NOS GRAVURES

Le maréchal Bazaine

L'Illustration publie aujourd'hui un beau portrait du maréchal Bazaine. A cette occasion, on m'a demandé une notice sur le haut dignitaire de l'armée française, dont le monde entier s'est tant occupé depuis trois ans, et qui va très-prochainement être appelé devant un conseil de guerre pour y rendre compte de sa conduite, du 12 août au 28 octobre 1870, période pendant laquelle il a exercé le commandement en chef de la vaillante et malheureuse armée du Rhin.

La tâche qui m'incombe n'est pas facile pour un ancien officier qui a servi sous les ordres et très-près du maréchal, dont la situation actuelle d'accusé commande impérieusement la plus scrupuleuse impartialité. Pour ne pas manquer au respect dû au malheur, même quand il est mérité, il me faut refouler au plus profond de mon cœur la sympathie que peut m'inspirer le glorieux soldat d'Afrique, d'Espagne, de Crimée, d'Italie et du Mexique, le héros de maint combat, le vainqueur de Kinburn, du fort San-Xavier, de San-Lorenzo et d'Oajaca, ainsi que le sentiment en sens contraire que j'ai pu éprouver en étudiant avec un soin minutieux les terribles événements qui se sont accomplis autour de Metz, entre la bataille de Spickere et la capitulation du grand boulevard de la France.

Si le maréchal Bazaine a réellement commis les crimes dont l'accusent ses adversaires, on doit reconnaître que le masque de son visage est bien trompeur, car il est difficile de trouver une figure respirant plus de bonhomie. Avec ses cheveux coupés court, son impériale et sa moustache sans prétention, ses rudiments de favoris, ses bonnes grosses joues, son teint clair, ses yeux gris et vifs, son regard franc, son sourire plein de bienveillance, le maréchal a plutôt l'air d'un gros négociant, ex-officier supérieur de la garde nationale sédentaire que d'un vieux militaire qui compte autant de campagnes que d'années de service. On eût dit qu'il cherchait à exagérer encore l'apparence débonnaire que lui donnait sa forte carrure et sa vigoureuse charpente à demi-noyée sous un léger embonpoint, indice d'une belle santé, en s'habillant sans prétention et tout à fait bourgeoisement. Loin de se coiffer en casseur d'assiettes, l'ancien général en chef du Mexique affectionne les coiffures trop larges: képis et chapeaux lui tombent sur les oreilles sans incliner jamais ni à droite ni à gauche, et son corps trapu sans obésité paraît se complaire dans de vastes tuniques, des vestons courts ou des redingotes à la propriétaire.

Ennemi du faste, peu soucieux du confortable, d'un abord facile et d'une grande bienveillance, naturelle qui n'a d'égale que sa prodigieuse bravoure, Bazaine a été un des officiers les plus estimés et les plus populaires de l'armée jusqu'au 5 septembre 1864, date de son élévation à la dignité de maréchal. Relativement jeune, il n'avait que cinquante-neuf ans en 1870, d'une constitution athlétique qu'aucune émotion, aucune fatigue n'a encore pu entamer, le maréchal inspirait encore une grande confiance lorsque, le 12 août, la pression de l'opinion publique obligea l'Empereur à se dessaisir en sa faveur du commandement suprême de l'armée la plus belle et la plus nombreuse que la France ait possédée depuis la funeste campagne de 1812. Par son origine plébéienne ou bourgeoise, il flattait les instincts démocratiques, très-enracinés dans l'immense majorité de l'armée française, et le soldat était satisfait d'être commandé par un homme sorti du rang, et qui avait, comme lui, sérieusement porté le sac.

Quelle qu'ait été la conduite du commandant en chef de l'armée du Rhin, la notice biographique qui va suivre prouvera qu'il avait bien gagné ses grades, et que les personnes qui ont contribué à lui faire acquérir honneurs et dignités ne sauraient être accusées d'avoir soutenu un homme sans valeur et sans services. Arrivé au faîte, il a succombé sous le poids d'une responsabilité écrasante; le même accident s'est reproduit pour d'autres généraux en chef dont le public n'était pas moins entiché. Tout cela prouve qu'il est difficile, sinon impossible, de discerner à l'avance les officiers capables de commander en chef; et, à mon avis, les généraux français qui ont été battus dans la dernière guerre sont surtout les victimes d'une éducation militaire incomplète ou mal dirigée et les boucs émissaires des fautes ou des défaillances de la France tout entière. N'osant assumer en masse la responsabilité de leurs revers, les Français commettent en ce moment la faute, impardonnable de personnifier leurs désastres dans quelques généraux; je ne m'aventurerai pas à dire que ce soit là un symptôme de décadence; mais ce n'est pas davantage un signe de grandeur et encore moins de générosité.

Sauf de légères variantes, toutes nos armées ont ou allaient éprouver un sort identique. Les armées de Metz, de Sedan, de Paris et de l'Est ont été anéanties, enlevées ou réduites à l'impuissance; les armées du Nord et de la Loire, après les défaites de Saint-Quentin et du Mans, auraient eu la même fin, si l'armistice n'était heureusement survenu. Notre devoir est de faire notre examen de conscience, et je doute que les deux juges du conseil qui ont capitulé à Paris et celui qui a été battu à Arthenay ne soient pas disposés à l'indulgence envers un frère d'armes malheureux.

*
* *

La famille du maréchal Bazaine appartient à ce qu'on appelle la haute bourgeoisie. Son père, ingénieur distingué, a rempli pendant de longues années les fonctions de directeur-général des ponts-et-chaussées de l'empire russe, avec rang de lieutenant-général; son frère, sorti de l'École polytechnique, compte depuis longtemps parmi nos ingénieurs et constructeurs de chemin de fer les plus remarquables; enfin sa sœur a épousé le célèbre ingénieur Clapeyron. Bazaine (François-Achille), né à Versailles le 18 février 1811, suivait les cours de la Faculté de droit de Paris en 1831, époque à laquelle la France était menacée d'une coalition européenne, quand il s'engagea comme simple soldat au 37e de ligne. La campagne d'Anvers ayant été suivie d'un désarmement général, le sergent Bazaine, désireux de faire campagne, obtint de passer avec son grade à la légion étrangère, alors en voie d'organisation et qui ne pouvait, conformément aux termes formels de la loi du 9 mars 1831, «être employée que hors du territoire continental du royaume». Rappelons que cette prescription avait surtout pour but d'empêcher le rétablissement de la garde suisse.

Aussitôt organisée, la légion étrangère passa en Algérie. En novembre. 1833, à l'âge de vingt-deux ans, Bazaine reçut l'épaulette de sous-lieutenant, et vingt mois après, il était fait chevalier de la Légion d'honneur à la suite du glorieux, mais malheureux combat de la Maeta, livré le 28 juin 1835, par le générai Trézel aux contingents arabes réunis dans la province d'Oran sous le commandement de l'émir Abd-el-Kader. Quelques semaines plus tard, le roi Louis-Philippe mit la légion étrangère au service de la régente Christine, mère de la reine Isabelle II; Bazaine suivit son corps en Espagne, où il conquit rapidement les grades au titre espagnol de capitaine et de chef de bataillon.

A Pons, en Catalogue, avec sa seule compagnie, il lutta pendant trois jours consécutifs contre une colonne de quinze cents carlistes, et parvint à leur échapper par une marche de nuit des plus audacieuses, après avoir surpris leurs postes avancés. Sa bravoure et son intelligence l'avaient signalé à l'attention de l'habile et intrépide Conrad, colonel d'état-major français et commandant en chef la légion étrangère, avec le titre de brigadier. Bazaine fut désigné pour remplir les fonctions de chef d'état-major; il assista en cette qualité aux sanglantes batailles de Huesca, en Aragon, et de Tolosa, en Catalogne. Après la mort du glorieux brigadier Conrad, il sut diriger avec talent et sang-froid une retraite difficile devant un ennemi victorieux et entreprenant.

Rentré en France en juillet 1838, Bazaine fut nommé, l'année suivante, capitaine au titre français et compris, en 1840, dans la formation des dix bataillons de chasseurs à pied réunis à Saint-Omer, sous le commandement du duc d'Orléans qui leur donna son nom. Le capitaine Bazaine, très-adroit à tous les exercices du corps, obtint le prix de tir décerné aux officiers par le prince royal.

A la levée du camp, son bataillon fut dirigé sur l'Algérie, où il devint, en 1844, chef de bataillon et chef des affaires arabes de la subdivision de Tlemcen. Toujours en route, il prit part à de nombreuses expéditions pendant lesquelles il se signala par des coups de main remarquables, surtout lors de la terrible insurrection de 1845, célèbre par le massacre de Sidi-Brahim, où le lieutenant-colonel de Montagnac et le commandant de chasseurs à pied Froment-Coste périrent avec presque tous leurs soldats. Bazaine reçut la croix d'officier pour sa belle conduite au combat de Sidi-Haffis. Plus lard, en 1847, il contribua efficacement à la reddition d'Abd-el-Kader.

Après la révolution de février, le commandant Bazaine était promu lieutenant-colonel et directeur des affaires arabes de la province d'Oran; en 1850, il était déjà colonel du 55e de ligne, et l'année suivante il rentrait dans son corps de prédilection comme colonel du 1er régiment étranger, investi en même temps du commandement de la subdivision de Sidi-bel-Abbès, commandement dans lequel il se distingua par une administration sage et féconde en résultats.

En 1854, la brigade de la légion étrangère fut envoyée à Gallipoli où son chef, le général Carbuccia, fut de suite enlevé par le choléra, en même temps que son collègue, le général duc d'Elchingen. Le colonel Bazaine le remplaça dans ce beau commandement et fut embarqué pour la Crimée, avec ses deux régiments, peu de temps après la bataille de l'Alma. Toute l'armée sait la part brillante que prit la brigade étrangère aux combats devant Sébastopol où, de même que les 35e et 42e de ligne pendant le siège de Paris, elle fit le fond de toutes les attaques exécutées à la gauche de la place. Son jeune général se distingua tout particulièrement le 2 mai, à l'enlèvement de l'ouvrage dit du Cimetière; son collègue de la Motterouge, partagea avec lui les honneurs de cette glorieuse et sanglante nuit.

Le 10 septembre 1855, le surlendemain de la prise de Sébastopol, le maréchal Pélissier confiait à Bazaine le commandement supérieur de la forteresse russe, et le 14 du même mois les étoiles de divisionnaire venaient le récompenser de sa belle conduite pendant ce siège de onze mois. Pélissier, très-difficile, dans le choix de ses lieutenants, avait la plus grande estime pour les talents militaires du nouveau général de division, et en donna une preuve éclatante en lui confiant, le 7 octobre, le commandement en chef de l'expédition de Kinburn, fort situé dans le liman du Dniéper, sur les communications de l'armée russe avec Nikolaïeff. (On donne le nom de liman aux lagunes de la mer Noire.)

Le corps expéditionnaire se composait d'une brigade française de 4,000 hommes, commandés par le général de Wimpffen, et de 4,200 Anglais sous les ordres du généra! Spencer. Le 14, les flottes combinées parurent devant la forteresse; le 17 octobre, Bazaine ouvrait la tranchée et s'emparait de Kinburn après un bombardement de cinq heures exécuté simultanément par les batteries de terre et celles des vaisseaux. En récompense de ce beau fait d'armes, l'empereur lui envoya la croix de commandeur.

En 1859, on retrouve Bazaine à l'armée d'Italie, où il commandait la troisième division du premier corps, Baraguey d'Hilliers. Le 8 juin, il gagne la plaque de grand officier au sanglant combat de Melegnano, et se distingue encore le 24 juin à l'attaque du cimetière et de la tour de Solférino. Après cette dernière bataille, Bazaine était un homme posé, le chef de l'État n'attendait plus qu'une occasion pour lui confier un commandement en chef.

En 1862, quand le premier échec éprouvé par le général de Lorencez, sous les murs de Puebla, décida l'empereur à envoyer une véritable armée dans ce pays lointain, il jeta les yeux sur les deux divisionnaires désignés pour le maréchalat. Korey gagna son bâton avec la prise de cette ville, prise à laquelle Bazaine contribua puissamment, d'abord en enlevant le Pénitencier ou fort San-Xavier, puis en remportant, avec 1,800 hommes, la brillante victoire de San-Lorenzo, sur l'armée de secours commandée par l'ex-président, Comonfort, et forte de plus de 10,000 combattants. Il fut nommé grand'croix à cette occasion.

Peu de temps après, Bazaine succédait à Forey dans le commandement en chef et, le 5 septembre 1804, il était élevé à la dignité de maréchal de France. Trois mois auparavant, l'empereur Maximilien était venu prendre possession du trône mexicain. Ses rapports avec Bazaine manquèrent toujours de cordialité, on eût dit que chacun de ces deux grands personnages se refusât à faire les premières avances.

A partir de cette époque, on peut dire que la belle réputation du soldat parvenu à sa suprême dignité militaire a été en déclinant. Au commencement de 1865, il eut encore l'occasion de faire preuve de coup d'œil et de résolution en enlevant, dans la forte ville d'Oajaca, toute l'armée de Porfirio Diaz. Mais ce fut la fin; après avoir étendu son action sur une surface deux fois plus grande que la France, l'armée fut rappelée et son commandant en chef eut alors le tort grave de tolérer à ses côtés un simple général de brigade, M. de Castelnau, aide de camp de l'empereur en mission, dont la singulière attitude était celle d'un homme qui a le droit de contrôle sur les actes de son supérieur.

À sa rentrée en France, on lui fit un sanglant affront en défendant au préfet maritime de Toulon de lui rendre les honneurs dus aux grands dignitaires de l'armée. Dès ce jour, l'opposition eut l'œil sur un homme qu'elle considérait comme un mécontent.

Cette disgrâce éclatante dura deux ans, puis on donna à Bazaine le grand commandement de Nancy. En 1809, il commandait la première série du camp de Châlons lorsque l'empereur s'y rendit avec le maréchal Niel. Que se passa-t-il?

Ce qu'il y a de certain c'est que Napoléon III rendit à Bazaine toute sa faveur, lui promit la succession du maréchal Régnault d'Angely à la garde impériale, et que l'impératrice Eugénie reçut avec distinction la belle et séduisante madame Bazaine, qu'elle avait jusqu'alors tenue à l'écart. Un brillant punch fut organisé à l'instigation de l'empereur par le général Forey, et les journaux officieux furent invités à se montrer favorables à l'ancien commandant en chef du corps expéditionnaire du Mexique.

En 1870, quinze mois à peine après cette quasi réhabilitation, nous avons eu à quelques jours d'intervalle le glorieux Bazaine et le traître Bazaine. Nous croyons qu'il ne méritait ni cet excès d'honneur ni cette indignité. Comme l'a si justement dit le général Changarnier à la tribune de l'Assemblée nationale: le commandement en chef d'une armée de 170,000 hommes était trop lourd pour Bazaine; son intelligence, pourtant très-nette s'est obscurcie en présence de l'écrasante responsabilité qui lui incombait. Le 12 août 1870, il héritait d'une situation presque désespérée; il n'a pas eu le courage d'en envisager les difficultés en face, il a tenté de les tourner, comme aujourd'hui encore il n'ose pas attaquer le taureau par les cornes.

Après le 4 septembre, quand Bazaine eut reçu communication de la liste des gouvernants de l'Hôtel-de-Ville, il comprit que jamais le haut état-major de son année n'accepterait la domination de ces hommes sans mandat et sans consistance. De plus, il pensait avec tous les militaires que Paris ne tiendrait pas huit jours et que la paix serait signée avant la fin du mois. Son unique préoccupation fut alors de conserver intacte la seule véritable armée qui restât debout après la catastrophe de Sedan. Son tort est d'avoir échoué dans son entreprise et peut-être employé des moyens peu corrects pour la faire réussir. C'est ce que le conseil de guerre nous apprendra sous peu.

En tout cas, je suis convaincu que telle était la pensée du commandant en chef de l'année de Metz, et cette pensée, il ferait bien de l'exprimer franchement devant ses juges. Cela vaudrait mieux que d'épiloguer sur des dépêches et des protocoles. Pour terminer cette notice, j'émettrai humblement cet avis que, si le maréchal Bazaine est coupable du crime dont on l'accuse, il compte à coup sur de nombreux et illustres coopérateurs.

A. Wachter.

La chambre su maréchal Bazaine, à Trianon.

Nous n'avons pas à apprendre à nos lecteurs que le procès du maréchal Bazaine va se dérouler dans le vestibule de ce château qui fut si cher au roi Louis-Philippe, le Grand-Trianon. Déjà toutes les dispositions sont prises en conséquence, et le grand vestibule a été aménagé de façon à répondre à toutes les exigences de sa nouvelle et passagère destination.

En dehors de ce prétoire improvisé, dont nous donnerons en temps utile une vue à nos lecteurs, diverses pièces ont été affectées: au greffe, aux témoins à charge et à décharge, aux officiers de gendarmerie chargés du service militaire, aux délibérations du conseil et au logement des personnages que leurs fonctions doivent retenir au Grand-Trianon pendant la durée du procès. Ainsi les témoins à charge occuperont la salle des huissiers, située à gauche du vestibule et donnant sur le jardin, et les témoins à décharge la bibliothèque. Le général Pourcet habitera le pavillon de Madame, composé de cinq pièces. Le pavillon de l'aile droite, placé en face du pavillon de Madame, dans la cour d'honneur, est destiné au duc d'Aumale, qui présidera, comme on sait, le conseil de guerre. Enfin la salle des délibérations sera placée dans le salon de la reine d'Angleterre, et la salle des pas perdus dans le salon rond des huissiers, qui lui fait suite, et qui se trouve à droite du vestibule transformé en prétoire.

Reste le logement du maréchal Bazaine, qui a été extrait la semaine dernière de la maison de l'avenue de Picardie, où il était détenu depuis le 14 mai 1872, époque à laquelle il s'y était constitué prisonnier. Le maréchal a été logé dans l'annexe du château, donnant sur Trianon-sous-Bois. C'est dans l'angle de cette annexe que se trouve sa chambre, dont les fenêtres ouvrent sur le parc. Cette chambre, dont nous donnons une vue dessinée sur place, est carrée et revêtue d'une boiserie peinte en blanc. Le mobilier est des plus modestes. Il se compose d'un lit en acajou plaqué, sans rideaux, d'une armoire placée à la tête du lit, d'une toilette-commode posée entre les deux fenêtres, de quelques chaises d'un âge mûr et d'un guéridon. Une petite pendule en marbre posée sur la cheminée, ainsi que deux chandeliers et deux candélabres à deux branches, complètent l'ameublement.

Deux pièces font suite à cette chambre et sont occupées par les officiers supérieurs chargés de veiller sur la personne du maréchal, qui à Trianon-sous-Bois, comme dans la maison de l'avenue de Picardie, est gardé par un piquet de cinquante hommes de ligne, ayant un poste à proximité de la chambre du prisonnier.

Quant au service du conseil de guerre, au Grand-Trianon, il est fait par la gendarmerie mobile.

L. G.

Victor-Emmanuel à Vienne

PROMENADE SUR LE LAC DE LAXENBURG

Parmi les sites curieux et intéressants qui entourent Vienne, au moins sur la droite du Danube, il faut signaler tout particulièrement le bourg et le château de Laxenburg, une des résidences d'été de la cour d'Autriche, dont Schœnbrünn, est comme on sait, durant la belle saison, la résidence favorite.

Laxenburg est situé à seize kilomètres au sud de Vienne. On s'y rend de cette ville par le chemin de fer de Trieste, que l'on quitte à Mœdling pour prendre l'embranchement qui conduit au bourg. Laxenburg doit sa réputation comme son origine à son château, ou plutôt à ses châteaux, car il en possède deux en un; le premier datant de la fin du XIVe siècle et rappelant les temps de l'ancienne chevalerie; le second, bâti par Marie-Thérèse, et auquel on a donné le nom qu'il ne justifie pas tout à fait de château des Caprices, que mériterait mieux le magnifique parc qui l'entoure.

En effet, on marche dans ce parc de surprise en surprise. Les accidents de terrain, les constructions de toutes sortes, temples, maisons rustiques, cabinets de verdure, pavillons; les cascades, les statues, les pièces d'eau, les rochers y ont été prodigués. On y trouve jusqu'à un monument funèbre, la Rittergruft, ou tombe du chevalier, où l'on voit des tableaux de Lucas Cranach et des peintures sur verre tirées de l'église de Steyer.

Parmi les pièces d'eau, la plus remarquable est un lac semé de plusieurs îles, entre autres l'île Marianne, sur laquelle on a construit un élégant Lusthaus; et parmi les constructions, on admire surtout une forteresse moyen âge, le Franzensburg, dont on a fait un musée d'antiquités. Cette forteresse est entièrement entourée d'eau. Un bateau y stationne, à la disposition des visiteurs, qui peuvent moyennant dix kreutzers y prendre place.

Durant son séjour à Vienne, le roi Victor-Emmanuel ne pouvait manquer de venir visiter le château et le parc de Laxenburg. Il s'y est rendu dans l'après-midi du 20 septembre, de Schœnbrünn, avec l'empereur François-Joseph, et s'y est promené avec lui sur le grand lac, tandis qu'une foule de canots montés par des curieux circulaient autour de la barque impériale et qu'une musique établie d'avance dans l'île Marianne faisait retentir l'air de ses morceaux les plus brillants. Cette promenade fait le sujet du dessin que nous publions dans ce numéro.

En se rendant à Laxenburg, le roi d'Italie s'était arrêté à Mœdling qui est, comme je l'ai dit, la tête de l'embranchement qui conduit à la résidence impériale. Il voulait voir la magnifique vallée de la Brühl et ses curiosités, entre autres le Husaren-tempel, élevé par le prince de Liechtenstein à la mémoire des hussards qui l'avaient sauvé à la bataille d'Aspern; les ruines du château de Mœdling et le vieux château Liechtenstein.

L. G.

Prix et envois de Rome

Les règlements de l'Académie de France imposent aux pensionnaires un certain nombre d'obligations, au nombre desquelles la plus importante consiste dans l'envoi annuel d'un ou de plusieurs ouvrages de peinture, de sculpture, de gravure ou d'architecture. Une exposition solennelle de tous ces ouvrages a lieu d'abord sous les portiques de la villa Médici, où toute la Rome artiste vient pendant quelques jours étudier les travaux de nos jeunes compatriotes; ils sont ensuite envoyés à Paris, et exposés publiquement, dans les salles de l'École des beaux-arts; un heureux usage veut qu'on joigne à cette exposition les œuvres qui viennent de remporter les grands prix aux concours de l'année.

Des retards survenus dans l'expédition des caisses qui contenaient les envois de 1873, ont obligé l'administration de l'École des beaux-arts à ajourner l'ouverture de l'exposition jusqu'au moment où la fin des vacances aurait ramené à Paris maîtres et élèves, un peu dispersés depuis deux mois, et ce n'est guère que dans le courant de la semaine prochaine que le public sera admis à juger des progrès de nos pensionnaires.

On retrouvera, entre autres morceaux intéressants, le beau tableau de M. Morot, qui vient de remporter le grand prix de peinture, et dont l'Illustration donne aujourd'hui une reproduction; nous croyons aussi pouvoir signaler à l'avance, en nous reportant aux souvenirs que nous a laissés l'exposition de la villa Médici, l'envoi de M. Blanchard Hylas et les Nymphes, celui de M. Toudouze, Eros et Aphrodite, et de M. Merson, une curieuse esquisse peinte, Saint François et le loup d'Aggubbio; parmi les sculpteurs, le groupe de M. Noël, Roméo et Juliette, la Tentation d'Ève, de M. Allais, un bas-relief de M. Marqueste, Jacob et l'Ange, et enfin le magnifique groupe de M. Mercié, reproduit ci-contre, intitulé Gloria victis, œuvre patriotique, digne de la réputation et des succès de l'auteur du David.

L'évasion

Ils avaient été faits prisonniers à Sedan.

La capitulation du 2 septembre leur avait ouvert les portes de cet enfer anticipé, la presqu'île d'Iges, où les avait parqués un impitoyable ennemi. Là, comme leurs nombreux compagnons d'infortune, ils avaient supporté la faim, la soif, le froid, toutes les misères, à peine vêtus, couchant dans la boue, la pluie sur le dos, dévorés par la fièvre.

Des tortures non moins grandes les attendaient en Allemagne.

Enfermés dans une forteresse des bords du Rhin, peu nourris, déguenillés, logés dans d'immondes casemates, accablés des pires traitements, ils n'eurent bientôt plus qu'une pensée: s'évader. S'évader ou mourir. Mais que leur importait! La mort, ne la voyaient-ils pas chaque jour approcher d'un pas lent mais sûr? Mieux encore valait-il la braver, immédiate, foudroyante. C'était au moins une chance de lui échapper. Ils risquèrent l'évasion. Par la ville, il n'y fallait pas songer; trop bonne garde était faite de ce côté. Mais le fleuve était là, baignant de ses flots le pied moussu de leur prison. Ayant longtemps mûri leur projet, ils croyaient avoir pris toutes leurs précautions. Furent-ils trahis, ou la fortune les abandonna-t-elle à la dernière minute? Qui pourrait le dire? Ce qu'il y a de certain c'est qu'au moment où, suspendus dans le vide au bout d'une corde, ils allaient atteindre le fleuve, une barque apparut, montée par des soldats, ils étaient découverts; étaient-ils perdus? C'était vraisemblable. Toutefois, ils n'hésitèrent pas. Ils lâchèrent la corde et le fleuve les engloutit. Ils espéraient encore pouvoir se dissimuler, gagner furtivement la terre et s'échapper. Un d'eux y réussit, et, à travers mille dangers, parvint à rentrer en France. L'autre fut pris, malgré ses efforts, et, dans un précédent numéro, nous avons dit sa fin.

Fusillé, il le fut, et bien d'autres après lui, pour le même crime. Autant de Français de moins, quelle joie pour nos féroces vainqueurs! Aussi, par le fer ou par la faim, que de prisonniers ils firent périr! C'est par dizaines de mille qu'on les compte, tant il est vrai que, même après la victoire, les Prussiens, comme l'a dit M. Delaunay, continuèrent à combattre et à détruire des hommes désarmés, vaincus, dignes de respect, si quelque chose eût pu inspirer le respect aux bandits qui, à la face du monde civilisé, en profanant le nom de Dieu, avaient prémédité et tentèrent d'accomplir l'assassinat d'une nation généreuse, jadis leur ennemie loyale et chevaleresque, naguère leur bienfaitrice, la patronne de leurs lettrés, de leurs artistes, de leurs trafiquants.

L. C.

Nuka-Hiva

Taïohaé occupe le centre d'une baie profonde, encaissée dans de hautes et abruptes montagnes aux formes capricieusement tourmentées; une épaisse verdure est jetée sur tout ce pays comme un manteau splendide; c'est dans toute l'île un même fouillis d'arbres, d'essences utiles ou précieuses; et des milliers de cocotiers, haut perchés sur leurs tiges flexibles, balancent perpétuellement leurs têtes au-dessus de ces forêts.

Les cases sont peu nombreuses dans la capitale, et passablement disséminées le long de l'avenue ombragée qui suit les contours de la plage.

Derrière cette route charmante, mais unique, quelques sentiers boisés conduisent à la montagne; l'intérieur de l'île, cependant, est tellement enchevêtré de forêts et de rochers, que rarement on va voir ce qui s'y passe,--et les communications entre les différentes baies se font par mer, dans les embarcations des indigènes.

C'est dans la montagne que sont perchés les vieux cimetières kanaques, objet d'effroi pour les Indiens, et résidence des terribles Toupapahous...

Il y a peu de passants dans la rue de Taïohaé; les agitations incessantes de notre existence européenne sont tout à fait inconnues à Nuka-Hiva. Les indigènes passent une partie du jour accroupis devant leurs cases, dans une immobilité de sphinx.

NUKA-HIVA.--Le chef de la baie de Thehetchagor.

Les années s'écoulent pour eux dans une oisiveté complète et une rêvasserie perpétuelle,--et ces grands enfants ne se doutent pas que dans notre belle France, tant de pauvres gens s'épuisent à gagner le pain du jour. Les forêts de Nuka-Hiva produisent d'elles-mêmes tout ce qu'il faut pour nourrir toutes ces créatures insouciantes; le fruit de l'arbre à pain et les bananes sauvages croissent pour tout le monde et suffisent à chacun.

Si de temps à autre, quelques Kanaques s'en vont encore pêcher par gourmandise, la plupart préfèrent ne pas se donner cette peine.

La popoï, un de leurs mets raffinés, est un barbare mélange de fruits, de poissons et de crabes fermentés en terre. Le fumet de cet aliment est inqualifiable.

L'anthropophagie, qui règne encore dans une île voisine, Hivaoa (ou la Dominique), est oubliée à Nuka-Hiva depuis plusieurs années. Les efforts des missionnaires ont amené cette heureuse modification des coutumes nationales; à tout autre point de vue cependant, le christianisme superficiel des indigènes est resté sans action sur leur manière de vivre, et la dissolution de leurs mœurs dépasse toute idée.

NUKA-HIVA.--La rivière de Thehetchagor.

Le caractère des Nuka-Hiviens est un peu celui des petits enfants; ils sont capricieux, fantasques, boudeurs tout à coup sans motif. Le sentiment contemplatif est extraordinairement développé chez eux; ils sont sensibles aux aspects gais ou tristes de la nature, accessibles à toutes les rêveries de l'imagination.

La solitude des forêts, les ténèbres, les épouvantent, et ils les peuplent sans cesse de fantômes et d'esprits.

Les bains nocturnes sont en honneur à Taïohaé; au clair de lune des bandes de jeunes filles s'en vont, dans les bois, se plonger dans des bassins naturels d'une délicieuse fraîcheur. C'est alors que ce simple mot: Toupapahou! jeté au milieu des baigneuses, les met en fuite comme des folles.

Toupapahou est le nom de ces fantômes tatoués qui sont la terreur de tous les Polynésiens. Mot effrayant en lui-même, et intraduisible...

On trouve encore entre les mains des indigènes plusieurs images de leur ancien dieu.

Ce dieu est un personnage à figure hideuse, semblable à un jeune embryon humain.

La reine a quatre de ces horreurs sculptées sur le manche de son éventail.

On n'entend aucun chant d'oiseaux dans les bois de Nuka-Hiva; les oreilles des Kanaques ignorent cette musique naïve qui, dans d'autres climats, remplit les bois de gaieté et de vie. Sous cette ombre épaisse, dans les lianes et les grandes fougères, rien ne vole, rien ne bouge; c'est toujours ce même silence étrange qui semble s'être communiqué à l'imagination mélancolique des naturels.

On voit planer seulement dans les gorges, à d'effrayantes hauteurs, le phaéton, un petit oiseau blanc qui porte à la queue une longue plume blanche ou rose.

Les chefs attachent à leurs coiffures une touffe de ces plumes; aussi leur faut-il beaucoup de temps et de persévérance pour composer cet ornement aristocratique.

Julien V....

EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE.--Vue d'une des quatre
façades de l'Exposition de MM. Christofle et Cie (côté sud).

Exposition de Vienne

ORFÈVRERIE, CLOISONNÉS, BRONZES INCRUSTÉS.

Il était fort à craindre qu'au lendemain des épreuves qu'elle venait de traverser, la France ne fût peu en état de figurer dignement dans la grande solennité industrielle et artistique de Vienne. Cette appréhension que, sans pécher contre le patriotisme, certains esprits ont pu avoir, n'a pas été justifiée par l'événement. La plupart de nos exposants ont triomphé des obstacles qu'un bouleversement extrême dans leur matériel, dans leur personnel, dans leurs ressources financières avait opposés au développement ou même à la conservation de leur renommée; ils se sont montrés à Vienne ou égaux ou supérieurs à ce qu'ils avaient été en 1807.

Au premier rang de celles de nos industries sur lesquelles les trois dernières années ont glissé sans les atteindre, il faut placer l'orfèvrerie, et au premier rang de nos orfèvres, MM. Christofle et Cie.

Leur exposition, si variée dans la nature des produits qui la composent, a obtenu un éclatant, un légitime succès, non-seulement auprès du public cosmopolite, mais auprès des amateurs, des critiques, des spécialistes et du jury international.

Elle comprend, comme d'habitude, de l'orfèvrerie simplement argentée et dorée, de l'orfèvrerie de luxe, des émaux cloisonnés, des bronzes incrustés d'or et d'argent, de la galvanoplastie massive et en ronde-bosse de toute grandeur, enfin des objets d'art divers.

Nous n'avons pas à insister ici sur l'importance d'un établissement célèbre dans les deux mondes. Tout le monde sait que MM. Christofle et Cie emploient plus de quatorze cents ouvriers, en faveur de qui ils ont créé des institutions modèles; que le chiffre de leurs affaires s'élève à plus de 10 millions par an; que Charles Christofle a importé en France les procédés de dorure et d'argenture électro-chimiques et a été ainsi le créateur de l'orfèvrerie galvanique; qu'il a obtenu la grande médaille d'honneur à l'exposition universelle de 1855 et la croix d'officier de la légion d'honneur à la suite de celle de 1862; enfin que M. Paul Christofle, son fils, et M. Henri Douillet, son gendre, s'inspirant de ses traditions, ont enrichi le pays de nouveaux progrès et en quelque sorte d'industries nouvelles.

Ce qu'il importe surtout de dire, et nous regrettons vivement de ne pouvoir le faire qu'en peu de mots, c'est que, tout en tenant le premier rang dans l'orfèvrerie de grand luxe, ils sont aussi les premiers pour l'orfèvrerie à bon marché, qu'ils ont popularisée; il y a plus, celle-ci a bénéficié de leur goût pour le grand art, et la moindre pièce sortie de chez eux est aussi remarquable de style qu'un chef-d'œuvre de dix mille francs.

En ce qui concerne leurs émaux cloisonnés et leurs incrustations sur bronze, il est d'un intérêt essentiel de remarquer qu'ils n'ont pas voulu imiter les procédés des Chinois et des Japonais, mais seulement faire aussi bien qu'eux en employant les moyens que la science moderne met à leur disposition. C'est ainsi qu'au lieu de marteler l'arabesque d'argent dans le bronze, il l'y ont introduite à l'aide de la galvanoplastie. Et c'est ainsi que leurs bronzes incrustés ressemblent heureusement à ceux des Japonais, tout en gardant un caractère propre, un certain air de nationalité: y est le sentiment décoratif oriental allié au style français.

Nous étudierons prochainement en particulier quelques-unes des pièces de cette exposition, qui, à en juger par les comptes rendus de la presse anglaise, a causé à nos voisins une émotion profonde, les a fait trembler de nouveau pour le sort de leur orfèvrerie, et leur a fait pousser un véritable cri d'alarme.

F. A.

Correspondance d'Espagne

Tortosa, 27 septembre 1873.

Je suis contrarié que ma lettre de la fin d'août ne vous soit pas parvenue; mais en ce temps de chemins de fer coupés et de bandes de partisans sillonnant la montagne, il n'y a pas lieu d'en être beaucoup surpris.

Cette lettre contenait un croquis de l'affaire de Tortella, qui a eu deux phases distinctes et complètement différentes. Dans la première, les carlistes ont remporté un facile triomphe, qu'ils ont payé dans la seconde par une déroute complète. A tout hasard, je reconstitue mon croquis, et je vous l'envoie. Ce sera, si vous l'utilisez, de l'histoire rétrospective, et elle a bien son intérêt.

Tortella est un village de Catalogne, situé dans la province de Gerona.

Mon croquis vous le peindra mieux que ne le saurait faire ma plume. Il faut connaître la montagne et l'avoir parcourue pour s'imaginer quelque chose de semblable. Figurez-vous des maisons accrochées et comme suspendues en l'air, et, pour les mettre en communication, des chemins coupés d'escaliers, ressemblant à des échelles; au milieu de tout cela, une petite église au clocher pointu, se détachant gris sur la roche grise, voilà le tableau, tel est Tortella, que Tristany, à la tête de quinze cents carlistes et de trois canons, cernait et attaquait avec fureur le 22 août. Non que la place eut la moindre importance; c'était simple affaire de réquisition, en passant. Il faut bien vivre.

Les habitants, comme ceux de tous les villages de la montagne, se sentant à la merci des bandes qui battent le pays, auraient volontiers cédé; mais il se trouvait en ce moment à Tortella quelques volontaires républicains qui ne le leur permirent pas. De là la colère des carlistes, qui se mirent aussitôt à canonner ce malheureux village, dont un certain nombre de maisons ne tardèrent pas à prendre feu. Ils l'enlevèrent naturellement, mais tous leurs efforts vinrent se briser devant la résistance des volontaires, qui avaient fait de l'église une citadelle et avaient couvert ses abords de barricades.

Mieux encore, ils avaient trouvé moyen d'envoyer, avant l'attaque, un des leurs prévenir à Figueras de ce qui se passait à Tortella. Leur courageuse résistance était donc soutenue par l'espérance d'un prompt secours. Et, en effet, ils furent secourus. Au moment où les carlistes, maîtres du village, s'y attendaient le moins et faisaient main basse sur tout ce qui était à leur convenance, le colonel Udueta, parti de Figueras avec trois colonnes, survint, les cerna, les surprit et leur fit subir une complète déroute. Affolés, ils s'éparpillèrent comme ils purent, et s'enfuirent dans la direction de San Lorenzo de la Maga, bourg situé au milieu de montagnes formidables. Ils avaient perdu 200 hommes, tant tués que blessés, et Tristany comptait au nombre de ces derniers. La perte des républicains s'est élevée à 61 hommes, dont 11 morts.

Je vous disais que Tristany a été blessé. Le bruit court ici qu'il a quitté l'armée carliste, ainsi que Muret, et qu'un caprice de don Carlos a privé Saballs de son commandement. Je ne sais ce qu'il y a de vrai dans ces racontars; ce qu'il y a de certain, c'est que depuis l'affaire de Tolosa, un certain désarroi semble exister dans le camp carliste. L'arrivée du général Moriones à Tolosa et le ravitaillement de Berga, à la suite du combat heureux de Gironella, a dû y mettre le comble. Est-ce le commencement de la fin?

X...

ÉVÉNEMENTS D'ESPAGNE.--Entrée des Carlistes à Tortella.