissement de la ville, l'inscription intelligible à tous, gravée sur ces plaques, a l'incontestable avantage d'en rendre également intelligibles à tous l'usage et la destination. Elle servira sans doute à les préserver de la destruction rapide qui a fait disparaître la plus grande partie de leurs devancières, dont le public ne comprenait pas le but. Ensuite, pourquoi hésiterait-on à faire pénétrer dans le peuple quelques-unes des notions de la science devenues usuelles, et mises désormais à son niveau? Loin de perdre à cette diffusion, à cette vulgarisation, la science au contraire ne peut qu'y gagner, Le sol de la ville de Paris, qui offre une configuration générale très-régulière, présente cependant dans son nivellement des variations partielles dont l'étude et la connaissance étaient indispensables pour parvenir à une distribution régulière des eaux et des ouvrages d'assainissement. Ce travail considérable est terminé, grâce à la persévérance et aux lumières de l'administration municipale. Mais ne serait-il pas d'une égale utilité qu'une opération semblable fût exécutée hors de l'enceinte des barrières, qui peuvent bien être une limite administrative, mais non une limite aux travaux utiles et aux améliorations?
Nous appelons d'autant plus vivement l'attention sur ce point, que l'exécution des fortifications rend indispensable, d'après la configuration générale du sol, l'exécution très-prompte de travaux considérables d'assainissement. L'élévation du département de la Seine au-dessus du niveau de la mer est de 21 mètres 50 centimètres; la nature du sol est la même que celui du vaste bassin de la Seine dont il fait partie. La base est formée de calcaire marin grossier (pierre à bâtir) dont les masses énormes s'étendent sous la plupart des communes environnantes, principalement toutefois sur la rive gauche, et pénètrent sous Paris jusqu'à la Seine. Sur les rives du fleuve se trouvent des cailloux roulés, des terrains atterrissement et de transport, qui forment les plaines des sablons et de Boulogne, tandis que du nord à l'est s'élèvent les collines de Montmartre, Belleville et Ménilmontant, entièrement composées de gypse (pierre à plâtre). Des terrains d'eau douce forment les plaines de Saint-Denis et de Vincennes.
Le relief du sol, ainsi composé géologiquement, est remarquable. Paris occupe le fond d'un bassin presque circulaire, entouré de collines: au nord, les hauteurs de Belleville, de Chaumont, de Montmartre, du Mont-Valérien, se relient avec les éminences de Passy, de Chaillot, de l'Étoile, des Faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin; au sud, celles de Meudon, Bagneux, Sceaux, Villejuif, s'abaissent pour former les plateaux de Bicêtre, de Gentilly, de Montrouge, et pénètrent dans l'intérieur de Paris pour y former la montagne Sainte-Geneviève.
Anciennes plaques indiquant
la hauteur du sol à Paris
Le plan que nous joignons ici, qui dessine le relief de Paris et de la banlieue, fera mieux comprendre encore cette description sommaire. Pour ne pas le surcharger inutilement aux yeux, nous n'y avons indiqué en chiffres que la hauteur des points principaux qui accusent le plus nettement la configuration du sol, sans inscrire le numéro des différentes courbes de nivellement que nous y avons tracées. Nous les avons rétablies sur les trois coupes transversales qui suivent. Nous devons avertir que, pour rendre le relief plus sensible, nous avons dans ces coupes calculé l'échelle de niveau décuple de l'échelle de longueur.
Dans le plan général ci-dessus, les chiffres indiquent la hauteur en mètres, sans fractions de centimètres, des différentes élévations du sol au-dessus du niveau de la Seine. Ce niveau, fixé par le 0 d'étiage du pont de la Tournelle, est à 24 mètres 30 centimètres au-dessus du niveau de la mer; deuxième chiffre qu'il faudrait ajouter au premier, pour connaître l'élévation totale au-dessus de ce dernier niveau. L'indication donnée est donc celle de la hauteur réelle. Mais, pour donner une idée complète des formules employées dans les travaux de nivellement, nous avons établi les coupes transversales d'après les courbes de nivellement adoptées par l'administration municipale. Chaque sonde de nivellement part d'une ligne fictive représentant un plan horizontal au-dessus du sol, et le numéro de la sonde indique le plus ou le moins de hauteur du point qu'elle rencontre; ainsi, contrairement au chiffre porté sur le plan, plus le numéro de nivellement est élevé, plus le sol est bas.
L'examen de ce plan et de ces coupes montre que les barrières actuelles reposent, pour la plus grande partie, sur des éminences qui enferment circulairement Paris, et vont en s'affaissant progressivement tant dans l'intérieur qu'à l'extérieur; car, à l'exception des buttes des faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin et de la montagne Sainte-Geneviève, qui appartiennent à la charpente géologique du Sol souterrain, les autres éminences intérieures, telles que celles de Saint-Hyacinthe et de l'Estrapade sur la rive gauche, et sur la rive droite, la butte des Moulins, de Bonne-Nouvelle, du Petit-Carreau, des Petits-Pères, Meslay, etc., n'ont été formées que de terres rapportées. Ce sont d'anciennes voiries, et elles doivent leur élévation aux gravois et aux décombres qu'on y entassait sans cesse.
Sauf ces légers ressauts qui interrompent l'uniformité de son relief, le sol de Paris forme donc un vaste bassin dont le mur d'enceinte actuel couronne la crête. Au delà le sol s'incline de nouveau pour se relever encore et former une seconde enceinte de collines, plus hautes généralement que les premières.
C'est précisément entre ces deux ceintures qu'a été tracée l'enceinte bastionnée qu'on exécute aujourd'hui, et dont la ligne ponctuée sur notre plan représente le contour. Le fossé se trouve donc creusé dans une partie basse relativement aux terrains environnants.
On conçoit aussitôt les conséquences de ce tracé. Les eaux des communes et des villages compris entre le mur d'octroi actuel et l'enceinte fortifiée ont leur écoulement naturel indiqué d'une manière irrésistible. Elles se dirigent toutes vers les bastions, dont le fossé se trouverait ainsi le réceptacle de tous les égouts de la banlieue.
Cet état de choses, dont nous ne pensons pas qu'on se soit encore occupé, présente une haute gravité. Il est impossible que le fossé des fortifications, qui manque déjà lui-même d'un écoulement suffisant, soit inondé de ces eaux croupissantes qui le rendraient un foyer d'infection. Cependant, emprisonnées comme elles le sont entre les hauteurs qui forment les boulevards de Paris, et, qui leur barrent nécessairement le chemin de la Seine, et le mur de fortification qui coupe la plaine, quel sort attend les communes rurales, puisque la voie naturelle d'écoulement leur est interceptée?
Il y a là une question d'une haute importance sur laquelle se fixera sans doute l'attention du gouvernement. Nous ne savons quels travaux d'assainissement il y aurait lieu d'exécuter; mais il semble au premier aspect que dans la plus grande partie de la ligne il serait indispensable d'établir un égout latéral qui conduise à la Seine les eaux que les fossés de l'enceinte ne peuvent ni ne doivent recevoir.
Le Juif errant, Caricature par Cham.