Modes.
Paris a voulu fêter le retour de la gracieuse sylphide, et les représentations de Marie Taglioni ont donné aux toilettes du soir l'occasion de jeter pour cette saison leur dernier éclat. Les femmes se sont parées de leurs plus jolies robes, de leurs plus beaux bijoux et des fleurs les plus fraîches.
Les robes de tarlatane à deux grands volants qui couvrent la jupe entièrement, puisque le second part de la ceinture, et qui ont plutôt l'air de deux jupes posées sur une troisième; les robes à deux et trois jupes et les hauts volants de dentelle posés presque à plat sur cette mousseline si claire, étaient en majorité.
Quelques robes de pékins glacés ou pékins à petites rayures garnies de rubans à la Pompadour venaient varier un peu l'aspect uniforme de ces blanches toilettes par trop sylphides.
Pour la coiffure, on porte toujours beaucoup de fleurs naturelles et de vieux bijoux. En général, les coiffures en cheveux sont très-simples. Le règne des coiffeurs est passé, l'art s'en va. Les grands artistes en sont réduits à se rappeler leurs triomphes d'autrefois.
Ce n'est pas seulement à notre époque, comme on les en accuse, que les coiffeurs ont pris le titre d'artistes. Nous voyons au bas des gravures de modes publiées par un sieur Depain, au commencement de la révolution: «Le sieur Demain continue d'enseigner l'art de coiffer.» Mais alors les coiffeurs méritaient vraiment ce titre. Que d'art ne fallait-il pas pour établir sur la tête ces édifices tout chargés de plumes, de fleurs et de rubans! la coiffure à l'espoir, coiffure à la nation, coiffure aux charmes de la liberté; cette dernière, qui ne laissait guère la liberté des mouvements, semblait l'emblème de celle dont on jouissait alors.
Depuis ce temps, la coiffure a subi bien des transformations. De changements en changements, elle est arrivée à sa plus simple expression.
Maintenant que tout est dit sur les bals et les spectacles, on s'occupe des préparatifs de départ pour la campagne. Les coutils de fil à rayures espacées sur fond blanc en couleurs fraîches, telles que bleu, vert et rouille, font des redingotes simples et jolies; les corsages sont montants, justes, et sans autre ornement qu'une rangée de boutons d'ivoire ou de nacre.
On fait aussi beaucoup de robes à revers qui laissent voir dessous un fichu de batiste plissé, à petit col brodé, garni de valenciennes. Les manches sont à la religieuse avec revers, dessous de manches en batiste, et entre-deux brodés. Les écharpes algériennes et les chapeaux de paille ouvragés compléteront très-bien ces parures champêtres.
Il se pose plus de biais sur les robes de soie que de volants. Ces biais sont presque toujours de coupes à grandes dents, dites gueules de loup, et bordés d'un plissé de ruban, d'une passementerie ou d'un effilé.
Beaucoup de robes de barège et de robes d'organdi ou tarlatane de couleur ont des volants festonnés; les corsages sont alors à revers festonnés comme les volants.
La lingerie est très-riche dans ce moment. Aux charmants petits bonnets du matin, aux fichus, aux sous-manches, peignoirs, etc., viennent encore se joindre de délicieux canezous, qui rehaussent l'élégance des toilettes d'été. On ne porte pas de pèlerine, le canezou l'a détrônée; il règne seul dans les modes de la saison. Les plus jolis se font à entre-deux de tulle et bouillon de mousseline.
Alexandrine, non contente des succès que lui ont valu ses capotes du printemps en crêpe, ses chapeaux en paille de riz, ornés de marabouts ombrés, ses capotes en rubans nuancés, garnies de fleurs ou de crêpe doublé d'Angleterre, et tant d'autres coquetteries qui ajoutent tous les jours à sa célébrité, prépare encore de nouvelles coiffures, de nouvelles séductions.
On fait, pour la prochaine saison des eaux, des robes tarlatanes brodées en paille, d'autres au point de chaînette de couleurs. C'est aussi pour ces réunions que les vieux bijoux sont très-recherchés. Le fichu du matin ou le canezou ne saurait être attaché autrement que par une petite épingle en grenat ou en chrysoprase entourée de marcassite. A la ceinture il faut une châtelaine. Une ou deux grosses bagues sont également indispensables. Et l'on ne peut se passer d'épingles pour la coiffure, de bracelets, d'échelles de corsage en grosses coques de perles entourées de marcassites, et enfin de chaînes, toujours de marcassite, car ces chaînes trouvent partout à se placer, soit retenues par des épingles semblables dans les cheveux, soit suspendues à l'épingle du corsage.