LA DÉCORATION DU PANTHÉON

La tâche la plus considérable et la plus difficile que l'administration des Beaux-Arts ait assumée depuis cinquante ans est la décoration picturale et sculpturale du Panthéon. La première, entreprise sous la direction de M. de Chennevières, touche à sa fin; la seconde entreprise par la direction actuelle commence à peine.

L'ensemble des groupes qui décoreront le célèbre monument a été arrêté par une commission spécialement nommée par le ministre. Il comprendra un groupe colossal occupant le fond de la nef et représentant la Révolution, et quatre groupes pyramidaux, adossés aux quatre pieds droits qui soutiennent la coupole et qui personnifieront le Moyen-Age par la Foi, la Renaissance par les Arts, le dix-septième siècle par la Littérature, et le dix-huitième par la Philosophie. Dans le transept de droite s'élèvera le monument de Mirabeau, précédant celui des généraux de la Révolution; dans le transept de gauche, le monument de Victor Hugo, et derrière, celui des grands orateurs politiques de notre siècle.

Jusqu'à présent cinq de ces monuments ont été commandés: le Mirabeau, à M. Injalbert; le Victor Hugo à M. Rodin; le monument des généraux à M. A. Mercié, celui des grands orateurs à M. Chapu, enfin l'Autel de la Révolution à M. Falguière. C'est relativement à celui-ci que la commission des travaux d'art avait à se prononcer mardi dernier. Après l'avoir accepté en principe, sur le vu de la maquette, la commission avait demandé qu'il fut exécuté en trompe-l'œil à sa taille projetée et mis en place afin qu'on put se rendre un compte à peu près exact de son effet définitif. Notre gravure, représentant cette curieuse exhibition d'un jour, permettra à nos lecteurs de connaître par anticipation la grande allure de ce beau groupe et le souffle puissant qui l'anime.

Nous croyons savoir, toutefois, que la commission n'a accepté cette belle œuvre qu'avec des corrections. Jugeant l'échelle des personnages trop considérable, elle a demandé à l'éminent artiste d'en réduire la taille, sans toutefois que le monument perdit de son ampleur. Elle a, en outre, indiqué à M. Falguière quelques remaniements dans les lignes architecturales. Celui-ci a reconnu la justesse de ces observations et promis d'en tenir compte. Il va donc pouvoir se mettre à l'œuvre et Paris comptera, avant peu, un magnifique monument de plus.

C. N.