Le Roitelet
Un fouillis de plantes aquatiques sur le bord d'un marais, voilà la scène où M. R. Bodmer, en sa nouvelle composition, a posé ses personnages: un roitelet et deux demoiselles.
Les demoiselles courent la prétantaine à travers les joncs, les colchiques et les phalarides. L'une d'elles s'est un instant arrêtée, prête à reprendre son vol. L'autre arrive, fendant l'air sur ses ailes de gaze. Sans doute elle poursuit la première, qui prend plaisir au jeu. Question d'amour et passe-temps de coquette. Mais l'idylle menace de tourner au drame. L'ennemi, un roitelet, est là qui les guette, et tout entiers à leurs ébats, les amoureux imprévoyants ne l'ont pas aperçu. Il est venu sans bruit, et maintenant posé sur une feuille de roseau, il prend ses mesures pour fondre sur eux. Le haut du corps est penché en avant, le bec en arrêt, les ailes à demi-ouvertes. Sa petite queue relevée avec force indique l'importance qu'il attache au mauvais coup qu'il médite et la jouissance qu'il s'en promet. N'en doutez pas, les demoiselles sont condamnées et le glouton s'en repaîtra.
Mais un jour où l'autre il portera la peine de sa voracité; un jour où l'autre, après avoir croqué quelque mouche ou quelque vermisseau, il rencontrera, lui aussi, sur son chemin, sinon
L'embuscade d'une araignée.
du moins la mésangette perfide d'un bambin qui le guettera à son tour, et il expiera ses noirs forfaits par une captivité qui ne finira très-vraisemblablement qu'avec sa vie.
G. P.
LES ENVIRONS DE LA GRENOUILLÈRE