LES CHARGES DE LA PREMIÈRE RESTAURATION.

Le traité du 11 avril 1814 était moins onéreux pour la France qu'on ne pouvait le craindre.

Les Prussiens avaient bien demandé une indemnité de guerre dont ils fixaient le chiffre à 470,000 millions; mais Louis XVIII et son conseil avaient opposé à cette prétention un énergique refus, et l'intervention de l'empereur de Russie obligea le roi de Prusse à retirer sa demande.

En outre, l'évacuation du territoire avait eu lieu presque immédiatement, en vertu de la convention du 23 avril, et de ce côté encore nous n'avions eu aucun frais à payer.

Cependant, la situation était difficile: la France, il est vrai, n'était tenue à remplir aucune obligation vis-à-vis de l'étranger; mais ses charges personnelles allaient lourdement peser sur l'avenir.

Tout d'abord il fallait compter avec l'arriéré laissé par l'Empire.

Pour faire face à ces guerres incessantes, pour solder ces armées toujours victorieuses, mais qu'il n'en fallait pas moins entretenir, Napoléon avait dû créer un déficit considérable qui, estimé d'abord à 1,300 millions, put être ramené à 700, puis à 500 millions seulement.

Quelques-uns des conseillers du roi proposaient de ne pas reconnaître ces dettes; mais le ministre des finances, le baron Louis, repoussa énergiquement la proposition, et le principe du payement intégral de toutes les dettes fut définitivement posé.

C'est là un fait considérable, décisif: ce premier pas assure le succès de tous les autres. Si la Restauration put triompher des charges excessives que les Cent-Jours allaient faire peser sur elle, si elle put mener à bien cette œuvre de libération si difficile et si ardue, c'est au baron Louis qu'en revient le premier honneur, c'est à cette parole si profondément honnête qui, en inspirant confiance à l'Europe, nous assura un crédit qui allait devenir notre unique ressource.