SOMMAIRE.
Histoire de la Semaine. Le roi de Baviére haranguant le peuple à la fenêtre de son palais; Incendie de la tour de Laon.--L'Allemagne, la contrefaçon et l'histoire du Consulat et de l'Empire, de M. Thiers.--Courrier de Paris. Arnal rôle de Juvénal, dans le Carlin de la Marquise.--Exposition des Produits de l'industrie. (Troisième article.) Métaux et Machines. Moulin à bras adopte pour l'armée d'Afrique; Coupe du Moulin à bras; Machine à sculpter; Grue balance; Vue générale de la Salle des Machines; Pompe d'épuisement Letestu; Pompe foulante et aspirante de Letestu.--Le Maroc. Carte du Maroc; Vue générale de Tétouan; une Rue de Tanger; une noce et un Enterrement, six costumes.--Le Dernier des commis Voyageurs, roman par M. XXX. Chapitre VIII. Récit: les Amours de Potard. Chronique musicale. Portraits de MM. Prudent, Berlioz, Liszt, Dœhler et Habeneck.--Publications Illustrées. Les cent Proverbes. Six Gravures par Grandville.--Bulletin bibliographique.--Modes. Gravure.--Amusement des sciences. Gravure.--Rébus.
Cette semaine encore les débats de nos Chambres, les nouvelles de la politique intérieure ne sauraient prétendre, par leur intérêt, à occuper d'abord l'attention de nos lecteurs. Le récit de désastres nouveaux et d'événements extérieurs la réclame avant tout.
Les incendies se sont encore multipliés. Le 7 de ce mois, de sombres nuages s'étant amoncelés sur la montagne qui couronne la ville de Laon, un orage violent éclata vers trois heures de l'après-midi. Plusieurs coups de tonnerre, retentissant avec un grand éclat, firent craindre que la foudre ne fût tombée sur quelque point de la ville. Le calme, en reparaissant assez promptement, avait entièrement dissipé ces craintes, lorsqu'à quatre heures, le bruit du tocsin partant de l'église Notre-Dame, et les cris: «Au feu! le feu est dans la cathédrale!» remplirent les rues d'habitants. L'alarme n'avait pas été donnée sans cause. La tour du cloître, cette construction si svelte, si aérienne, qui compte de la base à la plate-forme supérieure quatre-vingts et quelques mètres, est encore exhaussée d'un clocher en flèche de dix mètres environ. Le clocher, de forme hexagone, et qui est terminé par un globe sur lequel se tenait debout un ange aux ailes déployées et portant une croix, présente, dans sa partie inférieure, un campanule dans lequel sont placés la cloche et les timbres de l'horloge. L'ange, haut de trois à quatre pieds, était en plomb, et pesait une centaine de livres; le globe sur lequel il était debout était en cuivre; les six côtés formant la flèche étaient recouverts de feuilles de plomb. C'est à quelques mètres au-dessous du globe, dans la partie très-amincie de la flèche, que la foudre a pénétré en pratiquant un trou. C'est de là que, du sol de la rue, ou voyait s'échapper une légère fumée, devenant incessamment plus intense et annonçant l'existence du foyer qu'activait l'air qui pénétrait dans le clocher. Comment combattre un incendie qui s'était manifesté sur un point qu'on devait croire hors de la portée de tout effort humain? Mais les pompiers de la ville et des artilleurs du 5e régiment, dont plusieurs batteries sont en garnison à Laon, ne se laissent pas décourager. L'eau parvient au sommet de la tour, et, à l'aide de tuyaux de pompes, est lancée sur les parties de la flèche d'où sortent la fumée et bientôt les flammes. Elles sont concentrées là; mais elles semblent y devenir plus actives. On s'attend à un écroulement, on n'ose calculer ni son étendue, ni les ravages qu'il peut faire. La partie supérieure de la flèche s'incline, un craquement se fait entendre, et tient dans une sorte de stupéfaction toute la population qui, des différents points de la ville, a les regards attachés sur un spectacle bien fait pour causer l'anxiété, puisqu'il peut être suivi de la ruine de l'un des plus beaux monuments de l'art chrétien. La chute, cause de tant d'effroi, a eu lieu, et n'a heureusement amené aucun des graves accidents que l'on redoutait. L'ange seul a été fort mutilé.--En Angleterre, la salle de spectacle Manchester a été détruite par un incendie. Ce désastre n'a pas fait de victimes. L'édifice était assuré; il n'avait rien de monumental.
Place du palais et du théâtre, à Munich.--Le roi haranguant le peuple.
L'émeute, dont nous avons fait connaître la cause dans notre dernier numéro, a grondé pendant trois jours à Munich. Les correspondances et les journaux ne sont pas d'accord sur les moyens répressifs qui ont été employés. Plusieurs nient l'intervention du canon, mais tous s'accordent à représenter l'attaque populaire comme fort vive et fort obstinée, c'est dire que l'on a compté des victimes de part et d'autre. Des barricades ont été formées, et des uniformes militaires ont été vus dans les rangs de l'émeute. Enfin, le roi qui, en parlant au peuple du balcon de son palais donnant sur la Grande-Place, n'avait, le 2, obtenu qu'une bien courte suspension d'hostilités, a, le 4, fait annoncer la réduction du prix de la bière. Cette mesure a eu un succès plus soutenu que l'allocution de la surveille; la tranquillité s'est rétablie. Des arrestations ont eu lieu, et l'on instruit sur cette affaire. Ces mesures judiciaires, qui semblent en contradiction avec le parti qu'on avait pris de donner satisfaction et en quelque sorte raison au peuple, n'avaient pas amené de nouveaux troubles; et, le 8 au matin, le roi a quitte sa capitale pour entreprendre un voyage en Italie et en Sicile, auquel il se préparait avant ces malheureuses journées. En partant, ce prince a adressé au premier bourgmestre de Munich une lettre autographe on, après avoir rappelé les forfaits douloureux dont cette ville a été le théâtre, il dit qu'il a vu avec joie et consolation la ferme altitude de la bourgeoisie et le zèle intrépide avec lequel elle a contribué au rétablissement de l'ordre. Il fait envisager son départ comme une preuve de sa confiance dans cette fidélité et ces sentiments éprouvés. Espérons que les magistrats apporteront une sage mesure dans les poursuites auxquelles ils se livrent, et que la population ne sera pas amenée à tromper la confiance de l'auguste touriste.
Dans l'île d'Haïti l'agitation paraît autrement profonde qu'en Bavière. Les journaux anglais, qui consacrent la moitié de leurs colonnes à la glorification de nos ministres, et l'autre à les accuser d'avoir une politique ambitieuse, sans doute pour les élever aux yeux de la France, ont avancé, avec ce que nous appellerons poliment leur habituelle assurance, que la révolution qui gronde et semble prête à éclater dans l'ancienne île de Saint-Domingue est l'œuvre de notre gouvernement, et qu'un de ses agents secrets a été arrêté et trouvé nanti du pouvoirs et d'instructions. Les inventions sont fort obligeantes sans doute, mais ne nous paraissent pas destinées à faire beaucoup de dupes d'aucun côté de la Manche. Le gouvernement de la France a prouvé de reste assurément qu'il n'est pas travaillé par l'esprit de conquête; Haïti particulièrement a éprouvé la modération de nos exigences les plus légitimes, et l'accomplissement de ses engagements à notre égard est tout ce que nous lui demandons. Si son intérêt lui donnait le conseil de se placer sous la protection d'une grande puissance, et si elle s'adressait de préférence à la France, il faudrait précisément voir dans cette démarche et dans cette confiance une preuve que nous ne sommes pas considérés comme, bien envahisseurs. Du reste, le Courrier des États-Unis nous apprend que notre consul, à Santo-Domingo, n'est intervenu que pour sauver la garnison de cette ville. Cernées par des forces supérieures, ces troupes allaient être accablées, quand M. Juchereau de Saint-Denis a offert sa médiation, qui a été acceptée. Les soldats, par suite de la capitulation qui en a été le résultat, ont évacué la place; les officiers seuls ont été autorisés à conserver leurs armes. Le fils du président, qui était parmi ces derniers, est allé au devant de son père, qui marchait sur cette ville à la tête d'un corps d'armée. Des nouvelles postérieures de Port-au-Prince, à la date du 8 avril, annoncent que le général Hérard s'était avancé jusqu'à la petite ville d'Azna, qui n'est qu'à vingt-quatre heures de marche de Santo-Domingo; qu'il avait eu là une longue conférence avec le contre-amiral de Moges, commandant de notre station des Antilles, et qu'on ne croyait pas, en raison de la disproportion des forces, à une résistance bien longue de la partie espagnole soulevée. D'un autre côté, la ville des Cayes venait d'être attaquée et saccagée elle-même par un parti d'insurgés. Profitant de l'absence du général et des troupes, les nègres se soulevèrent en masse, le dimanche 31 mars, et firent un massacre effroyable de la population mulâtre. Le mercredi, les gardes nationaux des Cayes sortirent avec deux pièces d'artillerie pour châtier les rebelles; mais leur commandant passa du côté de ceux-ci et leur livra les canons. Ainsi armés, ils reconduisirent les gardes nationaux, entrèrent aux Cayes, et s'y livrèrent à une horrible boucherie de mulâtres. Les vaisseaux en rade servirent de refuge à ceux qui purent échapper, et un capitaine français, le capitaine Tahet, qui se trouvait en partance, n'hésita pas, bien qu'il n'eût, que les provisions nécessaires à son équipage, à se charger de cent cinquante de ces malheureux, qu'il alla déposer à la Jamaïque. Selon quelques-uns, ce n'est qu'une lutte de castes; selon d'autres, ce sont en même temps des souvenirs de nationalités différentes; une autre version n'y voit, que des inquiétudes sur le sort de la constitution, bientôt nous connaîtrons mieux les événements, leur portée, véritable et leur cause réelle.
Dans l'Amérique du Sud les nouvelles favorables aux Montevidéens prennent de la consistance. Oribe avait lancé un décret par lequel il déclarait, que tous les habitants des campagnes entre Minas, Pando et Salice, c'est-à-dire dans un rayon d'environ quarante lieues, devaient se retirer dans la ville de Minas sous trois jours, et que ceux qui ne se conformeraient pas à cet ordre seraient traités avec la dernière rigueur. Des sujets anglais s'étant trouvés compris dans cette incroyable menace en ont référé au commodore Purvis, dont la sollicitude pour les intérêts de ses compatriotes s'est constamment et énergiquement manifesté en toute circonstance. Nous n'apprendrons que plus tard l'issue de ce conflit, heureux pour nos nationaux qui continuent à se plaindre du peu d'appui qu'ils trouvent dans ces parages auprès des agents de la France.
Sur la foi du journal d'un de nos ports, auquel étaient parvenus des renseignements mensongers, presque toutes nos feuilles ont annoncé que le gouvernement mexicain, mettant à exécution le décret qui interdit aux étrangers toute espèce de commerce de détail, avait fait fermer, à Mexico seulement, dix-huit boutiques françaises; et que, les violences ne se bornant pas là et les Mexicains interprétant à leur manière, les idées de leur gouvernement, plusieurs citoyens français avaient été assassinés. Des lettres dignes de toute confiance autorisent à démentir cette dernière et si triste partie de la nouvelle mise en circulation. Quant aux mesures prises contre le commerce, elles se sont bornées à excepter quatorze étrangers seulement de l'autorisation de vendre en détail, et dans ce nombre on ne compte que six Français. Ce fait a encore sa gravité et attirera sans doute l'attention de notre gouvernement.
Le ministre des États-Unis à Buenos-Ayres vient d'adresser à son gouvernement une lettre qui renferme des détails très-dignes d'attention sur les États du feu docteur Francia, de Paraguay: «Un ministre plénipotentiaire de la république du Paraguay auprès de la confédération Argentine, senor don Andres Gil, écrit-il, est arrivé dans cette ville et m'est venu visiter, me disant qu'il avait ordre de le faire, et de me marquer les sentiments d'amitié de son gouvernement envers les États-Unis, et de me dire que tous les citoyens des États-Unis qui se rendraient au Paraguay seraient considérés exactement comme des citoyens du Paraguay; que son gouvernement désirait voir dans les ports de la république le pavillon des États-Unis. Le Paraguay, ajoute le consul américain, est au centre de l'Amérique du Sud, et probablement en est la partie la plus fertile. Durant trente années il a cessé d'avoir des relations avec ses voisins; la paix et la tranquillité y ont régné constamment; sa population s'élève aujourd'hui à plus d'un million d'âmes; il est borné au nord-ouest par la Bolivie; à l'ouest et au sud, par la confédération Argentine, et par le Brésil, à l'est et au nord-est. Le Paraguay ne peut manquer d'exercer bientôt une influence importante dans les affaires des États de l'Amérique du Sud, qui ont été déchirés pendant tant d'années par la guerre civile. Le Paraguay recevrait des États-Unis une quantité considérable de tissus de coton et des farines: en échange, il donnerait des peaux, du café, de l'indigo, etc. L'Angleterre, la France et le Brésil ont nommé des agents pour visiter le Paraguay. Le seul qui ait rempli sa mission est M. Gordon, secrétaire de la légation britannique à Rio-Janeiro. Dans ce moment, une convention de députés de toutes les provinces est assemblée dans la ville capitale, Assomption, pour rédiger une constitution. Le gouvernement actuel se compose de trois consuls qui administrent en attendant que la constitution soit adoptée.»
On espérait que les condamnations à mort de la commission militaire de Bologne seraient toutes commuées. Cette confiance a été trompée. Le 7 de ce mois au matin, six condamnés ont été conduits, dès le lever du soleil, hors des murs de la ville de Bologne, et fusillés par derrière, au milieu d'un nombreux carré de troupes qui entouraient le lien de l'exécution et empêchaient les rares curieux d'approcher. La nature du tribunal, le supplice outrageant, ont causé beaucoup d'émotion dans la ville.
La discussion sur le bill des manufactures avait été remise à l'ordre du jour dans la séance de la chambre des communes du 10. Lord Ashley a modifié sa proposition. Il demandait qu'à partir du 1er octobre prochain aucun enfant ne fût occupé dans les fabriques plus de onze heures par jour, et qu'à partir du 1er octobre 1847 ce temps de travail fût réduit à dix heures. Une amende de 5 à 10 livres sterling aurait été prononcée contre les manufacturiers qui auraient contraint les enfants à travailler plus longtemps. Lord Ashley a prévu que le succès pouvait ne pas couronner ses efforts, mais il a déclaré qu'il aurait toujours la consolation et la satisfaction de penser qu'il a allumé en Angleterre le flambeau de la philanthropie, qui, Dieu aidant, ne s'éteindra jamais. Le ministre de l'intérieur, sir James Graham, avait déclaré qu'il combattrait résolument la proposition. Mais les coups lui ont été portés par sir Robert Peel, et, au vote, l'amendement n'a compté en sa faveur que 159 voix; le ministère a su en réunir 297. Malgré cet échec, lord Ashley a été l'objet d'une sorte d'ovation, et le Times regarde comme bien fâcheux pour le cabinet le succès qu'il a obtenu.
La chambre des pairs poursuit lentement et laborieusement le vote des articles du projet de loi sur l'enseignement secondaire. On voit la majorité et le ministère passer subitement d'un plateau de la balance à l'autre et se montrer d'autant plus complaisants le lendemain qu'ils auraient eu meilleure envie d'être exigeants la veille.
M. le ministre de la marine vient de porter au Luxembourg un projet de loi qui écarte tout mode de libération immédiate et absolue de l'esclavage colonial, mais qui présente une série de mesures qui semblent propres aux auteurs du projet à préparer la population noire à l'affranchissement, quel que soit le mode que le gouvernement, croie devoir proposer plus tard. Ce projet statue donc sur la nourriture et l'entretien que les maîtres doivent aux esclaves, la discipline, les heures de travail, la mariage des esclaves, leur instruction religieuse, leur pécule et la faculté de rachat par eux-mêmes.
La chambre des députés s'absorbe, d'autres disent s'embrouille, dans la discussion d'une loi que le ministère n'avait évidemment pas suffisamment étudiée. Des objections qui viennent le prendre au dépourvu entraînent l'adoption d'amendements improvisés qui s'harmonisent tant bien que mal avec l'ensemble et bouleversent plus ou moins le système qui a présidé à la confection du Code pénal. Il est bien certain que quel que soit le vote au palais Bourbon, la réforme des prisons ne deviendra pas loi cette année; mais ou est même porté à croire, sur beaucoup de bancs, que ce projet, dont la discussion a pris un si long temps, sera, au vote final, repoussé par une majorité prise dans toutes les fractions de rassemblée.--Ce débat aurait donc eu pour unique résultat d'empêcher la Chambre de s'occuper d'autres projets dont elle est saisie et de plusieurs propositions qui lui ont été faites. On se demande ce que font les commissions et où en est leur travail, celle notamment qui avait été nommée pour examiner la motion de MM. Lacrosse, Leyraud et Gustave de Beaumont sur la corruption électorale. Trois membres de cette commission viennent de déposer, non pas le rapport qu'on attendait d'eux, mais une autre proposition devinée à parer aux abus qui peuvent naître des translations de domicile politique concertées et concentrées. C'est une toute petite réforme dont l'idée a été donnée, par ce qui s'est passé au collège de Plœrnel dans l'intérêt de M. de La Rochejacquelin, et par ce qui se prépare au collège de Sivenay, dans l'intérêt de M. de Genoude. MM. Laurence, Pelletreau de Villeneuve et Couture demandent qu'on écrive dans la loi: «Nul ne pourra être inscrit sur les listes électorales d'un arrondissement s'il n'y a son domicile réel, ou s'il n'y paie au moins 30 francs de contributions directes.» Le vote au chef-lieu parerait à l'inconvénient signalé, et n'aurait pas celui de restreindre encore la liberté de l'électeur.--Une autre proposition a été faite par MM. Berville et Vivien. Nous serions bien surpris si elle rencontrait une opposition sérieuse. En voici le texte: «Le droit garanti par l'article 39 du décret du 5 février 1840, à la veuve et aux enfants d'un auteur d'écrits imprimés, appartiendra pendant la même durée aux veuves et enfants des auteurs d'ouvrages représentes sur un théâtre.» Le décret de 1810 ayant prolongé, pour les ouvrages imprimés, la durée du droit accordé par la loi de 1793 à la veuve et aux enfants de l'auteur, et ayant omis d'accorder le même avantage aux œuvres dramatiques, l'objet de la proposition de MM. Berville et Vivien est de remplir cette lacune et de rétablir l'égalité entre les différents genres de compositions comme la Chambre l'avait admis, en 1841, dans la discussion du projet de loi sur la propriété littéraire. Plusieurs familles, à ce qu'il paraît, notamment celle de Boieldieu, sont menacées, d'ici à quelques mois, de voir leur propriété tomber dans le domaine public. Il y a donc là justice et urgence.
On va discuter prochainement la demande du crédit de 46 millions pour l'amélioration des ports. Cette somme est principalement destinée à l'agrandissement des ports de Marseille et du Havre. C'est ainsi, ou l'a déjà fait observer, qu'on eût dû procéder depuis longtemps, au lieu d'éparpiller nos ressources sur presque tous les ports de France à la fois. --On vient de distribuer à un certain nombre de membres des deux chambres et à quelques personnages politiques une Note sur l'état des forces navales de la France, attribuée à M. le prince de Joinville. C'est un tableau dressé d'après les informations les plus officielles, qui fait voir sous un jour bien triste la fausse direction donnée à notre administration maritime, particulièrement en ce qui touche à notre marine à vapeur, et qui établit malheureusement que nous sommes inférieurs, sous ce rapport, non pas seulement aux Anglais et aux Américains, mais aux Hollandais, aux Napolitains et aux Russes.
M. le ministre des travaux publics vient de présenter cinq projets de loi sur des chemins de fer, à ajouter à ceux dont l'examen se poursuit en ce moment dans les bureaux de la Chambre: ce sont ceux de Vierzon à Limoges, par Châteauroux; de Vierzon à Clermont, par Bourges; de Tours à Nantes; de Paris à Rennes, par Chartres et Laval: et, enfin, de Paris à Strasbourg, avec embranchement sur Reims et sur Metz. Nous ne savons si tous ces projets pourront être votés, mais on prête au ministère la pensée d'en avoir présenté un grand nombre précisément pour assurer l'adoption de tous. Il espère, par ce moyen, qu'il s'établira entre les députés des différentes lignes une assurance mutuelle qui fera arrivera bon terme tous les projets sans trop de discussion.--On dit même que sa confiance dans le vote est si grande que les commissaires du roi près des lignes présentées sont déjà nommés in petto, et que tel pair de France n'a pas cru déroger en se faisant désigner comme commissaire de la ligne d'Orléans à Bordeaux, et tel député, avocat démissionnaire, comme commissaire d'une autre ligne.
Dimanche 12, a eu lieu, à l'Hôtel-de-Ville, sous la présidence de M. le ministre de l'intérieur, la séance annuelle des souscripteurs-fondateurs de la colonie agricole de Mettray, pour entendre le compte rendu des travaux de l'armée. Dans le rapport, présenté par M. Demetz, conseiller honoraire à la cour royale, l'un des deux habiles créateurs de ce bel établissement, on a remarqué des détails du plus vif intérêt. Le rapport est sincère; il avoue cinq ou six récidives sur une centaine de colons déjà sortis de la colonie et bien placés par leurs dignes chefs: c'est inévitable. Le reste se conduit bien. Plusieurs anciens colons, habitant le voisinage, viennent à Mettray le dimanche, et retrouvent leur place à la table commune; malades, ils sont reçus et soignés paternellement à l'infirmerie. C'est une belle institution, dont le sort est désormais fixé, et que la charité publique n'abandonnera point. Le schnet-heisse de la république de Berne, pour 1844, Charles Frédéric Tscharner, de Berne, est mort le 9 mai, après une longue maladie. L'Ami de la Constitution du 11 mai, qui donne cette nouvelle, est entouré d'une bande noire en signe de deuil.--Un pauvre écrivain qui a écrit, sous la restauration, un pamphlet intitulé Vie de Voltaire, qu'on a fait imprimer alors à grand nombre, M. Lepan, vient également de mourir.--Nous apprenons encore le décès de M. Pons (de Verdun), successivement membre de la Convention, du conseil des Cinq-Cents, avocat-général à la cour de cassation sous l'empire, et proscrit sous la restauration, auteur d'un recueil fort piquant de contes en vers et autres poésies.
L'Allemagne la contrefaçon des livres et l'Histoire du Consulat et de l'Empire de M. Thiers.
On a récemment promulgué en Prusse une loi sur la propriété littéraire, dont les dispositions libérales intéressent les écrivains et les éditeurs qui ont à souffrir de la contrefaçon. Cette loi reconnaît, au profit des éditeurs prussiens, la propriété des ouvrages publiés à l'étranger, à la condition que ces éditeurs puissent justifier, par titre authentique, de leur qualité de propriétaires desdits ouvrages en tout ou en partie. D'un autre côté, la diète germanique reconnaît comme propriété générale dans l'étendue de sa juridiction, toute propriété littéraire reconnue dans l'un des États de la Confédération. Il résulte de la combinaison de cette loi générale avec la loi particulière de la Prusse que la contrefaçon d'un ouvrage étranger peut être interdite dans toute l'Allemagne. (1) La première application de cette législation au profit d'un livre français, sera faite à l'ouvrage de M. Thiers, l'Histoire du Consulat et de l'Empire, dont une maison de librairie de Berlin vient d'acquérir la copropriété. L'Histoire du Consulat et de l'Empire sera publiée en France et en Allemagne, par M. Paulin à Paris et la maison Voss et compagnie à Berlin. De cette manière, le marché de l'Allemagne sera enlevé à la contrefaçon de cet ouvrage. Voilà une loi d'un bon exemple, et l'on doit regretter que la France, si intéressée dans cette question, n'ait encore fait, pour protéger ses écrivains et ses éditeurs, à l'étranger, que son traité avec la Sardaigne. M. Guizot et M. Villemain, deux écrivains illustres, sont faits pour comprendre qu'il y a ici quelque chose d'honorable à tenter. Ce n'est pas du consentement de ces ministres sans doute que les contrefaçons étrangères des livres français inondent l'Algérie, une possession française où les livres publiés en France ne peuvent trouver un débouché. L'Angleterre a proclamé, il y a quelques années, un principe qu'il serait urgent de consacrer à notre profit et au sien. L'Angleterre, reconnaît chez elle la propriété littéraire de tout sujet étranger dont la nation reconnaît réciproquement la propriété des Anglais. Il n'y a qu'un simple article de loi à faire pour assurer dans ce pays le droit des écrivains et des éditeurs français. Le fera-t-on? En attendant, l'Allemagne est fermée à la contrefaçon. Les éditeurs de l'Histoire du Consulat et de l'Empire prennent des mesures pour la prévenir ou la combattre dans les autres pays, et le public étranger est invité à ne pas regarder comme sérieuses les annonces d'éditions contrefaites ou de traductions publiées contrairement à cet avertissement.
Note 1: On peut voir le texte traduit en français de cette loi dans la Revue de Législation, publiée par M. Fortin.
Puisque nous parlons de l'Histoire du Consulat et de l'Empire, nous ajouterons un mot pour continuer ou rectifier ce qui a été dit dans quelques journaux de la prochaine publication de cet ouvrage. Il n'y a peut-être que M. Thiers qui sache aussi bien que l'Illustration ce qu'il y a de vrai dans cette nouvelle. Il est vrai effectivement que le travail de M. Thiers est fort avancé et qu'il doit remettre à ses éditeurs, au mois d'août prochain, six volumes entièrement achevés et revus de manière à pouvoir être livrés à l'impression. Ainsi la publication commencera vers le mois d'octobre, par livraison d'un ou de deux volumes, et sera continuée sans interruption, M. Thiers achevant de revoir la fin de son travail dans le temps employé à imprimer et à publier les premières livraisons.