CONDITIONS MILITAIRES.

Quelque excessives que soient les exigences de l'Allemagne au sujet de l'indemnité de guerre, ce ne sont malheureusement pas les plus rigoureuses.

L'Alsace, moins Belfort, et une partie de la Lorraine sont cédées à l'Allemagne, «qui possédera ces territoires à perpétuité en haute souveraineté et propriété».

Ce n'est qu'après de longues négociations que Belfort nous reste: concession importante, car la ville si énergiquement défendue ferme sur un point notre frontière.

Mais partout ailleurs elle est ouverte. Metz, Strasbourg, Bitche, toutes nos forteresses, toutes nos places doivent être livrées aux Allemands.

Depuis vingt ans, en même temps quelle se préparait à la lutte, la Prusse établissait à l'avance quel serait le prix de la victoire. Elle recherchait l'importance du moindre village, et dans ce démembrement depuis si longtemps convoité, elle s'étudiait à ne nous laisser aucun avantage.

Cette carte que l'empereur Alexandre montrait au duc de Richelieu, en lui affirmant qu'il ne consentirait jamais à un semblable démembrement, les Prussiens l'ont précieusement conservée. Ils n'ont pas attendu que la guerre fut terminée pour formuler leurs exigences. Le traité de paix contient, en effet, cette phrase: «La frontière, telle qu'elle vient d'être décrite, se trouve marquée en vert sur deux exemplaires conformes de la carte, du territoire formant le gouvernement général de l'Alsace, publiée à Berlin en septembre 1870.»

Sur tous les points, il fallut accepter ces dures conditions.

Au moment de la ratification du traité, les troupes allemandes occupaient une grande partie de la France. Elles s'étendaient jusqu'aux départements du Calvados, de l'Orne, de la Sarthe, d'Eure-et-Loir, du Loiret, de Loir-et-Cher, de la Seine-Inférieure, de l'Eure, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de la Seine, de l'Aube, de la Côte-d'Or.

Tous ces départements devaient être évacués dans un bref délai; les forts situés sur la rive gauche de la Seine devaient être immédiatement livrés aux troupes françaises.

Le traité continuait ainsi:

L'occupation durera autant que le payement de l'indemnité de guerre; au fur et à mesure des versements, l'évacuation des départements situés entre la rive droite de la Seine et les frontières de l'est s'opérera. Après le premier demi-milliard, les départements les plus voisins de Paris seront libérés.

Après le payement de deux milliards, l'occupation allemande ne comprendra plus que les départements de la Marne, des Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Meurthe, ainsi que de la ville de Belfort avec son territoire. Cette occupation servira de garantie pour les trois milliards restant dus.

Le nombre, des troupes allemandes ne pourra dépasser 50,000 hommes après le payement des deux premiers milliards.

L'entretien de l'armée d'occupation sera exclusivement à la charge de la France.

Enfin, dans un dernier article, le gouvernement allemand se déclarait disposé à substituer à la garantie territoriale, consistant en l'occupation partielle du territoire français, une garantie financière, dans le cas où elle serait reconnue suffisante par l'Allemagne.

Les prisonniers de guerre devaient être rendus immédiatement après la ratification des préliminaires du traité de paix.

Telles sont les principales conditions de ce traité, le plus désastreux que la France ait jamais été obligée de ratifier.