Antiquités trouvées à Hérouval.

Lorsqu'on va de Paris à Rouen par la route d'en haut, on remarque, avant d'arriver à Gisors, sur la gauche, une haute colline couronnée d'une vieille tour en ruines. Comme tous les lieux élevés et faciles à défendre, cette colline a été habitée dès les temps les plus reculés. Les druides y construisirent un collège qui, si l'on en croit la tradition, communiquait, par des signaux, avec celui de Montmartre. Plus tard, un temple de Jupiter remplaça ce premier établissement druidique, et à ce temple païen succéda, pendant l'ère chrétienne, la tour dont les ruines existent encore, et qui prit le nom de Montjavoult.

Urnes en terre rouge et noire, épée en fer et chaise en
bronze provenant d'un tombeau antique découvert à Hérouval.

Sept hameaux composent le village disséminé autour du vieux château de Montjavoult. De ces hameaux, le plus intéressant pour le géologue et pour l'antiquaire est, sans contredit, celui de Hérouval, situé dans une position charmante, à l'entrée d'un étroit vallon qui dut autrefois servir d'amphithéâtre et de cirque. On ne peut y remuer profondément la terre sans trouver des antiquités gauloises ou romaines. Il y a quelques années, on y découvrit cinq tombeaux gaulois; tout récemment encore, un cheval, en traînant la charrue, s'enfonça subitement dans une excavation ouverte sous ses pieds, c'était un ancien tombeau. Un homme d'esprit et de goût, qui a le bonheur de posséder une propriété dans ce beau pays, ordonna immédiatement des fouilles, que ses ouvriers viennent d'achever. Nous avons vu, dans son salon de Paris, les curieuses antiquités dont nous croyons devoir offrir à nos abonnés un dessin fidèle.

Bracelet de verroterie, boucles et bague
en bronze trouvés à Hérouval.

On trouva successivement, à un mètre environ au-dessous du sol, neuf sarcophages en pierre placés du levant au couchant; mais les pierres brisées avaient laissé pénétrer les terres, qui se trouvaient mêlées aux débris humains. Un seul tombeau était intact. On l'ouvrit. Il renfermait deux crânes, qu'à leurs dimensions différentes, on reconnut aisément pour le crâne d'un homme et celui d'une femme; des bracelets de verroterie de diverses couleurs étaient mêlés aux ossements de la femme à la hauteur des bras.

Près des ossements de l'homme se trouvaient une épée en fer. des anneaux, de nombreux ornements en bronze antique, un style et des boucles de même métal parfaitement travaillés.

Parmi ces anneaux, on en remarquait un d'une forme si gracieuse, qu'on pourrait le prendre pour une bague moderne. Il est surmonté d'un chaton creux, destiné sans doute à renfermer des cheveux, des parfums ou du poison. Enfin ce tombeau contenait encore, dit le journal auquel nous empruntons ces détails, un ornement de bronze, garni de petites pierres qu'on croirait montées sur argent et ayant la forme des médaillons que les femmes du dix-neuvième siècle portent au col ou des broches qui leur servent à attacher leurs châles et leurs robes.

Cette sépulture était sans doute celle d'une femme gauloise et d'un guerrier romain. Le crâne de l'homme paraissait fracturé par une blessure. Il était entouré d' ornements en fer rongés par la rouille, et dont on ne pourrait reconnaître aujourd'hui l'usage; puis, enfin, près de ses ossements était placée une urne en terre rouge, ornée de légers dessins en creux. Les tombeaux voisins renfermaient deux autres urnes en terre bleue de formes assez élégantes. Une médaille de Faustiana-Augusta, trouvée à quelques pas de là et très-bien conservée, peut indiquer l'époque à laquelle ces sépultures appartiennent.